Auteur/autrice : fred

  • « Tout royaume divisé devient un désert. »

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    Nul ne peut avoir Dieu pour père s’il n’a pas l’Église pour mère… Le Seigneur nous en avertit en disant : « Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui ne rassemble pas avec moi dissipe. » Celui qui brise la paix et la concorde du Christ agit contre le Christ ; celui qui rassemble en dehors de l’Église dissipe l’Église du Christ.

    Le Seigneur dit : « Le Père et moi nous sommes un » (Jn 10,30). Il est écrit encore à propos du Père, du Fils et du Saint Esprit : « Ces trois sont un » (1Jn 5,7). Qui dès lors croira que l’unité, qui tient son origine dans cette harmonie divine, qui est liée à ce mystère céleste, puisse être morcelée dans l’Église…par des conflits de volonté ? Quiconque n’observe pas cette unité n’observe pas la loi de Dieu, ni la foi au Père et au Fils ; il ne garde pas la vie ni le salut.

    Ce sacrement de l’unité, ce lien de la concorde dans une cohésion indissoluble nous est montré dans l’évangile par la tunique du Seigneur. Elle ne peut pas du tout être divisée ni déchirée, mais elle est tirée au sort pour savoir qui revêtira le Christ (Jn 19,24)… Elle est le symbole de l’unité qui vient d’en haut.

    Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr
    De l’unité de l’Eglise (trad. cf. coll. Pères dans la foi, DDB 1979, p. 31)

     

  • « Pour que l’Ecriture s’accomplisse jusqu’au bout. » (Jn 19,28)

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    « Je ne suis pas venu abolir la Loi, mais l’accomplir »… En ce temps-là, en effet, le Seigneur a exercé son pouvoir pour accomplir en sa personne tous les mystères que la Loi annonçait à son sujet. Car dans sa Passion, il a mené à terme toutes les prophéties. Lorsqu’on lui a offert, selon la prophétie du bienheureux David (Ps 68,22), une éponge imbibée de vinaigre pour calmer sa soif, il l’a accepté en disant : « Tout est accompli ». Puis, inclinant la tête, il a remis l’esprit (Jn 19,30).

    Il a non seulement réalisé personnellement tout ce qu’il a dit, mais il nous a encore confié ses commandements, afin que nous les mettions en pratique. Alors que les anciens n’avaient pas pu observer les commandements les plus élémentaires de la Loi (Ac 15,10), il nous a prescrit de garder les plus difficiles, par le moyen de la grâce et de la puissance qui viennent de la croix.

    Epiphane de Bénévent (5e – 6e siècle), évêque
    Commentaire sur les quatre évangiles, PLS 3, 852 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 97)

     

     

     

  • Marie, modèle d’humilité

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    Comment Marie peut-elle m’aider à connaître Jesus?
    C’est LA bonne question. Depuis les origines, les chrétiens ont reconnu en Marie non seulement le modèle du disciple mais plus encore, le modèle de toute l’Eglise. Plus on fréquente la Mère du Seigneur et plus elle nous conduit à lui par son attitude, ses actes et ses paroles.
    «Ne rien dire de la Vierge Marie sinon pour mieux dire du Christ».
    A vrai dire, si Marie peut nous aider à mieux connaître Jésus, c’est parce qu’elle est le modèle du disciple, dans toutes les étapes de sa vie.
    Elle accueille le Christ sans réserve, dans sa chair, et devient servante de Dieu.(Luc 1, 38).
    La visite à sa cousine Elisabeth: le signe évident que la grâce de Dieu est passée dans une vie est le surcroît de charité qui se manifeste.
    Elle accepte de ne pas toujours comprendre ce que Jésus a dit ou fait, mais elle garde et médite les événements dans son cœur. (Luc 2, 51).
    Elle conduit d’autres personnes à écouter Jésus. A Cana, c’est elle qui invite les serviteurs du repas à «faire tout ce que son fils leur dira» (Jean 2, 5). Elle les introduit dans la confiance et la foi en la parole de son fils.
    Marie, en devenant la mère du disciple que Jésus aimait devient la mère de tous les disciples, la mère et le modèle de l’Eglise. (Jean 19, 34).
    La mort de son fils a été comme «une épée qui a transpercé son âme» (Luc 2, 26-27).
    On la retrouve après la résurrection, avec les apôtres, fidèle dans la prière (Actes des Apôtres 1, 14). Au moment de la Pentecôte, elle est présente à la naissance de l’Eglise.
    Les Écritures évoquent encore plusieurs fois la Mère du Seigneur, mais nous avons là les étapes essentielles. Voici pourquoi nous pouvons fréquenter Marie, dans les Écritures tout d’abord mais aussi dans la prière.
    La Vierge Marie a pu faire un tel parcours parce qu’elle a été soutenue par la grâce de Dieu. Elle le reconnaît bien volontiers en disant à sa cousine «que tous les âges la diront bienheureuse». Mais si cela a été possible, c’est parce qu’elle a toujours vécue en « humble servante ». Humble, parce que servante ! L’humilité est le lieu par excellence de la sainteté de Marie. Chacun le sait, servir une fois, tout le monde sait le faire. Mais servir sans cesse suppose une vraie pauvreté du cœur. Et l’écrin que Dieu a choisi pour la venue de son Fils au milieu de nous est le cœur d’une humble servante.
    C’est un modèle accessible à tous, et révolutionnaire à la fois. Il nous provoque à relire notre vie et à considérer chacune de nos activités sous l’angle du service. Même la responsabilité d’une entreprise, d’une administration, d’une équipe ou d’une famille peut être abordée sous l’angle du service !
    Pour conclure, je voudrais rappeler une expression de Saint Louis-Marie Grignon de Montfort qui m’a toujours éclairé : «Marie n’est pas un détour pour rejoindre le Christ, elle est un raccourci».

     

    Mgr Bruno Feillet, évêque auxiliaire du diocèse de Reims.
    jesus.catholique.fr

     

     

  • Faire silence

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    Qui d’entre nous ne s’est pas entendu dire un jour « il faut que je fasse du rangement » ? Plus on avance dans la vie, plus on se rend compte qu’il est vital d’appliquer ce réflexe à notre vie intérieure… Depuis une quinzaine d’années, les monastères, les communautés ou les foyers de charité accueillent de plus en plus de gens. Pour certains, c’est un rendez-vous avec Dieu qui s’impose. D’autres sont attirés sans rien connaître de Dieu. D’autres encore ont rompu avec la foi de leur enfance mais une sensibilité religieuse leur est restée. Mais faire retraite reste une exigence, cela suppose d’accepter de se laisser déposséder de ses attaches, pour être plus soi-même en vérité.
    On décide de faire une retraite lorsque l’on a besoin de souffler, de réfléchir sur sa vie, parce que l’on se sent tiraillé, effiloché, émietté. Faire le point permet de relire sa vie, de se recentrer sur l’essentiel, de refaire l’unité en soi pour avancer à nouveau.
    Pour certains, ce sera le moyen de discerner, de faire mûrir une décision difficile à prendre ou une orientation de vie difficile à accepter. Pour d’autres c’est un moyen de faire plus de place au Seigneur dans sa vie, de lui consacrer un temps de prière, un temps privilégié aussi pour prier pour tous ceux que l’on aime. Tous ressentent le besoin de s’éloigner de chez eux pour méditer, réfléchir en silence! D’autres viennent y chercher « le vrai silence ». Ceux qui ont vu le film « le Grand silence » se souviennent de l’émotion ressentie « à l’écoute » du silence dans lequel vivent les moines de la Grande Chartreuse. Un silence qui vous happe, vous trouble, mais fait goûter un autre rapport au temps, à la vie et vous laisse tellement différent !

    Le silence peut être un choc. S’il est vécu de façon authentique, il permet de descendre en soi, d’atteindre un niveau de conscience que l’on ne peut atteindre dans le tourbillon de la vie. Ce silence n’est pas vide. C’est le lieu de rencontre avec Dieu.

     

    Evelyne Montigny , journaliste
    juillet 2009

    croire.com

     

     

  • « Je me lèverai et j’irai vers mon père »

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    Celui qui dit ces paroles gisait à terre. Il prend conscience de sa chute, il se rend compte de sa ruine, il se voit enlisé dans le péché et il s’écrie : « Je me lèverai et j’irai vers mon père ». D’où lui vient cet espoir, cette assurance, cette confiance ? Du fait même qu’il s’agit de son père. « J’ai perdu, se dit-il, ma qualité de fils ; mais lui n’a pas perdu celle de père. Il n’est point besoin d’un étranger pour intercéder auprès d’un père : c’est l’affection même de celui-ci qui intervient et qui supplie au plus profond de son cœur. Ses entrailles paternelles le pressent à engendrer de nouveau son fils par le pardon. Coupable, j’irai donc vers mon père ».

    Et le père, à la vue de son fils, voile immédiatement sa faute. A son rôle de juge il préfère celui de père. Il transforme tout de suite la sentence en pardon, lui qui désire le retour du fils et non sa perte… « Il se jeta à son cou et l’embrassa ». Voilà comment le père juge et comment il corrige : il donne un baiser au lieu d’un châtiment. La force de l’amour ne tient pas compte du péché, et c’est pourquoi le père remet d’un baiser la faute de son fils ; il la couvre par ses embrassements. Le père ne dévoile pas le péché de son enfant, il ne flétrit pas son fils, il soigne ses blessures de sorte qu’elles ne laissent aucune cicatrice, aucun déshonneur. « Heureux ceux dont la faute est ainsi remise et le péché pardonné » (Ps 31,1).

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l’Église
    Sermons 2 et 3 : PL 52, 188-189 et 192 (trad. Orval)

     

     

  • Donner du fruit en Celui qui en a donné à la plénitude du temps

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    « Mon bien-aimé est une grappe de raisin de Chypre, dans la vigne d’En-Gaddi » (Ct 1,14)… Cette grappe divine se couvre de fleurs avant la Passion et verse son vin dans la Passion… Sur la vigne, la grappe ne montre pas toujours la même forme, elle change avec le temps : elle fleurit, elle gonfle, elle est achevée, puis, parfaitement mûre, elle va se transformer en vin. La vigne promet donc par son fruit : il n’est pas encore mûr et à point pour donner du vin, mais il attend la plénitude des temps. Toutefois, il n’est pas absolument incapable de nous réjouir. En effet, avant le goût, il charme l’odorat, dans l’attente des biens futurs, et il séduit les sens de l’âme par les parfums de l’espérance. Car l’assurance ferme de la grâce espérée devient jouissance déjà pour ceux qui attendent avec constance. Il en est ainsi du raisin de Chypre qui promet du vin avant de le devenir : par sa fleur — sa fleur c’est l’espérance — il nous donne l’assurance de la grâce future…

    Celui dont la volonté est en harmonie avec celle du Seigneur, parce qu’ « il la médite jour et nuit », devient « un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt » (Ps 1,1-3). C’est pourquoi la vigne de l’Époux, qui a pris racine dans la terre fertile de Gaddi, c’est-à-dire dans le fond de l’âme, qui est arrosée et enrichie par les enseignements divins, produit cette grappe fleurissante et épanouie dans laquelle elle peut contempler son propre jardinier et son vigneron. Bienheureuse cette terre cultivée dont la fleur reproduit la beauté de l’Epoux ! Puisque celui-ci est la lumière véritable, la vraie vie et la vraie justice…et bien d’autres vertus encore, si quelqu’un, par ses œuvres, devient pareil à l’Époux, lorsqu’il regarde la grappe de sa propre conscience, il y voit l’Epoux lui-même, car il reflète la lumière de la vérité dans une vie lumineuse et sans tache. C’est pourquoi cette vigne féconde dit : « Ma grappe fleurit et bourgeonne » (cf Ct 7,13). L’Epoux est en personne cette vraie grappe qui se montre attachée au bois, dont le sang devient une boisson de salut pour ceux qui exultent dans leur salut.

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
    3ème homélie sur le Cantique des Cantiques (trad. cf. Delhougne, p. 176 et Canevet, Cerf 1992, p. 33)

     

     

     

  • Vivons selon Dieu

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    Nous qui par chaque parole de la divine Écriture sommes invités à l’imitation du Seigneur qui nous a créés dans sa bienfaisance, voilà que nous détournons tout à notre propre utilité, nous mesurons tout à notre agrément. Nous nous attribuons des biens pour notre propre vie et nous mettons le reste en réserve pour nos héritiers. Quant aux gens qui sont dans la misère, il n’en est nullement question. Et des pauvres on n’a pas le moindre souci. 0 cœurs sans miséricorde !

    Un homme voit-il son prochain manquer de pain et du moyen de se procurer la nourriture indispensable, loin de s’empresser de lui offrir son aide pour le tirer de la misère, il l’observe comme on observerait une plante verdoyante en train de se dessécher pitoyablement, faute d’eau. Et cependant cet homme déborde de richesses et serait capable d’apporter à beaucoup l’aide de ses biens. De même que le débit d’une seule source peut arroser de nombreux champs sur une vaste étendue, ainsi l’opulence d’une seule maison est capable de sauver de la misère un grand nombre de pauvres, à moins que la parcimonie et l’avarice de l’homme ne vienne y faire obstacle, comme un rocher tombé dans le ruisseau en détourne le cours.

    Ne vivons pas uniquement selon la chair, vivons selon Dieu.

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
    Sermon 1 sur l’amour des pauvres : PG 46, 463-466 (trad. Orval)

     

     

  • La vie communautaire : « Vous êtes tous frères »

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    Quoi qu’ils fassent, les frères doivent se montrer charitables et joyeux les uns avec les autres. Celui qui travaille parlera ainsi de celui qui prie : « Le trésor que mon frère possède, je l’ai, moi aussi, puisqu’il nous est commun. » De son côté, celui qui prie dira de celui qui lit : « Le bénéfice qu’il tire de sa lecture m’enrichit, moi aussi. » Et celui qui travaille dira encore : « C’est dans l’intérêt de la communauté que j’accomplis ce service. »

    Les multiples membres du corps ne forment qu’un seul corps et ils se soutiennent mutuellement en remplissant chacun sa tâche. L’œil voit pour tout le corps ; la main travaille pour les autres membres ; le pied, en marchant, les porte tous ; un membre souffre dès qu’un autre souffre. Voilà comment les frères doivent se comporter les uns avec les autres (cf. Rm 12, 4-5). Celui qui prie ne jugera pas celui qui travaille parce qu’il ne prie pas. Celui qui travaille ne jugera pas celui qui prie… Celui qui sert ne jugera pas les autres. Au contraire, chacun, quoi qu’il fasse, agira pour la gloire de Dieu (cf. 1Co 10,31 ; 2Co 4,15)…

    Ainsi une grande concorde et une sereine harmonie formeront « le lien de la paix » (Ép 4,3), qui les unira entre eux et les fera vivre avec transparence et simplicité sous le regard bienveillant de Dieu. L’essentiel, évidemment, c’est de persévérer dans la prière. D’ailleurs une seule chose est requise : chacun doit posséder en son cœur ce trésor qu’est la présence vivante et spirituelle du Seigneur. Qu’il travaille, prie ou lise, chacun doit pouvoir se dire en possession de ce bien impérissable qu’est le Saint Esprit.

     

    Homélie attribuée à saint Macaire d’Égypte (?-390), moine
    Troisième Homélie, 1-3 ; PG 34, 467-470 (trad. Orval)