Catégorie : Ecritures

  • La loi de crainte et la loi d’amour

    [Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] Vois-tu ceux qui par crainte servile cherchent à se retirer de la fange du péché mortel ! Si leur effort ne s’inspire pas enfin de l’amour de la vertu, la crainte servile ne suffira pas à leur procurer la vie éternelle. Il y faut l’amour uni à la crainte : car la loi est fondée sur l’amour et sur une crainte sainte.

    La loi de crainte, c’est la loi ancienne que je donnai à Moïse, et qui n’était établie que sur la crainte. Dans cette loi, toute faute commise était suivie de son châtiment. Mais la loi d’amour est la Loi nouvelle, donnée par le Verbe mon Fils unique, et qui est établie sur l’amour. La loi nouvelle cependant ne détruit pas l’ancienne, elle l’achève au contraire. C’est ce que vous a dit ma Vérité : « Je ne suis pas venu détruire la loi, mais l’accomplir » (Mt 5,17).

    Il a uni la loi de crainte à la loi d’amour, et l’amour a purifié la crainte de son imperfection, qui est la peur du châtiment ; il n’est plus demeuré que la crainte parfaite, la crainte sainte, qui est la seule peur, non de nuire à son propre intérêt, mais de m’offenser moi-même qui suis la souveraine Bonté. Ainsi la loi imparfaite a été amenée à sa perfection par la loi d’amour.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

     

     

  • La veuve de Sarepta

    La veuve sans ressources est sortie ramasser deux morceaux de bois pour se faire cuire du pain, et c’est alors qu’Élie l’a rencontrée. Cette femme était le symbole de l’Église ; parce qu’une croix est formée de deux morceaux de bois, celle qui allait mourir cherchait de quoi vivre éternellement. Il y a donc là un mystère caché… Élie lui dit : « Va, nourris-moi d’abord de ta pauvreté, et tes richesses ne s’épuiseront pas. » Quelle heureuse pauvreté ! Si la veuve a reçu ici-bas un tel salaire, quelle récompense n’est-elle pas en droit d’espérer dans l’autre vie !

    J’insiste sur cette pensée : ne comptons pas recueillir le fruit de nos semailles dans ce temps où nous semons. Ici-bas, nous semons dans la peine ce qui sera la moisson des bonnes œuvres, mais c’est plus tard que nous en récolterons le fruit dans la joie, selon ce qui est écrit : « On s’en va, on s’en va en pleurant, jetant la semence. On s’en vient, on s’en vient en chantant, rapportant les gerbes » (Ps 125,6). Le geste d’Élie envers cette femme était en effet un symbole et pas sa récompense. Car si cette veuve avait été récompensée ici-bas pour avoir nourri l’homme de Dieu, voici de bien pauvres semailles, voici une bien maigre moisson ! Elle n’a reçu qu’un bien temporel : de la farine qui ne s’est pas épuisée, de l’huile qui n’a pas diminué jusqu’au jour où le Seigneur a arrosé la terre de sa pluie. Ce signe qui lui a été concédé par Dieu pour peu de jours, était donc le symbole de la vie future où notre récompense ne saurait diminuer. Notre farine, ce sera Dieu ! Comme la farine de cette femme ne s’est pas épuisée durant ces jours, Dieu ne nous manquera pas durant toute l’éternité… Sème en confiance et ta moisson viendra sûrement ; elle viendra plus tard, mais quand elle viendra, tu moissonneras sans fin.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

  • « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. »

    Nous sommes encore les ouvriers de Dieu et nous bâtissons le temple de Dieu. La dédicace de ce temple a déjà eu lieu dans sa Tête, puisque le Seigneur est ressuscité des morts, après avoir triomphé de la mort ; ayant détruit en lui ce qui était mortel, il est monté au ciel. (…) Et maintenant, nous construisons ce temple par la foi, pour que se fasse aussi sa dédicace lors de la résurrection finale. C’est pourquoi (…) il y a un psaume intitulé : « lorsqu’on rebâtissait le Temple, après la captivité » (95,1 Vulg). Rappelez-vous la captivité où nous étions jadis, alors que le diable tenait le monde entier en son pouvoir, comme un troupeau d’infidèles. C’est en raison de cette captivité que le Rédempteur est venu. Il a versé son sang pour notre rançon ; par son sang répandu, il a supprimé le billet de la dette qui nous maintenait captifs (Col 2,14). (…) Vendus auparavant au péché, nous avons ensuite été libérés par la grâce.

    Après cette captivité, on construit maintenant le temple, et pour l’édifier, on annonce la Bonne Nouvelle. C’est pourquoi ce psaume commence ainsi : « Chantez au Seigneur un chant nouveau. » Et pour que tu ne penses pas que l’on bâtit ce temple dans un petit coin, comme le construisent les hérétiques qui se séparent de l’Église, fais attention à ce qui suit : « Chantez au Seigneur toute la terre .» (…)

    « Chantez au Seigneur un chant nouveau, chantez au Seigneur toute la terre. » Chantez et bâtissez ! Chantez et « bénissez le nom du Seigneur » (v.2). Annoncez le jour né du jour du salut, le jour né du jour du Christ. Qui est, en effet, le salut de Dieu sinon son Christ ? Pour ce salut, nous prions dans le psaume : « Montre-nous, Seigneur, ta miséricorde, et donne-nous ton salut. » Les anciens justes désiraient ce salut, eux dont le Seigneur disait à ses disciples : « Beaucoup ont voulu voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu » (Lc 10,24). (…) « Chantez au Seigneur un chant nouveau, chantez au Seigneur. » Voyez l’ardeur des bâtisseurs ! « Chantez au Seigneur et bénissez son nom. » Annoncez la Bonne Nouvelle ! Quelle bonne nouvelle ? Le jour est né du jour (…) ; la Lumière est née de la Lumière, le Fils né du Père, le salut de Dieu ! Voilà comment se construit le temple après la captivité.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

  • « Voici que nous montons à Jérusalem. »

    Ô Jérusalem, cité de Dieu, nous t’acclamons « Vision de paix ».
    Tu as été construite dans les cieux de pierres vivantes.
    Couronnée d’anges et de saints, tu es la Bien-Aimée du Roi.

    Descendue toute neuve du Ciel, tu es parée pour ton Époux.
    Avance comme l’Épousée ; viens étreindre ton Seigneur.
    Et l’on verra sur tes remparts étinceler l’or de ta joie.

    Que s’ouvrent tes portes à deux vantaux ; que resplendisse ta beauté.
    Que par la grâce soit sauvé tout homme qui y pénètre.
    Que soit accueilli celui qui souffre au nom du Christ et perd courage.

    C’est le Christ le maître et l’artisan ; c’est lui qui taille et qui polit.
    Il ajuste chaque pierre, la choisit en chaque lieu,
    Il la place pour demeurer ce Temple saint où il habite.

    Liturgie latine

    (Références bibliques : 1P 2,5 ; Ap 21,2.18 ; Co 3,16)

     

  • « Vous n’avez qu’un seul maître et vous êtes tous frères. » (Mt 23,8)

    « Vous n’avez tous qu’un Père qui est Dieu : vous êtes tous des frères. » Vous nous le dites nettement, mon Seigneur Jésus : tous les hommes forment une grande famille ; tous sont frères, Dieu est le Père commun : tous doivent avoir les uns pour les autres les pensées, les paroles, les actes qu’un bon père veut que ses enfants aient entre eux.

    L’amour que le meilleur des pères veut voir régner entre ses enfants, voilà l’amour que nous devons à tous les hommes, à chacun des hommes, sans exception. Et notre modèle, Jésus, nous en donne l’exemple : c’est Dieu qui vient sur la terre nous montrer sous la forme humaine comment il veut que chaque homme aime les autres hommes. Que fait Jésus ? Il vit trente-quatre ans et il donne son sang au milieu des plus affreux tourments pour la sanctification et le salut de tous les hommes, non seulement de tous en général mais de chacun en particulier, en sorte qu’il n’est aucun homme dont on ne doive dire : cet homme, Jésus est mort pour le sauver et le sanctifier. Après le précepte de l’amour fraternel, voici l’exemple comme l’a donné Jésus. Comme le dit S. Paul, « c’est votre frère, que le Christ a racheté à si grand prix ! » (cf. 1 Co 6, 20)

    Tout homme est notre vrai frère en Dieu, et tout homme a été tant aimé et estimé si haut par Jésus qu’il est mort pour lui. Tout homme doit nous apparaître comme un frère, et un frère couvert comme d’un manteau du Sang de Jésus.

    Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916)

     

     

  • « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. » (Lc 6, 36)

    Être miséricordieux semblerait n’être pas un métier de tout repos.
    C’est bien assez souffrir de ses misères sans avoir encore à souffrir la peine de ceux que nous rencontrons.
    Notre cœur s’y refuserait s’il y avait d’autres moyens pour obtenir miséricorde.
    Ne nous plaignons donc pas trop si nous avons souvent les larmes dans les yeux en croisant sur le chemin, tant de douleurs.
    C’est par elles que nous savons ce qu’est la tendresse de Dieu…

    Comme il faut des creusets solides pour porter le métal fondu,
    tout possédé et travaillé par le feu,
    il faut à Dieu des cœurs solides où puissent cohabiter, à l’aise,
    nos sept misères en quête de guérison et l’éternelle miséricorde en mal de rédemption.

    Et si notre cœur est souvent dégoûté de toucher de si près cette pâte à misère dont il ne sait jamais si elle est lui-même ou autrui, pour rien au monde il ne voudrait changer de tâche,
    car il trouve sa joie à voisiner avec cet inlassable feu
    qui démontre indéfiniment la dilection de Dieu.

    Et nous avons si bien pris l’habitude de cette présence de feu,
    que nous allons, spontanément, chercher tout ce qui peut lui permettre de brûler,
    tout ce qui est petit et faible,
    tout ce qui geint et pâtit,
    tout ce qui pèche et rampe et tombe,
    tout ce qui a besoin d’être guéri.
    Et nous donnons en communion à ce feu qui brûle en nous tous ces gens douloureux que drainent nos rencontres, pour qu’il les touche et les guérisse.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

  • « Il fut transfiguré devant eux ; ses vêtements devinrent resplendissants. »

    Trois sont choisis pour gravir la montagne, deux pour apparaître avec le Seigneur (…) Pierre monte, lui qui a reçu les clés du Royaume des cieux, et Jean à qui sera confiée la Mère de Jésus, et Jacques qui montera le premier à la dignité d’évêque. Puis apparaissent Moïse et Élie, la Loi et la prophétie, avec le Verbe. (…) Nous aussi, gravissons la montagne, implorons le Verbe de Dieu pour qu’il nous apparaisse dans sa « splendeur et sa beauté », qu’il « soit fort, s’avance en majesté et règne » (Ps 99,4). (…)

    Car si tu ne gravis pas la cime d’un savoir plus élevé, la Sagesse ne t’apparaît pas, la connaissance des mystères ne t’apparaît pas. Il ne t’apparaît pas quelle splendeur, quelle beauté est contenue dans le Verbe de Dieu, mais le Verbe de Dieu t’apparaît comme dans un corps « sans grâce ni beauté » (Is 53,2). Il t’apparaît comme un homme meurtri, capable de souffrir nos infirmités (v.5) ; il t’apparaît comme une parole née de l’homme, couverte du voile de la lettre, ne resplendissant pas de la force de l’Esprit (cf 2Co 3,6-17) (…)

    Ses vêtements sont autres en bas de la montagne, autres là-haut. Peut-être que les vêtements du Verbe sont les paroles des Écritures, habillant pour ainsi dire la pensée divine , et comme il est apparu à Pierre, Jacques et Jean sous un autre aspect, son vêtement resplendissant de blancheur, de même, aux yeux de ton esprit, s’éclaire déjà le sens des divines Écritures. Les paroles divines deviennent donc comme neige, les vêtements du Verbe « d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir. » (…)

    Une nuée survint et les prit sous son ombre. Cette ombre est celle de l’Esprit divin ; elle ne voile pas le cœur des hommes, mais révèle ce qui est caché (…) Tu le vois : non seulement pour les commençants, mais aussi pour les parfaits et même pour les habitants des cieux, la foi parfaite c’est de connaître le Fils de Dieu.

    Saint Ambroise (v. 340-397)

     

     

  • « Moi, je vous dis : aimez vos ennemis ! »

    L’un de vous dira : « Je ne peux pas du tout aimer mes ennemis. » Partout dans les Saintes Écritures, Dieu t’a dit que tu le peux ; et toi, tu réponds au contraire que tu ne peux pas ? Réfléchis maintenant : qui doit-on croire, Dieu ou toi ? Puisque celui qui est la Vérité même ne peut pas mentir, que la faiblesse humaine abandonne désormais ses excuses futiles. Celui qui est juste n’a pas pu commander quelque chose d’impossible, et celui qui est miséricordieux ne condamnera pas un homme pour ce qu’il n’a pas pu éviter. Pourquoi donc nos faux-fuyants ? Personne ne sait mieux ce que nous pouvons faire que celui qui nous a donné de pouvoir. Tant d’hommes, de femmes, d’enfants, de jeunes filles si délicates ont supporté pour le Christ les flammes, le feu, le glaive et les bêtes sauvages de façon imperturbable, et nous, nous disons que nous ne pouvons pas supporter les insultes des gens stupides ? (…)

    En effet, si seuls les bons doivent être aimés, que dire de la conduite de notre Dieu dont il est écrit : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » ? (Jn 3,16) Car quel bien est-ce que le monde avait fait pour que Dieu l’aime ainsi ? Le Christ notre Seigneur a trouvé tous les hommes non seulement mauvais, mais même morts à cause du péché originel ; et cependant (…) « il nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous » (Ep 5,2). En agissant ainsi, il a aimé même ceux qui ne l’aimaient pas, comme l’apôtre Paul le dit aussi : « Le Christ est mort pour les coupables » (Rm 5,6). Et dans sa miséricorde inexprimable il a donné cet exemple au genre humain tout entier, disant : « Apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,29).

    Saint Césaire d’Arles (470-543)

     

     

  • Malheur à qui entame l’esprit de charité !

    Il peut arriver, (…) qu’on « excommunie » soi-même ses frères. Comment cela ? En manquant à la charité ; en excluant quelqu’un, sinon de son cœur, du moins du rayonnement de sa charité effective. On peut encore « excommunier » quelqu’un du cœur des autres en suscitant la méfiance entre les personnes. C’est là un péché trop contraire à l’esprit chrétien, pour que nous ne nous mettions pas spécialement en garde contre lui et que nous n’agissions pas en la matière avec la plus grande délicatesse.

    La société cénobitique est une, le ciment qui réunit entre eux ses différents membres est la charité. Si celle-ci vient à diminuer, la vie divine tend aussitôt à baisser dans le corps social. Quel est, en effet, le signe distinctif auquel on reconnaît infailliblement, les membres de la société chrétienne, signe donné par le Christ lui-même ? C’est l’amour mutuel (cf. Jn 13,35). Il en va de même pour la société monastique, et la vraie marque de la protection du Christ Jésus sur une communauté religieuse est la charité qui règne entre ses membres. Malheur à ceux qui entament, de quelque façon que ce soit, cet esprit de charité ! En déchirant la robe de l’Épouse, ils arrachent de leur propre âme le signe chrétien par excellence.

    Le Christ est un ; il nous dit que ce que nous faisons au moindre de nos frères ‒ de ses frères ‒, en bien ou en mal, c’est à lui-même que nous le faisons (cf. Mt 25,40.45).

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

     

     

  • « Vous donc, priez ainsi. »

    Pour tout ce qui concerne la prière et les exercices de dévotion, attachons-nous seulement aux rites ou manières de prier enseignés par le Christ. Il est évident que lorsque les disciples ont demandé à notre Seigneur de leur apprendre à prier (Lc 11,1), il leur a sûrement dit tout ce qu’il fallait pour être exaucés du Père éternel, dont il connaissait parfaitement la volonté. Or, il ne leur a enseigné que les sept demandes du Notre Père, où est contenue l’expression de toutes nos nécessités corporelles et spirituelles. Il ne leur a pas enseigné une foule de prières et de cérémonies ; au contraire, il leur a dit dans une autre circonstance de ne pas multiplier les paroles en priant, parce que notre Père céleste sait très bien ce dont nous avons besoin.

    La seule chose qu’il leur a recommandée avec la plus vive insistance, c’est de persévérer dans la prière, c’est-à-dire dans la récitation du Notre Père. Car il a dit aussi : « Il faut toujours prier, et ne jamais se lasser » (Lc 18,1). Ainsi, il ne nous a pas enseigné à multiplier nos demandes, mais à les redire souvent avec ferveur et attention. Car, je le répète, ces demandes du Notre Père renferment tout ce qui est conforme à la volonté de Dieu et tout ce qui nous est utile. Voilà pourquoi quand le divin Maître s’est adressé par trois fois au Père éternel, il a répété chaque fois les mêmes paroles du Notre Père, comme le rapportent les évangélistes : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite » (Mt 26,42).

    Quant aux rites que nous devons suivre à la prière, le Christ nous en a donné deux seulement : ou bien « se retirer au fond de notre maison » (Mt 6,6) ; là, loin de tout bruit et en toute liberté, nous pouvons le prier avec un cœur plus pur et plus dégagé (…). Ou bien rechercher les lieux solitaires, comme il le faisait lui-même, pour y prier au temps le plus favorable et le plus silencieux de la nuit (Lc 6,12).

    Saint Jean de la Croix (1542-1591)