Auteur/autrice : fred

  • « Ayez du sel en vous-mêmes. »

    Accorde-moi, Dieu miséricordieux, de désirer avec ardeur ce que tu approuves, de le rechercher avec prudence, de le reconnaître avec vérité, de l’accomplir avec perfection, à la louange et à la gloire de ton nom.

    Mets de l’ordre en ma vie, et donne-moi d’accomplir ce que tu veux que je fasse, comme il faut et comme il est utile au salut de mon âme. Que j’aille vers toi, Seigneur, par un chemin sûr, droit, agréable et menant au terme, un chemin qui ne s’égare pas entre les prospérités et les adversités, afin que je te rende grâces dans les choses prospères, et que dans les choses adverses je garde la patience, ne me laissant ni exalter par les premières, ni abattre par les secondes. Que rien ne me réjouisse ni ne m’attriste, hors ce qui mène à toi ou m’en retire. Que je ne désire plaire ou ne craigne de déplaire à personne si ce n’est à toi. Que tout ce qui passe devienne vil à mes yeux à cause de toi, Seigneur, et que tout ce qui te touche me soit cher, mais toi, mon Dieu, plus que tout le reste… Que je ne désire rien en dehors de toi…

    Accorde-moi, Seigneur mon Dieu, une intelligence qui te connaisse, un empressement qui te cherche, une sagesse qui te trouve, une vie qui te plaise, une persévérance qui t’attende avec confiance et une confiance qui te possède à la fin. Accorde-moi d’être affligé de tes peines par la pénitence, d’user en chemin de tes bienfaits par la grâce, de jouir de tes joies surtout dans la patrie par la gloire. Ô toi qui, étant Dieu, vis et règnes dans tous les siècles.

    Saint Thomas d’Aquin (1225-1274)

     

     

     

  • Le mariage est le plus beau des signes de l’amour de Dieu

    L’amour et la vie ne s’écoulent pas de la terre vers Dieu, mais descendent de Dieu vers la terre. « Tout don parfait vient du Père. » (Jc 1,17) « Dieu est Amour. » (1 Jn 4,8) Il est amour parce que Trinité. Dans la Trinité est l’unité et la fécondité. C’est de là que tout part. Il y a sur terre un brassement d’amour devant quoi nous pouvons être pris de vertige. Des fleurs et des bêtes aux êtres humains, cette circulation d’amour nous environne. Pour ne pas nous y sentir étranger comme en dissonance avec la vie même, c’est de la Sainte Trinité qu’il faut partir. Là est l’Amour en soi : « l’amour vrai ». De là descendent comme en cascade tous les amours du monde, de moins en moins parfaits, mais qui ont leur raison d’être parce qu’ils sont le signe de l’amour qui existe en Dieu.

    Depuis l’amour de l’homme et de la femme jusqu’à celui des bêtes, jusqu’aux unions mystérieuses des éléments et des métaux, tout cela signifie de façon plus ou moins belle l’amour qui est en Dieu. Et cela renverse le problème. Même l’unité du Verbe et de l’homme, même l’union du Christ et de l’Église ne sont encore que les plus grands, les plus beaux signes de l’amour qui est Dieu. Dans le mariage, il y a une vocation à l’amour singulièrement riche. C’est au sommet de la création visible le plus beau des signes de l’amour de Dieu. C’est grand car c’est le signe, dit saint Paul, de l’amour du Christ et de son Église.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

     

  • Ce que les disciples doivent retenir du Maître

    Les apôtres se plaignaient un jour : « Maître, disaient-ils, nous avons vu un homme qui chasse les démons en votre nom, et nous l’avons empêché, parce qu’il ne va pas avec nous. » Sur l’heure, le Christ répondit : « Ne l’empêchez pas, car celui qui n’est pas contre vous est pour vous. » (Lc 9,49-50) Mais, lorsque, à la fin des temps, ces gens diront : « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous point prophétisé en votre nom ? chassé les démons ? et fait quantité de miracles ? » Il atteste qu’il répliquera : « Je ne vous ai jamais connus. Retirez-vous de moi, ouvriers d’iniquité. » (cf. Mt 7,22-23) Aussi donne-t-il l’avertissement à ceux qu’il a lui-même gratifiés de la gloire des signes et des miracles, de ne point s’élever à ce propos : « Ne vous réjouissez pas de ce que les démons vous sont soumis ; mais de ce que vos noms sont écrits dans les cieux. » (cf. Lc 10,20)

    Mais voici que l’auteur même de tous les signes et les miracles appelle ses disciples à recueillir sa doctrine ; il va manifester avec évidence ce que ses sectateurs véritables et choisis entre tous devront apprendre particulièrement de lui : « Venez, dit-il, et apprenez de moi », non pas certes à chasser les démons par la puissance du ciel, ni à guérir les lépreux, ni à rendre la lumière aux aveugles, ni à ressusciter les morts – J’opère, il est vrai, tous ces prodiges par l’entremise de quelques-uns de mes serviteurs ; néanmoins, la condition humaine ne saurait entrer en société avec Dieu pour les louanges qui lui sont dues ; le ministre et l’esclave ne peut prendre une part où toute la gloire appartient à la seule divinité – ; mais vous, dit-il, « apprenez de moi » ceci, « que je suis doux et humble de cœur. » (Mt 11,28-29)

    Voilà, en effet, ce qu’il est possible à tous communément d’apprendre et de pratiquer. Mais de faire des signes et des miracles, cela n’est pas toujours nécessaire, ni avantageux à tous, et n’est pas accordé non plus universellement.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

     

  • Approchons-nous de lui en toute simplicité !

    La simplicité est une habitude de l’âme qui exclut tout artifice, et l’immunise contre la malveillance. L’absence de malice est un état joyeux de l’âme exempte de toute arrière-pensée. La première prérogative de l’enfance, c’est une simplicité exempte d’artifice ; aussi longtemps qu’Adam la conserva, il ne vit pas la nudité de son âme et l’indécence de sa chair.

    Belle et bienheureuse est la simplicité que certains possèdent par nature, mais elle l’est moins que celle qui, à force de peines et de sueurs, a pu se greffer sur une tige mauvaise. La première est à l’abri de beaucoup d’artifices et de passions ; mais la seconde procure une très profonde humilité et une extrême douceur. La première ne mérite guère de récompense ; mais la seconde, une récompense infinie.

    Nous tous qui voulons attirer à nous le Seigneur, approchons-nous de lui comme des disciples de leur maître, en toute simplicité, sans hypocrisie, sans méchanceté, ni artifice, ni complications. En effet, il est lui-même simple et sans complexité, et il veut que les âmes qui l’approchent soient simples et innocentes. Car vous ne trouverez jamais la simplicité séparée de l’humilité.

    Saint Jean Climaque (v. 575-v. 650)

     

     

     

  • Bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Église, mémoire

    Ô notre Dame, tu es la mère de la justification et des justifiés, de la réconciliation et des réconciliés, du salut et des sauvés. Heureuse certitude et refuge assuré ! La mère de Dieu est notre mère, La mère de notre seule raison d’espérance et de crainte est notre mère. Ô mère bénie et exaltée non pour toi seule mais aussi pour nous, que vois-je nous advenir par toi ? Que c’est grand et digne d’amour ! Cette vue me réjouit d’une joie que je n’ose exprimer.

    Si toi, notre Dame, tu es sa mère, tes autres fils ne sont-ils pas ses frères ? Mais quels frères et de qui ? Dirai-je ce qui réjouit mon cœur, ou me tairai-je par crainte de paraître orgueilleux ? Mais ce que je crois avec ardeur, pourquoi ne pas en proclamer la louange ? Je parlerai donc, non par vanité, mais par gratitude. Car celui qui a voulu, en naissant d’une mère, partager notre nature et, en nous rendant la vie, nous faire fils de sa mère, celui-là même nous invite à nous reconnaître ses frères. Notre juge est donc notre Frère. Le Sauveur du monde est notre Frère. Pour tout dire, notre Dieu s’est fait, par Marie, notre Frère.

    Saint Anselme (1033-1109)

     

     

     

  • Pentecôte

    L’œuvre divine de sanctification de l’Église et des âmes est attribuée à l’Esprit Saint parce que c’est par excellence une œuvre d’amour et que l’Esprit Saint est la spiration d’amour du Père et du Fils. (…)

    L’Esprit Saint descend sur les apôtres au jour de la Pentecôte et il prend possession de l’âme comme d’un temple au jour du baptême pour réaliser cette œuvre de l’incarnation de la vie divine. Nous savons le plan qui lui est fixé, ce dessein éternel de Dieu qui fait l’unité de l’action de l’Esprit Saint dans l’Église et dans les âmes. « C’est dans le Christ que Dieu nous a choisis dès avant la création du monde qu’il nous a prédestinés à être ses enfants adoptifs par Jésus-Christ, suivant le bon plaisir de sa volonté, pour faire éclater la gloire de la grâce qu’il nous a départie par son Fils bien-aimé. » (Ep 1,4-6)

    L’action de l’Esprit Saint est tout orientée vers cette réalisation effective de l’adoption divine en nous et vers cette expansion du Christ Jésus en nos âmes par la diffusion de sa grâce. L’Esprit, en chaque âme et dans l’Église, construit la plénitude du Christ, le Christ total qui est l’Église. De fait, la grâce qu’il répand dans les âmes est une grâce filiale qui nous apparente étroitement au Verbe en nous faisant fils d’adoption comme lui-même est fils par nature. « Vous avez reçu, dit l’Apôtre, l’esprit des fils d’adoption qui nous fait crier : Abba, Père. » (Rm 8,15) Cette grâce qui proclame ainsi son nom, nous donne la ressemblance du Verbe quand nous la faisons nôtre par cette contemplation dans laquelle intervient encore l’Esprit Saint. (…)

    La vie divine en nous est la vie du Christ ; elle procède de Lui et nous unit à Lui pour constituer avec Lui une réalité nouvelle, la vigne entière, le Christ total fait du Christ et de ses membres.

    Bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus (1894-1967)

     

     

     

  • « Si je veux qu’il reste jusqu’à ce que je vienne, est-ce ton affaire ? Toi, suis-moi. »

    Je suis tienne, pour toi je suis née,
    Que veux-tu faire de moi ?
    Majesté souveraine,
    Éternelle Sagesse,
    Bonté si bonne pour mon âme,
    Toi, Dieu, Altesse, Être unique, Bonté,
    Vois mon extrême bassesse,
    Moi qui te chante aujourd’hui mon amour.
    Que veux-tu faire de moi ?
    Je suis tienne, puisque tu m’as créée,
    Tienne, puisque tu m’as rachetée,
    Tienne, puisque tu me supportes,
    Tienne, puisque tu m’as appelée,
    Tienne, puisque tu m’as attendue,
    Tienne puisque je ne suis pas perdue,
    Que veux-tu faire de moi ?
    Que veux-tu donc, Seigneur très bon,
    Que fasse un si vil serviteur ?
    Quelle mission as-tu donnée
    A cet esclave pécheur ?
    Me voici, mon doux amour,
    Doux amour, me voici.
    Que veux-tu faire de moi ?
    Voici mon cœur,
    Je le dépose dans ta main,
    Avec mon corps, ma vie, mon âme,
    Mes entrailles et tout mon amour.
    Doux Époux, mon Rédempteur,
    Pour être tienne, je me suis offerte,
    Que veux-tu faire de moi ?
    Donne-moi la mort, donne-moi la vie,
    La santé ou la maladie
    Donne l’honneur ou le déshonneur,
    La guerre ou la plus grande paix,
    La faiblesse ou la pleine force,
    À tout cela, je dis oui :
    Que veux-tu faire de moi ? …
    Je suis tienne, pour toi je suis née,
    Que veux-tu faire de moi ?

    Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582)

     

     

     

  • « Je donnerai ma vie pour toi. » (Jn 13,37)

    Après avoir parlé à Pierre de l’amour [qu’il devait avoir], Jésus lui prédit le martyre qui lui est destiné. Il lui déclare ainsi toute la confiance qu’il met en lui.

    Pour nous donner un exemple d’amour et nous enseigner la meilleure manière de l’aimer, il dit : « Quant tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais ; quand tu seras devenu vieux, d’autres noueront ta ceinture et te conduiront où tu ne veux pas » (Jn 21,18). C’est du reste ce que Pierre avait voulu et désiré ; voilà pourquoi Jésus lui parle ainsi. Pierre avait dit en effet : « Je donnerai ma vie pour toi » (Jn 13,37) et « même s’il me faut mourir avec toi, je ne te renierai pas » (Mt 26,35). Jésus accède donc à son désir. Il lui tient ce langage non pour l’effrayer mais pour ranimer son ardeur. Il connaît son amour et son impétuosité ; il peut lui annoncer le genre de mort qui lui est réservé. Pierre désirait depuis toujours braver les dangers pour le Christ. « Aie confiance, lui dit Jésus, tes désirs seront comblés ; ce que tu n’as pas supporté dans ta jeunesse, tu l’endureras dans ta vieillesse. »

    Et pour attirer l’attention du lecteur, l’évangéliste ajoute : « Il parlait ainsi pour lui signifier par quel genre de mort il allait glorifier Dieu » (Jn 21,19). Tu apprendras par cette parole que souffrir pour le Christ est une gloire et un honneur.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

     

     

     

  • « Qu’ils contemplent ma gloire ! » (Jn 17,24)

    Toi qui es là-haut avec le Père et qui te trouves avec nous, (…)
    tu nous as montré la lumière de ta gloire immaculée,
    donne-la moi, oui, maintenant encore, qu’elle ne me quitte plus !
    donne-moi de toujours te contempler en elle, ô Verbe,
    de saisir telle qu’elle est ta beauté inaccessible
    qui, demeurant absolument insaisissable,
    frappe et foudroie mon intelligence, transporte mon esprit
    et allume en mon cœur le feu de ton amour !

    C’est cette lumière qui, se déployant en flamme du désir divin,
    me fait voir plus distinctement ta gloire, ô mon Dieu ;
    cette gloire, en t’adorant je t’en supplie, Fils de Dieu, accorde-moi,
    dès maintenant et dans l’avenir, de la posséder inamissible
    et par elle de te contempler, Dieu, éternellement ! (…)

    Oui, Pasteur compatissant, bon et doux,
    qui veux le salut de tous ceux qui croient en toi,
    aie pitié, exauce cette prière que je t’adresse :
    Ne t’irrite pas, ne détourne pas de moi ton visage,
    mais enseigne-moi à accomplir ta volonté,
    car je ne cherche pas à ce que ma volonté à moi se fasse,
    mais la tienne, afin de te servir, Miséricordieux !

    Je t’en conjure, aie pitié, toi qui es naturellement pitoyable,
    et fais ce qui est utile à mon âme misérable,
    parce que toi, toi seul es le Dieu ami de l’homme,
    incréé, sans fin, tout-puissant, véritablement,
    vie et lumière de ceux qui t’aiment
    et sont par toi, Ami de l’homme, tellement aimés !
    Range-moi parmi eux, Maître, et de ta gloire divine
    rends-moi participant, fais-moi cohéritier,
    car à toi, Père, avec le Fils coéternel
    et l’Esprit divin, appartient la gloire dans les siècles de siècles. Amen.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

     

  • Écoute, Seigneur mon Dieu, cette prière pour ton peuple !

    Dieu de miséricorde, écoute la prière que je fais pour ton peuple. Ma fonction m’y oblige, mon cœur m’y incline et la considération de ta bonté m’y porte. Tu sais, doux Seigneur, combien je les aime, comment mon cœur leur est donné et à quel point ma tendresse leur est acquise. tu sais, mon Seigneur, que c’est sans dureté ni esprit de domination que je leur commande et combien je désire davantage leur être utile dans la charité que d’être le premier parmi eux, leur être soumis dans l’humilité et uni dans l’affection, tout comme l’un d’entre eux.

    Aussi écoute-moi, Seigneur mon Dieu : écoute-moi, et que tes yeux soient ouverts sur eux jour et nuit. Étends tes ailes et protège-les, Seigneur très bon ; étends ta droite sainte et bénis-les ; répands dans leurs cœurs ton Esprit Saint, et qu’il les garde dans l’unité d’esprit et le lien de la paix, dans la chasteté de la chair et l’humilité de l’âme. (…)

    Que sous l’action de ton Esprit, doux Seigneur, ils aient la paix en eux-mêmes, entre eux et avec moi ; qu’ils soient modestes, bienveillants ; qu’ils s’obéissent, s’entraident et se supportent mutuellement. Qu’ils aient la ferveur de l’esprit, la joie de l’espérance, une patience inlassable dans la pauvreté, l’abstinence, les travaux et les veilles, le silence et le recueillement. Sois au milieu d’eux selon ta ferme promesse. Et puisque tu sais ce dont chacun a besoin, je t’en prie, raffermis en eux ce qu’il y a de faible, (…), guéris ce qui est malade, apaise leurs chagrins, ranime les tièdes, rassure les instables, que tous se sentent aidés de ta grâce dans leurs besoins et leurs tentations.

    Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167)