Auteur/autrice : fred

  • « Tu as les paroles de la vie éternelle. »

    À la dernière Cène, la nouveauté qui s’est produite résidait dans la nouvelle profondeur que prenait l’ancienne prière de bénédiction d’Israël, qui devient alors la parole de la transformation et nous donne à nous de participer à l’heure du Christ (Jn 13,1). Jésus ne nous a pas donné la mission de répéter la Cène pascale, qui, du reste, en tant qu’anniversaire, ne peut pas se répéter à volonté. Il nous a donné la mission d’entrer dans son « heure ».

    Nous y entrons grâce à la parole qui vient du pouvoir sacré de la consécration : une transformation qui se réalise par la prière de louange, qui nous met en continuité avec Israël et avec toute l’histoire du salut, et qui, en même temps, nous donne la nouveauté vers laquelle cette prière tendait par sa nature la plus profonde. Cette prière, appelée par l’Église « prière eucharistique », constitue l’Eucharistie. Elle est parole de pouvoir, qui transforme les dons de la terre de façon tout à fait nouvelle en don de soi de Dieu et qui nous engage dans ce processus de transformation. C’est pourquoi nous appelons cet événement Eucharistie, traduction du mot hébraïque « beracha » : remerciement, louange, bénédiction, et ainsi transformation à partir du Seigneur, présence de son « heure ».

    L’heure de Jésus est l’heure où l’amour est vainqueur. En d’autres termes c’est Dieu qui a vaincu, parce qu’il est l’Amour. L’heure de Jésus veut devenir notre heure et elle le deviendra si nous-mêmes, par la célébration de l’Eucharistie, nous nous laissons entraîner dans ce processus de transformations que le Seigneur a en vue. L’Eucharistie doit devenir le centre de notre vie.

    Benoît XVI

     

     

     

  • Remplis ton cœur par la lecture et irrigue les autres par ta parole

    Recueille l’eau du Christ, celle qui loue le Seigneur. Rassemble l’eau qui vient de sources diverses, l’eau que font pleuvoir les nuages des prophètes. Celui qui recueille en lui-même l’eau des montagnes, ou qui puise celle des fontaines, se met à la répandre lui aussi comme une nuée. Remplis de cette eau ton cœur et ton esprit pour que ta terre s’humecte, irriguée par ses propres sources. Or c’est par une lecture intelligente qu’on se remplit l’esprit ; et celui qui est rempli peut irriguer les autres. C’est dans ce sens que l’Écriture dit : « Quand les nuages sont gonflés de pluie, ils se déversent sur la terre » (Qo 11,3). Que ta parole abondante coule donc avec transparence et clarté. Tu verseras ainsi aux oreilles de ton peuple un enseignement plein de douceur. Séduit par la grâce de tes paroles, il te suivra volontiers où tu le conduis.

    Que tes paroles soient pleines de sagesse. Salomon le dit : L’arme de l’esprit, c’est la bouche du sage (cf. Pr 14,3) ; et ailleurs : Que tes lèvres s’attachent au sens (cf. Pr 15,7), c’est-à-dire : que ton exposé soit clair, que l’intelligence en soit illuminée et que ton discours nait pas besoin de s’appuyer sur ceux des autres, mais soit fort de ses propres armes. Qu’aucune parole privée de sens ne sorte en vain de ta bouche.

    Saint Ambroise (v. 340-397)

     

     

     

  • Le chant de l’Amour

    Le premier mode de chant céleste, c’est l’amour envers Dieu et envers le prochain, et pour nous l’apprendre Dieu le Père nous a envoyé son Fils. Qui ne connaît, en effet, ce mode ne peut entrer dans le chœur céleste, car il n’en a ni la connaissance ni l’ornement, et il devra donc demeurer éternellement au dehors. (…)

    Aimer Dieu et aimer le prochain en vue de Dieu, à cause de Dieu et en Dieu, voilà, en effet, ce qui peut être chanté de plus sublime et de plus joyeux au ciel et sur la terre. L’art et la science de ce chant sont donnés par le Saint-Esprit. Le Christ, notre chantre et maître de chœur, a chanté dès le commencement et nous entonnera éternellement le cantique de fidélité et d’amour sans fin. Puis, nous tous, de tout notre pouvoir, nous chanterons à sa suite, tant ici-bas qu’au milieu du chœur de la gloire de Dieu.

    Ainsi l’amour vrai et sans feinte est le chant commun qu’il faut connaître tous pour faire partie du chœur des anges et des saints dans le royaume de Dieu ; car l’amour est la racine et la cause de toutes les vertus à l’intérieur, il est l’ornement et la vraie parure de toutes les bonnes œuvres à l’extérieur. Il vit de lui-même et est sa propre récompense. Dans son action, il ne peut se tromper, car là nous avons été devancés par le Christ, qui nous a enseigné l’amour et qui a vécu dans l’amour, lui avec tous les siens. Nous devons donc l’imiter, si nous voulons être bienheureux avec lui et posséder le salut.

    Tel est le premier mode du chant céleste que la Sagesse de Dieu enseigne à tous ses disciples obéissants, par l’intermédiaire de l’Esprit Saint.

    Bienheureux Jan van Ruusbroec (1293-1381)

     

     

     

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  • Le vêtement de l’âme

    Lorsque les énergies de l’âme arrachent de l’esprit de l’homme les envies charnelles, le désir de Dieu soupire en lui. L’âme entrelace alors ces soupirs – la prière intérieure– comme l’abeille construit dans sa ruche un rayon de miel, ainsi se construit le palais intérieur de Dieu en l’âme. (…) Les énergies de l’âme sont d’une force immense, parce que l’homme sait et sent Dieu par leur intermédiaire, quelle que soit sa dépendance des désirs de la chair.

    Le Créateur de la terre a fait de l’âme un véritable atelier, elle est pour l’homme l’instrument de toutes ses œuvres. Dieu l’a créée en conformité avec lui-même. Cette âme, œuvre de Dieu en personne, lui qui agit jusqu’au dernier jour du monde, est pour chaque homme comme une présence sacrée, divine, invisible. Après le dernier jour du monde, lorsque l’homme se sera totalement transformé en esprit, il aura une vision parfaite de la sainte divinité, de tous les esprits et de toutes les âmes.

    L’âme est une énergie fructifiante, elle communique à l’homme entier son mouvement et sa vie. Comme l’homme porte un vêtement de tissus, de même l’âme se revêt de toutes les œuvres qu’elle réalise. Elle s’en sert de couverture, les bonnes comme les mauvaises. Les œuvres bonnes, lorsqu’elle aura quitté ce corps, resplendiront en elle comme un vêtement entièrement décoré avec l’éclat de l’or le plus pur, mais les mauvaises sentiront mauvais comme un habit souillé d’immondices !

    Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)

     

     

     

  • Le royaume est comparable à un maître qui embaucha des ouvriers pour sa vigne…

    J’ai été invité à l’aube
    dès le début, à mon entrée dans le monde,
    Pour travailler dans la vigne du commandement,
    Contre un denier portant ton effigie.

    Quant à moi, j’ai entendu celui qui invitait,
    En entrant seulement dans la vigne ;
    Mais j’ai été négligent dans la mise en pratique de la parole,
    C’est pourquoi, je n’espère pas de récompense.

    Mais ô Seigneur libéral en tout,
    Donne-moi gratis le présent de ta grâce,
    À l’exemple des ouvriers de la Onzième heure,
    Entrant dans la vigne, dans le paradis d’Éden.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • Les biens temporels ou l’éternelle richesse ?

    [Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] Hélas ! ma très chère fille, vois donc quelle honte pour ces hommes si misérablement avides des biens de ce monde, et qui ne suivent même pas les indications de la lumière naturelle, pour l’acquisition du bien suprême et éternel ! Ils ne font même pas ce que faisaient ces philosophes, par amour de la science. Dès qu’ils avaient compris que les richesses étaient un obstacle pour eux, ceux-ci s’en dépouillaient, et ceux-là de leurs richesses veulent se faire un dieu, ni plus ni moins ! N’est-il pas évident qu’ils ont plus de douleur de la perte de ces biens temporels, que de me perdre, moi, le bien suprême, l’éternelle richesse. À y regarder de près, tu découvriras que c’est dans ce désir désordonné, dans cette volonté déréglée de devenir riche, qu’est la source de tous les maux. (…)

    Dans le saint Évangile, ma Vérité vous a dit qu’il était plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans la vie éternelle ! Ces riches, ce sont ceux qui, par un attachement déréglé pour les biens de ce monde, possèdent ou convoitent les richesses. Nombreux sont ceux comme je t’ai dit, qui, pauvres en réalité, par leur attachement désordonné n’en possèdent pas moins le monde entier avec la volonté, s’ils pouvaient, de s’en rendre maîtres. Impossible à ceux-là de passer par la porte qui est étroite et basse ; à moins qu’ils ne jettent leur charge, en retirant leur cœur de l’amour du monde, et qu’ils ne courbent la tête par humilité. Or, c’est par cette porte qu’il faut passer : il n’y en a pas d’autre qui donne accès dans la vie. Il y a bien une grande porte ; mais c’est sur l’éternelle damnation qu’elle s’ouvre ! Et c’est par elle, que ces aveugles vont passer, sans voir la ruine où ils s’engagent.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

     

     

     

  • Les ruptures du chrétien et de l’Église

    Les ruptures nécessaires à l’Église et à un chrétien, les ruptures nécessaires avec le monde pour sauver le monde et les ruptures nécessaires pour que l’Église soit en marche, doivent être placées là où il faut, mais elles sont fondamentales. Je crois qu’il est important que nous prenions conscience des ruptures qui sont les ruptures chrétiennes et sans lesquelles une vie chrétienne n’est pas chrétienne élémentairement, des ruptures qui sont demandées à tout chrétien simplement parce qu’il est un baptisé. On ne peut pas devenir la chair et le sang de l’Église par le baptême, être la chair et le sang de son corps, du corps du Christ, sans qu’il y ait entre le monde et nous des oppositions qui sont des ruptures ; et c’est par ces ruptures que nous devenons aptes à participer à la rédemption du Christ.

    « En même temps, dit Paul VI, que l’Église prend plus pleinement conscience de certaines exigences intérieures, elle est sollicitée plus fortement par les besoins du monde auquel elle est destinée. » De même, c’est parce que nous sommes baptisés, parce que nous avons reçu le Saint-Esprit, parce que normalement il doit travailler en nous, qu’il doit nous entraîner dans la marche qu’il imprime à l’Église. Or, tout ce qui bouge rompt avec quelque chose. On pourrait dire que la liberté élémentaire, essentielle des enfants de Dieu, a pour rançon des ruptures. Mais une rupture n’est chrétienne que si elle se motive par l’union au Christ et la participation à l’œuvre du Christ. On ne rompt pas pour rompre. Le corps tout entier, toute l’Église du Christ a besoin de ces ruptures fondamentales. (…) Ce sont des ruptures qui doivent nous rendre libres d’appartenir uniquement et définitivement à Jésus-Christ ; des ruptures qui doivent nous donner la liberté d’essayer par sa grâce de vivre une vie toute de charité selon l’Évangile. Ce sont des ruptures qui doivent nous donner la liberté d’être disponibles à sa volonté au plus intime de l’Église.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

     

  • L’Eucharistie, infinité charité de Dieu qui se donne

    « Voyez, dit saint Jean, quel amour le Père nous porte : nous ne sommes pas seulement appelés fils de Dieu, nous le sommes en réalité » (1 Jn 3,1). Dieu est notre Père, il nous aime d’une dilection incompréhensible. Tout l’amour qui existe dans le monde vient de lui et n’est qu’une ombre de sa charité sans bornes. (…) Or, l’amour tend à se donner ; ainsi, il s’unit davantage à l’objet de son affection. Dieu est l’amour même (1 Jn 4, 8) ; il a un désir toujours actuel et intense de se communiquer à nous. (…) Ce Fils, qui partage l’amour du Père, a voulu accepter la condition de serviteur et se livrer sur la croix (cf. Jn 15, 13). Et maintenant encore, il se cache sous les apparences du pain et du vin, en vue de pénétrer en nous et de nous unir à lui de la façon la plus étroite. La sainte Eucharistique est le dernier effort de la dilection qui aspire à se donner ; c’est le prodige de la toute puissance mise au service de l’infinité charité.

    Toutes les œuvres de Dieu sont parfaites (cf. Dt 32,4). C’est pourquoi le Père céleste a préparé à ses enfants un festin digne de lui. Il ne leur sert pas une nourriture matérielle, ni une manne descendue du ciel ; il leur donne le corps et le sang, avec l’âme et la divinité de son Fils unique Jésus-Christ. Pendant cette vie, nous ne saisirons jamais toute la grandeur de ce don ; même au ciel, nous ne le comprendrons pas tout à fait, car l’Eucharistie, c’est Dieu qui se communique, et Lui seul se connaît pleinement. (…) Par la communion, nous possédons la Trinité sainte dans nos cœurs, car le Père et le Saint Esprit sont nécessairement là où est le Fils : ils sont trois en une même et unique essence.

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

     

     

     

  • Jésus se donne aux âmes simples

    Jésus se plaît à se donner aux âmes simples ; efforçons-nous d’acquérir cette belle vertu, accordons-lui un grand prix.

    Jésus a dit : « Si vous ne retournez à l’état des enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. » (Mt 18, 3) Mais avant de nous l’enseigner avec des mots, lui-même l’avait pratiqué dans les faits. Il se fit enfant et nous donna l’exemple de cette simplicité qu’il enseigna ensuite avec des paroles.

    Explorons notre cœur, en tenant au loin toute prudence terrestre. Efforçons-nous d’avoir un esprit toujours pur dans ses pensées, toujours droit dans ses idées, toujours saint dans ses intentions. Gardons toujours une volonté qui ne recherche rien d’autre que Dieu et sa gloire.

    Si nous nous efforçons d’aller de l’avant dans cette belle vertu, Celui qui nous l’a enseignée nous enrichira toujours de nouvelles lumières et de plus grandes faveurs célestes.

    Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968)