Catégorie : Ecritures

  • « Si je ne m’en vais pas, le Paraclet, le Défenseur, ne viendra pas à vous, mais si je pars, je vous l’enverrai. »

    Mon Dieu, éternel Paraclet, je t’adore, Lumière et Vie. Tu aurais pu te contenter de m’envoyer du dehors de bonnes pensées, la grâce qui les inspire et les accomplit ; tu aurais pu me conduire ainsi dans la vie, me purifiant seulement par ton action tout intérieure au moment de mon passage dans l’autre monde. Mais, dans ta compassion infinie, tu es entré dans mon âme, dès le commencement, tu en as pris possession, tu en as fait ton temple. Par ta grâce, tu habites en moi d’une manière ineffable, tu m’unis à toi et à toute l’assemblée des anges et des saints. Plus encore, tu es personnellement présent en moi, non seulement par ta grâce, mais par ton être même, comme si, tout en gardant ma personnalité, j’étais en quelque sorte absorbé en toi, dès cette vie. Et comme tu as pris possession de mon corps lui-même dans sa faiblesse, il est donc aussi ton temple (1Co 6,19). Vérité étonnante et redoutable ! Ô mon Dieu, je le crois, je le sais !

    Puis-je pécher quand tu es si intimement avec moi ? Puis-je oublier qui est avec moi, qui est en moi ? Puis-je chasser l’hôte divin par ce qu’il abhorre plus que tout, la seule chose au monde entier qui l’offense, la seule réalité qui ne soit pas sienne ? … Mon Dieu, j’ai une double sécurité contre le péché : d’abord, la crainte d’une telle profanation, en ta présence, de tout ce que tu es en moi ; et ensuite, la confiance que cette présence même me gardera du mal… Dans les épreuves et la tentation, je t’appellerai… Grâce à toi-même, je ne t’abandonnerai jamais.

    Bienheureux John Henry Newman (1801-1890)

     

  • L’envoi de l’Esprit Saint

    Il faut considérer que, lorsqu’on dit que l’Esprit Saint est envoyé, ce n’est pas qu’il change de lieu, puisqu’il remplit le monde entier, comme le dit le livre de la Sagesse (cf. Sg 1, 7), mais qu’il commence à habiter d’une manière nouvelle, par la grâce, en ceux dont il fait le temple de Dieu : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? »(1Co 3, 16).

    Et il n’est pas contradictoire de dire qu’il est envoyé et qu’il vient, car dire de lui qu’il vient, nous fait voir manifestement la majesté de sa divinité, lui qui « opère » « comme il le veut » (1Co 12,6 et 11), et dire qu’il est envoyé, montre qu’il procède d’un autre. En effet le fait de sanctifier la créature rationnelle en habitant en elle, il le tient d’un autre, de qui il tient l’être, comme le Fils tient d’un autre tout ce qu’il opère.

    Remarquons aussi que la mission de l’Esprit Saint vient du Père et du Fils conjointement, comme l’exprime l’Apocalypse : « L’Ange me montra un fleuve d’eau de la vie – c’est-à-dire l’Esprit Saint – procédant du trône de Dieu et de l’Agneau -c’est-à-dire du Christ. » (Ap 22, 1) Voilà pourquoi, pour la mission de l’Esprit Saint, il est fait mention du Père et du Fils par lesquels, en vertu d’une même et égale puissance, il est envoyé. Aussi le Christ présente-t-il parfois le Père comme celui qui envoie, mais cependant pas sans le Fils « le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom » (Jn 14, 26) et parfois il se présente lui-même comme celui qui envoie, mais pas sans le Père : « que moi, je vous enverrai d’auprès du Père », parce que tout ce qu’opère le Fils, il le tient du père : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même. » (Jn 5, 19).

    Saint Thomas d’Aquin (1225-1274)

     

     

     

  • « Le Défenseur, l’Esprit Saint…, vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »

    Une fois ressuscité, le Christ, qui avait « remis l’esprit » sur la croix (Jn 19,30) comme Fils de l’homme et Agneau de Dieu, va vers les apôtres pour « souffler sur eux » (Jn 20,22)… La venue du Seigneur remplit de joie ceux qui sont présents : « leur tristesse se change en joie » (cf Jn 16,20), comme il l’avait déjà promis lui-même avant sa Passion. Et surtout l’annonce essentielle du discours d’adieu se réalise : le Christ ressuscité, comme inaugurant une création nouvelle, porte l’Esprit Saint aux apôtres. Il le leur porte au prix de son « départ », il leur donne cet Esprit en quelque sorte à travers les plaies de sa crucifixion : « Il leur montra ses mains et son côté » (Jn 20,20). C’est en vertu de cette crucifixion qu’il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » (v. 22).

    Un lien étroit s’établit ainsi entre l’envoi du Fils et celui de l’Esprit Saint. L’envoi de l’Esprit Saint (après le péché originel) ne peut avoir lieu sans la croix et la résurrection : « Si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous » (Jn 16,7). Un lien étroit s’établit aussi entre la mission de l’Esprit Saint et celle du Fils dans la rédemption. La mission du Fils, en un sens, trouve son achèvement dans la rédemption ; la mission de l’Esprit Saint découle de la rédemption : « C’est de mon bien qu’il reçoit et il vous le dévoilera » (Jn 16,15). La rédemption est accomplie pleinement par le Fils comme l’Oint qui est venu et a agi par la puissance de l’Esprit Saint, s’offrant lui-même à la fin en sacrifice suprême sur le bois de la croix. Et cette rédemption est aussi accomplie continuellement dans les cœurs et les consciences des hommes — dans l’histoire du monde — par l’Esprit Saint qui est l’« autre Défenseur » (Jn 14,16).

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

  • « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. »

    « Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge. Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne et la posèrent sur sa tête » (Mt 27,28-29). C’est comme roi que le Christ est revêtu d’une tunique rouge et en tant que prince des martyrs…, parce qu’il resplendit de son sang sacré comme d’une écarlate précieuse. C’est en tant que vainqueur qu’il reçoit la couronne, car c’est normalement au vainqueur qu’on décerne une couronne… Mais nous pouvons remarquer que la tunique pourpre est aussi le symbole de l’Église qui, demeurant dans le Christ roi, brille d’une gloire royale. D’où le titre de « race royale » que lui donne Jean dans l’Apocalypse (1,6)… En effet, l’étoffe pourpre est une chose précieuse et royale. Bien qu’elle soit un produit naturel, elle change de qualité lorsqu’on la plonge dans le bain de la teinture, et elle change d’aspect… Sans valeur par elle-même, sa transformation en fait un produit précieux. Il en va ainsi de nous-mêmes : sans valeur par nous-mêmes, la grâce nous transforme et nous donne du prix, quand [à notre baptême] nous sommes plongés par trois fois, comme l’étoffe de pourpre, dans l’écarlate spirituelle, le mystère de la Trinité…

    Nous pouvons encore remarquer que le manteau rouge est aussi le symbole de la gloire des martyrs, puisque, teints de leur propre sang répandu, ornés du sang du martyre, ils brillent dans le Christ comme une tunique écarlate précieuse. Autrefois, la Loi prescrivait d’offrir des étoffes écarlates pour orner le tabernacle de Dieu (Ex 25,4) ; les martyrs, de fait, sont l’ornement de l’Église du Christ…

    La couronne d’épines qu’on a mise sur la tête du Seigneur est le symbole de notre rassemblement, à nous qui, des nations, sommes venus à la foi. Nous n’étions alors que des épines, c’est-à-dire des pécheurs ; mais, en croyant au Christ, nous sommes devenus une couronne de justice, parce que nous avons cessé de piquer ou de blesser le Sauveur, et nous couronnons sa tête de la confession de notre foi… Oui, jadis nous étions des épines, mais… nous sommes devenus des pierres précieuses.

    Saint Chromace d’Aquilée (?-407)

     

     

     

  • « Afin que vous donniez du fruit et que votre fruit demeure. »

    Qu’ils sont heureux et bénis, ceux qui aiment Dieu et qui pratiquent ce que le Seigneur lui-même dit dans l’Évangile : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme, et ton prochain comme toi-même ». Aimons donc Dieu et adorons-le d’un cœur et d’un esprit purs…

    Puis, aimons notre prochain comme nous-mêmes. Et si quelqu’un ne veut pas ou ne peut pas aimer son prochain comme lui-même, qu’au moins il n’aille pas lui faire de mal, mais qu’il lui fasse du bien. Ceux qui ont été investis du pouvoir de juger autrui, qu’ils exercent leur charge de juge avec miséricorde, comme ils voudraient obtenir eux-mêmes miséricorde du Seigneur… Ayons donc charité et humilité : faisons des aumônes, car elles lavent les âmes des souillures de leurs péchés. En effet, tout ce que les hommes doivent laisser en quittant ce monde est à jamais perdu pour eux, tandis qu’ils emportent avec eux le prix de leur charité et les aumônes qu’ils auront faites : ils en recevront de Dieu la récompense et une juste rémunération…

    Tous ceux et toutes celles qui agiront ainsi et qui persévèreront jusqu’à la fin, l’Esprit du Seigneur reposera sur eux et fera en eux son habitation et sa demeure, et ils seront les fils du Père céleste dont ils font les œuvres ; et ils sont époux, frères et mères de notre Seigneur Jésus Christ… Oh, qu’il est glorieux et saint et grand d’avoir un Père dans les cieux ! Qu’il est saint et beau, magnifique et admirable d’avoir dans les cieux un Époux ! Que c’est une chose sainte…et humble, apaisante et douce, aimable et désirable plus que tout, d’avoir un tel frère et un tel fils, qui a donné sa vie pour ses brebis, et qui a prié son Père pour nous en disant : « Père saint, garde en ton nom ceux que tu m’as donnés…; je veux, Père, que là où je suis, eux aussi soient avec moi, pour qu’ils voient ma splendeur dans ton royaume. »

    Saint François d’Assise (1182-1226)

    (Références bibliques : Mt 22,37-39; Lc 6,37; Is 11,2; Jn 14,23; Mt 5,45; Mt 12,50; Jn 10,15; Jn 17,6-24)

     

     

     

  • « C’est ma paix que je vous donne. »

    Nous pourrions jouir d’une grande paix si nous ne voulions pas nous mêler de ce que disent et de ce que font les autres, et de ce qui ne nous regarde pas. Comment demeurer longtemps en paix quand on se mêle des affaires d’autrui, quand on cherche des occupations au-dehors, quand on ne se recueille que très peu ou très rarement ? Bienheureux les simples, parce qu’ils possèderont une grande paix ! Pourquoi certains saints ont-ils été si parfaits et contemplatifs ? Parce qu’ils se sont appliqués à faire mourir tous leurs désirs terrestres ; ainsi, ils ont pu s’attacher à Dieu de tout leur cœur, et vaquer librement à leur vie spirituelle. Mais nous sommes trop envahis par nos désirs ; nous nous soucions trop de ce qui passe… Il est rare que nous venions à bout d’un seul défaut ; le souci du progrès quotidien ne nous enflamme pas, et ainsi, nous restons froids ou tièdes.

    Si nous étions parfaitement morts à nous-mêmes, sans nos préoccupations intérieures, nous aussi nous pourrions goûter les choses divines, avoir quelque expérience de contemplation. Le plus grand obstacle, l’unique obstacle, c’est que nous sommes trop attachés à nos passions et nos désirs pour entrer dans la voie parfaite des saints. Quand il nous arrive la moindre contrariété, nous nous laissons trop vite abattre et nous nous tournons vers les consolations humaines. Si nous nous efforcions, comme des hommes vaillants, de tenir ferme dans le combat, nous recevrions certainement le secours de Dieu car il est toujours prêt à aider ceux qui luttent en comptant sur sa grâce… Oh ! Si tu savais quelle paix viendrait ainsi en toi, quelle joie rayonnerait sur les autres, combien serais-tu plus soucieux de ton avancement spirituel.

    L’Imitation de Jésus Christ

     

     

  • « Nous irons demeurer auprès de lui. »

    « Mon Père l’aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure. » Songez-y, frères très aimés, quelle fête que de recevoir Dieu dans la demeure de notre cœur ! Si un ami riche et puissant voulait entrer chez vous, la maison entière serait évidemment nettoyée, pour que rien ne puisse choquer son regard lorsqu’il entrerait. Que celui qui prépare pour Dieu la demeure de son âme nettoie les saletés de ses mauvaises actions.

    Remarquez bien ce que dit la Vérité : « Nous viendrons et nous ferons chez lui notre demeure ». Car il peut passer dans le cœur de certains sans y faire sa demeure. Quand ils ont du remords, ils voient bien le regard de Dieu ; mais quand vient la tentation, ils oublient l’objet de leur repentir précédent et retombent dans leurs péchés, comme s’ils ne les avaient jamais pleurés. Au contraire, dans le cœur de celui qui aime véritablement Dieu, qui observe ses commandements, le Seigneur vient et établit sa demeure, car l’amour de Dieu le remplit tellement qu’il ne s’écarte pas de cet amour au moment de la tentation. C’est donc celui dont l’âme n’accepte pas d’être dominée par un plaisir mauvais qui aime véritablement Dieu… D’où cette précision : « Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles ». Examinez-vous soigneusement vous-mêmes, frères très aimés ; demandez-vous si vous aimez vraiment Dieu. Mais ne vous fiez pas à la réponse de votre cœur sans la comparer à vos actes.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

     

     

     

  • « Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. »

    « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres »… Celui qui écoute ce commandement, ou plutôt qui y obéit, est renouvelé non par n’importe quel amour mais par celui que le Seigneur a précisé en ajoutant, afin de le distinguer de l’affection purement naturelle : « Comme je vous ai aimés »… « Tous les membres du corps ont souci les uns des autres. Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est à l’honneur, tous les membres se réjouissent avec lui » (1Co 12,25-26). Ils entendent, en effet, et ils observent cette parole : « Je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres », non pas comme font les débauchés, ni ceux qui s’aiment simplement parce qu’ils ont une même nature, mais comme s’aiment ceux qui sont tous « des dieux » (Jn 10,35) et « les fils du Très-Haut » (Lc 6,35), pour devenir ainsi les frères de son Fils unique. Ceux-là s’aiment les uns les autres parce que lui-même les a aimés, pour les conduire à la fin qui les comblera, là où leur désir pourra se rassasier de tous les biens. En effet, tous les désirs seront comblés lorsque Dieu sera « tout en tous » (1Co 15,28)…

    Celui qui aime son prochain d’un amour pur et spirituel, qu’aimera-t-il en lui si ce n’est Dieu ? C’est cet amour que le Seigneur veut séparer de l’affection purement naturelle lorsqu’il ajoute : « Comme je vous ai aimés ». Qu’est-ce qu’il a aimé en nous, si ce n’est Dieu ? Non pas Dieu tel que nous le possédons déjà mais tel qu’il veut que nous le possédions là où « Dieu sera tout en tous ». Le médecin aime ses malades à cause de la santé qu’il veut leur donner, non à cause de la maladie. « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » C’est pour cela qu’il nous a aimés : afin qu’à notre tour nous nous aimions les uns les autres.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • « Celui qui m’a vu a vu le Père. »

    Dans le Christ et par le Christ, Dieu devient visible dans sa miséricorde, c’est-à-dire qu’est mis en relief l’attribut de la divinité que l’Ancien Testament, à travers différents termes et concepts, avait déjà défini comme la « miséricorde ». Le Christ confère à toute la tradition vétéro-testamentaire de la miséricorde divine sa signification définitive. Non seulement il en parle et l’explique à l’aide d’images et de paraboles, mais surtout il l’incarne et la personnifie ; il est lui-même, en un certain sens, la miséricorde. Pour ceux qui la voient et la trouvent en lui, Dieu devient visible comme le Père « riche en miséricorde » (Ep 2,4).

    Plus peut-être que celle de l’homme d’autrefois, la mentalité contemporaine semble s’opposer au Dieu de miséricorde, et elle tend à éliminer de la vie et à ôter du cœur humain la notion même de miséricorde. Le mot et l’idée de miséricorde semblent mettre mal à l’aise l’homme qui, grâce à un développement scientifique et technique inconnu jusqu’ici, est devenu maître de la terre qu’il a soumise et dominée. Cette domination de la terre, entendue parfois de façon unilatérale et superficielle, ne laisse pas de place, semble-t-il, à la miséricorde… La situation du monde contemporain ne manifeste pas seulement des transformations capables de faire espérer pour l’homme un avenir terrestre meilleur, mais elle révèle aussi de multiples menaces, bien pires que celles qu’on avait connues jusqu’ici…

    Révélée dans le Christ, la vérité au sujet de Dieu « Père des miséricordes » (2Co 1,3) nous permet de le voir particulièrement proche de l’homme, surtout quand il souffre, quand il est menacé dans le fondement même de son existence et de sa dignité. Et c’est pourquoi, dans la situation actuelle de l’Église et du monde, bien des hommes et bien des milieux, guidés par un sens aigu de la foi, s’adressent, je dirais quasi spontanément, à la miséricorde de Dieu. Ils y sont certainement poussés par le Christ, dont l’Esprit est à l’œuvre au fond des cœurs.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

     

  • « Là où je suis, vous y serez aussi. »

    « Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ? »… Si les demeures auprès du Père n’avaient pas été nombreuses, le Seigneur aurait dit qu’il partait en avant-coureur, manifestement afin de préparer les demeures des saints. Mais il savait que beaucoup de demeures étaient déjà prêtes et attendaient l’arrivée des amis de Dieu. Il donne donc un autre motif à son départ : préparer la route à notre ascension vers ces places du ciel en frayant un passage, alors qu’auparavant cette route était impraticable pour nous. Car le ciel était absolument fermé aux hommes, et jamais aucun être de chair n’avait pénétré dans ce très saint et très pur domaine des anges.

    C’est le Christ qui a inauguré pour nous ce chemin vers les hauteurs. En s’offrant lui-même à Dieu le Père comme les prémices de ceux qui dorment dans les tombeaux de la terre, il a permis à la chair de monter au ciel, et il a été lui-même le premier homme apparu à ses habitants. Les anges ne connaissaient pas le mystère auguste et grandiose d’une intronisation céleste de la chair. Ils voyaient avec étonnement et admiration cette ascension du Christ. Presque troublés à ce spectacle inconnu, ils s’écriaient : « Quel est celui-là qui arrive d’Édom ? » (Is 63,1), c’est-à-dire de la terre. Donc, notre Seigneur Jésus Christ « a inauguré pour nous cette voie nouvelle et vivante » (He 10,20). Comme dit saint Paul : « Il n’est pas entré dans un sanctuaire construit par les hommes, mais dans le ciel lui-même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu » (He 9,24).

    Saint Cyrille d’Alexandrie (380-444)