Catégorie : Ecritures

  • « Qui s’abaissera sera élevé. »

    Celui qui reconnaît ses propres péchés…est plus grand que celui qui ressuscite les morts par sa prière. Celui qui gémit une heure sur son âme est plus grand que celui qui embrasse le monde entier par sa contemplation. Celui à qui a été donné de voir la vérité sur lui-même est plus grand que celui à qui a été donné de voir les anges.

    Isaac le Syrien (7e siècle)

  • Aimer de l’amour même de Dieu !

    [Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] Sache-le bien, toute imperfection ou toute perfection dans l’amour se manifeste et s’acquiert vis-à-vis de Moi, et aussi pareillement à l’égard du prochain. Elles le savent bien, les âmes simples, qui souventes fois aiment les créatures d’un amour spirituel. Si elles m’aiment d’un amour épuré et désintéressé, c’est purement aussi et avec désintéressement qu’elles aiment leur prochain.

    Il en est comme du vase que l’on remplit à la fontaine. Si on le retire de la source pour boire, il est bientôt vide. Mais si on le tient plongé dans la source, on peut y boire toujours, il demeure toujours plein. Ainsi en est-il pour l’amour du prochain, spirituel ou temporel : il le faut boire en Moi, sans autre considération. Car je vous demande de m’aimer du même amour dont je vous aime.

    En vérité vous ne le sauriez faire complètement. Moi je vous ai aimés, avant d’être aimé, et dès lors, tout amour que vous avez pour moi, est une dette que vous acquittez, non une grâce que vous me faites, tandis que l’amour que j’ai pour vous est une faveur que je vous accorde, mais que je ne vous dois pas. Vous ne pouvez donc me rendre, à Moi, l’amour que je vous réclame. Mais je vous ai placés à côté de votre prochain, pour vous permettre de faire pour lui ce que vous ne pouvez faire pour moi : l’aimer par grâce, et avec désintéressement, sans en attendre aucun avantage. Je considère alors comme fait à moi ce que vous faites au prochain.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • « Comment es-tu entré, sans avoir le vêtement de noce ? »

    Il est un homme qui jadis se mêla à la noce dont parlent les Évangiles. En négligé, il entra, s’étendit et se mit à manger, car il avait eu l’accord de l’époux. Mais il aurait fallu que ce convive voyant que tout le monde portait des habits blancs, revêtît lui aussi un vêtement de cette couleur.

    Loin d’en agir ainsi, il prit sa part des plats tout comme les autres, alors que ni sa tenue ni ses dispositions ne l’assimilaient à eux. Cependant, libéral, l’époux n’est pas pour autant dépourvu de discernement. En faisant le tour des convives un à un, et en les regardant (non qu’il s’intéressât à leur manière de manger, mais bien à leur tenue), il vit un intrus qui n’avait pas la robe des noces et lui dit : « Mon ami, comment es-tu entré ici ? » (Mt 22,12) avec quelle couleur ? avec quelle conscience ? Je veux bien que le portier ne t’ait pas empêché d’entrer, tant est libéral l’intendant. Tu ignorais, soit, quel vêtement était de rigueur pour être admis au festin : tu es entré, tu as vu les vêtements pour ainsi dire fulgurants des convives : n’aurait-il pas fallu, du moins, tirer de ce qui frappait tes yeux, une leçon ? N’aurait-il pas fallu faire une honnête entrée, pour faire une honnête sortie ? Mais voici que ta fâcheuse entrée te vaut aussi une fâcheuse expulsion. (…)

    Tu as vu ce qui est arrivé à l’homme de ce jour-là : veille à ton propre cas. (…) Il est possible que tu sois entré avec une âme maculée de péchés et avec une intention souillée. (…) Fais aujourd’hui une honnête sortie, et demain une très honnête rentrée. Si ton âme avait pour vêtement l’avarice, entre avec un autre. Dépouille le vêtement que tu as porté, ne mets rien par-dessus ; dépouille-moi fornication et impureté, et revêts-moi la très éclatante robe de la chasteté. Je te donne cet avis avant que n’entre l’Époux des âmes, Jésus, et qu’il ne voie tes vêtements.

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

  • « Pourquoi êtes-vous restés là toute la journée sans rien faire ? »

    Nous pouvons répartir ces diverses heures du jour entre les âges de la vie de chaque homme. Le petit jour, c’est l’enfance de notre intelligence. La troisième heure peut s’entendre de l’adolescence, car le soleil y prend alors déjà, pour ainsi dire, de la hauteur, en ce que les ardeurs de la jeunesse commencent à s’y échauffer. La sixième heure, c’est l’âge de la maturité : le soleil y établit comme son point d’équilibre, puisque l’homme est alors dans la plénitude de sa force. La neuvième heure désigne la vieillesse, où le soleil descend en quelque sorte du haut du ciel, parce que les ardeurs de l’âge mûr s’y refroidissent. Enfin, la onzième heure est cet âge qu’on nomme extrême vieillesse. (…) Puisque les uns sont conduits à une vie honnête dès l’enfance, d’autres durant l’adolescence, d’autres à l’âge mûr, d’autres dans la vieillesse, d’autres enfin dans l’âge très avancé, c’est comme s’ils étaient appelés à la vigne aux différentes heures du jour.

    Examinez donc votre façon de vivre, frères, et voyez si vous avez commencé à agir comme les ouvriers de Dieu. Réfléchissez bien, et considérez si vous travaillez à la vigne du Seigneur. (…) Celui qui a négligé de vivre pour Dieu jusqu’en son dernier âge est comme l’ouvrier resté sans rien faire jusqu’à la onzième heure. (…) « Pourquoi êtes-vous là toute la journée sans rien faire ? » C’est comme si l’on disait clairement : « Si vous n’avez pas voulu vivre pour Dieu durant votre jeunesse et votre âge mûr, repentez-vous du moins en votre dernier âge. (…) Venez quand même sur les chemins de la vie ». (…)

    N’est-ce pas à la onzième heure que le larron est venu ? (Lc 23,39s) Ce n’est pas par son âge avancé, mais par son supplice qu’il s’est trouvé arrivé au soir de sa vie. Il a confessé Dieu sur la croix, et il a rendu son dernier souffle presque au moment où le Seigneur rendait sa sentence. Et le Maître du domaine, admettant le larron avant Pierre dans le repos du paradis, a bien distribué le salaire en commençant par le dernier.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

  • « Si tu veux… »

    Ce jeune homme sent bien que si rien ne manque à sa vertu, la vie lui fait encore défaut. C’est pourquoi il vient la demander à celui-là seul qui peut l’accorder. Il est sûr d’être en règle avec la Loi ; cependant il implore le Fils de Dieu. D’une foi il passe à une autre foi. Les amarres de la Loi le défendaient mal du roulis ; inquiet, il quitte ce mouillage dangereux et vient jeter l’ancre au port du Sauveur.

    Jésus ne lui reproche pas d’avoir manqué à quelque article de la Loi, mais il se met à l’aimer (Mc 10,21), ému par cette application de bon élève. Toutefois il le déclare encore imparfait… : il est bon ouvrier de la Loi, mais paresseux pour la vie éternelle. C’est déjà bien, sans aucun doute ; « la sainte Loi » est comme un pédagogue (Rm 7,12; Ga 3,24) qui instruit par la crainte et achemine vers les commandements sublimes de Jésus et vers sa grâce. « Jésus est la plénitude de la Loi pour justifier tous ceux qui croient en lui » (Rm 10,4). Il n’est pas un esclave fabriquant d’esclaves, mais il donne la qualité de fils, frères, cohéritiers, à tous ceux qui accomplissent la volonté du Père (Rm 8,17; Mt 12,50)…

    Ce mot « si tu veux » montre admirablement la liberté du jeune homme ; il ne tient qu’à lui de choisir, il est maître de sa décision. Mais c’est Dieu qui donne, parce qu’il est le Seigneur. Il donne à tous ceux qui désirent et y emploient toute leur ardeur et prient, afin que le salut soit leur propre choix. Ennemi de la violence, Dieu ne contraint personne, mais il tend la grâce à ceux qui la cherchent, l’offre à ceux qui la demandent, ouvre à ceux qui frappent (Mt 7,7).

    Saint Clément d’Alexandrie (150-v. 215)

  • « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi… » (Mt 5,12)

    Tout homme est débiteur de Dieu, et il a son frère pour débiteur. En effet, qui serait celui qui ne doit rien à Dieu, sinon celui en qui on ne peut trouver aucun péché ? Et qui n’a pas un frère pour débiteur, sinon celui que personne n’a offensé ? Crois-tu pouvoir trouver une seule personne dans le genre humain, qui ne soit redevable à son frère pour quelque faute ?

    Tout homme donc est débiteur et il a des débiteurs. C’est pourquoi le Dieu juste te donne à l’égard de ton débiteur une règle de conduite qu’il suit à l’égard du sien. Car il y a deux œuvres de miséricorde qui peuvent nous libérer, et que le Seigneur lui-même nous enseigne en peu de mots dans son Évangile : « Pardonnez, et vous serez pardonnés ; donnez, et on vous donnera » (Lc 6,37s) (…) : il s’agit de l’indulgence et de la bonté.

    Voici ce qu’il nous enseigne sur le pardon : tu veux qu’on te pardonne tes péchés, et tu as aussi des péchés à pardonner aux autres. Il en va de même pour la charité : un mendiant te demande l’aumône et toi tu es le mendiant de Dieu, car nous sommes tous les mendiants de Dieu quand nous le prions. Nous nous tenons ou plutôt nous nous prosternons devant la porte de notre Père, devant sa grande richesse. Nous le supplions en gémissant, désireux de recevoir de lui quelque chose : or ce quelque chose, c’est Dieu lui-même. Que te demande le mendiant ? Du pain. Et toi, que demandes-tu à Dieu si ce n’est le Christ qui a dit : « Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel » (Jn 6,51). Vous voulez être pardonnés ? « Pardonnez, et on vous pardonnera. » Vous voulez recevoir ? « Donnez, et on vous donnera. »

    Saint Augustin (354-430)

  • « Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. »

    Tout est commun entre l’Époux et son épouse, c’est-à dire entre le Christ et l’Église : l’honneur de recevoir la confession et le pouvoir de la rémission des péchés. C’est la raison de cette parole : « Va te montrer au prêtre » (Mt 8,4). (…) L’Église ne peut rien remettre sans le Christ ; et le Christ ne veut rien remettre sans l’Église. L’Église ne peut rien remettre sinon au pénitent, c’est-à-dire à celui que le Christ a d’abord touché ; et le Christ ne veut pas donner la rémission à ceux qui méprisent l’Église.

    Le Christ, qui est tout-puissant, peut tout par lui-même : baptiser, consacrer l’eucharistie, ordonner, remettre les péchés, et le reste ; mais, puisqu’il est un Époux humble et fidèle, il ne veut rien faire sans son épouse. « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » (Mt 19,6) ; « Ce mystère est grand, je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église » (Ep 5,32). (…) Garde-toi donc de séparer la Tête du corps (Col 1,18), ce qui empêcherait le Christ d’exister tout entier. Car le Christ n’existe nulle part tout entier sans l’Église, tout comme l’Église n’existe nulle part tout entier sans le Christ. En effet, le Christ total, intégral, c’est la Tête et le corps.

    Isaac de l’Étoile (?-v. 1171)

  • « Les fils sont libres… »

    L’apôtre Paul dit que la création elle-même attend la révélation des enfants de Dieu (Rm 8,19). Cette création est maintenant livrée malgré elle au pouvoir du néant ; mais elle est dans l’espérance. Car elle espère que le Christ l’aidera par sa grâce à se libérer de l’esclavage de la dégradation inévitable, et à recevoir la liberté glorieuse des enfants de Dieu. Ainsi il y aura une seule liberté, pour la création et pour les enfants de Dieu, lorsque la gloire de ceux-ci se révélera. Mais maintenant, tant que cette révélation se fait désirer, toute la création gémit en attendant de partager la gloire de notre adoption et de notre rédemption (v. 22)…

    Il est clair que les créatures qui gémissent en attendant l’adoption des fils ont en elles les premiers dons de l’Esprit (v. 9s). Cette adoption des fils, c’est la rédemption du corps tout entier, lorsque celui-ci, en qualité de fils adoptif de Dieu, verra face à face ce bien éternel et divin. Il y a déjà adoption filiale dans l’Église du Seigneur lorsque l’Esprit en nous s’écrie : « Abba, Père » (v. 15). Mais cette adoption sera parfaite lorsque ceux qui seront admis à voir la face de Dieu ressusciteront tous dans l’immortalité, l’honneur et la gloire. Alors la condition humaine s’estimera vraiment rachetée. C’est pourquoi l’apôtre Paul ose dire : « Nous avons été sauvés en espérance » (v. 24). En effet, l’espérance sauve, comme la foi, dont il est dit : « Ta foi t’a sauvé » (Mc 5,34).

    Saint Ambroise (v. 340-397)

  • « Heureux ce serviteur… » (Lc 12,43)

    Hâtez-vous d’autant que le temps presse (cf. 1 Co 7,29). Semez les vertus dans vos cœurs, afin de récolter un fruit de justice (cf. Ph 1,11). Que nul ne se laisse abattre, de peur de s’entendre dire par l’auteur des Proverbes : « Observe, paresseux, la fourmi et l’abeille industrieuse » (Pr 6,6).

    Que nul ne soit trompeur, ni déloyal, en se conduisant d’une façon et en parlant d’une autre, de peur d’être repoussé, selon les paroles du saint psalmiste David : « Le Seigneur exterminera toute lèvre trompeuse, toute langue orgueilleuse » (Ps 11,4). Que nul ne soit oisif, relâché et dissolu d’âme et de corps, de peur que ne lui soit infligé de la part du divin Paul ce blâme : « Quant au paresseux qu’il ne mange pas non plus » (2 Th 3,10). Que nul ne soit orgueilleux, de peur d’être visé par ces paroles du divin Jacques : « Le Seigneur résiste aux orgueilleux, mais il donne la grâce aux humbles » (Jc 4,6 ; 1 P 5,5).

    Mais tous, marchons bien réveillés dans le Seigneur, accomplissons ses commandements, apportons à ce qui est en quelque sorte le trésor (cf. Mc 41-44) commun de notre vie la contribution qui est en notre pouvoir (…). Que personne absolument n’apparaisse aux regards du Dieu vivant les mains vides (cf. Mc 12,41-44) ! Car il accepte non seulement l’offrande des lourds emplois, mais encore celle des plus petits (…) , comme il a accepté les deux sous de la veuve ; Dieu, en effet, mesure les intentions et c’est sur elles qu’il juge les actions.

    Puisque donc, mes enfants, nous avons un Dieu bon et plein de miséricorde et qui désire plus que nous notre salut, marchons sur son droit chemin et nous trouverons le repos pour nos âmes (cf. Mt 11,29 ; Jr 6,16).

    Saint Théodore le Studite (759-826)

  • Si nous avions le bonheur de connaître la valeur de notre âme !

    Mes frères, si nous avions le bonheur de connaître la valeur de notre âme, avec quel soin ne la conserverions-nous pas ? Hélas ! nous ne le comprendrons jamais assez ! Vouloir, mes frères, vous montrer la grandeur de la valeur d’une âme : ceci est impossible à un mortel ; il n’y a que Dieu seul qui connaisse toutes les beautés, les perfections dont il orne une âme.

    Je vous dirai seulement que tout ce que Dieu a créé : le ciel, la terre et tout ce qu’ils renferment, toutes ces merveilles sont créées en sa faveur. (…) Cette âme a, comme Dieu, le pouvoir de connaître, d’aimer et de se déterminer librement dans toutes ses actions. Voilà, mes frères, le plus bel éloge que nous puissions faire des qualités dont Dieu a embellit notre âme, créée par les trois personnes de la Sainte Trinité et à leur ressemblance. Un esprit, comme Dieu, éternel pour l’avenir, capable de connaître les beautés et toutes les perfections de Dieu autant qu’il est possible à une créature ; une âme, qui est l’objet des complaisances des trois Personnes divines ; une âme, qui peut glorifier Dieu dans toute ses actions ; une âme, dont toute l’occupation sera de chanter les louanges de Dieu pendant des jours sans fin ; une âme, qui sera lumineuse du bonheur de Dieu même ; une âme qui a une telle liberté dans toutes ses actions, qu’elle peut donner son amitié, son amour à qui bon lui semble. (…)

    Disons tout en un mot, mes frères : notre âme est quelque chose de si grand, de si précieux, qu’il n’y a que Dieu seul qui la surpasse.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)