Catégorie : Ecritures

  • « Tous les prophètes, ainsi que la Loi, ont parlé jusqu’à Jean. »

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    Jusqu’à Jean Baptiste la Loi et les prophètes comportaient des préfigurations qui avaient pour but d’annoncer l’avenir. Mais les sacrements de la nouvelle Loi, ceux de notre temps, attestent la venue de ce que les anciens proclamaient à venir. Et Jean a été, de tous les précurseurs du Christ, le messager qui l’annonce de plus près.

    Car tous les justes et tous les prophètes des siècles antérieurs avaient désiré voir l’accomplissement de ce qu’ils discernaient déjà dans cet avenir dont l’Esprit Saint leur soulevait le voile. Le Seigneur Jésus le dit en personne : « Bien des justes et bien des prophètes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu » (Mt 13,17). C’est pourquoi il a été dit de Jean Baptiste qu’il était « plus que prophète » et qu’« aucun des enfants des femmes ne l’a surpassé » (Mt 11,9-11).

    En effet, les justes des premiers temps avaient eu seulement la faveur d’annoncer le Christ ; Jean Baptiste, lui, a eu la grâce de l’annoncer encore absent et de le voir enfin présent. Il a vu à découvert celui que les autres ont désiré voir. C’est pourquoi le signe de son baptême appartient encore à l’annonce du Christ qui vient, mais à l’extrême limite de l’attente. Jusqu’à lui, il y avait eu des prédictions du premier avènement du Seigneur ; maintenant, après Jean, cet avènement du Christ, on ne le prédit plus, on le proclame.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Traité anti-donatiste « Contre les lettres de Petilianus » livre 2, §87 (trad. Bibliothèque augustinienne,  DDB 1986, vol. 30, p. 341)

     

     

  • La sagesse de Dieu

    Saint Jean Baptiste vivait séparé du monde, il était nazir (Lc 1,15; Nb 6,1), voué à Dieu. Il a quitté le monde et s’y est confronté (…), l’appelant au repentir. Tous les habitants de Jérusalem venaient à lui au désert (Mc 3,5), et il les affrontait face à face. Mais en enseignant, il parlait de quelqu’un qui devait venir vers eux et leur parler d’une manière très différente. Quelqu’un qui ne se séparerait pas d’eux, ne se présenterait pas comme un être supérieur, mais comme leur frère, fait de la même chair et des mêmes os, un parmi beaucoup de frères, un parmi la multitude. Et effectivement il était déjà parmi eux : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas » (Jn 1,26). (…)

    Enfin Jésus commence à se montrer et à « manifester sa gloire » (Jn 2,11) par des miracles. Mais où ? À un repas de noces. Et comment ? En multipliant le vin. (…) Comparez tout cela à ce qu’il dit de lui-même : «  Jean est venu, ne mangeant pas ni ne buvant. Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et l’on dit : ‘C’est un ivrogne’ ». On a pu haïr Jean, mais on le respectait ; Jésus, lui, était méprisé. (…)

    C’était, ô mon Seigneur, parce tu aimes tellement cette nature humaine que tu as créée. Tu ne nous aimes pas simplement comme tes créatures, l’œuvre de tes mains, mais en tant qu’êtres humains. Tu aimes tout, car tu as tout créé, mais tu aimes les hommes par-dessus tout. Comment est-ce possible, Seigneur ? Qu’y a-t-il en l’homme, plus que dans les autres créatures ? « Qu’est-ce que l’homme pour que tu prennes souci de lui ? » (Ps 8,5). (…) Tu n’as pas pris la nature des anges quand tu t’es manifesté pour notre salut, et tu n’as pas pris une nature humaine ou un rôle ou une charge au-dessus d’une vie humaine ordinaire –- ni nazir, ni prêtre ou lévite, ni moine, ni ermite. Tu es venu précisément et pleinement dans cette nature humaine que tu aimes tant (…), cette chair qui a chuté en Adam, avec toutes nos infirmités, nos sentiments et nos affinités, excepté le péché.

    Saint John Henry Newman

     

     

     

  • « Le royaume des Cieux subit la violence. » (Mt 11,12)

    Comment pourrions-nous vaincre le péché, quand il s’est déjà emparé de nous ? La violence est nécessaire. Il est dit en effet : « Un homme s’arrache à la perdition en se donnant de la peine » (cf. Pr 16,26 LXX), en s’efforçant continuellement de parvenir à la sainteté de ses propres pensées.

    Briser la violence par la violence n’a jamais été interdit par les lois. Si donc nous faisons quelque œuvre de violence – fût elle très faible –, et si nous attendons désormais que nous vienne la puissance d’en-haut, tout en demeurant à Jérusalem (cf. Lc 24,49), c’est-à-dire dans la prière incessante et les autres vertus, un jour cette œuvre portera en nous une grande violence, laquelle ne fera rien comme la nôtre, qui est si faible. Les lèvres de chair ne sauraient exprimer une telle violence, capable de dominer de toute sa force et de vaincre les plus mauvaises habitudes et la malice des démons, de vaincre aussi l’impulsion qui porte nos âmes vers le pire, de vaincre enfin les mouvements désordonnés du corps. Il est dit en effet : « Il vint du ciel un bruit comme celui d’un souffle violent » (Ac 2,2), pour chasser la malice qui nous force toujours à nous porter vers le pire.

    Que brûle continuellement sur l’autel de ton âme le feu des prières de la sainte méditation des paroles de l’Esprit, ces prières qui montent vers le plus haut.

    Jean Carpathios

     

     

     

     

  • « Venez à moi, car je suis doux et humble de cœur. » (Mt 11,28-29)

    Le propre de l’étoile est la lumière dont elle s’entoure. Le propre de l’homme qui vénère et craint Dieu est la simplicité et l’humilité. Car il n’est pas d’autre signe qui fasse connaître et fasse voir les disciples du Christ qu’un sentiment humble et un extérieur simple. C’est ce que ne cessent de proclamer les quatre Évangiles.

    Celui qui ne vit pas ainsi, c’est-à-dire humblement, perd la part de Celui qui s’est humilié lui-même jusqu’à la croix et la mort (cf. Ph 2,8), lui qui a donné et mis en œuvre la loi des divins Évangiles. Il est dit : « Vous qui avez soif, venez vers l’eau. » (Is 55,1). Vous qui avez soif de Dieu, venez à la pureté de la réflexion. Cependant celui qui, par elle, vole haut, doit aussi regarder vers la terre de sa propre simplicité. Car nul n’est plus élevé que l’humble. De même que tout est obscur et ténébreux quand manque la lumière, de même, quand manque l’humilité, tout ce que nous nous efforçons de faire pour nous conformer à Dieu est vain et gâté. (…) L’âme comblée de bienfaits et de douceur par Jésus, répond au Bienfaiteur par l’action de grâce dans l’exultation et l’amour. Elle remercie et appelle avec joie Celui qui la pacifie. Elle le voit par l’intelligence au-dedans d’elle dissiper les imaginations des esprits mauvais. (…)

    Attachons-nous donc à la prière et à l’humilité, à ces deux choses qui, avec la sobriété et la vigilance, nous arment contre les démons comme d’un glaive de feu. Car si nous vivons ainsi, il nous sera possible de faire de chaque jour et de toute heure, dans le mystère, dans la joie, une fête du cœur. (…) Le Seigneur a dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes. » (Mt 11,29).

    Hésychius le Sinaïte

     

     

     

  • « Votre Père qui est aux cieux ne veut pas qu’un seul de ces petits soit perdu. »

    C’est toi, Seigneur, qui m’as fait naître de mon père, qui m’as formé dans le sein de ma mère (Ps 138,13) ; c’est toi qui m’as fait venir à la lumière comme un petit enfant tout nu, car les lois de notre nature obéissent perpétuellement à tes ordres. C’est toi qui as préparé par la bénédiction de l’Esprit Saint ma création et mon existence, non par la volonté de l’homme ou le désir de la chair (Jn 1,13), mais par ta grâce inexprimable. Tu as préparé ma naissance par une prévenance qui dépasse les lois de notre nature. Tu m’as fait venir à la lumière en m’adoptant pour ton fils (Ga 4,5), et tu m’as inscrit parmi les membres de ton Église sainte et immaculée.

    C’est toi qui m’as nourri du lait spirituel, c’est-à-dire du lait de tes paroles divines. C’est toi qui m’as fortifié par un aliment solide : le corps de Jésus Christ notre Dieu, ton Fils unique, le très saint, et tu m’as enivré à la coupe divine, c’est-à-dire la coupe de son sang qui fait vivre, et qu’il a répandu pour le salut du monde entier.

    Tu nous as aimés, Seigneur, et tu as donné ton Fils à notre place pour notre rachat qu’il a entrepris volontairement et sans résistance. (…) Ainsi, ô Christ, mon Dieu, tu t’es abaissé pour me porter sur tes épaules, brebis égarée (Lc 15,5), et tu m’as placé dans un pâturage verdoyant (Ps 22,2) ; tu m’as désaltéré aux sources de la vraie doctrine (ibid.) par l’intermédiaire de tes pasteurs dont tu étais toi-même le berger avant de leur confier ton troupeau.

    Saint Jean de Damas (v. 675-749)

     

     

     

     

     

  • « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. »

    Jean le Baptiste disait : « Toute vallée sera comblée » (Lc 2,5), mais ce n’est pas Jean qui a comblé toute vallée ; c’est le Seigneur, notre Sauveur (…) « Et tous les passages tortueux deviendront droits. » Chacun de nous était tortueux (…), et c’est la venue du Christ qui s’accomplit jusqu’en notre âme qui a redressé tout ce qui était tortueux. (…) Rien n’était plus impraticable que vous. Regardez vos désirs déréglés d’autrefois, votre emportement et vos autres penchants mauvais, si toutefois ils ont disparu : vous comprendrez que rien n’était plus impraticable que vous ou, selon une formule plus expressive, que rien n’était plus raboteux. Votre conduite était raboteuse, vos paroles et vos œuvres étaient raboteuses.

    Mais mon Seigneur Jésus est venu : il a aplani vos rugosités, il a changé en routes unies tout ce chaos pour faire en vous un chemin sans heurts, bien uni et très propre, pour que Dieu le Père puisse marcher en vous, et que le Christ Seigneur fasse en vous sa demeure et puisse dire : « Mon Père et moi, nous viendrons et nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14,23).

    Origène (v. 185-253)

     

     

     

     

  • « Voyant les foules, il eut pitié d’elles parce qu’elles étaient fatiguées et abattues. »

    L’espérance en la miséricorde inépuisable de Dieu nous soutient dans le tumulte des émotions et le flot des contrariétés ; c’est avec confiance que nous accourons au sacrement de pénitence où le Seigneur nous attend à tout moment comme un Père de miséricorde. Certes, devant lui nous sommes bien conscients de ne pas mériter son pardon ; mais nous ne doutons pas de sa miséricorde infinie. Oublions donc nos péchés, comme Dieu l’a fait avant nous.

    Il ne faut plus revenir, ni par la pensée ni en confession, sur les fautes déjà accusées lors de confessions précédentes. Grâce à notre repentir sincère, le Seigneur les a pardonnées une fois pour toutes. Vouloir revenir sur des fautes déjà pardonnées seulement pour en être encore une fois absous, ou seulement parce que nous doutons qu’elles aient été réellement et pleinement pardonnées, cela ne doit-il pas être vu comme un manque de confiance envers la bonté de Dieu ?

    Si cela peut t’apporter quelque réconfort, tu peux repenser aux offenses que tu as faites à la justice de Dieu, à sa sagesse, à sa miséricorde, mais uniquement pour pleurer des larmes salutaires de repentir et d’amour.

    Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968)

     

     

     

  • Chacun est l’intendant de sa propre grâce

    Chacun de nous possède l’énergie manifeste de l’Esprit en proportion de la foi qui est en lui (cf. Rm 12,6). Ainsi chacun est l’intendant de sa propre grâce. Et jamais celui qui est bien disposé ne pourrait envier autre chose en celui qui est honoré par les grâces, dès lors que repose sur lui la disposition à recevoir les biens de Dieu. Ce qui fait que les biens de Dieu demeurent en nous, c’est la mesure de la foi de chacun. Car c’est dans la mesure où nous croyons, que nous est donnée la ferveur d’agir. Donc, celui qui agit révèle la mesure de sa foi en proportion de son action : il reçoit la mesure de la grâce selon ce qu’il a cru. (…)

    Par les élévations partielles des vertus, nous faisons converger vers leur cause les charismes qui nous ont été partagés, avec l’aide de Dieu, afin que, nous laissant aller peu à peu à la négligence, nous ne rendions pas aveugle et sans yeux notre foi, privée des lumières que donnent les œuvres de l’Esprit, et que nous ne soyons pas châtiés justement dans les siècles infinis pour avoir aveuglé en nous-mêmes les yeux divins de la foi, autant qu’il était en notre pouvoir. (…)

    Celui qui n’accomplit pas les ordres divins de la foi, a la foi aveugle. Car si les ordres de Dieu sont lumières (cf. Is 26,9 LXX), cela veut dire que celui qui n’accomplit pas les ordres de Dieu est sans lumière divine. Il laisse sans réponse l’appel divin. Il ne lui répond pas vraiment.

    Saint Maxime le Confesseur

     

     

     

  • Bâtir une maison

    [Le psalmiste dit :] « Le Seigneur est grand et très digne de louange » (95,4). Qui est ce Seigneur si ce n’est Jésus Christ, grand et digne de louange ? Vous savez, bien sûr, qu’il est apparu comme homme ; vous savez qu’il a été conçu dans le sein d’une femme, qu’il est né de ce sein, qu’il a été allaité, porté dans les bras, circoncis, qu’une offrande a été faite pour lui (Lc 2,24), et qu’il a grandi. Vous savez aussi qu’il a été giflé, couvert de crachats, couronné d’épines, et crucifié, et qu’il est mort, percé par la lance. Vous savez qu’il a souffert tout cela : oui, « il est grand et digne de louange ». Gardez-vous de mépriser sa petitesse ; comprenez sa grandeur. Il s’est fait petit parce que vous étiez petits : comprenez combien il est grand, et vous serez grands avec lui. C’est ainsi qu’on bâtit une maison, ainsi qu’on élève de grands murs dans une demeure. Les pierres que l’on apporte pour construire cet édifice s’accroissent : accroissez vous-mêmes, comprenez combien le Christ est grand, combien celui qui paraît petit est grand, très grand. (…)

    Que peut dire la pauvre langue humaine pour louer celui qui est grand ? En disant « très » grand, elle s’efforce d’exprimer ce qu’elle sent et croit (…), mais c’est comme si elle disait : « Ce que je ne peux pas exprimer, essaie de le saisir par la pensée ; et pourtant sache que ce que tu auras saisi n’est que peu de chose ». Ce qui dépasse toute pensée, comment une langue quelconque pourrait-elle le traduire ? « Grand est le Seigneur et très digne de louange ! » Qu’il soit donc loué, qu’il soit prêché, que sa gloire soit annoncée, et que sa demeure soit élevée.

    Saint Augustin

     

     

     

     

  • « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. » (1Co 11,26)

    De même que le Christ a été envoyé par le Père, ainsi lui-même a envoyé ses apôtres, remplis de l’Esprit Saint ; non seulement pour que, prêchant l’Évangile à toute créature, ils annoncent que le Fils de Dieu, par sa mort et sa résurrection, nous a délivrés du pouvoir de Satan et de la mort et nous a transférés dans le royaume de son Père, mais aussi afin qu’ils exercent cette œuvre de salut qu’ils annonçaient, par le sacrifice et les sacrements autour desquels gravite toute la vie liturgique. C’est ainsi que par le baptême les hommes sont greffés sur le mystère pascal du Christ : morts avec lui, ensevelis avec lui, ressuscités avec lui, ils reçoivent l’esprit d’adoption des fils dans lequel nous crions « Abba Père », et ils deviennent ainsi ces vrais adorateurs que cherche le Père. Semblablement, chaque fois qu’ils mangent la Cène du Seigneur, ils annoncent sa mort jusqu’à ce qu’il vienne. (…)

    Dans la liturgie terrestre nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem, à laquelle nous tendons comme des voyageurs, où le Christ siège à la droite de Dieu, comme ministre du sanctuaire et du vrai tabernacle. Avec toute l’armée de la milice céleste, nous chantons au Seigneur l’hymne de gloire ; en vénérant la mémoire des saints, nous espérons partager leur société. Nous attendons comme Sauveur notre Seigneur Jésus Christ, jusqu’à ce que lui-même se manifeste, lui qui est notre vie. Et alors nous serons manifestés avec lui dans la gloire.

    Concile Vatican II

    (Références bibliques : Mc 16,15 ; Rm 6,4 ; 8,15 ; Jn 4,23 ; 1Co 11,26 ; Ap 21,2 ; He 8,2 ; Col 3,4)