Catégorie : Ecritures

  • « Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages…, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume. »

    La présence des chrétiens dans les groupes humains doit être animée de cette charité dont nous a aimés Dieu, qui veut que nous aussi nous nous aimions mutuellement de la même charité (cf. 1 Jn 4, 11). La charité chrétienne s’étend véritablement à tous les hommes, sans aucune distinction de race, de condition sociale ou de religion ; elle n’attend aucun profit ni aucune reconnaissance. Dieu nous a aimés d’un amour gratuit ; de même, que les fidèles soient préoccupés dans leur charité de l’homme lui-même, en l’aimant du même mouvement dont Dieu nous a cherchés. Le Christ parcourait toutes les villes et bourgades en guérissant toutes les maladies et infirmités, en signe de l’avènement du Règne de Dieu (cf. Mt 9, 35 s. ; Ac 10, 38) ; de même l’Église est par ses fils en liaison avec les hommes de quelque condition qu’ils soient ; elle l’est surtout avec les pauvres et ceux qui souffrent (…). Elle participe à leurs joies et à leurs souffrances, elle connaît les aspirations et les problèmes de leur vie, elle souffre avec eux dans les angoisses de la mort. À ceux qui cherchent la paix, elle désire répondre dans un dialogue fraternel, en leur apportant la paix et la lumière qui viennent de l’Évangile.

    Les chrétiens doivent donc travailler, en collaboration avec tous les autres, à organiser de manière droite les affaires économiques et sociales. Ils doivent se dévouer avec un soin spécial à l’éducation des enfants et des jeunes (…). Ils doivent en outre prendre leur part dans les efforts de ces peuples qui, en faisant la guerre à la faim, à l’ignorance et aux maladies, s’appliquent à améliorer les conditions de la vie et à affermir la paix dans le monde. (…)

    Mais l’Église ne veut en aucune manière s’ingérer dans le gouvernement de la cité terrestre. Elle ne revendique pour elle-même d’autre titre que celui d’être au service des hommes, Dieu aidant, par sa charité et son dévouement fidèle (cf. Mt 20, 26 ; 23, 11).

    Concile Vatican II

     

     

     

  • La pureté de la foi

    Penses-tu que, lorsque viendra le Fils de l’Homme, Il trouvera la foi sur la terre ? (Lc 18, 8) Que ceux qui avancent cette sentence de l’Évangile sachent que la foi mentionnée ici est celle dont le Seigneur disait : « Ta foi t’a sauvée » (Mt 9,22). Et ailleurs, à propos du centurion : « Je n’ai pas trouvé pareille foi en Israël » (Mt 8, 10). (…) Ni le centurion, ni cette pauvre femme qui avait des pertes de sang depuis douze ans (Mc 5,25), ne croyaient au mystère de la Trinité, qui a été manifesté aux Apôtres après la résurrection du Christ, (…) mais c’est la simplicité de leur cœur et leur âme donnée à leur Dieu qui sont approuvées ici. « Elle disait en effet dans son cœur : si je touche la frange de son vêtement, je serai sauvée ! » (Mt 9, 21) Voilà la foi dont le Seigneur a dit qu’elle se trouve rarement ! Voilà la foi qui, même chez ceux qui croient, est difficilement parfaite ! « Qu’il te soit fait, dit le Seigneur, selon ta foi ! » (Mt 8,13).

    Cette parole, moi, je désire ne pas l’entendre ! En effet, pour peu qu’il me soit fait selon ma foi, je périrai. Certes, « je crois en Dieu le Père, je crois en Dieu le Fils, je crois à l’Esprit Saint qui est Dieu, je crois en un seul Dieu », et cependant je ne veux pas qu’il me soit fait « selon ma foi ». Souvent, en effet, survient l’homme ennemi et, au milieu de la moisson du Seigneur, il sème l’ivraie. (…)

    En réalité, bien des fois, dans ma prière, je flâne à travers les rues, je calcule des intérêts, ou bien, emporté par une songerie honteuse, je m’occupe de ce que je rougirais de dire. Où est la foi ? À chacun d’interroger son propre cœur et, dans la vie, il verra combien il est rare de découvrir une âme fidèle au point de ne rien faire par désir de gloire ni rien pour le ‘qu’en-dira-t-on’. (…) En effet, les vices voisinent avec les vertus. Il est difficile de se contenter d’avoir Dieu seul pour juge.

    Saint Jérôme (347-420)

     

     

     

  • « Le Seigneur les envoya devant lui dans toutes les localités où lui-même devait aller. »

    Comblé déjà des grâces de l’Esprit Saint, le bienheureux François a prédit à ses frères ce qui allait leur arriver. Dans le bois voisin de la chapelle de Sainte-Marie de la Portioncule, où ils avaient l’habitude de se retirer pour faire oraison, il a réuni les six frères qu’il avait alors et leur a dit : « Frères très chers, comprenons bien notre vocation : dans sa miséricorde, Dieu ne nous a pas seulement appelés pour notre propre profit, mais aussi pour le service et même le salut de beaucoup d’autres. Allons donc par le monde : exhortons et montrons aux hommes et aux femmes, par notre parole et notre exemple, à faire pénitence de leurs péchés et à se remettre en mémoire les commandements de Dieu qu’ils ont si longtemps tenus dans l’oubli. »

    Puis il a ajouté : « Soyez sans crainte, petit troupeau (Lc 12,32), mais faites confiance au Seigneur. Ne vous demandez pas l’un à l’autre : ‘Et comment donc allons-nous prêcher, ignorants et illettrés comme nous sommes ?’ Rappelez-vous plutôt les paroles du Seigneur à ses disciples : ‘En fait, ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit de votre Père qui parlera en vous’ (Mt 10,20). C’est donc le Seigneur lui-même qui vous communiquera son Esprit et sa sagesse pour exhorter et prêcher aux hommes et aux femmes la voie et la pratique de ses commandements. »

    Vie de saint François d’Assise dite « Anonyme de Pérouse » (13e s.)

     

     

     

  • Affamée et assoiffée d’amour pour l’Époux

    L’âme qui aime vraiment Dieu et le Christ, même si elle a accompli des milliers de bonnes œuvres, se considère comme n’ayant rien fait, à cause de sa faim insatiable de Dieu. Même si elle a épuisé son corps par les jeûnes et les veilles, elle croit n’avoir pas encore débuté dans la vertu. Malgré les dons du Saint-Esprit, les révélations et les mystères célestes, elle pense n’avoir encore rien fait, à cause de son amour immense pour le Seigneur. Toujours elle est affamée et assoiffée, dans la foi et dans l’amour.

    Persévérant dans la prière, elle désire insatiablement les mystères de la grâce et l’acquisition de toute vertu. Blessée d’amour pour l’Esprit céleste, animée d’un désir ardent envers son Époux céleste, elle aspire à la grâce d’une communion parfaite, mystérieuse, et ineffable avec lui, dans la sanctification de l’Esprit. Elle attend que les voiles tombent devant son visage et que, face à face, elle puisse voir son Époux dans la lumière spirituelle et indicible, qu’elle soit unie à lui en toute certitude, qu’elle soit transformée à l’image de sa mort. Dans son grand désir de mourir pour le Christ, elle attend avec certitude d’être délivrée du péché et de toutes les ténèbres des passions. Ainsi purifiée par l’Esprit, sanctifiée dans son corps et dans son âme (…), elle a été rendue digne d’accueillir le vrai Roi, le Christ lui-même.

    Homélie attribuée à saint Macaire d’Égypte (?-390)

     

     

  • « Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » (Mt 9,13)

    Le Seigneur te dit, comme à Matthieu : « Suis-moi » (Mt 9,9).

    Quand donc tu recherches de tout ton cœur ton Maître bien-aimé, si, sur le chemin de la vie, ton pied heurte la pierre des passions (cf. Ps 90(91),12 LXX), ou si, bien souvent, là où se trouvent des lieux de boue, tu glisses sans le vouloir et fais une chute, chaque fois que tu tombes et te meurtris le corps, relève-toi de tout ton cœur et recherche le Seigneur, jusqu’à ce que tu parviennes à lui. Ainsi « dans ton sanctuaire, dans ton souvenir, je parais devant toi pour voir la puissance et la gloire » qui me sauvent, et : « En ton nom, Seigneur, j’élèverai mes mains et je répondrai. Comme de moelle et de graisse, je serai rassasié, et se réjouiront mes lèvres qui Te chantent » (62(63),3.5.6 LXX). Car ce m’est une grande chose d’être nommé chrétien, comme me dit le Seigneur par Isaïe : « C’est pour toi une grande chose d’être appelé mon enfant » (cf. Is 49,6 LXX). (…)

    De toutes tes forces garde-toi pour ne pas tomber. Car tomber n’est pas digne de celui qui est fort et qui lutte. Mais s’il t’arrive de tomber, relève-toi aussitôt et reprend le bon combat. Quand bien même il t’arriverait dix mille fois de tomber, dix mille fois refais ce geste : relève-toi. Jusqu’à ta mort. Car il est écrit : « Si le juste tombe sept fois, c’est-à-dire toute sa vie durant, il se relèvera sept fois » (cf. Pr 24,16).

    Jean Carpathios (VIIe s.)

     

     

  • « Lève-toi et marche ! »

    « Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité le Christ Jésus vivifiera aussi vos corps mortels. » (Rm 8,11) Maintenant c’est un corps humain naturel ; alors ce sera un corps spirituel. « Car le premier homme, Adam, était un être humain qui avait reçu la vie, mais le dernier Adam, le Christ, est devenu l’être spirituel qui donne la vie » (1Co 15,45). Voilà pourquoi « il rendra la vie à vos corps mortels, à cause de l’Esprit qui habite en vous ».

    Oh ! quel heureux alléluia nous chanterons alors ! Quelle sécurité ! Plus d’adversaire, plus d’ennemi ; nous ne perdrons aucun ami. Ici-bas nous chantons les louanges de Dieu au milieu de nos soucis ; au ciel, nous les chanterons dans une parfaite tranquillité. Nous les chantons ici-bas comme devant mourir ; au ciel, ce sera dans une vie qui ne finit pas. Ici-bas, dans l’espérance ; au ciel, dans la réalité. Ici-bas nous sommes voyageurs ; alors nous serons dans notre patrie. Chantons donc dès maintenant, frères, non pour savourer le repos mais pour alléger notre travail. Chantons comme le font les voyageurs. Chante, mais sans cesser de marcher ; chante pour te réconforter au milieu des fatigues. (…) Chante et marche !

    Qu’est-ce à dire, marche ? Va de l’avant ; fais des progrès dans le bien. (…) Va de l’avant en marchant vers le bien ; avance dans la foi et dans la pureté des mœurs. Chante et marche ! Ne t’égare pas ; ne retourne pas en arrière ; ne reste pas sur place. Tournons-nous vers le Seigneur.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • Fête de saint Thomas, apôtre

    « Mets ton doigt dans la marque des clous.  » Tu me cherchais quand je n’étais pas là, profites-en maintenant. Je connais ton désir malgré ton silence. Avant que tu ne me le dises, je sais ce que tu penses. Je t’ai entendu parler, et quoique invisible, j’étais auprès de toi, auprès de tes doutes  ; sans me faire voir, je t’ai fait attendre, pour mieux regarder ton impatience. « Mets ton doigt dans la marque des clous. Mets ta main dans mon côté, et ne sois plus incrédule, mais crois.  »

    Alors Thomas le touche, et toute sa défiance tombe  ; rempli d’une foi sincère et de tout l’amour que l’on doit à Dieu, il s’écrie  : « Mon Seigneur et mon Dieu  !  » Et le Seigneur lui dit  : « Parce que tu m’as vu, tu as cru  ; heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru  !  » Thomas, porte la nouvelle de ma résurrection à ceux qui ne m’ont pas vu. Entraîne toute la terre à croire non à ses yeux, mais à ta parole. Parcours les peuples et les cités lointaines. Apprends-leur à porter la croix sur les épaules au lieu des armes. Ne fais que m’annoncer  : ils croiront et m’adoreront. Ils n’exigeront pas d’autres preuves. Dis-leur qu’ils sont appelés par la grâce, et toi, contemple leur foi  : Heureux, en vérité, ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru  !

    Telle est l’armée que lève le Seigneur  ; tels sont les enfants de la piscine baptismale, les œuvres de la grâce, la moisson de l’Esprit. Ils ont suivi le Christ sans l’avoir vu, ils l’ont cherché et ils ont cru. Ils l’ont reconnu avec les yeux de la foi, non ceux du corps. Ils n’ont pas mis leur doigt dans les marques des clous, mais ils se sont attachés à sa croix et ont embrassé ses souffrances. Ils n’ont pas vu le côté du Seigneur, mais par la grâce, ils sont devenus les membres de son corps et ils ont fait leur sa parole  : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru  !  »

    Basile de Séleucie (?-v. 468)

     

     

  • Appelle Jésus Christ à ton aide

    Il faut armer notre ardeur contre les seuls démons qui, dans l’ordre de la raison, nous haïssent et exercent leur propre ardeur contre nous. Quant à la manière de mener selon les circonstances cette guerre qui est en nous, écoute et fais ceci : joins la prière à la sobriété et à la vigilance, car la vigilance, qui ne cessent de veiller, aperçoivent ceux qui entrent : elles les empêchent un moment d’entrer, puis elles appellent au secours le Seigneur Jésus Christ, pour qu’il chasse les ennemis mauvais. L’attention les empêche d’entrer, en s’opposant à eux. Et Jésus, invoqué, chasse les démons et leurs fantasmes.

    Mets beaucoup de rigueur à garder ton intelligence. Dès que tu prends conscience d’une pensée, réfute-la. Mais aussitôt appelle vite le Christ à ton aide. Le doux Jésus, avant même que tu aies fini de parler, te dira : « Je suis venu assurer ta défense ». Et quand ta prière aura renversé tous ces ennemis, veille de nouveau sur ton intelligence. Voici que des vagues encore plus nombreuses que les premières arrivent l’une après l’autre, et sur elle nage ton âme. Mais Jésus revient, éveillé par son disciple, et il commande en Dieu aux vents mauvais (cf. Mt 8,23-27). Pour ces grâces, consacre une heure si tu peux, ou un instant, à glorifier Celui qui t’a sauvé.

    Philothée le Sinaïte

     

     

     

  • Conservez au cœur le brûlant désir de vous unir au Christ pauvre et crucifié

    Sœur très chère, ou plutôt Dame que je ne saurais trop révérer puisque vous êtes à la fois épouse, mère et sœur de mon Seigneur Jésus-Christ, armez-vous de courage pour le service de Dieu sous le glorieux étendard de l’inviolable virginité et de la très sainte pauvreté ; conservez au cœur le brûlant désir de vous unir au Christ pauvre et crucifié, qui a souffert pour nous tous le supplice de la croix, qui nous a ainsi arrachés à la puissance du prince des ténèbres dont la faute de nos premiers parents nous avait rendus esclaves et qui nous a réconciliés avec Dieu son Père.

    Ô bienheureuse pauvreté, qui prodigue des richesses éternelles à ceux qui l’aiment et la pratiquent ! Ô sainte pauvreté, en échange de laquelle Dieu offre et promet formellement le royaume des cieux, la gloire éternelle et la vie bienheureuse ! Ô chère pauvreté, que le Seigneur Jésus-Christ a daigné préférer à toute autre chose, lui qui, de toute éternité, régnait sur le ciel et sur la terre, lui qui a parlé et tout a été fait ! Les renards, disait-il, ont une tanière, et les oiseaux du ciel leur nid, mais le Fils de l’Homme, c’est-à-dire le Christ, n’a pas trouvé où reposer sa tête ; quand il a laissé reposer sa tête, ce fut pour jamais, et il rendit l’esprit.

    Sainte Claire d’Assise (1193-1252)

     

     

     

  • « Suis-moi ! »

    Le Sauveur nous a précédés sur le chemin de la pauvreté. Tous les biens du ciel et de la terre lui appartenaient. Ils ne présentaient pour lui aucun danger ; il pouvait en faire usage tout en gardant son cœur entièrement libre. Mais il savait qu’il est presque impossible à un être humain de posséder des biens sans s’y subordonner et en devenir esclave. C’est pourquoi il a tout abandonné et nous a montré ainsi par son exemple plus encore que par ses paroles que seul possède tout celui qui ne possède rien. Sa naissance dans une étable et sa fuite en Égypte montraient déjà que le Fils de l’homme ne devait pas avoir d’endroit où reposer la tête. Qui veut le suivre doit savoir que nous n’avons pas ici-bas de demeure permanente. Plus vivement nous en prendrons conscience, plus ardemment nous tendrons vers notre demeure future et nous exulterons à la pensée que nous avons droit de cité au ciel.

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)