Auteur/autrice : fred

  • Ne vous faites pas tant de souci !

    Pesez ceci : votre Dieu vous aime plus que vous ne pouvez vous aimer vous-même ; dès lors, qu’avez-vous à craindre ? « Le Seigneur a souci de moi » (cf. Ps 39,18), répétait David, et cette pensée le réconfortait. Dites à votre tour : « Dans vos bras, Seigneur, je m’abandonne ; je n’admets d’autre souci que de vous aimer et de vous plaire : me voici prêt à faire tout ce que vous voudrez. Vous, vous avez plus que le désir de me faire du bien, vous en aurez le souci : c’est donc à vous que je laisse le soin de mon salut, puisque vous m’ordonnez de placer en vous tous mes espoirs. “Je m’endormirai et me reposerai en paix, parce que vous-même, Seigneur, m’avez affermi dans l’espérance en votre seule protection” (Ps 4,9 Vg) ».

    « Ayez du Seigneur des sentiments dignes de sa bonté » (Sg 1,1 Vg). Par ces paroles, le Sage nous exhorte à nous confier en la miséricorde de Dieu bien plus que nous ne craignons sa justice. Dieu, en effet, est immensément plus enclin à bénir qu’à châtier, selon la parole de saint Jacques : « La miséricorde s’élève au-dessus de la justice » (cf. Jc 2,13). De là cette recommandation de l’apôtre saint Pierre : « Déchargez-vous sur Dieu de toutes vos sollicitudes, parce qu’il a lui-même soin de vous » (cf. 1 P 5,7). Il s’agit là de nos anxiétés au sujet de nos intérêts aussi bien temporels qu’éternels : nous devons nous abandonner sans réserve à la bonté de Dieu, mais surtout nous fier au soin extrême qu’il prend à notre salut.

    Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787)

     

     

  • « La lampe du corps, c’est l’œil. »

    « Tes yeux, dit l’Époux [du Cantique des Cantiques], sont des colombes » (Ct 1,15). (…) La louange que l’on fait des yeux [de l’Épouse] est de dire qu’ils sont des colombes. Voici me semble-t-il, ce que cela signifie.

    Lorsque des pupilles sont claires, les gens qui les fixent peuvent y voir leur visage. Ceux qui sont experts dans l’étude des phénomènes de la nature disent en effet que l’œil est impressionné par les images qui émanent des objets visibles et produit ainsi la vision. C’est pourquoi on loue la beauté des yeux en disant que l’image de la colombe apparaît sur leur pupille. Car on reçoit en soi-même l’image de ce vers quoi l’on regarde. Celui qui ne regarde ni vers la chair ni vers le sang, fixe son regard sur la vie spirituelle ; comme le dit l’Apôtre, il vit dans l’Esprit (Ga 5,25), marche selon l’Esprit ; il est devenu tout entier spirituel, non plus psychique ou charnel.

    C’est pourquoi l’âme délivrée de ses passions charnelles reçoit le témoignage qu’elle possède dans ses yeux l’image de la colombe, c’est-à-dire que la marque de la vie spirituelle brille dans la pupille de son âme. Puisque son œil purifié est devenu capable de recevoir l’image de la colombe, il peut aussi contempler la beauté de l’Époux. Et en fait, c’est lorsque la jeune fille possède la colombe dans ses yeux qu’elle fixe pour la première fois la beauté de l’Époux. « Personne, en effet, ne peut dire : « “Jésus est Seigneur”, sinon sous l’action de l’Esprit Saint » (1Co 12,3).

    Et elle dit : « Que tu es beau, mon Bien-aimé, et délicieux ! » (Ct 1,16) Depuis que rien d’autre ne me paraît être beau et que je me suis détournée de tout ce que je comptais auparavant parmi les choses belles, jamais mon jugement sur la beauté ne s’est égaré, au point de me faire trouver beau autre chose que toi. (…) Ta beauté est coextensive à toute l’éternité de la vie. Tu as pour nom : Amour des hommes.

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395)

     

     

     

  • « Que votre règne vienne ! »

    Dans la deuxième demande [de la prière du « Notre Père »], l’âme très pure exprime le vœu de voir arriver bientôt le règne de son Père.

    Elle peut viser par là d’abord le règne inauguré chaque jour par le Christ dans l’âme des saints. C’est ce qui se produit, lorsque le diable une fois chassé de notre cœur avec les vices dont il l’infectait, et son empire évanoui, Dieu entre chez nous en souverain, en même temps que s’y répand la bonne odeur des vertus. La fornication vaincue, c’est la chasteté qui règne dans notre âme ; la fureur surmontée, la tranquillité ; la superbe foulée aux pieds, l’humilité.

    Elle peut aussi avoir en vue celui qui a été promis pour un temps marqué d’avance à tous les parfaits d’une manière générale, à tous les enfants de Dieu. C’est alors que le Christ doit leur dire : « Venez, les bénis de mon Père ; entrez en possession du royaume qui vous a été préparé dès avant la création du monde. » (Mt 25,34) L’âme tient ses regards ardemment fixés sur cet heureux terme, pleine de désir et d’attente, et elle s’écrie : « Que votre règne arrive ! » Elle sait bien, car sa conscience lui en rend témoignage, que, dès qu’il aura paru, elle entrera en partage de ce royaume.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

     

  • Dieu au-dedans de l’âme

    Après avoir cherché Dieu en beaucoup d’endroits, saint Augustin le trouva au-dedans de lui-même. Croyez-vous qu’il importe peu à une âme qui se distrait facilement, de comprendre cette vérité, et de savoir qu’elle n’a pas besoin de monter au ciel pour parler à son Père éternel, et trouver ses délices auprès de lui ? Non, elle n’a pas besoin d’élever la voix pour lui parler, car il est tellement près que si bas qu’on lui parle, il entend. À quoi bon avoir des ailes pour aller à sa recherche ? elle n’a qu’à se mettre dans la solitude et à le considérer au-dedans d’elle-même. Qu’elle s’humilie profondément ! Qu’elle lui parle comme à un père ! Qu’elle lui présente ses suppliques comme à un père ! Qu’elle lui expose ses épreuves et le conjure d’y porter remède ! mais qu’elle comprenne bien qu’elle n’est pas digne d’être sa fille ! (…)

    L’important pour nous, c’est de lui faire un don absolu de notre âme après l’avoir débarrassé de tout objet créé, pour qu’il puisse en disposer comme d’un bien propre. Puisque sa Majesté a raison de le vouloir ainsi, ne lui refusons point ce qu’elle demande. Dieu ne force pas notre volonté ; il prend ce que nous lui donnons. Mais il ne se donne pas complètement, tant que nous ne nous sommes donnés à lui d’une manière absolue.

    Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582)

     

     

     

  • Qui aime est habité par Dieu

    Celui qui désire savoir si habite en lui le Dieu dont il est dit : « Dieu est admirable en ses saints » (Ps 67,36), qu’il scrute par un examen sincère le fond de son cœur et recherche attentivement avec quelle humilité il résiste à l’orgueil, avec quelle bienveillance il combat l’envie, dans quelle mesure il ne se laisse pas prendre aux paroles flatteuses et se réjouit du bien des autres ; qu’il recherche s’il ne désire pas rendre le mal pour le mal et s’il préfère laisser invengées les injures plutôt que de perdre l’image et la ressemblance de son Créateur qui appelle tous les hommes à le connaître à travers les bienfaits qu’il prodigue à tous, faisant « pleuvoir sur les justes et les injustes et lever son soleil sur les bons et les méchants » (Mt 5,45).

    Et pour que cette recherche ne s’épuise pas en l’examen scrupuleux de multiples points, qu’il se demande si dans les replis de son cœur se trouve la mère même de toutes les vertus : la charité. S’il trouve ce cœur tout entier tendu vers l’amour de Dieu et du prochain au point de vouloir que ses ennemis reçoivent, eux aussi, les biens qu’il souhaite pour lui-même, alors celui qui est dans ces dispositions ne peut pas douter que Dieu le dirige et l’habite. Il lui fait un accueil d’autant plus magnifique que ce n’est pas en lui-même qu’il se glorifie, mais dans le Seigneur (cf. 1 Co 1,31).

    Saint Léon le Grand (?-v. 461)

     

     

     

  • Bulletin n°142

    bulletin 142

    Télécharger le bulletin au format PDF

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Comment savoir si j’ai la charité ?

    Très cher Père, vous pourrez peut-être me dire : J’aime beaucoup la charité, mais comment puis-je bien savoir si je l’ai ?

    Je vous répondrai : Si l’âme trouve en elle-même les conditions que nous avons reconnues à la charité. Elles se résument toutes en deux principales : d’abord dans la vraie et sainte patience, qui supporte toutes les injures petites ou grandes, de quelque côté qu’elles viennent, et qui les supporte avec un esprit calme et tranquille ; puis dans le zèle à soulager les besoins du prochain autant qu’il est possible. Ainsi la première condition de la charité est de supporter les injures, la seconde de donner : et que donner ? L’affection de la charité, en aimant le prochain comme soi-même, et en assistant les créatures selon ce que Dieu donne de grâces et de biens spirituels et temporels : l’âme se trouve disposée à prendre et à goûter la parole de Dieu, et elle s’applique à l’observer jusqu’à la mort. Il y a bien d’autres signes de la charité, mais je ne veux pas trop m’étendre, et je parle seulement des deux principaux.

    Oh ! combien est heureuse l’âme qui se nourrit sur le sein d’une si douce mère ! Elle est humble, elle est obéissante, et elle aimerait mieux mourir que de n’être pas soumise à Jésus crucifié.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

     

     

     

  • Le règne de Dieu est comparable à une graine

    L’essentiel de cette vie, ce qui en est la raison d’être et la joie, ce sans quoi elle nous paraîtrait vaine est un don de nous-mêmes à Dieu, en Jésus-Christ. C’est d’être dans le monde, enfoui dans le monde, parcelle d’humanité livrée par toutes ses fibres, offerte, désappropriée. Être des îlots de résidence divine. Assumer un lieu à Dieu. Être voué, avant tout, à l’adoration. Laisser peser sur nous, jusqu’à l’écrasement, le mystère de la vie divine. Être, dans les ténèbres de l’ignorance universelle, des prises de conscience de Dieu. Savoir que là est l’acte salvateur par excellence ; croire de la part du monde, espérer pour le monde, aimer pour le monde. Savoir qu’une minute de vie chargée de foi, même dépouillée de toute action, de toute expression extérieure, possède un génie de valorisation, une puissance vitale que tous nos pauvres gestes humains ne pourraient remplacer. Le reste est un surplus, un surplus nécessaire, mais nécessaire comme une conséquence.

    Là est la graine, le germe. Si le germe existe, la plante de la vie évangélique ne pourra pas ne pas en jaillir. Au contraire, si nous essayons de mettre sur la terre toutes les fleurs de l’Évangile : dévouement, pauvreté, humilité et le reste, si nous l’essayons avant d’avoir semé cette graine, nous ferons des jardins de fleurs coupées qui faneront en deux jours. C’est à cause de Dieu que nous aimons le monde. Nous voulons le donner au Royaume des cieux. À quoi servirait de nous y efforcer, si nous refusions nous-mêmes à l’emprise dévastatrice et transformatrice de ce Royaume, si nous refusions notre être à l’invasion de la grâce de Dieu.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

     

  • Heureux celui qui parlera en vérité !

    Gardez-vous bien, nous dit Jésus-Christ, de fréquenter toute personne qui use de fourberie dans ses paroles et dans ses actions. En effet, mes frères, nous voyons que rien n’est plus indigne d’un chrétien, lequel doit être un fidèle imitateur de son Dieu qui est la droiture et la vérité même, que de penser une chose et de dire l’autre. Aussi Jésus-Christ, dans l’Évangile, nous recommande de ne jamais mentir : « Dites oui ou non, cela est ou cela n’est pas. » (Mt 5,37) Saint Pierre nous dit que nous devons être semblables aux petits enfants, qui sont simples et sincères, ennemis de tout mensonge et de toute dissimulation (cf. 1P 2,2). (…)

    Considérons le mensonge par rapport à notre dignité de chrétiens ; nous, mes frères, qui, par le Baptême, sommes devenus les temples du Saint-Esprit qui est ennemi de tout mensonge, hélas ! mes frères, dès que nous avons le malheur de mentir, le Saint-Esprit s’en va et nous abandonne, et le démon prend sa place et devient notre maître. Voilà, mes frères, les tristes effets et les ravages effroyables que le mensonge produit en celui qui est si aveugle que de le commettre. Cependant, mes frères, que ces péchés sont communs dans le monde. (…)

    Que devons-nous conclure de tout cela ? Le voici. C’est de ne jamais nous accoutumer à mentir ; car, une fois qu’on en a pris l’habitude, on ne peut plus s’en corriger ; il faut être sincère et véritable dans tout ce que nous disons et faisons. Si l’on ne veut pas nous croire, eh bien ! qu’on le laisse ! (…) Mes frères, comment pouvons-nous employer à mentir notre langue qui a été arrosée du sang précieux de Jésus-Christ, notre bouche, qui, tant de fois, a servi de tabernacle au corps adorable de Jésus-Christ ? Ô mon Dieu ! si nous pensions à tout cela, aurions-nous bien ce courage ? Heureux, mes frères, celui qui agira avec simplicité et qui parlera toujours dans la vérité ! C’est le bonheur que je vous souhaite.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

     

     

     

  • Dirige mon âme vers le ciel !

    Moi, doublement atteint
    Par les flèches mortifères du Mauvais,
    Je crie comme l’infirme :
    « Impose le remède à la blessure profonde de mon âme. »

    Ôte des yeux de mon esprit la poussière des vices,
    Celle de l’intérieur et celle de l’extérieur,
    Afin que je voie clairement au ciel
    La face de l’Archétype.

    Et au lieu d’entendre la parole commune
    Dans le réceptacle de mon ouïe,
    Imprime en lui la parole de la sainte Écriture,
    Du Testament où parle Dieu.

    Place une sentinelle auprès des lèvres de ma bouche,
    Pour que je ne parle pas au détriment de l’âme,
    Mais que je prenne la parole toujours selon ta volonté,
    Pour l’édification et le profit de l’auditeur.

    Accorde à mes mains actives la grâce
    D’accomplir le bien durable ;
    De ne pas s’appliquer aux plaisirs,
    Aux choses palpables, nuisibles.

    Et si ces sens venaient à glisser et à scandaliser,
    Fais que j’imite, selon le commandement,
    Celui qui a préféré se sacrifier,
    Afin de ne pas subir totalement le châtiment.

    Dirige les pas de mon âme vers le ciel,
    Et affermis-les sur le Roc inébranlable,
    Afin qu’ils ne soient pas pour tout mon être
    Une occasion de tomber dans le feu.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)