Catégorie : Ecritures

  • « Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ? » (Mc 2,7)

    « Et voilà qu’on lui apportait un paralysé. » Saint Matthieu dit simplement que ce paralytique a été apporté à Jésus. D’autres évangélistes racontent qu’il a été descendu par une ouverture dans le toit, et présenté au Sauveur sans formuler aucune demande, le laissant juger lui-même de la guérison…

    L’Évangile dit « voyant la foi de ceux qui portaient le paralytique », c’est-à-dire de ceux qui l’avaient amené à Jésus. Considérez comment parfois le Christ ne fait aucun cas de la foi du malade : peut-être qu’il n’en est pas capable, étant inconscient ou possédé par un esprit mauvais. Ici cependant ce paralytique avait une grande confiance en Jésus ; autrement est-ce qu’il aurait permis qu’on le descende devant lui ? Le Christ répond à cette confiance par un prodige extraordinaire. Avec le pouvoir de Dieu lui-même, il pardonne les péchés de cet homme. Il montre ainsi qu’il est l’égal du Père, vérité qu’il avait déjà montré quand il a dit au lépreux : « Je le veux, sois guéri » (Mt 8,3)…et quand, par un seul mot, il avait calmé la mer déchaînée (Mt 8,26), ou quand, en tant que Dieu, il avait chassé les démons, qui reconnaissent en lui leur souverain et leur juge (Mt 8,32). Or ici, il montre à ses adversaires, à leur grand étonnement, qu’il est l’égal du Père.

    Et le Sauveur montre ici, encore une fois, combien il repousse tout ce qui est spectaculaire ou source de vaine gloire. La foule le presse de tous côtés, mais il ne s’empresse pas d’opérer un miracle visible en guérissant la paralysie extérieure de cet homme… Il commence par un miracle invisible, guérissant l’âme de cet homme. Cette guérison-là est infiniment plus avantageuse pour lui –- et, en apparence, moins glorieuse pour le Christ.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

     

     

  • « Que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés. » (Col 3,15)

    Le propre de Dieu et de ses anges est de donner, dans leurs incitations, une véritable allégresse et joie spirituelle, en écartant toute tristesse et trouble que suscite l’ennemi. Au contraire, le propre de ce dernier est de lutter contre cette joie et cette consolation spirituelle, en proposant des raisons apparentes, des subtilités et de continuels sophismes. Seul Dieu notre Seigneur donne à l’âme la consolation sans cause précédente. C’est en effet le propre du Créateur d’entrer, de sortir, de produire des motions dans l’âme, l’attirant tout entière à l’amour de sa divine Majesté. Je dis : sans cause, c’est-à-dire, sans aucun sentiment préalable ni de connaissance d’un objet grâce auquel viendrait cette consolation. (…)

    C’est le propre de l’ange mauvais, qui se transforme en « ange de lumière » (2Co 11,14), d’aller d’abord dans le sens de l’âme fidèle et de l’amener ensuite dans le sien. C’est à dire qu’il propose des pensées bonnes et saintes, en accord avec l’âme juste, et ensuite, peu à peu, il tâche de l’amener à ses fins en entraînant l’âme dans ses tromperies secrètes et ses intentions perverses.

    Nous devons être très attentifs au déroulement de nos pensées. Si le début, le milieu et la fin sont entièrement bons, orientés entièrement vers le bien, c’est le signe du bon ange. Mais si le déroulement de nos pensées nous amène finalement à quelque chose de mauvais ou de distrayant ou de moins bon que ce que l’âme projetait d’abord, ou qui affaiblit, qui inquiète ou qui trouble l’âme en lui enlevant la paix, la tranquillité et le repos qu’elle avait auparavant, c’est un signe clair que cela vient du mauvais esprit, ennemi de notre progrès et de notre salut éternel. (…) Chez ceux qui avancent de bien en mieux, le bon ange touche l’âme de façon douce, légère et suave, comme une goutte d’eau qui entre dans une éponge. Le mauvais la touche de façon aigüe, avec bruit et agitation.

    Saint Ignace de Loyola (1491-1556)

     

     

  • « Suis-moi ! »

    Balaam avait prophétisé : « Que tes demeures sont belles, Jacob, et tes tentes, Israël » (Nb 24,5). Ici, Jacob est le symbole des hommes parfaits en actions et en œuvres, et Israël des chercheurs de la sagesse et de la connaissance… De celui qui a accompli tout son devoir et atteint la perfection des œuvres, on dira que cette perfection des œuvres est sa maison, sa belle maison. Au contraire pour ceux qui travaillent à la sagesse et à la connaissance, il n’y a pas de terme à leurs efforts — car où sera la limite de la sagesse de Dieu ? Plus on s’en approchera, plus on y découvrira de profondeurs ; plus on la scrutera, mieux on comprendra son caractère ineffable et incompréhensible ; car la sagesse de Dieu est incompréhensible et inestimable. Pour ces gens-ci donc, qui s’avancent sur la route de la sagesse de Dieu, Balaam ne vante pas leurs maisons, car ils ne sont pas arrivés au terme du voyage, mais il admire les tentes avec lesquelles ils se déplacent toujours et progressent toujours…

    Quiconque fait quelque progrès dans la connaissance des choses de Dieu et a acquis quelque expérience en ce domaine le sait bien : à peine arrivé à quelque aperçu, à quelque compréhension des mystères spirituels, l’âme y séjourne comme sous une tente ; et après avoir exploré d’autres régions à partir de ses premières découvertes…, pliant sa tente en quelque sorte, elle tend plus haut, et là elle établit pour un moment la demeure de son esprit… C’est ainsi que toujours « tendue en avant » (Ph 3,13) elle s’avance comme les nomades avec leurs tentes. Jamais le moment n’arrive où l’âme embrasée du feu de la connaissance de Dieu peut se donner du temps et se reposer ; elle est toujours relancée du bien vers le mieux, et de ce mieux à de plus grandes hauteurs.

    Origène (v. 185-253)

     

     

     

  • « Il guérit beaucoup de malades. »

    « Le soir venu, on lui amena beaucoup de possédés ; par sa parole il en chassa les esprits, et guérit tous ceux qui étaient malades. » Vois-tu comme la foi de la foule grandit peu à peu ? Malgré l’heure avancée, ils n’ont pas voulu quitter le Seigneur ; ils ont pensé que le soir permettait de lui amener des malades. Songe au nombre de guérisons que les évangélistes laissent de côté ; ils ne les racontent pas toutes une à une, mais en une seule phrase ils nous font voir un océan infini de miracles. Pour que la grandeur du prodige ne nous entraîne pas à l’incrédulité, pour qu’on ne soit pas troublé à la pensée d’une telle foule frappée de maux si divers et guérie en un moment, l’évangile apporte le témoignage du prophète, aussi extraordinaire et aussi surprenant que les faits eux-mêmes : « Ainsi devait s’accomplir l’oracle du prophète Isaïe : Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies » (53,4). Il ne dit pas : « Il a détruit », mais : « Il a pris » et « Il s’est chargé », marquant ainsi, à mon avis, que le prophète parle plus du péché que des maladies du corps, ce qui est conforme à la parole de Jean Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29).

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

     

     

  • « Il est resserré, le chemin qui conduit à la vie. »

    Voyons ce que Dieu a dit à Moïse, quelle route il a eu ordre de choisir. (…) Tu croyais peut-être que le chemin que Dieu montre est uni et facile, qu’il ne comporte absolument rien de difficile ou de pénible ; au contraire, c’est une montée, et une montée tortueuse. Car le chemin par où on tend aux vertus ne va pas en descendant, mais en montant, et c’est une montée resserrée et difficile. Écoute le Seigneur encore dire dans l’Évangile : « Combien étroite et resserrée est la voie qui mène à la vie ! » Vois donc combien l’Évangile est en harmonie avec la Loi (…) N’est-il pas vrai que même des aveugles peuvent le voir clairement : un seul Esprit a écrit la Loi et l’Évangile.

    Le chemin où on s’avance est donc une montée tortueuse (…) ; les actes et la foi comportent bien des difficultés, bien des peines. Car bien des tentations et bien des obstacles s’opposent à ceux qui veulent agir selon Dieu. Ensuite, dans la foi, on trouve bien des choses tortueuses, beaucoup de points de discussion, bien des objections d’hérétiques. (…) Écoute ce que dit Pharaon en voyant la route que Moïse et les Israélites avaient prise : « Ces gens-là s’égarent » (Ex 14,3). Pour Pharaon, ceux qui suivent Dieu s’égarent. C’est que, on l’a dit, le chemin de la sagesse est tortueux, avec maints tournants, maintes difficultés, nombre de détours. Ainsi, confesser qu’il y a un seul Dieu, et affirmer dans la même confession que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont un seul Dieu, combien tortueux, combien difficile, combien inextricable cela paraît-il aux infidèles ! Ajouter ensuite que « le Seigneur de majesté » a été crucifié (1Co 2,8), et qu’il est le Fils de l’homme « qui descendit du ciel » (Jn 3,13), combien cela paraît tortueux et combien difficile ! Qui l’entend sans la foi dit : « Ces gens-là s’égarent ». Mais toi, sois ferme, ne mets pas en doute une telle foi, sachant que Dieu te montre cette route de la foi.

    Origène (v. 185-253)

     

     

  • « Pourquoi avoir peur ? »

    Ses disciples s’approchent de lui, le réveillent et lui disent : « Seigneur, au secours, nous périssons ! » (…) Ô bienheureux, ô vrais disciples de Dieu, vous avez avec vous le Seigneur votre Sauveur et vous craignez un danger ? La Vie est avec vous et vous vous inquiétez pour votre mort ? Vous tirez de son sommeil le Créateur présent avec vous, comme s’il ne pouvait pas, même endormi, calmer les vagues, faire tomber la tempête ?

    Que répondent à cela les disciples bien-aimés ? Nous sommes de tout petits enfants encore faibles. Nous ne sommes pas encore des hommes vigoureux. (…) Nous n’avons pas encore vu la croix ; la Passion du Seigneur, sa résurrection, son ascension dans les cieux, la descente du Saint-Esprit Paraclet ne nous ont pas encore rendus solides. (…) Le Seigneur a raison de nous dire : « Pourquoi êtes-vous peureux, gens de peu de foi ? » Pourquoi êtes-vous sans force ? Pourquoi ce manque de confiance ? Pourquoi si peu de témérité quand vous avez la Confiance auprès de vous ? Même si la mort allait faire irruption, ne devrez-vous pas la supporter avec une grande constance ? En tout ce qui arrive, je vous donnerai la force nécessaire, en tout danger, en toute épreuve, y compris la sortie de l’âme de son corps. (…) Si, dans les dangers, ma force est nécessaire pour tout supporter avec foi comme un homme, combien plus nécessaire est-elle en présence des tentations de la vie pour ne pas tomber !

    Pourquoi vous troubler, gens de peu de foi ? Vous savez que je suis puissant sur terre ; pourquoi ne croyez-vous pas que je suis puissant aussi sur mer ? Si vous me reconnaissez comme vrai Dieu et Créateur de tout, pourquoi ne croyez-vous pas que j’ai pouvoir sur tout ce que j’ai créé ? « Alors il se dressa et commanda avec force aux vents et à la mer et il se fit un grand calme. »

    Homélie grecque ancienne

     

     

  • « Ne vous souciez pas de demain : demain se souciera de lui-même. »

    Je m’émerveillais beaucoup : malgré notre sottise et notre aveuglement ici-bas, notre Seigneur en sa courtoisie nous regarde sans cesse avec bienveillance et avec joie. Le plus grand plaisir que nous puissions lui faire, c’est d’en être convaincus vraiment et avec intelligence, et de nous en réjouir avec lui et en lui. Car, de même que nous serons à tout jamais dans la béatitude de Dieu, le louant et le remerciant, de même nous sommes depuis toujours dans sa prévoyance : en son dessein éternel, il nous a aimés et connus avant l’origine des temps.

    C’était avec cet amour sans commencement qu’il nous a créés, c’est par ce même amour qu’il nous garde : il ne permet jamais que nous soyons blessés au point d’en perdre notre béatitude. C’est pourquoi, au temps du jugement, quand nous serons tous élevés jusqu’au ciel, nous verrons clairement en Dieu les secrets qui maintenant nous sont cachés. Alors personne ne sera tenté de dire : « Seigneur, s’il en avait été autrement, alors cela aurait été parfait. » Nous dirons tous d’une seule voix : « Seigneur, béni sois-tu ! Il en est ainsi, et tout est bien. Nous voyons en vérité que tout est accompli selon l’ordre que tu as voulu avant le commencement de toutes choses. »

    Julienne de Norwich (1342-après 1416)

     

     

     

  • « Ne vous faites pas de trésors sur la terre. »

    Nous, les Pères du 21e Concile œcuménique de l’Église catholique (…), dans la pleine conscience de notre mission envers l’humanité, nous nous adressons avec déférence et avec confiance à ceux qui tiennent dans leurs mains le destin des hommes sur cette terre, à tous les dépositaires du pouvoir temporel.

    Nous le proclamons hautement : nous rendons honneur à votre autorité et à votre souveraineté ; nous respectons votre fonction ; nous reconnaissons vos lois justes ; nous estimons ceux qui les font et ceux qui les appliquent. Mais nous avons une parole particulièrement sacrée à vous dire, et la voici : Dieu seul est grand. Dieu seul est le principe et la fin (Ap 1,17; 2,8). Dieu seul est la source de votre autorité et le fondement de vos lois.

    C’est à vous qu’il revient d’être sur terre les promoteurs de l’ordre et de la paix entre les hommes. Mais, ne l’oubliez pas : c’est Dieu, le Dieu vivant et vrai, qui est le Père des hommes. Et c’est le Christ, son Fils éternel, qui est venu nous le dire et nous apprendre que nous sommes tous frères (Mt 23,8). C’est lui, le grand artisan de l’ordre et de la paix sur la terre, car c’est lui qui conduit l’histoire humaine et qui seul peut incliner les cœurs à renoncer aux passions mauvaises qui engendrent la guerre et le malheur. C’est lui qui bénit le pain de l’humanité, qui sanctifie son travail et sa souffrance, qui lui donne des joies que vous ne pouvez pas lui donner, et la réconforte dans des douleurs que vous ne pouvez pas consoler. Dans votre cité terrestre et temporelle, il construit mystérieusement sa cité spirituelle et éternelle, son Église.

    Concile Vatican II

     

     

     

  • « Ceux-là ont touché leur récompense. »

    « Évitez de pratiquer votre justice devant les hommes. » Pourquoi ? « Pour ne pas être remarqué par eux. » Et s’ils vous ont remarqué, qu’en sera-t-il pour vous ? « Vous n’aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est aux cieux. » Frères, ici le Seigneur ne porte pas de jugement, mais il expose. Il met en lumière la ruse de nos pensées ; il met à nu les dispositions secrètes des âmes. À ceux qui méditent injustement sur la justice, il indique la mesure d’une juste rétribution. La justice qui se place devant les yeux des hommes ne peut pas attendre du Père son salaire divin. Elle a voulu être vue, et elle a été vue ; elle a voulu plaire aux hommes, et elle a plu. Elle a le salaire qu’elle a voulu ; la récompense qu’elle n’a pas voulu avoir, elle ne l’aura pas. (…)

    « Quand tu fais l’aumône, ne le claironne pas devant toi, comme font les hypocrites. » « Claironner », c’est le terme juste, parce qu’une aumône de cette sorte est un acte guerrier plutôt que pacifique. Elle passe tout entière dans son cri, elle n’a rien à voir avec la miséricorde. Elle est du pays de la désunion, elle n’a pas été nourrie par la bonté. C’est un trafic pour la parade, non un commerce chaste (…) « Toi donc, quand tu fais l’aumône, ne le claironne pas devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues ou dans les rues, afin d’être glorifié par les hommes. En vérité, je vous le dis, ils ont touché leur récompense. » Vous avez entendu : l’aumône faite dans une assemblée, sur les places publiques, dans les carrefours, n’est pas une dépense faite pour le soulagement des pauvres, mais elle est placée devant le regard des hommes pour s’attirer leur estime. (…) Fuyons l’hypocrisie, mes frères, fuyons-la. (…) Elle ne soulage pas le pauvre ; la plainte de l’indigent lui est un prétexte pour rechercher plus activement une gloire spectaculaire. Elle gonfle sa louange de la souffrance du pauvre.

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)

     

     

  • « Soyez saints, car je suis saint. » (Lv 19,2)

    Nous savons tous qu’il y a un Dieu qui nous aime et qui nous a faits. Nous pouvons nous tourner vers lui et demander : « Mon Père, aide-moi maintenant. Je veux être saint, je veux être bon, je veux aimer ». La sainteté n’est pas un luxe destiné à une élite ; elle n’est pas réservée à quelques-uns. Nous y sommes destinés, toi, moi et tout le monde. C’est une tâche simple, car si nous apprenons à aimer, nous apprenons à être saints.

    La première étape est de vouloir le devenir. Jésus veut que nous soyons saints comme son Père est saint. Ma sainteté consiste en l’accomplissement de la volonté de Dieu, dans la joie. Dire « Je veux être saint » signifie : « Je vais me dépouiller de tout ce qui n’est pas Dieu. Je vais me dépouiller et vider mon cœur de toutes les choses matérielles. Je vais renoncer à ma volonté propre, à mes goûts, à mes fantaisies, à mon inconstance ; je deviendrai un esclave généreux de la volonté de Dieu. De toute ma volonté, je vais aimer Dieu, je vais choisir en faveur de lui, je vais courir vers lui, je vais arriver jusqu’à lui et je vais le posséder ». Mais tout dépend de ces quelques mots : « Je veux » ou « Je ne veux pas ». Je dois mettre toute mon énergie dans ces mots : « Je veux ».

    Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)