Auteur/autrice : fred

  • « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! »

    La troisième demande des fils [dans la prière du “Notre Père”] est celle-ci : « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! » Souhaiter que la terre mérite d’être égalée au ciel : on ne saurait porter plus haut sa prière. De dire, en effet : « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel », n’est-ce point autant que si l’on demandait que les hommes soient semblables aux anges, et que, comme ces esprits bienheureux font au ciel la volonté divine, ainsi les hommes l’accomplissent tous sur la terre, et non point la leur ?

    Et voilà encore une prière que celui-là seul pourra faire du fond du cœur qui croit que Dieu dispose toutes choses en ce monde pour notre avantage, joies et infortunes, et qu’il veille avec plus de sollicitude au salut et aux intérêts de ceux qui sont à lui, que nous n’en avons pour nous-mêmes.

    On peut entendre aussi cette demande en ce sens que la volonté de Dieu est que tous soient sauvés, selon la parole bien connue de Saint Paul : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et qu’ils viennent à la connaissance de la vérité. » (1Tm 2,4) Le prophète Isaïe parle de cette même divine volonté, lorsqu’il dit, parlant au nom de Dieu le Père : « Ma volonté se fera toute entière. » (Is 46,10) Lorsque nous disons : « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel », c’est faire, en d’autres termes, cette prière : Comme ceux qui sont dans le ciel, que tous ceux qui sont sur la terre, ô Père, soient sauvés par la connaissance de votre nom !

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

     

  • « Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. »

    « Car aucun hypocrite ne viendra en sa présence. » (Jb 13,16 Vg) Puisqu’il est constant qu’à sa venue le juge placera les agneaux à sa droite et les boucs à sa gauche, pour quelle raison est-il dit maintenant que ne viendra pas en sa présence un hypocrite qui, s’il doit être, bien sûr, parmi les boucs, sera présent à la gauche de son juge ?

    Mais, il faut le savoir, nous venons en présence du Seigneur de deux manières. En ce monde d’abord, lorsque, pesant scrupuleusement nos péchés, nous nous mettons en sa présence et que dans les larmes nous devenons nos propres juges. Oui, toutes les fois que nous reprenons conscience de la puissance de notre Créateur, nous nous tenons en présence du maître. (…)

    Nous viendrons aussi en présence du Seigneur d’une autre manière, le jour du jugement dernier, quand nous comparaîtrons devant son tribunal. (…) Lorsque le juste contemple la rigueur du juge qui doit venir, il se remet en mémoire ses péchés, il se lamente sur le mal qu’il a commis et avec rigueur il devient son propre juge, afin de ne pas être jugé, mais inversement, plus l’hypocrite plaît extérieurement aux hommes, plus il dédaigne de se regarder intérieurement lui-même ; il va s’abandonnant tout entier aux paroles de son entourage et il s’imagine être un saint parce qu’il se croit tenu pour tel par les hommes. Et voilà qu’en dispersant son esprit parmi les paroles qui le louent, jamais il ne considère en quoi il offense le juge intérieur ; de sa rigueur il ne redoute rien parce qu’il croit lui avoir plu tout autant qu’il plaît aux hommes. (…)

    C’est donc sagesse de dire : « L’hypocrite ne viendra pas en sa présence », car il ne se met pas devant les yeux la rigueur de Dieu, lorsqu’il brûle de plaire aux yeux des hommes. Mais, s’il scrutait son âme, s’il se mettait lui-même en présence de Dieu, il ne serait plus un hypocrite.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

     

     

     

  • Vaincre la puissance des ténèbres grâce à la victoire de Jésus

    Quand, Jésus me consumera-t-il tout entier dans son amour ? Quand pourrai-je être tout entier consumé par les flammes divines ? Quand pourrai-je m’unir étroitement à lui pour pouvoir chanter un cantique tout nouveau, le cantique de la victoire ? Quand finira cette lutte intestine entre Satan et la pauvre âme, qui veut être toute à son Époux céleste ? La faiblesse de mon être me fait craindre et me donne des sueurs froides. (…)

    Que soit béni Dieu le Très-Haut qui ne m’abandonne jamais complètement entre les mains de la puissance des ténèbres ! Alors que la bataille semblait toucher à sa fin en faveur des adversaires, voici qu’avec sollicitude accourt le Seigneur, qu’il les met en déroute et les réduit tous à l’impuissance. Que vive à jamais la miséricorde divine !

    Comme Jésus est bon pour ses créatures ! Que de victoires a dénombrées son serviteur, toutes grâce à son aide très puissante ! Jésus a voulu faire de moi un exemple de grâce et me proposer en exemple à tous les pécheurs, afin qu’ils ne désespèrent pas de leur salut.

    Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968)

     

     

     

  • « L’homme se leva et se mit à le suivre. »

    Que vous êtes bon, mon Dieu, et comme vous vous appliquez à relever les pécheurs, à crier « Espérance » aux coupables. Comme vous vous montrez, dès les premières lignes de l’Évangile, le Bon Pasteur, le Père de l’enfant prodigue, le divin médecin venu pour les malades.

    Il semble que vous preniez à tâche dès les premières lignes de l’Évangile de nous répéter : « Je ne veux pas la mort du pécheur mais qu’il se repente et qu’il vive » (Ez 18,23). Ô Dieu, Père des miséricordes, vous voulez nous dire qu’il y a espérance et grâce même pour les coupables, même pour les plus déchus, les plus souillés. Ceux qui aux yeux des hommes sont irrémédiablement avilis et tombés sont encore nobles et beaux à vos yeux. Qu’ils se repentent, qu’ils disent comme David : « J’ai péché » (2S 12,13). Vous ouvrez si largement pour ces âmes, que le monde croyait si perdues et que vous avez si pleinement retrouvées, relevées, purifiées, embellies, vous leur ouvrez si largement le trésor de vos faveurs qu’aucune grâce ne leur est refusée, qu’aucune grandeur ne leur est inaccessible

    Quelque bas que nous tombions, ne désespérons jamais. La bonté de Dieu est au-dessus de tout mal possible. « Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, je vous rendrais plus blanc que la neige » (Is 1,18). Il n’est pas un moment dans notre vie où nous ne puissions pas commencer une existence nouvelle…, séparée comme par un mur de nos infidélités passées.

    Saint Charles de Foucauld (1858-1916)

     

     

     

  • « Alors ils jeûneront ! »

    « Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Jésus leur avait répondu : « Les invités à la noce peuvent-ils être en deuil tant que l’époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’époux leur aura été enlevé : c’est alors qu’ils jeûneront. » Le temps du carême, en effet, nous rappelle que l’époux nous a été enlevé. Il a été enlevé, arrêté, emprisonné, souffleté, flagellé, couronné d’épines, crucifié. Le jeûne du carême est l’expression de notre solidarité avec le Christ… « Mon amour a été crucifié, et la flamme du désir pour les choses matérielles est éteinte en moi », écrivait saint Ignace, évêque d’Antioche [au tournant des 1er et 2e siècles]…

    La nourriture et la boisson sont indispensables à l’homme pour vivre. Il s’en sert et il doit s’en servir, mais il ne lui est pas permis d’en abuser d’une façon ou d’une autre. L’abstention traditionnelle de nourriture et de boisson a non seulement pour but de donner à la vie de l’homme l’équilibre qui lui est nécessaire, mais aussi de le détacher de ce que l’on pourrait appeler « la mentalité de consommation ». Cette mentalité est devenue aujourd’hui une des caractéristiques de la civilisation et, en particulier, de la civilisation occidentale… L’homme orienté vers les biens matériels…en abuse bien souvent.

    Il ne s’agit pas ici que de nourriture et de boisson. Lorsque l’homme est orienté exclusivement vers la possession et l’usage des biens matériels, c’est-à-dire vers les choses, c’est alors toute la civilisation qui est mesurée selon la quantité et la qualité des choses qu’elle peut fournir à l’homme, et non selon l’homme, à la mesure de l’homme. Cette civilisation, en effet, fournit les biens matériels non seulement pour qu’ils servent à l’homme, à ses activités créatrices et utiles mais, et toujours plus, pour satisfaire et exciter ses sens, pour le plaisir d’un instant, pour des sensations de plus en plus multiples, [par exemple, par] les médias audiovisuels… L’homme d’aujourd’hui doit donc jeûner c’est-à-dire s’abstenir non seulement de nourriture et de boisson, mais de beaucoup d’autres moyens de consommation, de stimulations et de satisfactions des sens.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

  • Regarde le Christ Pauvre

    C’est au Christ pauvre que tu dois rester attachée. Vois comme il s’est rendu, pour toi, objet de mépris, et suis-le en te faisant, toi aussi, par amour pour lui, objet de mépris pour le monde. Ton époux, le plus beau des enfants des hommes (Cf. Ps 44(45), 3a), qui est devenu, pour te sauver, le dernier des humains, méprisé, frappé, tout le corps déchiré à coups de fouets, mourant enfin sur la croix dans les pires douleurs : regarde-le, médite-le, contemple-le et n’aie d’autre désir que de l’imiter !

    Si tu souffres avec lui, tu régneras avec lui ; si tu pleures avec lui, tu partageras sa joie ; si tu meurs avec lui au milieu des tortures de la croix, tu iras prendre possession des demeures célestes dans la splendeur des saints, ton nom sera inscrit au livre de vie et deviendra glorieux parmi les hommes, tu participeras pour toujours et dans l’éternité à la gloire du royaume des cieux pour avoir abandonné des biens terrestres et éphémères, et tu vivras dans les siècles des siècles.

    Sainte Claire d’Assise (1193-1252)

     

     

     

  • Le mercredi des Cendres

    Mes frères, nous commençons aujourd’hui le grand voyage du Carême. Emportons donc dans notre navire toute notre provision de nourriture et de boisson, en plaçant sur la caisse la miséricorde abondante dont nous aurons besoin. Car notre jeûne a faim, notre jeûne a soif, s’il ne se nourrit pas de bonté, s’il ne se désaltère pas de miséricorde. Notre jeûne a froid, notre jeûne défaille, si la toison de l’aumône ne le couvre pas, si le vêtement de la compassion ne l’enveloppe pas.

    Frères, ce que le printemps est pour les terres, la miséricorde l’est pour le jeûne : le vent doux printanier fait fleurir tous les bourgeons des plaines ; la miséricorde du jeûne fait pousser toutes nos semences jusqu’à la floraison, leur fait porter fruit jusqu’à la récolte céleste. Ce que l’huile est pour la lampe, la bonté l’est pour le jeûne. Comme la matière grasse de l’huile allume la lumière de la lampe et, avec une aussi faible nourriture, la fait luire pour le réconfort de toute une nuit, ainsi la bonté fait resplendir le jeûne : il jette des rayons jusqu’à atteindre le plein éclat de la continence. Ce que le soleil est au jour, l’aumône l’est pour le jeûne : la splendeur du soleil accroît l’éclat du jour, dissipe l’obscurité des nuées ; l’aumône accompagnant le jeûne en sanctifie la sainteté et, grâce à la lumière de la bonté, chasse de nos désirs tout ce qui pourrait être mortifère. Bref, ce que le corps est pour l’âme, la générosité en tient lieu pour le jeûne : quand l’âme se retire du corps, elle lui apporte la mort ; si la générosité s’éloigne du jeûne, c’est sa mort.

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)

     

     

     

  • Bulletin n°145

    bulletin 145

    Télécharger le bulletin au format PDF

     

     

     

     

  • Tout quitter pour le suivre

    Les richesses, qu’elles soient matérielles ou spirituelles, peuvent nous asphyxier si on n’en a pas un juste usage. Car Dieu lui-même ne peut rien placer dans un cœur déjà plein à craquer. Un jour ou l’autre, inévitablement, il en ressort un appétit d’argent et une avidité de tout ce que l’argent peut procurer — la recherche du superflu, du luxe pour ce qui est de se nourrir, se vêtir ou s’amuser. Les besoins vont alors croissant, une chose appelant l’autre. Mais au terme on trouve un sentiment incontrôlable d’insatisfaction. Demeurons aussi vides que possible afin que Dieu puisse nous remplir.

    Notre Seigneur en est un vivant exemple : dès le premier jour de son existence humaine, il a connu une pauvreté dont aucun être humain ne fera jamais l’expérience car, « étant riche, il se rendit lui-même pauvre » (2Co 8,9). Le Christ s’est vidé lui-même de toute sa richesse. C’est là que surgit la contradiction : si je veux être pauvre comme le Christ qui est devenu pauvre alors qu’il était riche, que dois-je faire ? Ce serait une honte pour nous d’être plus riches que Jésus qui à cause de nous a enduré la pauvreté.

    Sur la croix, le Christ a été privé de tout. La croix elle-même lui avait été donnée par Pilate ; les clous et la couronne, par les soldats. Il était nu. Quand il est mort, on l’a dépouillé de la croix, on lui a retiré les clous et la couronne. Il a été enveloppé dans un morceau de toile, donné par une âme charitable, et il a été enterré dans un tombeau qui ne lui appartenait pas. Et cela, alors que Jésus aurait pu mourir comme un roi ou même s’épargner la mort. Mais il a choisi la pauvreté car il savait que c’est le vrai moyen de posséder Dieu et d’apporter son amour sur la terre.

    Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)

     

     

     

  • « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? »

    Pour Dieu, appeler, c’est tourner vers nous le regard de son amour et de son élection. Et, pour nous, répondre c’est obéir à son amour par la sagesse de nos œuvres. De là ces justes paroles : « Du moins que je te parle, et toi, réponds-moi. » (Jb 13,22 Vg) Nous lui parlons, en effet, quand nous désirons, quand nous demandons son visage. Et Dieu répond à notre voix quand il apparaît à notre amour.

    Mais qu’un homme halète du désir de l’éternité, alors, par une pénétrante autocritique il passe au crible chacun de ses actes, il cherche s’il n’est rien en lui qui puisse offenser le regard de son Créateur ; et Job est en droit d’ajouter : « Toutes mes iniquités et mes péchés, tous mes crimes et mes manquements, montre-les moi. » (Jb 13,23 Vg) Tel est en cette vie le lourd labeur du juste, se découvrir lui-même et en se découvrant pleurer, se corriger pour devenir meilleur. (…)

    Tout homme donc qui, dans l’anxiété du désir de l’éternité, désire se présenter par-devant le juge qui vient, s’examine maintenant avec d’autant plus de pénétration qu’il se demande, oui, comment comparaître devant ce terrible juge en homme libre : il le supplie de lui montrer en quoi il lui déplaît, pour s’en punir en lui-même par la pénitence et, en devenant en ce monde son propre juge, ne plus être justiciable du Juge.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)