Auteur/autrice : fred

  • « A quoi pouvons-nous comparer le Règne de Dieu ? »

    N’ayez point la passion de paraître supérieur, ni le maître. Je ne suis pas de l’avis d’une personne qui me disait, ces jours passés, que, pour bien conduire et maintenir son autorité, il fallait faire voir que l’on était le supérieur. Ô mon Dieu ! Notre Seigneur Jésus Christ n’a point parlé ainsi ; il nous a enseigné tout le contraire de parole et d’exemple, nous disant que lui-même était venu, non pour être servi, mais pour servir les autres, et que celui qui veut être le maître doit être le serviteur de tous (Mc 10,44-45)…

    Pour cela, donnez-vous à Dieu, afin de parler dans l’esprit humble de Jésus Christ, avouant que votre doctrine n’est pas vôtre, ni de vous, mais de l’Évangile. Imitez surtout la simplicité des paroles et des comparaisons que Notre Seigneur fait dans l’Écriture Sainte, parlant au peuple. Hélas, quelles merveilles ne pouvait-il pas enseigner au peuple ! Que de secrets n’eût-il pas pu découvrir de la Divinité et de ses admirables perfections, lui qui était la Sagesse éternelle de son Père ! Cependant, vous voyez comme il parle intelligiblement, et comment il se sert de comparaisons familières, d’un laboureur, d’un vigneron, d’un champ, d’une vigne, d’un grain de moutarde. Voilà comme il faut que vous parliez, si vous voulez vous faire entendre au peuple, à qui vous annoncerez la parole de Dieu.

    Une autre chose à laquelle vous devez faire une attention toute particulière, c’est d’avoir une grande dépendance de la conduite du Fils de Dieu ; je veux dire que, quand il vous faudra agir, vous fassiez cette réflexion : « Cela est-il conforme aux maximes du Fils de Dieu ? » Si vous trouvez que cela soit, dites : « À la bonne heure, faisons » ; si au contraire, dites : « Je n’en ferai rien. » De plus, quand il sera question de faire quelque bonne œuvre, dites au Fils de Dieu : « Seigneur, si vous étiez à ma place, comment feriez-vous en cette occasion ? comment instruiriez-vous ce peuple ? comment consoleriez-vous ce malade d’esprit ou de corps ? »… Cherchons à faire que Jésus Christ règne en nous.

    Saint Vincent de Paul (1581-1660)

     

     

     

  • La lampe sur le chandelier

    La lampe placée sur le chandelier, dont parle l’Écriture, c’est notre Seigneur Jésus Christ, lumière véritable du Père qui éclaire tout homme venant au monde (Jn 1,9). Quant au chandelier, c’est la sainte Église. C’est sur sa prédication que repose la Parole lumineuse de Dieu, qui éclaire les hommes du monde entier comme les habitants de sa maison, et qui remplit tous les esprits de la connaissance de Dieu…

    La Parole ne veut nullement demeurer sous le boisseau ; elle désire être mise bien en évidence, au sommet de l’Église. Dissimulée sous la lettre de la Loi comme sous le boisseau, la Parole aurait privé tous les hommes de la lumière éternelle. Elle n’aurait pas pu donner la contemplation spirituelle à ceux qui cherchent à se dégager de la séduction des sens, capables d’illusion et prompts à percevoir seulement les choses matérielles et passagères. Mais placée sur le chandelier qu’est l’Église, c’est-à-dire fondée sur le culte en esprit et en vérité (Jn 4,24), elle éclaire tous les hommes… Car la lettre, si elle n’est pas comprise selon l’esprit, n’a qu’une valeur matérielle et limitée (cf Rm 7,6) ; à elle seule, elle ne permet pas à l’intelligence de saisir la portée de ce qui est écrit…

    Ne plaçons donc pas sous le boisseau, par nos pensées et nos actions, la lampe allumée, c’est-à-dire la Parole de Dieu qui éclaire l’intelligence. Ne soyons pas coupables de dissimuler sous la lettre la force incompréhensible de la Sagesse divine. Plaçons la Parole plutôt sur le chandelier qu’est l’Église, au sommet de la vraie contemplation qui fait luire pour tous la lumière de la révélation divine.

    Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662)

     

     

     

  • « À vous il est donné de connaître les mystères ! »

    « Oui, tous les évènements… » (Jb 13,1 Vg) Les évènements qui allaient suivre, Job les voyait présents en celui pour qui n’existent ni avenir qui arrive, ni passé qui s’éloigne et qui a tous les évènements simultanément présents devant ses yeux. Et comme Job a vu ceux qui allaient survenir, soit en actes, soit en paroles, il peut ajouter : « Mon œil les a vus et mon oreille les a entendus. » Mais les paroles ne font aucun bien si elles ne se font pas comprendre. Aussi dit-il encore justement : « Et il n’y en a pas un que je n’ai pas compris. »

    Quand en effet un évènement nous est connu soit par la vue, soit par l’ouïe, si n’en est pas accordée l’intelligence, il n’y a pas prophétie. Pharaon a vu en songe ce qui allait arriver à l’Égypte (cf. Gn 41), mais comme il n’a pas pu avoir l’intelligence de ce qu’il avait vu, il n’a pas été prophète. Le roi Balthasar a vu les doigts d’une main qui écrivait sur le mur (cf. Dn 5), mais il n’a pas été prophète parce qu’il n’a pas reçu l’intelligence de ce qu’il avait vu. C’est donc pour témoigner qu’il portait en lui l’esprit de prophétie que le bienheureux Job affirme avoir tout vu, tout entendu, mais aussi tout compris. De cette intelligence il ne tire pourtant pas orgueil.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

     

     

     

  • Appelés à faire vos volontés

    Quand ceux que nous aimons nous demandent quelque chose,
    nous les remercions de nous le demander.

    S’il vous plaisait, Seigneur, de nous demander une seule chose
    dans toute notre vie,
    nous en resterions émerveillés,
    et d’avoir fait cette seule fois votre volonté
    serait l’évènement de notre destinée.

    Mais, parce que chaque jour, chaque heure, chaque minute,
    vous mettez dans nos mains un tel honneur,
    nous trouvons cela si naturel que nous en sommes blasés,
    que nous en sommes lassés.

    Et pourtant, si nous comprenions à quel point est impensable votre mystère,
    nous resterions stupéfaits
    de pouvoir savoir ces étincelles de votre vouloir
    que sont nos minuscules devoirs.
    Nous serions éblouis de connaître,
    dans cette immense ténèbre qui nous revêt,
    les innombrables,
    précises,
    les personnelles
    lumières de vos volontés.

    Le jour où nous comprendrions cela, nous irions dans la vie
    comme des sortes de prophètes,
    comme des voyants de vos petites providences,
    comme les agents de vos interventions.
    Rien ne serait médiocre, car tout serait voulu par vous.
    Rien ne serait lourd, car tout serait voulu de vous.
    Rien ne serait ennuyeux, car tout serait amour de vous.

    Nous sommes tous des prédestinés à l’extase,
    tous appelés à sortir de nos pauvres combinaisons,
    pour surgir, heure après heure, dans votre plan.
    Nous ne sommes jamais de lamentables laissés pour compte,
    mais de bienheureux appelés,
    appelés à savoir ce qu’il vous plaît de faire,
    appelés à savoir ce que vous attendez à chaque instant de nous :
    des gens qui vous sont un peu nécessaires,
    des gens dont les gestes vous manqueraient
    si nous refusions de les faire.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

  • « Il expulse les démons. »

    Reconnais-le : « en toi s’est levé un nouveau roi, un roi d’Égypte ». C’est lui qui te réquisitionne pour ses travaux, t’oblige à fabriquer pour lui la brique et le mortier. C’est lui qui t’impose contremaîtres et surveillants, lui qui te pousse par le fouet et la verge à des travaux de terre, te force à lui bâtir des villes. C’est lui qui t’incite à parcourir le monde, à remuer terres et mers pour satisfaire tes convoitises…

    Ce roi d’Egypte sait que la guerre est imminente. Il pressent la venue de « celui qui peut dépouiller ses principautés et ses puissances, triompher d’elles avec audace et les clouer au bois de la croix »…; il sent toute proche l’heure de la destruction de son peuple. Voilà pourquoi il déclare : « Le peuple d’Israël est plus puissant que nous ! » Puisse-t-il en dire autant à notre sujet et nous sentir plus puissants que lui ! Comment le sentira-t-il ? Si je n’accueille pas les pensées mauvaises et les convoitises perverses qu’il m’inspire ; si je repousse « ses flèches enflammées, avec le bouclier de la foi » ; si, chaque fois qu’il fait quelque suggestion à mon âme, me souvenant du Christ mon Seigneur, je lui dis : « Arrière, Satan. Il est écrit : ‘C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, c’est lui seul que tu serviras’ »…

    Car il vient, le Seigneur Jésus…, pour se soumettre les « principautés, puissances et pouvoirs », pour soustraire les fils d’Israël aux violences de leurs ennemis…, pour nous apprendre de nouveau à voir Dieu en esprit, à délaisser les travaux de Pharaon, à sortir de la terre d’Égypte, à renoncer aux mœurs barbares des Égyptiens, « à dépouiller entièrement le vieil homme avec ses œuvres et à revêtir l’homme nouveau créé selon Dieu », « à nous renouveler sans cesse de jour en jour » à l’image de celui qui nous a créés, le Christ Jésus notre Seigneur, à qui sont gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen.

    Origène (v. 185-253)

     

     

     

  • Les Saintes Écritures nous conduisent au Ciel

    Dis-moi, frère très cher : vivre au milieu des Livres sacrés, les méditer sans cesse, ne rien connaître ni chercher en dehors d’eux, n’est-ce pas déjà, dès ici-bas, habiter le Royaume des cieux ?

    Et ne sois pas heurté, dans les Saintes Écritures, par la simplicité, voir la rudesse du langage, que ce soit par la faute des traducteurs ou même à dessein. Toujours elles se présentent de telle façon que le premier auditoire venu peut trouver à s’y instruire et que, dans une seule et même phrase, le savant et l’ignorant découvrent des sens insoupçonnés.

    Non point que je pousse la pétulence et la stupidité jusqu’à me flatter de connaître tout ce qui s’y trouve : ce serait vouloir cueillir sur terre les fruits d’arbres dont les racines sont fixés dans le ciel : mais j’avoue le désirer et je prétends m’y efforcer. Étudions ici sur terre ce dont la connaissance nous restera acquise dans le ciel.

    Saint Jérôme (347-420)

     

     

     

  • Fête de la conversion de saint Paul, apôtre

    Qu’est-ce que l’homme, quelle est la noblesse de sa nature, et de quel courage est capable ce vivant, l’apôtre Paul l’a montré plus que tout autre.

    Chaque jour il donnait toute sa mesure, et au milieu des dangers qui le harcelaient, il avait une audace toujours neuve, comme en témoignent ses propres paroles : « Oubliant le chemin que j’ai derrière moi, je suis tendu vers ce qui est en avant » (Ph 3,13). Lorsqu’il sent venir la mort, il invite à partager sa joie en disant : « Réjouissez-vous, oui, réjouissez-vous avec moi » (Ph 2,18). Parmi les dangers, les injures et tous les opprobres, il exulte et il écrit aux Corinthiens : « Je me complais dans les infirmités, les injures et les persécutions » (2 Co 12,10). Pour Paul, une seule chose était à craindre et à fuir : offenser Dieu. De même, rien d’autre ne l’attirait que de plaire à Dieu, rien, même pas les biens du ciel ; ce qui montre l’ardeur de son amour pour le Christ. (…)

    Telles étaient ses dispositions lorsqu’il demanda d’être exclu de la gloire du ciel pour sauver les Juifs qui avaient manqué leur salut (cf. Rm 9,3). Ce qui prouve à quel point leur perte lui était pénible. Si elle ne lui avait pas été si douloureuse, il n’aurait pas fait une telle demande, considérant son choix comme plus tolérable et plus consolant. Et ce n’était pas une simple déclaration d’intention mais un véritable cri du cœur : « Ce m’est une grande tristesse, et une douleur continuelle en mon cœur » (Rm 9,2). À qui pourrait-on comparer cet homme qui s’afflige pour le monde entier ?

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

     

     

     

  • « Pour les envoyer prêcher »

    Je ne dis rien d’étrange, je ne recherche pas le paradoxe, mais, docile à l’enseignement des apôtres, je veux à mon tour enseigner les nations. Je veux transmettre exactement la tradition à ceux qui veulent, eux aussi, devenir les disciples de la Vérité. Qui ne s’empresserait pas d’apprendre pleinement tout ce que le Verbe de Dieu a clairement enseigné à ses disciples ? Car en se manifestant, ce Verbe qui n’a pas été compris par ceux qui ne croyaient pas en lui, a manifesté la vérité à ses disciples ; s’exprimant ouvertement, il a tout dit à ses disciples. Il les a reconnus comme ses fidèles, et ils ont reçu de lui la connaissance des mystères du Père.

    C’est pour cela que le Verbe a été envoyé dans le monde. Et pour qu’il soit manifesté au monde entier, il a été proclamé par les apôtres pour que les nations croient en lui. Lui qui était dès le commencement (1Jn 1,1), il s’est manifesté dans la nouveauté, et ses disciples ont reconnu en lui l’ancienneté. Il renaît toujours jeune dans le cœur des saints. Par lui l’Église est comblée de richesses ; la grâce s’épanouit, se multiplie dans les saints ; elle confère l’intelligence de la foi, dévoile les mystères du Père ; elle donne à comprendre les temps. Elle est offerte à ceux qui la recherchent en respectant les règles de la foi et en gardant fidèlement la tradition des Pères.

    Voici que la crainte de la Loi est chantée ; voici que la grâce des prophètes est reconnue, la foi des Évangiles affermie, la tradition des apôtres conservée ; la grâce de l’Église bondit d’allégresse. Cette grâce, ne la contristez pas ; alors vous connaîtrez les secrets que le Verbe de Dieu révèle par qui il veut, quand il lui plaît. Approchez-vous, écoutez, et vous saurez tout ce que Dieu confie à ceux qui l’aiment vraiment.

    La Lettre à Diognète (v. 200)

     

     

     

  • « Beaucoup de gens…avaient appris tout ce qu’il faisait, et ils vinrent à lui. »

    Chez le prophète Isaïe, le Verbe lui-même, la Parole de Dieu, dit qu’il devait se manifester parmi nous — le Fils de Dieu, en effet, s’est fait fils d’homme — et se laisser trouver par nous qui auparavant ne le connaissions pas : « Je me suis manifesté à ceux qui ne me cherchaient pas, j’ai été trouvé par ceux qui ne me questionnaient pas, j’ai dit : me voici, à un peuple qui n’avait pas invoqué mon nom » (Is 65,1). (…) C’est aussi le sens de ce qu’a dit Jean Baptiste : « Dieu peut, de ces pierres, faire surgir des fils à Abraham. » (Mt 3,9). En effet, après avoir été arrachés par la foi au culte des pierres, nos cœurs voient Dieu et deviennent fils d’Abraham qui a été justifié par la foi. (…)

    Le Verbe de Dieu s’est incarné et a planté sa tente parmi nous comme dit Jean, son disciple (Jn 1,14). Grâce à lui, par la vocation nouvelle, le cœur des païens est changé. L’Église porte désormais beaucoup de fruits, en ceux qui sont sauvés ; et ce n’est plus un intercesseur comme Moïse, ni un messager comme Élie, mais le Seigneur lui-même qui nous sauve en donnant à l’Église plus d’enfants qu’à la synagogue des anciens, comme Isaïe l’avait prédit en disant : « Réjouis-toi, stérile qui n’as pas enfanté… » (Is 54,1; Ga 4,27). Dieu trouve son bonheur à donner son héritage aux nations insensées, à ceux qui n’appartenaient pas à la cité de Dieu et ne savaient pas qui était Dieu. Maintenant donc que, grâce à cet appel, la vie nous a été donnée et qu’en nous Dieu a mené à sa plénitude la foi d’Abraham, nous ne devons plus retourner en arrière, je veux dire à la première législation, car nous avons reçu le Maître de la Loi, le Fils de Dieu, et, par la foi en lui, nous apprenons à aimer Dieu de tout notre cœur et le prochain comme nous-mêmes.

    Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208)

     

     

     

  • « Navré de l’endurcissement de leurs cœurs »

    Jésus, Vérité éternelle, notre Vie, j’implore et je mendie ta miséricorde pour les pauvres pécheurs. Très doux Cœur de mon Seigneur, rempli de pitié et de miséricorde inexprimable, je te supplie pour les pauvres pécheurs. Ô Cœur Sacré, source de miséricorde dont les rayons de grâces inconcevables se répandent sur tout le genre humain, je t’en supplie, donne la lumière aux pauvres pécheurs. Ô Jésus, souviens-toi de ta Passion amère et ne permets pas que périssent les âmes rachetées au prix de ton sang très saint.

    Jésus, lorsque je contemple le don de ton sang, je me réjouis de sa valeur inestimable, car une goutte aurait suffi pour tous les pécheurs. Bien que le péché soit un abîme du mal et de l’ingratitude, le prix donné pour nous est sans commune mesure — c’est pourquoi, que chaque âme ait confiance en la Passion du Seigneur, qu’elle mette son espérance dans sa miséricorde. Dieu ne refusera à personne sa miséricorde. Le ciel et la terre peuvent changer, mais la miséricorde de Dieu ne s’épuisera jamais (cf Mt 24,35). Oh, quelle joie brûle dans mon cœur, quand je vois ta bonté inconcevable, ô mon Jésus. Je désire amener tous les pécheurs à tes pieds, pour qu’ils louent ton amour infini, pendant les siècles sans fin.

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)