Auteur/autrice : fred

  • « Votre peine se changera en joie. » (Gv 16,20)

    Dès lors que le plaisir des sens suscite l’affliction, c’est-à-dire la peine de l’âme (car les deux sont l’un pour l’autre la même chose), le plaisir de l’âme engendre naturellement l’affliction, c’est-à-dire la peine des sens. Celui qui recherche la vie qu’il espère, la vie de notre Dieu et Sauveur Jésus Christ, par la résurrection des morts, dans l’héritage gardé aux cieux hors de toute corruption, de toute souillure et de toute flétrissure ( cf. 1 P 1,4), a dans l’âme une réjouissance et une joie ineffable : il est continuellement radieux, illuminé par l’espérance des biens à venir, mais il a dans la chair et dans les sens une affliction, les peines qui lui viennent des tentations de toutes sortes et les souffrances qu’elle lui infligent.

    Car le plaisir et la peine accompagnent toute vertu. La peine de la chair, quand celle-ci est privée des sens agréables et lisses. Et le plaisir de l’âme, quand celle-ci se réjouit dans les délices des raisons en esprit, pures de toute chose sensible. Il faut que durant la vie présente l’intelligence, maintenant affligée dans la chair – c’est ce que je pense – à cause des nombreuses peines des épreuves qui lui arrivent pour la vertu, se réjouisse toujours dans l’âme et soit comblée de plaisir à cause de l’espérance des biens éternels, quand bien même en elle les sens seraient accablés. « Car les souffrances du temps présent ne peuvent se comparer à la gloire à venir, qui doit se révéler en nous » (Rm 8,18), dit l’Apôtre divin.

    Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662)

     

     

     

  • Ascension du Seigneur, solennité

    « Élevez-vous, portes éternelles : qu’il entre, le roi de gloire ! (…) Qui donc est ce roi de gloire ? C’est le Seigneur, Dieu de l’univers ; c’est lui, le roi de gloire » (Ps 23, 7.10). Ces versets s’appliquent merveilleusement à l’Ascension de Notre-Seigneur reçu au ciel par les chœurs des anges…

    Que vous êtes bon, mon Dieu de nous consoler des tristesses de la terre par la vue de votre bonheur… Comme premier devoir vous nous commandez de vous aimer… Et si nous remplissons ce devoir, il en résulte immédiatement et nécessairement que nous sommes dès ce monde, pendant toute notre vie, merveilleusement, infiniment heureux. Nous partageons déjà en quelque sorte le bonheur des élus, puisque comme eux nous jouissons de ce qui fait leur bonheur, comme eux nous sommes heureux parce que nous vous savons heureux… À la vérité nous ne le voyons pas clairement pour eux, mais nous le savons indubitablement (…).

    Quand nous sommes tristes, affligés des péchés des autres ou des nôtres, des souffrances physiques ou morales du prochain ou des nôtres, quand nous sentons venir le découragement, élevons nos cœurs, pensons que quoi qu’il nous arrive en ce monde et dans l’autre, quoi qu’il arrive au monde entier, notre bien-aimé est Jésus et que Jésus est bienheureux : il est monté aux cieux, assis à la droite de son Père et heureux pour l’éternité… Quand on aime, si le bien-aimé est heureux, rien ne manque… notre tout est heureux, c’est tout ce qu’il nous faut (…).

    Si nous l’aimons, regardons-le et remercions-le sans fin comme les anges et comme l’Église à la vue de sa gloire : « Nous te rendons grâce pour ton immense gloire » (…). Daignez, mon Dieu, par votre grande miséricorde, faire de la vue de votre bonheur notre soutien ici-bas et notre félicité éternelle ! Amen.

    Saint Charles de Foucauld (1858-1916)

     

     

     

  • L’Esprit conduira nos pas

    La puissance divine contient l’intégralité de la sainteté. Elle conforte de tous côtés l’esprit intérieur de l’homme qui s’unit à Dieu. C’est elle qui fait goûter les dons mystiques de l’Esprit Saint à celui qui est sur le point de sombrer dans la torpeur. L’homme s’arrache alors à cette torpeur, se réveille et tend de toutes ses forces vers la justice. Souvent cette opération est un combat pénible pour l’esprit car le corps, même contraint à l’obéissance par la volonté divine, est à peine capable de mener le bien. Trop souvent, il cède aux désirs de la chair, cette chair qui est sa demeure : ainsi l’exhalaison des dons de Dieu se heurte à la résistance de la volonté humaine.

    Dieu qui m’a créé, qui est Seigneur et qui a tout pouvoir sur moi, est ma force. Sans lui, je suis incapable de quelque bien que ce soit, car c’est lui qui me communique l’esprit de vie, source de ma propre vie, du mouvement qui m’anime, et c’est lui qui m’oriente sur les chemins que je prends : lorsque je l’invoque en vérité, tel un cerf qui désire l’eau vive, lui, Dieu et Seigneur, conduit mes pas avec hâte dans ses commandements. Il me conduira vers les sommets que ses préceptes m’enseignent, il soumettra mes désirs terrestres par sa force victorieuse et, dans la béatitude céleste, je chanterai sans fin ses louanges.

    Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)

     

     

     

     

  • Ne craignez-pas et croyez !

    Je vous en prie, restez tranquille et soyez résignés en tout. Jésus est avec vous et il est content de vous. Je ne cesse jamais d’importuner le divin cœur en votre faveur, afin qu’il vous comble d’encore plus de grâces pour soutenir et combattre le bon combat. N’en doutez pas, la victoire viendra et sera vôtre sans aucun doute.

    Ne vous évertuez pas à chercher Dieu hors de vous, il est avec vous, il est dans vos recherches. Je vous exhorte, pendant la durée de cette épreuve, à agir en conformité à la volonté divine et à imiter Isaac entre les mains d’Abraham, à espérer avec eux contre toute espérance. Ne craignez pas, mon cher père, et croyez-moi, moi qui vous ai parlé de la part de Jésus. Courage, donc, mon cher père. Jésus est avec vous et la victoire vous reviendra en toute certitude. (…)

    Le printemps n’est-il pas plus beau et plus surprenant, quand l’hiver est rude et tumultueux ? De grâce ! mon bon père, oubliez vos peurs et laissez le médecin divin agir aussi comme un chirurgien. Vivez tranquille pour ce qui concerne votre esprit. Continuez à offrir au Seigneur le sacrifice de votre vie et de tout ce que vous supportez, et Jésus continuera à régner sur votre cœur, en véritable souverain qu’il est. Et pour vous rendre toujours plus digne de la gloire des bienheureux, offrez à Dieu tout que vous supportez cent fois et plus par jour. Tenez-vous lié à lui par une volonté amoureuse.

    Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968)

     

     

     

  • L’Église en butte aux persécutions

    « Et voici que le menteur se lève en face de moi et parle contre moi. » (Jb 16,8 Vg) Aux heures mêmes de sa tranquillité, la sainte Église est en butte au mensonge, car nombreux sont en son sein les esprits qui ne sont plus fidèles à la promesse de l’éternité et qui mentent pourtant en se disant fidèles. Et comme il n’ont pas le courage de contredire ouvertement sa prédication, elle supporte le mensonge non pas face à face, mais, en quelque sorte, derrière son dos. Mais quand a grondé l’heure de la malignité, celui qui maintenant calomnie dans la crainte vient contredire en face : aux paroles de la vraie foi font barrage ses clameurs sans détour.

    Mais, il faut le savoir, quand nous sommes ainsi en butte aux coups des hommes charnels, c’est moins eux-mêmes qui s’acharnent à vouloir notre mort que l’esprit malin, le prince de leur âme, comme le dit Paul : « Nous avons à lutter corps à corps non pas contre la chair et le sang, mais contre les princes et les puissances, contre les régisseurs de ce monde de ténèbres. » (Ep 6,12) Voilà pourquoi, en parlant ici encore du mensonge, Job peut passer aussitôt au portrait du prince de ce mensonge en transformant ainsi sa phrase : « Il a concentré sa fureur contre moi et en me menaçant il a grincé des dents contre moi. Mon ennemi m’a regardé avec des yeux terribles. » (Jb 16,10 Vg) Que sont tous les injustes ? ne sont-ils pas les membres du diable ? C’est donc lui qui fait par eux tout ce qu’en leur cœur il leur inspire de faire.

    Or, si maintenant encore il n’a que fureur contre la Sainte Église, sa fureur est dispersée, parce que c’est dans les individus qu’il suscite contre elle des tentations secrètes. Mais le jour où il se déchaînera contre elle dans une persécution ouverte, il concentrera contre elle sa fureur, parce que, pour l’abattre, il bandera tous les efforts de sa volonté.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

     

     

     

     

     

  • La crainte d’amour

    Fondé dans la perfection de la charité, on s’élèvera à un degré plus excellent encore et plus sublime, qui est la crainte d’amour. Celle-ci ne naît pas de la frayeur du châtiment ni du désir de la récompense, mais de la grandeur même de l’amour. C’est ce mélange de respect et d’affection attentive qu’un fils a pour un père plein d’indulgence, le frère pour son frère, l’ami pour son ami, l’épouse pour son époux. Elle n’appréhende ni coups ni reproches ; ce qu’elle redoute, c’est de blesser l’amour de la blessure même la plus légère. (…)

    Ainsi, la distance est considérable entre la crainte à quoi rien ne manque, trésor de la sagesse et de la science, et la crainte imparfaite. Celle-ci n’est que « le commencement de la sagesse » (Ps 110,10) et, impliquant un châtiment, se voit bannir du cœur des parfaits, lorsque survient la plénitude de la charité : car « il n’y a point de crainte dans l’amour, mais l’amour parfait bannit la crainte. » (1 Jn 4,18) De fait, si le commencement de la sagesse est dans la crainte, où sera sa perfection, si ce n’est dans la charité du Christ, laquelle comprend en soi la crainte de dilection parfaite, et mérite pour ce fait d’être appelée, non plus le commencement, mais le trésor de la sagesse et de la science ? (…)

    Telle est la crainte des parfaits dont il est dit que fut remplit l’Homme-Dieu, qui n’est pas venu seulement pour nous racheter, mais devait aussi nous donner dans sa personne le type de la perfection et l’exemple des vertus.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

     

  • Fête de St Philippe et St Jacques (le mineur), apôtres

    En lisant les Écritures, il apparaît clairement que la proposition de l’Évangile ne consiste pas seulement en une relation personnelle avec Dieu. (…) La proposition est le Royaume de Dieu (Lc 4,43) ; il s’agit d’aimer Dieu qui règne dans le monde. Dans la mesure où il réussira à régner parmi nous, la vie sociale sera un espace de fraternité, de justice, de paix, de dignité pour tous. Donc, aussi bien l’annonce que l’expérience chrétienne tendent à provoquer des conséquences sociales. Cherchons son Royaume : « Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (Mt 6,33). Le projet de Jésus est d’instaurer le Royaume de son Père ; il demande à ses disciples : « Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 10,7).

    Anticipé et grandissant parmi nous, le Royaume concerne tout et nous rappelle ce principe de discernement que le pape Paul VI proposait en relation au développement véritable : « Tous les hommes et tout l’homme. » Nous savons que « l’évangélisation ne serait pas complète si elle ne tenait pas compte des rapports concrets et permanents qui existent entre l’Évangile et la vie, personnelle, sociale, de l’homme » (Paul VI). Il s’agit du critère d’universalité, propre à la dynamique de l’Évangile, du moment que le Père désire que « tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4) et que son dessein de salut consiste à « saisir toutes choses, celles du ciel et celles de la terre, sous un seul Seigneur, le Christ » (Ep 1,10). Le mandat est : « Allez dans le monde entier ; proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16,15), parce que « la création en attente, aspire à la révélation des enfants de Dieu » (Rm 8,19). Toute la création signifie aussi tous les aspects de la nature humaine, de sorte que « la mission de l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ a une dimension universelle. Son commandement de charité embrasse toutes les dimensions de l’existence, toutes les personnes, tous les secteurs de la vie sociale et tous les peuples. Rien d’humain ne peut lui être étranger. »

    Pape François

     

     

     

  • Ô mon amour, Dieu de ma vie !

    Que suis-je, ô mon Dieu, amour de mon cœur ? Hélas, hélas, que je te suis dissemblable. Voici que moi, je suis comme une infime gouttelette de ta bonté, et toi, tu es l’océan rempli de toute douceur.

    Ô amour, amour, ouvre, ouvre sur moi si petite les entrailles de ta bonté ; fais jaillir sur moi toutes les cataractes de ta très bénigne paternité ; fais sourdre sur moi toutes les sources du grand abîme de ton infinie miséricorde. Que m’engloutisse le gouffre de ta charité. Que je sois immergée dans l’abîme et l’océan de ta miséricordieuse bonté. Que je disparaisse dans le déluge de ton vivant amour, comme disparaît une goutte d’eau de la mer, dans la profondeur de son immensité. Que je meure, que je meure dans le torrent de ton immense pitié, comme meurt l’étincelle du feu dans le courant impétueux du fleuve.

    Que la rosée de ton amour m’enveloppe. Que la coupe de ton amour m’enlève la vie. Que le secret dessein de ton très sage amour opère et achève en moi la glorieuse mort d’amour, cet amour qui donne la vie. Là, je perdrai ma vie en toi, là où tu vis éternellement, ô mon amour, Dieu de ma vie. Amen.

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

     

     

     

  • « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit. » (Jn 15,5)

    « C’est moi qui vous ai choisis et je vous ai établis pour que vous alliez et que vous portiez du fruit, et un fruit qui demeure. » (Jn 15,16) Cette déclaration de Jésus dans le sermon après la Cène vient à la suite de ses affirmations sur les liens étroits qui l’unissent désormais à ses apôtres. « Je suis la vigne, vous êtes les branches. Celui qui demeure en moi et moi en lui porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15,5) Le rameau vit de la sève qui monte de la vigne. Sa fonction est de transformer la sève en fruits. C’est sa raison d’être. Si donc le rameau ne porte pas de fruits, il est normal qu’il soit coupé et jeté au feu. Tel est l’ordre des choses.

    Jésus le souligne pour indiquer que la fécondité est la raison du choix de ses apôtres et de son action sur eux. Ils doivent aller dans le monde et porter du fruit pour la gloire du Père. Ce monde où il les envoie est mauvais, dangereux, persécuteur. Aussi il prie pour eux, mais non point « pour qu’ils soient enlevés du monde, mais que vivant dans le monde, ils soient préservés du mauvais qui y règne. » (Jn 17,15) Après sa résurrection, Jésus déclare encore : « Comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » (Jn 20,21)

    Point de doute par conséquent ; l’œuvre de sanctification réalisée par Jésus en ses apôtres, les liens mystérieux de la grâce qu’il a créés entre eux et lui, au même titre que les pouvoirs étonnants qu’il leur a donnés, sont ordonnés à leur mission dans le monde. La plénitude de la grâce et la plénitude des pouvoirs conférés sont destinés à assurer à Jésus des apôtres continuateurs de sa mission. Ils ont été choisis par Jésus, ils seront transformés par son Esprit pour devenir d’autres Christs ici-bas et pour porter des fruits dans le monde.

    Bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus (1894-1967)

     

     

     

  • Efforçons-nous de vivre dans une sainte paix

    La paix est la simplicité de l’esprit, sa sérénité, la tranquillité de l’âme, le lien de l’amour. La paix est l’ordre, l’harmonie en tout notre être ; elle est une joie continue qui naît du témoignage d’une bonne conscience ; elle est l’allégresse sainte d’un cœur dans lequel règne Dieu. La paix est le chemin de la perfection, ou plutôt dans la paix se trouve la perfection. Et le démon, qui sait très bien tout cela, fait tous ses efforts pour nous faire perdre la paix.

    Nous ne ferons jamais un pas vers la vertu de la simplicité évangélique si nous ne nous efforçons pas de vivre dans une paix sainte et inaltérable. Doux est le joug de Jésus, léger son poids, c’est pourquoi ne permettons pas à l’ennemi de s’insinuer dans notre cœur pour en arracher cette paix. L’ennemi de notre salut sait trop bien que la paix du cœur est un indice sûr de l’assistance divine, et c’est pourquoi il ne laisse échapper aucune occasion de nous la faire perdre.

    Soyons donc toujours en alerte à ce sujet. Jésus nous aidera. Tournons notre pensée vers le ciel, notre véritable patrie, dont le monde n’est qu’une pauvre image, et efforçons-nous avec l’aide divine de conserver, en tout évènement triste ou joyeux, cette sérénité et ce calme qui sied aux vrais disciples du Nazaréen.

    Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968)