Auteur/autrice : fred

  • « Si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi. »

    « Dieu fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, il fait pleuvoir sur les justes et les injustes » (Mt 5,45). Il montre sa patience ; il ne déploie pas encore sa toute-puissance. Toi aussi…, renonce à la provocation, n’augmente pas le malaise de ceux qui sèment le trouble. Es-tu ami de la paix ? Tiens-toi tranquille au-dedans de toi-même… Laisse de côté les querelles, et tourne-toi vers la prière. Ne réponds pas à l’injure par l’injure, mais prie pour cet homme.

    Tu voudrais lui parler contre lui-même : parle à Dieu pour lui. Je ne dis pas de te taire ; choisis l’endroit qui convient, et vois Celui à qui tu parles, en silence, par un cri du cœur. Là où ton adversaire ne te voit pas, là même sois bon pour lui. A cet adversaire de la paix, à cet ami de la dispute, réponds, toi, l’ami de la paix : « Dis tout ce que tu voudras, quelle que soit ton inimitié, tu es mon frère »…

    « Tu as beau me haïr et me repousser : tu es mon frère ! Reconnais en toi le signe de mon Père. Voici la parole de mon Père : tu es un frère querelleur, mais tu es mon frère, car toi aussi tu dis comme moi : ‘ Notre Père qui es aux cieux. ‘ Nous invoquons un seul Père, pourquoi ne sommes-nous pas un ? Je t’en prie, reconnais ce que tu dis avec moi et désavoue ce que tu fais contre moi… Nous n’avons qu’une voix devant le Père ; pourquoi n’aurions-nous pas ensemble une seule paix ? »

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • « Celui qui observera les commandements et les enseignera, sera grand dans le royaume des Cieux. »

    « Celui qui fera et qui enseignera sera grand. » (Mt 5,19) Les hommes ne doivent pas procurer seulement leur utilité particulière, mais encore celle des autres. La récompense ne sera pas égale pour celui qui ne pense qu’à lui-même, et pour celui qui en se sauvant, sauve les autres avec lui. Comme celui qui prêche et ne fait pas ce qu’il dit, se condamne lui-même selon saint Paul : « Vous qui instruisez les autres, vous ne vous instruisez pas vous-même » (Rom 2, 21) ; ainsi celui qui fait le bien et n’enseigne pas aux autres à le faire, perd beaucoup de sa récompense. Il faut donc travailler à l’un et à l’autre, et après s’être appliqué à se corriger soi-même, il faut étendre ensuite sa vigilance et sa charité sur ses frères.

    C’est pourquoi Jésus-Christ dit qu’il faut faire, et puis enseigner. Il met la pratique avant l’instruction, pour montrer qu’on ne peut enseigner utilement sans avoir auparavant pratiqué ce qu’on enseigne; qu’autrement on nous dira : « Médecin, guérissez-vous vous-même » (Lc 4,23). Celui qui, ne pouvant se régler lui-même, se mêle d’instruire les autres, s’expose à être moqué de ceux qui l’écoutent, et toutes ses instructions seront sans fruit, parce qu’il détruira par ses actions ce qu’il établira par ses paroles. « Mais celui qui fera et qui enseignera sera grand dans le royaume des cieux » (Mt 5,19).

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

     

     

     

  • La contagion de la paix

    À tous les tournants de rues il y a de petites guerres, comme à tous les tournants du monde il y a de grandes guerres.
    À tous les tournants de notre vie nous pouvons faire la guerre ou faire la paix.
    Et c’est pour faire la guerre que nous nous sentons dangereusement bâtis.
    Très vite notre voisin devient notre ennemi,
    s’il n’est pas notre frère. (…)

    C’est pourquoi il n’y a que les enfants de Dieu qui soient totalement des pacifiques.
    Pour eux la terre est une maison de leur Père du Ciel.
    Tout ce qui est sur la terre est à lui et le sol lui-même.
    Oui, vraiment, la terre est une petite maison de leur Père.
    Ils n’en dédaignent aucune pièce, ni aucun continent, ni aucune île minuscule, ni aucune nation, ni aucune courette, aucune de ces pièces que sont les places, les trottoirs, les bureaux, les magasins, les quais, les gares…
    Ils ont à y faire l’esprit de famille. (…)

    Les yeux des pacifiques sont bienveillants et leurs compagnons de route s’y réchauffent comme au coin du feu.
    Ils ne trouvent jamais de motif à combattre, car ils se savent comptables seulement de la paix, et la paix ne se défend pas par des batailles.
    Ils savent que la division d’un seul atome peut déclencher des guerres cosmiques.
    Ils savent aussi qu’il y a une chaîne entre les humains et que
    lorsqu’une cellule humaine se déchire dans une colère,
    une rancune, une amertume,
    le ferment de guerre peut rebondir jusqu’au bout de l’univers.

    Mais parce qu’ils croient à la diffusion de l’amour, ils savent que
    là où se fait un peu de paix s’établit une contagion de paix
    assez forte pour envahir toute la terre.
    Aussi vont-ils dans une double joie :
    celle d’un avènement de paix tout autour d’eux ;
    et celle d’écouter une voix ineffable qui dit « Père » au fond de leur cœur.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

     

  • « Heureux les doux »

    L’une des béatitudes exaltées par la bouche de notre Sauveur, nous rend cette vérité manifeste : « Heureux les doux, parce qu’ils posséderont la terre. » (Mt 5,4) Nous n’avons point d’autre moyen de posséder notre terre, c’est-à-dire de soumettre à notre empire la terre rebelle de notre corps, que de fonder tout d’abord notre âme en la douceur de la patience ; dans les combats que la passion suscite à notre chair, le triomphe ne s’obtient que si l’on revêt les armes de la mansuétude : « Les doux, dit le prophète, possèderont la terre, » et « ils y demeurent à jamais. » (Ps 36, 11.29)

    Puis, il nous enseigne, dans la suite du psaume, la méthode pour conquérir cette terre : « Attends le Seigneur et garde sa voie ; il t’élèvera, et tu posséderas la terre en héritage. » (Ps 36, 34) Voici donc une vérité constante : personne n’arrive à la ferme possession de cette terre, hors ceux qui gardent les voies dures et les préceptes du Seigneur par la douceur inaltérable et la patience. Sa main les retirera de la fange des passions charnelles et les exaltera. « Les doux posséderont la terre » et non seulement ils la posséderont, mais « ils goûteront les délices d’une paix débordante. » (Ps 36,11)

    Au contraire, celui qui reste sujet, dans sa chair, aux guerres de la concupiscence, ne jouira point de cette paix d’une façon stable. (…) Mais, lorsque le Seigneur, imposant silence aux guerres, l’aura délivré de tous les emportements de la chair, il parviendra à un tel état de pureté, que la confusion s’évanouira, qui lui donnait de l’horreur pour lui-même, je veux dire pour sa chair, durant qu’il en était combattu, et qu’il commencera d’y prendre ses délices, comme dans un tabernacle très pur. (…) Le mérite de sa mansuétude lui aura donné la terre en héritage, et plus encore, « il goûtera les délices d’une paix débordante. » Car il n’est pas dit : Ils goûteront les délices de la paix ; mais « d’une paix débordante ». (Ps 36,11)

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

     

  • Le Seigneur sait ce qu’Il fait : faisons ce qu’Il veut !

    Il faut considérer qu’il n’y a nulle vocation qui n’ait ses ennuis, ses amertumes et aversions, et, qui plus est – si ce n’est ceux qui sont pleinement résignés en la volonté de Dieu ‒, chacun voudrait volontiers échanger sa condition pour celle des autres : ceux qui sont évêques voudraient ne l’être pas ; ceux qui sont mariés voudraient ne l’être pas, et ceux qui ne le sont le voudraient être.

    D’où vient cette générale inquiétude des esprits, sinon d’un certain déplaisir que nous avons à la contrainte, et une malignité d’esprit qui nous fait penser que chacun est mieux que nous ? Mais c’est tout un : quiconque n’est pleinement résigné, qu’il tourne deça et delà, il n’aura jamais repos. Ceux qui ont la fièvre ne trouvent nulle place bonne, ils n’ont pas demeuré un quart d’heure en un lit qu’ils voudraient être en un autre ; ce n’est pas la faute du lit, mais c’est la fièvre qui les tourmente partout. Une personne qui n’a pas la fièvre de sa propre volonté se contente de tout ; pourvu que Dieu soit servi, elle ne se soucie pas en quelle qualité Dieu l’emploie : pourvu qu’elle fasse la volonté divine, cela lui est égal. Mais ce n’est pas tout. Il faut non seulement vouloir faire la volonté de Dieu, mais pour être dévot, il la faut faire gaiement. (…)

    Je voudrais bien ceci et cela ; je serais mieux ici et là : ce sont des tentations. Notre Seigneur sait bien ce qu’il fait : faisons ce qu’il veut, demeurons où il nous a mis.

    Saint François de Sales (1567-1622)

     

     

     

  • Cœur Immaculée de Marie

    Je voudrais avoir une voix assez forte pour inviter les pécheurs du monde entier à aimer la Vierge Marie. Mais puisque ce n’est pas en mon pouvoir, j’ai prié mon petit ange d’accomplir pour moi cet office. Pauvre petite Maman, comme elle m’aime ! (…)

    En pensant aux innombrables bienfaits que m’a faits cette petite Maman, j’ai honte de moi-même, qui n’ai jamais regardé avec assez d’amour son cœur et sa main qui me les offraient avec tant de bonté ; et ce qui m’afflige encore plus, c’est de n’avoir répondu aux soins affectueux de notre Mère que par de continuels dégoûts.

    Combien de fois n’ai-je pas confié à cette Mère les pénibles angoisses de mon cœur agité ! Et combien de fois ne m’a-t-elle pas consolé ! Mais quelle fut ma reconnaissance ?… Au milieu des plus grandes afflictions, j’ai l’impression de ne plus avoir de mère sur terre, mais d’en avoir une très compatissante au ciel. Mais que de fois, le cœur calmé, j’ai oublié presque tout ; j’ai oublié presque même mes devoirs de gratitude vers cette bénie petite Maman céleste !… (…)

    Efforçons-nous comme de nombreuses âmes élues, de nous tenir toujours derrière cette Mère bénie, de cheminer toujours près d’elle, car il n’y a d’autre route qui conduise à la vie que celle montrée par notre Mère. ne refusons pas cette route, nous qui voulons arriver au terme.

    Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968)

     

     

     

  • Sacré-Cœur de Jésus, solennité

    Un certain vendredi, le jour étant déjà sur son déclin, contemplant l’image du crucifix, et émue à cette vue, Gertrude dit au Seigneur : « Ô mon très doux Amant, combien vous avez souffert pour mon salut en ce jour que moi, hélas ! dans ma totale infidélité, j’ai gaspillé, en le passant à tant d’occupations que j’ai oublié de me remémorer le long du jour, avec ferveur, ô mon Salut éternel, que vous avez souffert pour moi à chaque heure, et que Vous, la Vie d’où vient toute vie, vous êtes mort pour l’amour de mon amour. »

    Le Seigneur, du haut de la croix, lui répondit : « Tout ce que tu as négligé de faire, je l’ai fait pour toi et à chaque heure j’ai recueilli dans mon Cœur tout ce que tu aurais dû former dans le tien, et le cumul en a tellement dilaté mon Cœur, que d’un grand désir, j’attendais ce moment où me viendrait de toi cette prière ; car alors, je peux enfin offrir à Dieu mon Père tout ce que j’ai fait pour toi pendant la journée : sans cette prière, en effet, rien de tout cela ne pouvait servir à ton salut. » Par là, on peut voir ce qu’est l’amour tout fidèle de Dieu pour les hommes (…).

    Une autre fois qu’elle tenait entre les mains (…) l’image du Christ crucifié, elle comprit que quiconque contemple avec l’attention de la piété l’image de la croix du Christ, le Seigneur le regarde avec une miséricorde si bienveillante que son âme, comme un clair miroir reçoit en elle, par l’effet du divin amour, cette toute délectable image dont la cour céleste se réjouit. Et il y aura pour lui une gloire éternelle future.

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

     

     

     

  • « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme. »

    Nous voyons que Dieu nous a créés avec de tels désirs, que rien de créé n’est capable de nous contenter. Présentez à une âme toutes les richesses et tous les trésors du monde, rien de cela ne pourra la contenter ; Dieu l’ayant créée pour lui, il n’y a aussi que lui seul qui soit capable de remplir tous ses vastes désirs. Oui, mes frères, notre âme peut aimer Dieu, ce qui est le plus grand de tous les bonheurs !

    En l’aimant, nous avons tous les biens et les plaisirs que nous pouvons désirer sur la terre et dans le ciel (cf. Ps 72,25). Nous pouvons encore le servir : c’est à dire, le glorifier en chaque action de notre vie. Il n’y a pas jusqu’à la moindre chose que nous fassions, que Dieu n’en soit glorifié, si nous le faisons en vue de lui plaire. Notre occupation, pendant que nous sommes sur la terre, n’a rien de différent de celle des anges qui sont dans le ciel : la seule chose qui diffère, c’est que nous ne voyons tous ces biens que des yeux de la foi. (…)

    Oui, mes frères, notre âme, pour l’avenir, sera éternelle, ainsi que Dieu lui-même. Non, non, mes frères, n’allons pas plus loin ; l’on se perd dans cet abîme de grandeur.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

     

     

     

  • « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. » (Ex 3,6)

    Lorsque Dieu invisible daigna s’adresser à l’homme en lui apparaissant sous une forme visible, lorsque l’Éternel employa un langage temporel et l’Immuable des mots fragiles, lorsqu’il dit : « Je suis celui qui suis » (Ex 3,14) (…), il ajouta au nom de sa substance, le nom de sa miséricorde. (…) C’est comme si Dieu avait dit à Moïse : ‟Cette parole : « Je suis celui qui suis », tu ne la comprendras pas ; ton cœur n’est pas affermi ; tu n’es pas immuable comme moi, et ton esprit ne l’est pas non plus. Tu as entendu ce que je suis. Ecoute ce que tu peux comprendre, écoute ce que tu peux espérer.”

    Et Dieu dit encore à Moïse : ‟« Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob » (Ex 3,15). Tu ne peux saisir le nom de ma substance, saisis celui de ma miséricorde. Or ce que je suis est éternel. Abraham, Isaac et Jacob sont donc éternels ; je ne dis pas simplement éternels, mais rendus éternels, mais rendus éternels grâce à Dieu”.

    C’est par ces paroles que le Seigneur a confondu les Sadducéens chicaneurs, quand ils niaient la résurrection. Il leur cita alors le témoignage de l’Écriture : « Lisez, leur dit-il, ce que le Seigneur dit à Moïse dans le buisson ardent : “Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts mais des vivants » (Mc 12, 26-27) ; et tous ceux-là vivent.

    Quand Dieu dit (…) : « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob », il ajoute : « Voilà mon nom pour l’éternité » (Ex 3,15). C’est comme s’il disait : ‟Pourquoi crains-tu la mort de l’homme ? Pourquoi redouterais-tu de ne plus être après la mort ? Voilà mon nom pour l’éternité. Et ce nom : « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob » ne pourrait être éternel si Abraham, Isaac et Jacob ne vivaient éternellement.”

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. » (Gn 1,26)

    « Ô abîme de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses décrets sont insondables et incompréhensibles ses voies. Qui en effet a jamais connu la pensée du Seigneur ? Qui en a jamais été le conseiller ? » Tu as compassion, Seigneur, de qui tu veux ; tu as pitié de qui tu veux. Il ne s’agit pas donc de l’homme qui veut ou qui court, mais de toi, notre Dieu, qui fais miséricorde (Rm 11,33s; 9,15s).

    Voici que le vase de poterie s’échappe de la main de celui qui l’a pétri (…) ; il s’échappe de la main qui le tient et qui le porte. (…) S’il lui arrivait de tomber de ta main, malheur à lui, parce qu’il se briserait (…) en mille morceaux, se réduirait à rien. Il le sait, et par ta grâce il ne tombe pas. Aie compassion, Seigneur, aie compassion : tu nous as façonnés, et nous sommes glaise (Jr 18,6; Gn 2,7). Jusqu’ici (…) nous restons fermes, jusqu’ici la main de ta force nous porte ; nous sommes suspendus à tes trois doigts, la foi, l’espérance et la charité, par lesquelles tu soutiens la masse de la terre, la solidité de la sainte Église. Aie compassion, tiens-nous ; que ta main ne nous laisse pas tomber. Plonge nos reins et notre cœur dans le feu de ton Esprit Saint (Ps 25,2) ; consolide ce que tu as façonné en nous, afin que nous ne nous désagrégions pas et ne soyons pas réduits à notre glaise, ou à rien du tout.

    Pour toi, par toi, nous avons été créés, et vers toi nous sommes tournés. Tu nous as façonnés et formés, nous le reconnaissons ; nous adorons et invoquons ta sagesse à disposer, ta bonté et ta miséricorde à conserver. Parfais-nous, toi qui nous as faits ; parfais-nous jusqu’à la plénitude de ton image et ressemblance, selon laquelle tu nous a formés.

    Guillaume de Saint-Thierry (v. 1085-1148)