Auteur/autrice : fred

  • Le mystère de la vigne de Dieu

    Frères, si dans la vigne du Seigneur nous voyons l’Église, ce n’est pas une mince prérogative de l’Église que d’avoir étendu ses limites sur toute la terre…

    J’entends par là cette foule des premiers croyants dont il est dit « qu’ils n’étaient tous ensemble qu’un cœur et qu’une âme » (Ac 4,32)… Car la persécution ne l’a pas si brutalement déracinée qu’elle n’ait pu être replantée ailleurs et louée à d’autres vignerons, qui, la saison venue, lui ont fait porter des fruits. Elle n’a pas péri, elle a changé de sol ; mieux, elle y a gagné en force ainsi qu’en étendue, comme la vigne bénie du Seigneur. Frères, levez donc les yeux, et vous verrez « que son ombre a couvert les collines, que ses pampres sont des cèdres de Dieu, qu’elle a étendu ses sarments jusqu’à la mer et ses rejetons jusqu’au fleuve » (Ps 79,11-12).

    Ce n’est pas surprenant : elle est l’édifice de Dieu, le champ de Dieu (1Co 3,9). C’est lui qui la féconde, qui la propage, la taille et l’émonde, afin qu’elle produise davantage. Il ne va pas laisser sans soins une vigne que sa main droite a plantée (Ps 79,16) ; il ne va pas abandonner une vigne dont les pampres sont les apôtres, dont le cep est Jésus Christ, et dont lui, le Père, est le vigneron (Jn 15,1-5). Plantée dans la foi, elle plonge ses racines dans la charité ; labourée par l’obéissance, fertilisée des larmes du repentir, arrosée par la parole des prédicateurs, elle regorge d’un vin qui inspire la joie et non l’inconduite, vin de toute douceur, qui réjouit vraiment le cœur de l’homme (Ps 103,15)… Fille de Sion, console-toi en contemplant ce grand mystère ; ne pleure pas ! Ouvre ton cœur pour accueillir toutes les nations de la terre !

    Saint Bernard (1091-1153)

     

     

     

  • Évitons de ressembler au « mauvais riche » !

    Prends garde, frère, que le destin du « mauvais riche » ne sois le tien. Si ton histoire a été écrite, c’est bien pour que nous évitions de lui ressembler. Homme, imite donc la terre : comme elle, porte du fruit ; ne te montre pas moins bon qu’elle qui n’a pas d’âme. Ce n’est pas pour en jouir elle-même que la terre nourrit ses fruits, c’est pour ton service. Mais toi, tu as cet avantage que les bénéfices de ta bienveillance reviennent finalement à toi-même ; car c’est aux bienfaiteurs que revient toujours la récompense du bien qu’ils ont fait. (…)

    Pourquoi donc te tourmenter à ce point et faire tant d’efforts pour mettre ta richesse à l’abri derrière le mortier et les briques ? (…) Que tu le veuilles ou non, tu devras bien un jour laisser là ton argent ; au contraire, la gloire de tout le bien que tu auras fait, tu l’emporteras avec toi jusque devant le souverain Maître, quand tout un peuple, se pressant pour te défendre auprès du Juge commun, t’appellera des noms qui diront que tu l’as nourri, que tu l’as assisté, que tu as été bon. (…)

    Combien tu devrais être reconnaissant, heureux et fier de l’honneur qui t’es fait : ce n’est pas toi qui dois aller importuner les autres à leur porte, ce sont les autres qui se pressent à la tienne. Mais à ce moment tu t’assombris, tu deviens inabordable, tu fuis les rencontres de peur de devoir lâcher un peu de ce que tu gardes si jalousement. Et tu ne connais qu’un seul mot : « Je n’ai rien, je ne vous donnerai rien, car je suis pauvre. » Pauvre, tu l’es en réalité, et pauvre de tout bien : pauvre d’amour, pauvre de bonté, pauvre de confiance en Dieu, pauvre d’espérance éternelle.

    Saint Basile (v. 330-379)

     

     

     

  • Solennité de saint Joseph, époux de la Vierge Marie, patron de l’Église universelle

    En s’adressant à Joseph par les paroles de l’ange, Dieu s’adresse à lui comme à l’époux de la Vierge de Nazareth. Ce qui s’est accompli en elle par le fait de l’Esprit Saint exprime en même temps une particulière confirmation du lien sponsal qui préexistait déjà entre Joseph et Marie. Le messager dit clairement à Joseph : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. » Ainsi, ce qui était advenu auparavant — son mariage avec Marie — s’était fait par la volonté de Dieu et devait donc être conservé. Dans sa maternité divine, Marie doit continuer à vivre comme « une vierge, épouse d’un mari » (Lc 1,27).

    Dans les paroles de l’ « annonciation » nocturne, non seulement Joseph entend la vérité divine sur la vocation ineffable de son épouse, mais il y réentend aussi la vérité sur sa propre vocation. Cet homme « juste », qui, dans l’esprit des plus nobles traditions du peuple élu, aimait la Vierge de Nazareth et s’était lié à elle d’un amour sponsal, est à nouveau appelé par Dieu à cet amour.

    « Joseph fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse » ; « ce qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint » : ne faut-il pas conclure, devant ces expressions, que son amour d’homme est lui aussi régénéré par l’Esprit Saint ? Ne faut-il pas penser que l’amour de Dieu, qui a été répandu dans le cœur de l’homme par le Saint-Esprit (Rm 5,5), façonne de la manière la plus parfaite tout amour humain ? Il façonne aussi — et d’une façon tout à fait singulière — l’amour sponsal des époux, et il approfondit en lui tout ce qui est humainement digne et beau, ce qui porte les signes de l’abandon exclusif de soi, de l’alliance des personnes et de la communion authentique du Mystère trinitaire.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

     

  • « Vous êtes tous frères. » (Mt 23,8)

    « Tout homme est mon frère. » La paix, en essence et en devenir, c’est cela. Et cela vaut pour tous. Cela vaut, frères dans la foi au Christ, tout spécialement pour nous.

    À la sagesse humaine qui, en un effort immense, est arrivée à une si haute et si difficile conclusion, nous pouvons, nous, croyants, fournir un soutien indispensable. Celui, avant tout, de la certitude (car des doutes de tout genre peuvent la guetter, l’affaiblir, l’annuler). Notre certitude en la parole divine de notre Maître, le Christ, gravée dans son Évangile : « Vous êtes tous frères » (Mt 23,8). Nous pouvons aussi offrir le réconfort d’une possibilité d’application (dans la vie pratique, en effet, comme il est difficile de se comporter tout à fait fraternellement envers tout homme !) ; nous le pouvons grâce au recours, comme à une règle pratique et normale d’action, à un autre enseignement, fondamental, du Christ : «Ainsi, tout ce que vous désirez que les autres fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : voilà pour la loi et les prophètes » (Mt 7, 12). Philosophes et saints, comme ils ont médité sur cette maxime singulière et concrète de la moralité sociale !

    C’est encore nous, enfin, qui sommes en mesure de fournir l’argument suprême : celui de la paternité divine, commune à tous les hommes, proclamée à tous les croyants. Une véritable fraternité entre les hommes, pour être authentique et contraignante, suppose et exige une paternité transcendante et pleine d’amour métaphysique, de charité surnaturelle. Nous pouvons, quant à nous, enseigner la fraternité humaine, c’est-à-dire la paix, en enseignant à reconnaître, à aimer à invoquer Notre Père qui est aux cieux. Nous savons, nous, que nous sera barré l’accès à l’autel de Dieu si nous n’avons d’abord, nous-mêmes, enlevé l’obstacle à la réconciliation avec l’homme-frère (Mt 5,24 ; 6,14-15). Et nous savons que, si nous devenons des promoteurs de paix, alors nous pourrons être appelés fils de Dieu, et nous serons parmi ceux que l’Évangile proclame bienheureux (Mt 5,9).

    Saint Paul VI

     

     

     

  • L’amour du cœur de notre Père

    Quelle que soit la diversité des membres des hommes, que ceux-ci soient noirs, souillés, lépreux, hydropiques et pleins d’infirmités, ou même rougis par le maléfice sous l’effet des conseils de la malice du diable, qu’ils soient stupides et entêtés à ne pas voir les biens du Seigneur, méritant accusations et reproches à cause de leurs nombreux oublis, parce qu’ils auraient dû pratiquer la justice et qu’ils pratiquent le mal en rejetant le bien et en méprisant la croix et le martyre du Seigneur, malgré tout cela Dieu le Père jette un regard empreint de bonté sur son œuvre faite de limon, tout comme un Père regarde ses fils et les élève jusqu’à sa poitrine. Parce qu’il est Dieu, il a pour ses fils l’amour d’un Père plein d’affection. À l’intérieur de son cœur, l’amour pour les hommes est tel qu’il a envoyé son Fils à la Croix, comme un doux Agneau… mais il y a aussi, parmi les hommes, beaucoup qui sont décorés d’ornements par le précieux trésor des vertus…

    Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)

     

     

     

     

  • La gloire de la croix

    Le Seigneur révèle sa gloire en présence de témoins choisis : il répand sur son corps, d’ailleurs semblable au nôtre, une lumière si éclatante que son visage devient éblouissant comme le soleil et son vêtement aussi blanc que la neige. En se transfigurant de la sorte, il avait comme but d’abord d’enlever du coeur de ses disciples le scandale de la croix, pour que la honte volontairement subie de sa mort ne trouble pas la foi de ceux qui auraient vu ainsi la grandeur de sa dignité cachée.

    Mais il n’avait pas moins en vue de fonder l’espérance de la sainte Église, de sorte que les membres du corps du Christ comprennent quelle transformation se ferait un jour en eux, puisque chacun est appelé à partager un jour la gloire qu’ils ont vu briller par avance dans leur chef…

    « Celui-ci est mon Fils bien-aimé…; écoutez-le. Écoutez-le, lui qui ouvre le chemin du ciel et, par le supplice de la croix, vous prépare des marches pour monter au Royaume. Pourquoi redoutez-vous d’être rachetés ? Pourquoi craignez-vous d’être guéris, vous qui êtes blessés ? Que ma volonté soit faite, comme le veut le Christ. Rejetez les craintes de ce monde et armez-vous de la constance qu’inspire la foi. Car il ne convient pas de redouter dans la Passion du Sauveur ce que, avec son secours, vous ne craindrez plus dans votre propre mort… »

    En ces trois apôtres, c’est l’Église entière qui a appris tout ce qu’ils ont vu de leurs yeux et entendu de leurs oreilles (cf 1Jn 1,1). Que donc la foi de tous devienne plus ferme par la prédication du saint Évangile, et que personne ne rougisse de la croix du Christ, par laquelle le monde a été racheté.

    Saint Léon le Grand (?-v. 461)

     

     

     

  • La charité : principe et fin de toute chose

    Pourquoi sommes-nous si peu soucieux de chercher des occasions de salut les uns pour les autres, de façon à nous secourir davantage entre nous, là où nous voyons que ce serait plus nécessaire, et à porter mutuellement les fardeaux de nos frères ? L’Apôtre nous y exhorte lorsqu’il dit : « Portez les fardeaux les uns des autres et vous accomplirez ainsi la loi du Christ » (Ga 6,2). Et ailleurs : « Supportez-vous les uns les autres avec charité » (Ep 4,2). C’est bien la loi même du Christ.

    Lorsqu’en mon frère je perçois quelque chose d’incorrigible, par suite de difficultés ou d’infirmités physiques ou morales, pourquoi ne pas le supporter avec patience, pourquoi ne pas l’en consoler de tout cœur, selon la parole de l’Écriture : « Leurs enfants seront portés sur les bras et consolés sur les genoux » (Is 66,12) ? Serait-ce qu’elle me manque cette charité qui supporte tout, qui est patiente pour soutenir, indulgente pour aimer ? (cf. 1 Co 13,7). Telle est en tous cas la loi du Christ. Dans sa Passion, il a « vraiment pris sur lui nos souffrances », et, dans sa miséricorde, « s’est chargé de nos douleurs » (Is 53,4), aimant ceux qu’il portait, portant ceux qu’il aimait. (…)

    Tout genre de vie, qui permet de s’adonner plus sincèrement à l’amour de Dieu et, pour lui, à l’amour du prochain – quels que soient l’habit ou les observances –, est aussi plus agréable à Dieu. La charité : c’est pour elle que tout doit se faire ou ne pas se faire, changer ou ne pas changer. La charité : c’est le principe par lequel et la fin vers laquelle il convient que tout soit dirigé. Il n’y a aucune faute dans ce qui, en toute vérité, se fait pour elle et selon son esprit. Daigne nous l’accorder Celui à qui sans elle nous ne pouvons plaire et sans qui nous ne pouvons rien, lui qui vit et règne, car il est Dieu, pour les siècles sans fin. Amen.

    Isaac de l’Étoile (?-v. 1171)

     

     

     

  • Le carême : « temps favorable » de la confession et du pardon avant d’approcher de l’autel du Seigneur

    C’est actuellement le temps de la confession. Confesse tes fautes de parole et d’action, celles de la nuit et celles du jour. Confesse-les dans ce « temps favorable », et au « jour du salut » (Is 49,8; 2Co 6,2) ; reçois le trésor céleste. (…) Quitte le présent et crois en l’avenir. Tu as parcouru tant d’années sans arrêter tes vains travaux d’ici-bas, et tu ne peux pas arrêter quarante jours pour t’occuper de ta propre fin ? « Arrêtez-vous et sachez que moi je suis Dieu », dit l’Écriture (Ps 45,11). Renonce aux flots de paroles inutiles, ne médis pas, n’écoute pas non plus le médisant, mais sois plutôt prêt à prier. Montre dans l’ascèse la ferveur de ton cœur ; purifie ce réceptacle pour recevoir une grâce plus abondante. Car la rémission des péchés est donnée également à tous, mais la participation à l’Esprit Saint est accordée selon la mesure de la foi de chacun. Si tu te donnes peu de mal, tu recueilles peu ; si tu travailles beaucoup, grande sera ta récompense. C’est toi-même qui es en jeu ; veille à ton intérêt

    Si tu as un grief contre quelqu’un, renonces-y. Tu viens recevoir le pardon de tes fautes ; il s’impose que toi aussi tu pardonnes au pécheur, car comment diras-tu au Seigneur : « Enlève-moi mes nombreux péchés », si toi-même tu n’as même pas pardonné à ton compagnon de service ses quelques torts à ton égard ? (cf Mt 18,23s)

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

     

     

     

  • Plus la confiance de l’âme est grande, plus elle reçoit

    [Sœur Faustine entendit Jésus lui dirent ces paroles :] Sache, ma fille, qu’entre moi et toi, il y a l’abîme infini qui sépare le Créateur de la créature, mais ma miséricorde comble cet abîme. Je t’élève jusqu’à moi, non par besoin de toi, mais je te fais don de la grâce de l’union avec moi uniquement par miséricorde.

    Dis aux âmes qu’elles ne fassent pas obstacle en leur propre cœur à ma miséricorde, qui désire tant agir en elles. Ma miséricorde est à l’œuvre dans tous les cœurs qui lui ouvrent la porte ; le pécheur comme le juste ont besoin de ma miséricorde. La conversion comme la persévérance est une grâce de ma miséricorde. Que les âmes qui tendent à la perfection adorent particulièrement ma miséricorde, car l’abondance des grâces que je leur accorde découle de ma miséricorde. Je désire que ces âmes se distinguent par une confiance illimitée en ma miséricorde. Je m’occupe moi-même de la sanctification de ces âmes, je leur procure tout ce qui peut être nécessaire à leur sainteté.

    Les grâces de ma miséricorde se puisent à l’aide d’un unique moyen – et c’est la confiance. Plus sa confiance est grande, plus l’âme reçoit. Les âmes d’une confiance sans borne me sont une grande joie, car je verse en elles le trésor entier de mes grâces. Je me réjouis qu’elles demandent beaucoup, car mon désir est de donner beaucoup et de donner abondamment. Par contre, je m’attriste si les âmes demandent peu, si elles resserrent leur cœur.

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

     

     

     

  • « Quel est le jeûne qui me plaît ? N’est-ce pas faire tomber les chaînes injustes ? » (Is 58,6)

    Les Ninivites ont jeûné d’un jeûne pur lorsque Jonas leur a prêché la conversion. (…) Voici ce qui est écrit : « Dieu vit qu’ils se détournaient de leurs mauvais chemins ; alors il détourna d’eux l’ardeur de sa colère » (Jon 3,10). On ne dit pas : « Il vit une abstinence de pain et d’eau, avec sac et cendre », mais : « qu’ils revenaient de leurs mauvais chemins et de la méchanceté de leurs œuvres. » Car le roi de Ninive avait parlé et dit : « Que chacun se détourne de sa mauvaise conduite et de la rapacité de ses mains » (v. 8). C’était un jeûne pur, et il a été accepté. (…)

    Car, mon ami, quand on jeûne, c’est toujours l’abstinence de méchanceté qui est la meilleure. Elle est meilleure que l’abstinence de pain et d’eau, meilleure que « s’humilier soi-même, courber le cou comme un crochet et se couvrir de sac et de cendre », comme le dit Isaïe (58,5). En effet, quand l’homme s’abstient de pain, d’eau ou de quelque nourriture que ce soit, quand il se couvre de sac et de cendre et qu’il s’afflige, il est aimé, beau aux yeux de Dieu et accueilli. Mais ce que Dieu agrée le plus, c’est de « (…) délier les chaînes injustes et de couper les liens de la tromperie » (v. 6). Pour cet homme alors « sa lumière se diffusera comme le soleil, et sa justice marchera devant lui. Il sera comme un verger surabondant, comme une source dont les eaux ne tarissent pas » (v. 8-11). Il ne ressemble pas aux hypocrites « qui se composent un visage défait et prennent un air sombre » pour faire connaître leur jeûne (Mt 6,16).

    Aphraate (?-v. 345)