Auteur/autrice : fred

  • Qui aime est habité par Dieu

    Celui qui désire savoir si habite en lui le Dieu dont il est dit : « Dieu est admirable en ses saints » (Ps 67,36), qu’il scrute par un examen sincère le fond de son cœur et recherche attentivement avec quelle humilité il résiste à l’orgueil, avec quelle bienveillance il combat l’envie, dans quelle mesure il ne se laisse pas prendre aux paroles flatteuses et se réjouit du bien des autres ; qu’il recherche s’il ne désire pas rendre le mal pour le mal et s’il préfère laisser invengées les injures plutôt que de perdre l’image et la ressemblance de son Créateur qui appelle tous les hommes à le connaître à travers les bienfaits qu’il prodigue à tous, faisant « pleuvoir sur les justes et les injustes et lever son soleil sur les bons et les méchants » (Mt 5,45).

    Et pour que cette recherche ne s’épuise pas en l’examen scrupuleux de multiples points, qu’il se demande si dans les replis de son cœur se trouve la mère même de toutes les vertus : la charité. S’il trouve ce cœur tout entier tendu vers l’amour de Dieu et du prochain au point de vouloir que ses ennemis reçoivent, eux aussi, les biens qu’il souhaite pour lui-même, alors celui qui est dans ces dispositions ne peut pas douter que Dieu le dirige et l’habite. Il lui fait un accueil d’autant plus magnifique que ce n’est pas en lui-même qu’il se glorifie, mais dans le Seigneur (cf. 1 Co 1,31).

    Saint Léon le Grand (?-v. 461)

     

     

     

  • Bulletin n°142

    bulletin 142

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  • Comment savoir si j’ai la charité ?

    Très cher Père, vous pourrez peut-être me dire : J’aime beaucoup la charité, mais comment puis-je bien savoir si je l’ai ?

    Je vous répondrai : Si l’âme trouve en elle-même les conditions que nous avons reconnues à la charité. Elles se résument toutes en deux principales : d’abord dans la vraie et sainte patience, qui supporte toutes les injures petites ou grandes, de quelque côté qu’elles viennent, et qui les supporte avec un esprit calme et tranquille ; puis dans le zèle à soulager les besoins du prochain autant qu’il est possible. Ainsi la première condition de la charité est de supporter les injures, la seconde de donner : et que donner ? L’affection de la charité, en aimant le prochain comme soi-même, et en assistant les créatures selon ce que Dieu donne de grâces et de biens spirituels et temporels : l’âme se trouve disposée à prendre et à goûter la parole de Dieu, et elle s’applique à l’observer jusqu’à la mort. Il y a bien d’autres signes de la charité, mais je ne veux pas trop m’étendre, et je parle seulement des deux principaux.

    Oh ! combien est heureuse l’âme qui se nourrit sur le sein d’une si douce mère ! Elle est humble, elle est obéissante, et elle aimerait mieux mourir que de n’être pas soumise à Jésus crucifié.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

     

     

     

  • Le règne de Dieu est comparable à une graine

    L’essentiel de cette vie, ce qui en est la raison d’être et la joie, ce sans quoi elle nous paraîtrait vaine est un don de nous-mêmes à Dieu, en Jésus-Christ. C’est d’être dans le monde, enfoui dans le monde, parcelle d’humanité livrée par toutes ses fibres, offerte, désappropriée. Être des îlots de résidence divine. Assumer un lieu à Dieu. Être voué, avant tout, à l’adoration. Laisser peser sur nous, jusqu’à l’écrasement, le mystère de la vie divine. Être, dans les ténèbres de l’ignorance universelle, des prises de conscience de Dieu. Savoir que là est l’acte salvateur par excellence ; croire de la part du monde, espérer pour le monde, aimer pour le monde. Savoir qu’une minute de vie chargée de foi, même dépouillée de toute action, de toute expression extérieure, possède un génie de valorisation, une puissance vitale que tous nos pauvres gestes humains ne pourraient remplacer. Le reste est un surplus, un surplus nécessaire, mais nécessaire comme une conséquence.

    Là est la graine, le germe. Si le germe existe, la plante de la vie évangélique ne pourra pas ne pas en jaillir. Au contraire, si nous essayons de mettre sur la terre toutes les fleurs de l’Évangile : dévouement, pauvreté, humilité et le reste, si nous l’essayons avant d’avoir semé cette graine, nous ferons des jardins de fleurs coupées qui faneront en deux jours. C’est à cause de Dieu que nous aimons le monde. Nous voulons le donner au Royaume des cieux. À quoi servirait de nous y efforcer, si nous refusions nous-mêmes à l’emprise dévastatrice et transformatrice de ce Royaume, si nous refusions notre être à l’invasion de la grâce de Dieu.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

     

  • Heureux celui qui parlera en vérité !

    Gardez-vous bien, nous dit Jésus-Christ, de fréquenter toute personne qui use de fourberie dans ses paroles et dans ses actions. En effet, mes frères, nous voyons que rien n’est plus indigne d’un chrétien, lequel doit être un fidèle imitateur de son Dieu qui est la droiture et la vérité même, que de penser une chose et de dire l’autre. Aussi Jésus-Christ, dans l’Évangile, nous recommande de ne jamais mentir : « Dites oui ou non, cela est ou cela n’est pas. » (Mt 5,37) Saint Pierre nous dit que nous devons être semblables aux petits enfants, qui sont simples et sincères, ennemis de tout mensonge et de toute dissimulation (cf. 1P 2,2). (…)

    Considérons le mensonge par rapport à notre dignité de chrétiens ; nous, mes frères, qui, par le Baptême, sommes devenus les temples du Saint-Esprit qui est ennemi de tout mensonge, hélas ! mes frères, dès que nous avons le malheur de mentir, le Saint-Esprit s’en va et nous abandonne, et le démon prend sa place et devient notre maître. Voilà, mes frères, les tristes effets et les ravages effroyables que le mensonge produit en celui qui est si aveugle que de le commettre. Cependant, mes frères, que ces péchés sont communs dans le monde. (…)

    Que devons-nous conclure de tout cela ? Le voici. C’est de ne jamais nous accoutumer à mentir ; car, une fois qu’on en a pris l’habitude, on ne peut plus s’en corriger ; il faut être sincère et véritable dans tout ce que nous disons et faisons. Si l’on ne veut pas nous croire, eh bien ! qu’on le laisse ! (…) Mes frères, comment pouvons-nous employer à mentir notre langue qui a été arrosée du sang précieux de Jésus-Christ, notre bouche, qui, tant de fois, a servi de tabernacle au corps adorable de Jésus-Christ ? Ô mon Dieu ! si nous pensions à tout cela, aurions-nous bien ce courage ? Heureux, mes frères, celui qui agira avec simplicité et qui parlera toujours dans la vérité ! C’est le bonheur que je vous souhaite.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

     

     

     

  • Dirige mon âme vers le ciel !

    Moi, doublement atteint
    Par les flèches mortifères du Mauvais,
    Je crie comme l’infirme :
    « Impose le remède à la blessure profonde de mon âme. »

    Ôte des yeux de mon esprit la poussière des vices,
    Celle de l’intérieur et celle de l’extérieur,
    Afin que je voie clairement au ciel
    La face de l’Archétype.

    Et au lieu d’entendre la parole commune
    Dans le réceptacle de mon ouïe,
    Imprime en lui la parole de la sainte Écriture,
    Du Testament où parle Dieu.

    Place une sentinelle auprès des lèvres de ma bouche,
    Pour que je ne parle pas au détriment de l’âme,
    Mais que je prenne la parole toujours selon ta volonté,
    Pour l’édification et le profit de l’auditeur.

    Accorde à mes mains actives la grâce
    D’accomplir le bien durable ;
    De ne pas s’appliquer aux plaisirs,
    Aux choses palpables, nuisibles.

    Et si ces sens venaient à glisser et à scandaliser,
    Fais que j’imite, selon le commandement,
    Celui qui a préféré se sacrifier,
    Afin de ne pas subir totalement le châtiment.

    Dirige les pas de mon âme vers le ciel,
    Et affermis-les sur le Roc inébranlable,
    Afin qu’ils ne soient pas pour tout mon être
    Une occasion de tomber dans le feu.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

     

  • « Si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi. »

    « Dieu fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, il fait pleuvoir sur les justes et les injustes » (Mt 5,45). Il montre sa patience ; il ne déploie pas encore sa toute-puissance. Toi aussi…, renonce à la provocation, n’augmente pas le malaise de ceux qui sèment le trouble. Es-tu ami de la paix ? Tiens-toi tranquille au-dedans de toi-même… Laisse de côté les querelles, et tourne-toi vers la prière. Ne réponds pas à l’injure par l’injure, mais prie pour cet homme.

    Tu voudrais lui parler contre lui-même : parle à Dieu pour lui. Je ne dis pas de te taire ; choisis l’endroit qui convient, et vois Celui à qui tu parles, en silence, par un cri du cœur. Là où ton adversaire ne te voit pas, là même sois bon pour lui. A cet adversaire de la paix, à cet ami de la dispute, réponds, toi, l’ami de la paix : « Dis tout ce que tu voudras, quelle que soit ton inimitié, tu es mon frère »…

    « Tu as beau me haïr et me repousser : tu es mon frère ! Reconnais en toi le signe de mon Père. Voici la parole de mon Père : tu es un frère querelleur, mais tu es mon frère, car toi aussi tu dis comme moi : ‘ Notre Père qui es aux cieux. ‘ Nous invoquons un seul Père, pourquoi ne sommes-nous pas un ? Je t’en prie, reconnais ce que tu dis avec moi et désavoue ce que tu fais contre moi… Nous n’avons qu’une voix devant le Père ; pourquoi n’aurions-nous pas ensemble une seule paix ? »

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • « Celui qui observera les commandements et les enseignera, sera grand dans le royaume des Cieux. »

    « Celui qui fera et qui enseignera sera grand. » (Mt 5,19) Les hommes ne doivent pas procurer seulement leur utilité particulière, mais encore celle des autres. La récompense ne sera pas égale pour celui qui ne pense qu’à lui-même, et pour celui qui en se sauvant, sauve les autres avec lui. Comme celui qui prêche et ne fait pas ce qu’il dit, se condamne lui-même selon saint Paul : « Vous qui instruisez les autres, vous ne vous instruisez pas vous-même » (Rom 2, 21) ; ainsi celui qui fait le bien et n’enseigne pas aux autres à le faire, perd beaucoup de sa récompense. Il faut donc travailler à l’un et à l’autre, et après s’être appliqué à se corriger soi-même, il faut étendre ensuite sa vigilance et sa charité sur ses frères.

    C’est pourquoi Jésus-Christ dit qu’il faut faire, et puis enseigner. Il met la pratique avant l’instruction, pour montrer qu’on ne peut enseigner utilement sans avoir auparavant pratiqué ce qu’on enseigne; qu’autrement on nous dira : « Médecin, guérissez-vous vous-même » (Lc 4,23). Celui qui, ne pouvant se régler lui-même, se mêle d’instruire les autres, s’expose à être moqué de ceux qui l’écoutent, et toutes ses instructions seront sans fruit, parce qu’il détruira par ses actions ce qu’il établira par ses paroles. « Mais celui qui fera et qui enseignera sera grand dans le royaume des cieux » (Mt 5,19).

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

     

     

     

  • La contagion de la paix

    À tous les tournants de rues il y a de petites guerres, comme à tous les tournants du monde il y a de grandes guerres.
    À tous les tournants de notre vie nous pouvons faire la guerre ou faire la paix.
    Et c’est pour faire la guerre que nous nous sentons dangereusement bâtis.
    Très vite notre voisin devient notre ennemi,
    s’il n’est pas notre frère. (…)

    C’est pourquoi il n’y a que les enfants de Dieu qui soient totalement des pacifiques.
    Pour eux la terre est une maison de leur Père du Ciel.
    Tout ce qui est sur la terre est à lui et le sol lui-même.
    Oui, vraiment, la terre est une petite maison de leur Père.
    Ils n’en dédaignent aucune pièce, ni aucun continent, ni aucune île minuscule, ni aucune nation, ni aucune courette, aucune de ces pièces que sont les places, les trottoirs, les bureaux, les magasins, les quais, les gares…
    Ils ont à y faire l’esprit de famille. (…)

    Les yeux des pacifiques sont bienveillants et leurs compagnons de route s’y réchauffent comme au coin du feu.
    Ils ne trouvent jamais de motif à combattre, car ils se savent comptables seulement de la paix, et la paix ne se défend pas par des batailles.
    Ils savent que la division d’un seul atome peut déclencher des guerres cosmiques.
    Ils savent aussi qu’il y a une chaîne entre les humains et que
    lorsqu’une cellule humaine se déchire dans une colère,
    une rancune, une amertume,
    le ferment de guerre peut rebondir jusqu’au bout de l’univers.

    Mais parce qu’ils croient à la diffusion de l’amour, ils savent que
    là où se fait un peu de paix s’établit une contagion de paix
    assez forte pour envahir toute la terre.
    Aussi vont-ils dans une double joie :
    celle d’un avènement de paix tout autour d’eux ;
    et celle d’écouter une voix ineffable qui dit « Père » au fond de leur cœur.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

     

  • « Heureux les doux »

    L’une des béatitudes exaltées par la bouche de notre Sauveur, nous rend cette vérité manifeste : « Heureux les doux, parce qu’ils posséderont la terre. » (Mt 5,4) Nous n’avons point d’autre moyen de posséder notre terre, c’est-à-dire de soumettre à notre empire la terre rebelle de notre corps, que de fonder tout d’abord notre âme en la douceur de la patience ; dans les combats que la passion suscite à notre chair, le triomphe ne s’obtient que si l’on revêt les armes de la mansuétude : « Les doux, dit le prophète, possèderont la terre, » et « ils y demeurent à jamais. » (Ps 36, 11.29)

    Puis, il nous enseigne, dans la suite du psaume, la méthode pour conquérir cette terre : « Attends le Seigneur et garde sa voie ; il t’élèvera, et tu posséderas la terre en héritage. » (Ps 36, 34) Voici donc une vérité constante : personne n’arrive à la ferme possession de cette terre, hors ceux qui gardent les voies dures et les préceptes du Seigneur par la douceur inaltérable et la patience. Sa main les retirera de la fange des passions charnelles et les exaltera. « Les doux posséderont la terre » et non seulement ils la posséderont, mais « ils goûteront les délices d’une paix débordante. » (Ps 36,11)

    Au contraire, celui qui reste sujet, dans sa chair, aux guerres de la concupiscence, ne jouira point de cette paix d’une façon stable. (…) Mais, lorsque le Seigneur, imposant silence aux guerres, l’aura délivré de tous les emportements de la chair, il parviendra à un tel état de pureté, que la confusion s’évanouira, qui lui donnait de l’horreur pour lui-même, je veux dire pour sa chair, durant qu’il en était combattu, et qu’il commencera d’y prendre ses délices, comme dans un tabernacle très pur. (…) Le mérite de sa mansuétude lui aura donné la terre en héritage, et plus encore, « il goûtera les délices d’une paix débordante. » Car il n’est pas dit : Ils goûteront les délices de la paix ; mais « d’une paix débordante ». (Ps 36,11)

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)