Catégorie : Ecritures

  • Le renoncement à soi-même

    L’amour que nous avons pour nous-mêmes (…) est affectif et effectif. L’amour effectif est celui qui gouverne les grands, ambitieux d’honneurs et de richesses, qui se procurent tant de biens et qui ne se rassasient jamais d’en acquérir : ceux-là, dis-je, s’aiment grandement de cet amour effectif. Mais il y en a d’autres qui s’aiment davantage de l’amour affectif : ceux-ci sont grandement tendres avec eux-mêmes, et ne font jamais autre chose que de se dorloter, soigner et réconforter : ils craignent tant tout ce qui pourrait leur nuire que c’est grande pitié. (…)

    Cette tendreté est plus insupportable encore aux choses de l’esprit qu’aux choses corporelles ; surtout si elle est par malheur pratiquée ou entretenue par les personnes les plus spirituelles, lesquelles voudraient être saintes du premier coup, sans qu’il leur en coutât rien, pas même les combats que leur cause la partie inférieure de l’âme par ses répugnances envers les choses contraires à la nature. (…)

    Répugner à nos répugnances, faire taire nos préférences, mortifier nos affections, mortifier le jugement et renoncer à la volonté propre est une chose que l’amour effectif et tendre que nous nous portons à nous-mêmes ne peut se permettre sans crier : oh, que cela nous coûte ! Et ainsi nous ne faisons rien. (…)

    Il vaut mieux porter une petite croix de paille que l’on m’a mise sur les épaules sans mon choix, qu’aller en couper une bien plus grande dans du bois avec beaucoup de travail, et la porter ensuite avec une grande peine. Et je serai plus agréable à Dieu avec la croix de paille qu’avec celle que je me serais fabriquée avec plus de peine et de sueur, et que je porterais avec plus de satisfaction, à cause de l’amour propre qui se plaît tant à ses inventions, et si peu à se laisser simplement conduire et gouverner.

    Saint François de Sales (1567-1622)

     

     

     

  • « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »

    Jésus ! (…) Quelle n’est pas votre humilité, ô divin Roi de Gloire, de vous soumettre à tous vos prêtres sans faire aucune distinction entre ceux qui vous aiment et ceux qui sont, hélas ! tièdes ou froids dans votre service. À leur appel vous descendez du ciel ; ils peuvent avancer, retarder l’heure du saint sacrifice, toujours vous êtes prêt. Ô mon Bien-Aimé, sous le voile de la blanche hostie, que vous m’apparaissez doux et humble de cœur ! (Mt 11,29) Pour m’enseigner l’humilité vous ne pouvez vous abaisser davantage ; aussi je veux, afin de répondre à votre amour, désirer que mes sœurs me mettent toujours à la dernière place et bien me persuader que cette place est la mienne. (…)

    Je le sais, ô mon Dieu, vous abaissez l’âme orgueilleuse, mais à celle qui s’humilie vous donnez une éternité de gloire ; je veux donc me mettre au dernier rang, partager vos humiliations afin « d’avoir part avec vous » (Jn 13,8) dans le royaume des Cieux.

    Mais, Seigneur, ma faiblesse vous est connue ; chaque matin je prends la résolution de pratiquer l’humilité et le soir je reconnais que j’ai commis encore bien des fautes d’orgueil. À cette vue je suis tentée de me décourager mais, je le sais, le découragement est aussi de l’orgueil. Je veux donc, ô mon Dieu, fonder sur vous seul mon espérance ; puisque vous pouvez tout, daignez faire naître en mon âme la vertu que je désire. Pour obtenir cette grâce de votre infinie miséricorde je vous répéterai bien souvent : « Ô Jésus, doux et humble de cœur, rendez mon cœur semblable au vôtre ! »

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897)

     

     

     

     

  • « Viens au secours de mon peu de foi. »

    Chasse de ton âme le doute, n’hésite jamais à adresser à Dieu ta prière, en te disant : « Comment pourrais-je prier, comment pourrais-je être exaucé, après avoir tant offensé Dieu ? » Ne raisonne pas ainsi ; mais tourne-toi de tout ton cœur vers le Seigneur, et prie-le avec une pleine confiance. Tu connaîtras alors l’étendue de sa miséricorde ; tu verras que, loin de t’abandonner, il comblera les désirs de ton cœur. Car Dieu n’est pas comme les hommes qui gardent le souvenir du mal ; chez lui, pas de ressentiment, mais une tendre compassion envers ses créatures. Purifie donc ton cœur de toutes les vanités du monde, du mal et du péché (…), et prie le Seigneur. Tu obtiendras tout (…), si ta prière est faite avec une entière confiance.

    Mais si le doute se glisse dans ton cœur, aucune de tes demandes ne sera exaucée. Ceux qui doutent de Dieu sont des âmes doubles ; ils n’obtiennent rien de ce qu’ils demandent. (…) Quiconque doute, à moins de se convertir, sera difficilement exaucé et sauvé. Purifie donc ton âme du doute, revêts-toi de la foi, car elle est puissante, et crois fermement que Dieu exaucera toutes tes demandes. Et s’il arrive qu’il tarde un peu à exaucer ta prière, ne retombe pas dans le doute pour n’avoir pas obtenu tout de suite ce que tu demandes ; ce retard est pour te faire grandir dans la foi. Ne cesse donc pas de demander ce que tu désires. (…) Garde-toi du doute : il est pernicieux et insensé, il déracine la foi chez beaucoup, même chez ceux qui étaient très fermes (…). La foi est forte et puissante ; elle promet tout et elle réussit en tout ; le doute, faute de confiance, échoue en tout

    Hermas (2e siècle)

     

     

     

     

  • L’art d’aimer comme Dieu

    Bienheureux l’homme qui peut aimer tous les hommes également. Bienheureux l’homme qui ne s’attache à rien de ce qui est corruptible et passager. (…)

    Celui qui aime Dieu aime aussi totalement son prochain. Un tel homme ne saurait garder ce qu’il a, mais il le dispense comme Dieu, donnant à chacun ce dont il a besoin. Celui qui fait l’aumône à l’imitation de Dieu ignore la différence entre le méchant et le bon, le juste et l’injuste (cf. Mt 5,45), dès lors qu’ils souffrent dans leur corps. Mais il donne à tous également, selon leurs besoins, même s’il préfère pour sa bonne volonté, l’homme vertueux à l’homme dépravé. De même que Dieu, qui par nature est bon et impassible, aime également tous les êtres comme ses œuvres, mais qu’il glorifie l’homme vertueux parce que celui-ci lui est uni par la connaissance, et que, dans sa bonté, il a pitié de l’homme dépravé et le fait revenir en l’instruisant dans ce siècle, de même celui qui, de son propre mouvement, est bon et impassible, aime tous les hommes également. Il aime l’homme vertueux pour sa nature et sa volonté bonne. Et il aime l’homme dépravé pour sa nature et pour la compassion, car il a pitié de lui comme d’un fou qui va dans les ténèbres.

    Non seulement partager ce que l’on a révèle l’art d’aimer, mais bien plus encore transmettre la parole et servir les autres dans leur corps. (…) « Et moi je vous dis, demande le Seigneur : aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui cherchent à vous nuire » (Mt 5,44).

    Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662)

     

     

     

  • « Pierre, prenant Jésus à part, se mit à lui faire de vifs reproches. »

    Nous ne devons pas avoir honte de la croix du Sauveur, mais plutôt en tirer gloire. « Le langage de la croix est scandale pour les juifs, folie pour les païens », mais pour nous elle est le salut. Pour ceux qui se perdent, elle est folie ; pour nous qui sommes sauvés, elle est puissance de Dieu (1Co 1,18-24). Car ce n’était pas un homme sans plus qui mourait, mais le Fils de Dieu, Dieu fait homme. L’agneau, du temps de Moïse, éloignait l’ange exterminateur (Ex 12,23) ; est-ce que « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29) ne nous a pas bien davantage libérés de nos péchés ? (…)

    Ce n’est pas par contrainte qu’il a quitté la vie, ce n’est pas par force qu’il a été immolé, mais par sa propre volonté. Écoutez ce qu’il dit : « J’ai le pouvoir de donner ma vie, et le pouvoir de la recevoir à nouveau » (Jn 10,18). ~ Il est venu délibérément à sa Passion, heureux de son exploit, souriant à son triomphe, content de sauver les hommes. Il n’a pas eu honte de la croix, car il sauvait toute la terre. Ce n’était pas un pauvre homme qui souffrait, mais Dieu fait homme qui allait combattre pour obtenir le prix de la patience.

    Ne te réjouis pas de la croix en temps de paix seulement ; garde la même foi en temps de persécution ; ne sois pas l’ami de Jésus seulement en temps de paix, pour devenir son ennemi en temps de guerre. Tu reçois maintenant le pardon de tes péchés et les dons spirituels prodigués par ton roi ; lorsque la guerre éclatera, combats vaillamment pour ton roi. Jésus a été crucifié pour toi, lui qui était sans péché.Ce n’est pas toi qui lui as fait cette grâce, car tu l’as reçue le premier. Mais tu rends grâce à celui qui a payé ta dette en étant crucifié pour toi sur le Golgotha.

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

     

     

     

  • « Ouvre mes yeux… aux merveilles de ta Loi. » (Ps 118,18)

    « Jésus lui a mis de la salive sur les yeux, lui a imposé les mains et lui a demandé s’il voyait quelque chose. » La connaissance est toujours progressive. (…) Ce n’est qu’au prix de beaucoup de temps et d’un long apprentissage qu’on peut parvenir à la connaissance parfaite. D’abord les saletés s’en vont, la cécité s’en va, et c’est ainsi que la lumière vient. La salive du Seigneur est un enseignement parfait : pour enseigner de façon parfaite, elle provient de la bouche du Seigneur. La salive du Seigneur, qui provient pour ainsi dire de sa substance, est la connaissance, comme sa parole qui provient de sa bouche est un remède. (…)

    « Je vois des hommes, comme des arbres qui marchent » ; je vois toujours l’ombre, pas encore la vérité. Voici le sens de cette parole : je vois quelque chose dans la Loi, mais je n’aperçois pas encore la lumière éclatante de l’Évangile. (…) « Et il lui posa à nouveau les mains sur les yeux et il commença à voir si bien qu’il voyait tout clairement. » Il voyait, dis-je, tout ce que nous voyons : il voyait le mystère de la Trinité, il voyait tous les mystères sacrés qui sont dans l’Évangile. (…) Nous aussi nous les voyons, car nous croyons en Christ qui est la vraie lumière

    Saint Jérôme (347-420)

     

     

     

  • « Pourquoi cette génération demande-t-elle un signe ? » : Croire même dans l’obscurité

    L’Esprit Saint nous dit : Ne laissez pas votre esprit succomber à la tentation et à la tristesse car la joie du cœur est vie de l’âme. La tristesse ne sert à rien et cause notre mort spirituelle.

    Il arrive parfois que les ténèbres de l’épreuve accablent le ciel de votre âme ; mais elles sont lumière ! C’est grâce à elles que vous croyez même dans l’obscurité ; l’esprit se sent perdu, il craint de ne plus voir, de ne plus rien comprendre. Mais c’est le moment où le Seigneur parle et se rend présent à l’âme ; et celle-ci écoute, comprend et aime dans la crainte de Dieu. Pour « voir » Dieu, n’attendez donc pas le Thabor (Mt 17,1) quand vous le contemplez déjà au Sinaï (Ex 24,18).

    Progressez dans la joie d’un cœur sincère et grand ouvert. Et s’il vous est impossible de garder cette allégresse, au moins ne perdez pas courage et gardez toute votre confiance en Dieu.

    Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968)

     

     

     

     

  • « Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. »

    De tout temps et en toute nation, Dieu tient pour agréable quiconque le craint et pratique la justice (Ac 10,35).Cependant il a plu à Dieu de sanctifier et de sauver les hommes non pas individuellement, hors de tout lien mutuel, mais de les constituer en un peuple qui le connaîtrait dans la vérité et le servirait dans la sainteté. Il a donc choisi le peuple d’Israël pour être son peuple, avec qui il a fait une alliance et qu’il a progressivement instruit, se manifestant lui-même et manifestant son dessein dans l’histoire de ce peuple et en le sanctifiant pour qu’il soit à lui.

    Tout cela cependant est arrivé pour préparer et préfigurer l’Alliance Nouvelle et parfaite qui serait conclue dans le Christ, et la révélation plus complète qui serait apportée par le Verbe de Dieu lui-même fait chair. « Voici venir des jours, dit le Seigneur, où je conclurai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle… Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Tous me connaîtront du plus petit jusqu’au plus grand, dit le Seigneur » (Jr 31,31s). Le Christ a institué ce pacte nouveau, la Nouvelle Alliance dans son sang (1Co 11,25), appelant la multitude des hommes parmi les juifs et parmi les païens pour former un tout, non selon la chair mais dans l’Esprit, et constituer le nouveau peuple de Dieu (…) : « race choisie, sacerdoce royal, nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu » (1P 2,9). (…)

    De même que l’Israël selon la chair cheminant dans le désert reçoit déjà le nom d’Église de Dieu (2Esd 13,1; Nb 20,4; Dt 23,1s), de même le nouvel Israël qui s’avance dans l’ère présente en quête de la cité future, celle qui est permanente (He 13,14), est aussi appelé l’Église du Christ (Mt 16,18). C’est le Christ, en effet, qui l’a acquise par son sang (Ac 20,28), l’a remplie de son Esprit et l’a pourvue des moyens appropriés pour son unité visible et sociale.

    Concile Vatican II

     

     

     

     

  • « Prenant les sept pains et rendant grâce, il les rompit. »

    Jésus a rompu le pain. S’il n’avait pas rompu le pain, comment les miettes seraient-elles venues jusqu’à nous ? Mais il l’a brisé et il l’a distribué ; « il l’a dispersé et donné aux pauvres » (Ps 111,9 Vulg). Il l’a brisé par grâce, pour briser la colère du Père et la sienne. Dieu l’avait dit : il nous aurait brisés, si son Unique, « son élu, ne s’était pas tenu devant lui, debout sur la brèche, pour détourner sa colère » (Ps 105,23). Il s’est tenu devant Dieu et il l’a apaisé ; par sa force indéfectible, il s’est tenu debout, non brisé.

    Mais lui-même, volontairement, il a brisé, a offert sa chair, rompue par la souffrance. C’est là qu’il a « brisé la puissance de l’arc » (Ps 75,4), « brisé les têtes du dragon » (Ps 73,14), tous nos ennemis, dans sa colère. Là, il a brisé en quelque sorte les tables de la première alliance (cf Ex 32,19), pour que nous ne soyons plus sous la Loi. Là, il a brisé le joug de notre captivité. Il a brisé tout ce qui nous brisait, pour réparer en nous tout ce qui était brisé, et pour « renvoyer libres ceux qui étaient opprimés » (Is 58,6). En effet, nous étions « captifs de la misère et des chaînes » (Ps 106,10).

    Bon Jésus, aujourd’hui encore, bien que tu aies brisé la colère, brisé le pain pour nous, pauvres mendiants, nous avons encore faim. (…) Romps donc chaque jour ce pain pour ceux qui ont faim. Car aujourd’hui et tous les jours nous recueillons quelques miettes, et chaque jour nous avons de nouveau besoin de notre pain quotidien. « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » (Lc 11,3). Si tu ne le donnes, qui le donnera ? Dans notre dénuement et notre besoin (…), il n’y a personne pour nous rompre le pain, personne pour nous nourrir, personne pour nous refaire, personne que toi, notre Dieu. En toute consolation que tu nous envoies, nous recueillons les miettes de ce pain que tu nous romps et nous goûtons « combien est douce ta miséricorde » (Ps 108,21 Vulg).

    Baudouin de Ford (?-v. 1190)

     

     

     

  • « Les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des petits enfants. »

    En s’approchant de Jésus, la Cananéenne ne dit que ces mots : « Aie pitié de moi » (Mt 15,22), et ses cris redoublés attirent un grand nombre de gens. C’était un spectacle touchant que de voir une femme crier avec tant d’émotion, une mère implorer pour sa fille, une enfant si durement malmenée. (…) Elle ne dit pas « Aie pitié de ma fille », mais : « Aie pitié de moi ». « Ma fille ne se rend pas compte de son mal ; moi au contraire, j’éprouve mille souffrances, je suis malade de la sentir dans cet état, je suis presque folle de la voir ainsi. » (…)

    Jésus lui répond : « Je n’ai été envoyé que pour les brebis perdues de la maison d’Israël » (Mt 15,24). Que fait la Cananéenne après avoir entendu ces paroles ? Est-ce qu’elle s’en va en gardant le silence ? Perd-elle courage ? Pas du tout ! Elle insiste davantage. Ce n’est pas ce que nous faisons : quand nous ne sommes pas exaucés, nous nous retirons découragés, alors qu’il faudrait insister avec plus d’ardeur. Qui donc, il est vrai, n’aurait pas été découragé par la réponse de Jésus ? Son silence aurait suffi à ôter tout espoir… Mais cette femme ne perd pas courage, au contraire elle s’approche de plus près et se prosterne en disant : « Seigneur, viens à mon aide (v. 25) (…). Si je suis un petit chien dans cette maison, alors je ne suis plus une étrangère. Je sais bien que la nourriture est nécessaire aux enfants (…), mais il ne faut pas interdire de donner les miettes. On ne doit pas me les refuser (…), parce que je suis le petit chien qu’on ne peut pas repousser ».

    C’est parce qu’il prévoyait sa réponse que le Christ tardait à exaucer sa prière. (…) Ses réponses n’étaient pas destinées à faire de la peine à cette femme, mais à révéler ce trésor caché.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)