Catégorie : Ecritures

  • « Je suis là au milieu d’eux. »

    Le Seigneur a dit : « Si deux d’entre vous sur la terre unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». Il montre ainsi que ce n’est pas le grand nombre de ceux qui prient, mais leur unanimité, qui obtient le plus de grâces. « Si deux d’entre vous sur la terre unissent leurs voix » : le Christ met en premier l’unité des âmes, il met en avant la concorde et la paix. Qu’il y ait plein accord entre nous, voilà ce qu’il a constamment et fermement enseigné. Or, comment peut-il s’accorder avec un autre, celui qui n’est pas en accord avec le corps de l’Église et avec l’ensemble des frères ? (…) Le Seigneur parle de son Église, il parle à ceux qui sont dans l’Église : s’ils sont d’accord entre eux, s’ils font leur prière conformément à ses recommandations et à ses conseils, c’est-à-dire même si à deux ou trois seulement ils prient d’une seule âme, alors même à deux ou trois seulement, ils peuvent obtenir ce qu’ils demandent à la majesté de Dieu.

    « Partout où deux ou trois sont réunis en mon nom je suis avec eux » : c’est-à-dire il est avec les pacifiques et les simples, avec ceux qui craignent Dieu et observent ses commandements. Il dit qu’il est avec deux ou trois seulement comme il était avec les trois jeunes gens dans la fournaise ; parce qu’ils demeuraient simples envers Dieu et unis entre eux, il les a réconfortés d’un souffle de rosée au milieu des flammes (Dn 3,50). Il en a été de même pour les deux apôtres enfermés en prison ; parce qu’ils étaient simples, parce qu’ils étaient unis de cœur, il les a assistés, il a brisé les portes de leur cachot (Ac 5,19)… Quand donc le Christ inscrit parmi ces préceptes cette parole : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je serai au milieu d’eux », il ne sépare pas des gens de l’Église qu’il a lui-même instituée. Mais il reproche aux égarés leur discorde et recommande la paix à ses fidèles.

    Saint Cyprien (v. 200-258)

     

     

     

     

  • Ce qui fait plaisir à Dieu

    Pensez-vous, mes sœurs, le plaisir que Dieu prend à considérer une âme attentive à lui plaire, soigneuse de lui offrir ce qu’elle entreprend de faire ? Ah ! cela n’est pas imaginable, mes sœurs, et l’on a grande raison de dire que cela donnait de la joie à Dieu. Ah ! oui, c’est sa joie, c’est son bon plaisir, ce sont ses délices. Il en est comme d’un enfant qui a soin d’apporter à son père tout ce qu’on lui donne ; si quelqu’un lui donne quelque chose, il n’a point de repos qu’il n’ait trouvé son père : « Tenez, mon papa ; voilà ce que j’ai ; l’on m’a donné ceci ; j’ai fait cela. » Et ce père prend un plaisir indicible à voir la docilité de cet enfant et ces petites marques d’amour et de sa dépendance.

    De même, mes chères sœurs, en est-il de Dieu, et à un degré bien autre. Quand une âme, dès le matin lui dit : « Mon Dieu, je vous offre tout ce qui m’arrivera en ce jour », et que, de plus, aux principales occasions qui se présentent de faire ou de pâtir, elle jette un regard vers sa divine Majesté pour lui dire d’un langage muet : « Voilà, mon Dieu, ce que je m’en vais faire pour votre amour ; cette rencontre m’est fâcheuse et dure à supporter ; mais pour votre amour, rien ne m’est impossible » ; alors, mes filles, Dieu augmente la grâce, à mesure que sa bonté voit l’usage que l’âme en fait, et si elle a eu aujourd’hui de la force pour surmonter une difficulté, elle en aura demain pour passer par-dessus une autre ou plusieurs beaucoup plus grandes et fâcheuses.

    Saint Vincent de Paul (1581-1660)

     

     

     

  • « Les fils sont libres. »

    Puisque le Christ a réconcilié le monde avec Dieu, lui-même n’a certes pas eu besoin de réconciliation. Pour quel péché aurait-il expié, en effet, lui qui n’a commis aucun péché ? Lorsque les juifs réclamaient les deux drachmes qu’on versait à cause du péché, selon la Loi, il avait dit à Pierre : « Simon, les rois de la terre, de qui reçoivent-ils taxes et impôts : de leurs enfants ou des étrangers ? » Pierre répondit : « Des étrangers ». Le Seigneur lui dit alors : « Donc, les enfants n’y sont pas soumis. Mais pour ne pas les heurter, jette l’hameçon, saisis le premier poisson, et en lui ouvrant la bouche, tu trouveras une pièce d’argent : prends-la et donne-la pour moi et pour toi. »

    Il montre ainsi qu’il ne doit pas expier les péchés pour lui-même, parce qu’il n’était pas esclave du péché ; comme Fils de Dieu, il était libre de toute erreur. En effet, le fils libère, tandis que l’esclave est assujetti au péché. Donc celui qui est entièrement libre n’a pas à payer de rançon pour sa vie, et son sang pouvait être une rançon surabondante pour racheter tous les péchés du monde entier. Il est normal qu’il libère les autres, celui qui ne doit rien pour lui-même.

    J’irai plus loin. Non seulement le Christ ne doit pas verser la rançon de sa propre rédemption ni expier pour son propre péché, mais encore, si tu considères n’importe quel homme, il est compréhensible que chacun d’eux ne doit pas expier pour lui-même. Car le Christ est l’expiation de tous, la rédemption de tous.

    Saint Ambroise (v. 340-397)

     

     

     

     

  • « Les intendants du mystère de Dieu »

    Le Seigneur a dit, voulant montrer le devoir spécial des serviteurs qu’il a mis à la tête de son peuple : « Quel est donc l’intendant fidèle et sensé à qui le maître de maison a confié la charge de sa famille pour lui donner en temps voulu la mesure de blé ? Heureux serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera occupé à ce travail. » Qui est ce maître de maison ? Le Christ, sans aucun doute, puisqu’il a dit à ses disciples : « Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car vraiment je le suis » (Jn 13,13). Et quelle est cette famille ? C’est évidemment celle que le Seigneur lui-même a rachetée (…). Cette famille sainte est l’Église catholique qui se répand dans le monde entier par sa grande fécondité, et qui se glorifie d’avoir été rachetée par la rançon du sang de son Seigneur. Comme lui-même l’a dit : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10,45). Il est aussi le bon Pasteur, qui a « donné sa vie pour ses brebis » (Jn 10,11).

    (…) Mais qui est cet intendant, qui doit être en même temps fidèle et sensé ? L’apôtre Paul nous le montre lorsqu’il dit, à propos de lui-même et de ses compagnons : « Que l’on nous regarde comme les serviteurs du Christ et les intendants des mystères de Dieu. Et ce que l’on demande aux intendants, c’est de se montrer fidèles » (1Co 4,1-2). Mais personne d’entre nous ne doit penser que les apôtres sont les seuls à avoir reçu la charge d’intendants ; (…) les évêques aussi sont des intendants, lorsque Paul dit : « Il faut que l’évêque soit irréprochable, en sa qualité d’intendant de Dieu » (Tt 1,7).

    Nous, les évêques, sommes donc les serviteurs du maître de maison, nous sommes les intendants du Seigneur, nous avons reçu la mesure de blé que nous devons vous distribuer.

    Saint Fulgence de Ruspe (467-532)

     

     

     

  • Fête de saint Laurent, diacre et martyr

    Dans l’Église de Rome, le bienheureux Laurent exerçait les fonctions de diacre. C’est là qu’il distribuait aux fidèles le sang sacré du Christ, et c’est là qu’il a versé son propre sang pour le nom du Christ. (…) L’apôtre saint Jean a mis en pleine clarté le mystère de la Cène du Seigneur lorsqu’il a dit : « Jésus a donné sa vie pour nous ; nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères » (1Jn 3,16). Saint Laurent a compris cela, mes frères, il l’a compris et il l’a fait ; il a préparé cette offrande par ce qu’il avait consommé à cette table. Il a aimé le Christ par sa vie ; il l’a imité par sa mort.

    Et nous, mes frères, si nous l’aimons vraiment, nous devons l’imiter. La meilleure preuve que nous puissions lui donner de notre amour, c’est d’imiter ses exemples. « Le Christ a souffert pour nous et nous a laissé son exemple pour que nous suivions ses traces » (1P 2,21). (…) Dans le jardin du Seigneur il y a vraiment toutes sortes de fleurs : non seulement les roses des martyrs, mais aussi les lys des vierges, le lierre des gens mariés, les violettes des veuves. Absolument aucune catégorie de gens, mes bien-aimés, ne doit désespérer de sa vocation : c’est pour tous que le Seigneur a souffert. (…) Il faut donc comprendre comment, sans répandre notre sang, sans affronter les souffrances du martyre, le chrétien doit suivre le Christ.

    L’apôtre Paul dit, au sujet du Christ Seigneur : « Lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ». Quelle majesté ! « Mais au contraire, il se dépouilla lui-même, en prenant la condition de serviteur, devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement » (Ph 2,6s). Quel abaissement ! Le Christ s’est abaissé : voilà, chrétien, ce qui est à ta disposition. « Le Christ s’est fait obéissant » (v. 8) : alors pourquoi être orgueilleux ?(…) Ensuite, après être allé jusqu’au bout de cet abaissement et avoir terrassé la mort, le Christ est monté au ciel : suivons-le.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • Réveille en toi mon esprit assoupi !

    Ô Amour, stable, fort et toujours victorieux, que ton industrie m’enseigne à aimer Jésus avec une invincible constance et à le servir avec une inébranlable persévérance. Réveille-moi, secoue-moi, afin que je sois toujours prête quand mon Seigneur arrivera, à la première ou à la seconde veillée ; et que je ne sois pas engourdie ni endormie, quand le cri se fera entendre à l’heure de minuit ; mais que sous ta motion et ta conduite, j’entre dignement aux noces avec l’Agneau. Et alors, de grâce, fais que ma lampe soit trouvée pleine de l’huile de la charité (Mt 25,4), pleine de l’incendie de l’amour, pleine de la lumière splendide des œuvres que produit une foi vive, afin que par toi je sois mise en possession des délices de la vie éternelle.

    Mon très doux Jésus, Époux très aimé, réveille maintenant en toi mon esprit assoupi ; dans ta mort, rends-moi une vie vécue pour toi seul. Donne-moi une existence qui réponde dignement au prix de ton sang. Donne-moi un esprit qui te goûte, un cœur qui te sente, une âme qui comprenne ta volonté, une vertu qui accomplisse ton bon plaisir, la stabilité qui persévère avec toi. Et, de grâce, à l’heure de ma mort, ouvre-moi sans retard la porte de ton très doux cœur, afin que, par toi, je mérite de pénétrer sans obstacle dans la chambre nuptiale de ton vivant amour où je jouirai de toi et où je te posséderai, ô toi, la vraie joie de mon cœur. Amen.

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

     

     

  • « Sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle. »

    C’était autrefois une source de perplexité pour les croyants, comme nous le lisons dans les psaumes et les prophètes, de voir que les méchants réussissaient là où les serviteurs de Dieu semblaient échouer. Il en est de même au temps de l’Évangile. Et pourtant l’Église a ce privilège spécial, que ne possède aucune autre religion, de savoir qu’ayant été fondée lors de la première venue du Christ, elle ne disparaîtra pas avant son retour.

    Cependant, dans chaque génération, il semble qu’elle succombe et que ses ennemis triomphent. Le combat entre l’Église et le monde a ceci de particulier : il semble toujours que le monde l’emporte sur elle ; mais c’est elle, en fait, qui gagne. Ses ennemis triomphent constamment, la disant vaincue ; ses membres perdent souvent l’espoir. Mais l’Église demeure (…). Les royaumes se fondent et s’écroulent ; les nations s’étendent et se resserrent ; les dynasties commencent et finissent ; les princes naissent et meurent ; les coalitions, les partis, les ligues, les métiers, les corporations, les institutions, les philosophies, les sectes et les hérésies se font et se défont. Ils ont leur temps, mais l’Église est éternelle. Et cependant, en leur temps, ils paraissent avoir une grande importance. (…)

    En ce moment, beaucoup de choses mettent notre foi à l’épreuve. Nous ne voyons pas l’avenir ; nous ne voyons pas que ce qui semble réussir maintenant et se pavaner ne durera pas longtemps. Aujourd’hui, nous voyons des philosophies, des sectes et des clans s’étendre, florissants. L’Église paraît pauvre et impuissante (…). Prions Dieu, pour qu’il nous instruise : nous avons besoin d’être enseignés par lui, nous sommes bien aveugles. Une fois, quand les paroles du Christ les avaient mis à l’épreuve, les apôtres lui ont dit : « Augmente notre foi » (Lc 17,5). Venons à lui sincèrement : nous ne nous connaissons pas ; nous avons besoin de sa grâce. Quelle que soit la perplexité que le monde nous inspire (…), venons à lui avec un esprit pur et sincère. Demandons-lui humblement de nous montrer ce que nous ne comprenons pas, de rabaisser notre cœur quand il s’obstine, et de nous donner de l’aimer et de lui obéir loyalement dans notre recherche.

    Bienheureux John Henry Newman (1801-1890)

     

     

     

     

  • Ô tendresse, prête l’oreille!

    Ô Tendresse ! Tendresse ! ne m’abandonne pas dans mon angoisse. À mes sanglots, à mes cris, ne détourne pas ta face. Que ta charité t’incline à m’écouter avec patience. De grâce, ouvre ton sein, afin que je puisse reposer un moment et épancher mon esprit devant toi. Je suis assurée qu’en vertu de la bonté, de la bienveillance qui t’est naturelle, tu ne dédaignes aucun homme dans la désolation et ne méprise pas celui qui est dans la tribulation. Oh ! combien agréable l’odeur de tes parfums, à ceux qui allaient tomber en défaillance.

    Toi, tu relèves ceux qui sont brisés ; toi, tu délies ceux qui sont enchaînés (Ps 145,7). Toi, tu ne dédaignes personne dans la tribulation ; toi, tu es attentive aux nécessités de tous, d’une manière maternelle et miséricordieuse. Toi, sur les désespérés tu veilles avec tendresse. Toi, à l’indigence de tous tu daignes subvenir avec la plus grande clémence. De grâce, maintenant, à moi indigente, prête l’oreille, afin que pour le bien de mon âme, je puisse avoir avec toi de précieux entretiens et que de toi je reçoive de chers conseils.

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

     

     

     

  • Fête de la Transfiguration du Seigneur

    Jésus gravit la montagne avec les trois disciples qu’il a choisis. Puis, il est transfiguré par une lumière éclatante et divine, au point que son vêtement semblait briller comme la lumière. Ensuite, Moïse et Élie, encadrant Jésus, parlaient entre eux de son départ qui devait s’accomplir à Jérusalem, c’est-à-dire du mystère de son incarnation et de sa Passion salvatrice, qui devait se réaliser sur la croix. Car il est vrai que la loi de Moïse et la prédication des prophètes avaient montré à l’avance le mystère du Christ… Cette présence de Moïse et d’Élie et leur entretien avaient pour but de montrer que la Loi et les prophètes formaient comme l’escorte de notre Seigneur Jésus Christ, le Seigneur qu’ils avaient montré… Après être apparus, ils ne se taisaient pas, mais ils parlaient de la gloire dont le Seigneur allait être comblé à Jérusalem par sa Passion et sa croix, et surtout par sa résurrection.

    Peut-être le bienheureux Pierre, ayant cru que l’avènement du règne de Dieu était arrivé, a-t-il désiré demeurer sur la montagne, car il a dit qu’il fallait « dresser trois tentes, ne sachant pas ce qu’il disait ». Car ce n’était pas le temps de la fin du monde, et ce n’est pas dans le temps présent que les saints jouiront de l’espérance qui leur a été promise. Car saint Paul affirme : « Il transfigurera nos pauvres corps à l’image de son corps de gloire » (Ph 3,21).

    Puisque le plan de salut n’était pas encore achevé, n’étant qu’à son commencement, il n’était pas possible que le Christ, venu par amour dans le monde, renonce à vouloir souffrir pour lui. Car il a gardé la nature humaine pour subir la mort dans sa chair, et la détruire par sa résurrection d’entre les morts.

    Saint Cyrille d’Alexandrie (380-444)

     

     

     

  • « Levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction. »

    Après avoir pris les cinq pains, le Seigneur a tourné son regard vers le ciel pour honorer Celui dont lui-même tient l’être. Il n’était pas obligé de regarder le Père avec ses yeux de chair ; il voulait faire comprendre à ceux qui étaient présents de qui il avait reçu le pouvoir d’accomplir un acte d’une telle puissance. Il donne ensuite les pains à ses disciples. Ce n’est pas par multiplication que les cinq pains en font plusieurs. Les morceaux se succèdent et trompent ceux qui les brisent ; c’est comme s’ils étaient coupés d’avance ! La matière continue à se déployer. (…)

    Ne t’étonne donc pas de ce que les sources coulent, de ce qu’il y ait des grappes aux ceps de vigne, de ce que des ruisseaux de vin s’écoulent à partir des grappes. Toutes les ressources de la terre se répandent selon un rythme annuel indéfectible. Une telle multiplication de pains révèle l’action de l’auteur de l’univers. Normalement, il impose à un tel accroissement une limite ; car il connaît à fond les lois de la matière. Dans la création visible s’opère un travail invisible. Le mystère de l’action présente est l’œuvre du Seigneur des mystères célestes. La puissance de Celui qui agit dépasse toute la nature, et la méthode de cette Puissance déborde la compréhension du fait. Seule demeure l’admiration pour ce pouvoir.

    Saint Hilaire (v. 315-367)