Auteur/autrice : fred

  • Notre Dame des Douleurs

    Les deux pôles du monde Il y a deux pivots du ciel autour desquels tourne tout le ciel : ce sont les deux pôles. L’un est le Sauveur, situé au midi parce qu’Il est plein de lumière et qu’il n’y a pas en Lui de ténèbres ; l’autre est le sein où Il s’est incarné. Autour de ces deux pôles, le ciel tourne, avec le secours de l’intercession de la Mère, et celui de la Rédemption sur la Croix. En effet, par l’intercession de Marie ainsi que par le sang et le corps du Rédempteur, le Seigneur exerce sa justice sur les peuples. L’axe de la miséricorde, qui soutient le monde, tourne autour de ces deux pivots ou pôles, parce que, par la Mère, nous avons accès au Fils, et par le Fils au Père, et ainsi conduits, nous ne craignons en rien de nous voir refuser la réconciliation. Ces deux étoiles, pivots ou pôles du ciel sont immobiles ; autour d’elles comme autour de deux points fixes nécessaires, tourne la circonférence entière du ciel.

    Saint Albert le Grand (v. 1200-1280), dominicain

     

     

     

     

  • Fête de la Croix Glorieuse

    Désormais, par la croix, les ombres sont dissipées et la vérité se lève, comme nous le dit l’apôtre Jean : « L’ancien monde est passé, toutes choses sont nouvelles » (Ap 21,4-5). La mort est dépouillée, l’enfer livre ses captifs, l’homme est libre, le Seigneur règne, la création est dans la joie. La croix triomphe et toutes les nations, tribus, langues et peuples (Ap 7,9) viennent pour l’adorer. Avec le bienheureux Paul qui s’écrie : « Loin de moi la pensée de trouver ma gloire ailleurs que dans la croix de Jésus Christ notre Seigneur » (Ga 6,14), nous trouvons en elle notre joie. La croix rend la lumière à l’univers entier, elle chasse les ténèbres et rassemble les nations de l’Occident, de l’Orient, du Nord et de la mer en une seule Église, une seule foi, un seul baptême dans la charité. Elle se dresse au centre du monde, fixée sur le Calvaire. Armés de la croix, les apôtres s’en vont prêcher et rassembler dans son adoration tout l’univers, foulant aux pieds toute puissance hostile. Par elle, les martyrs ont confessé la foi avec audace et n’ont pas craint les ruses des tyrans. S’en étant chargés, les moines, dans une immense joie, ont fait de la solitude leur séjour. Lors du retour du Christ, cette croix paraîtra d’abord dans le ciel, sceptre précieux, vivant, véritable et saint du Grand Roi : « Alors, dit le Seigneur, apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme » (Mt 24,30). Nous la verrons, escortée par les anges, illuminant la terre, d’un bout de l’univers à l’autre, plus claire que le soleil, annonçant le Jour du Seigneur.

    Homélie attribuée à saint Ephrem (vers 306-373), diacre en Syrie, docteur de l’Église

     

     

     

  • « Faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. »

    Il se peut que dans l’appartement ou la maison à côté de la tienne vive un aveugle qui se réjouirait de ta visite pour lui lire le journal. Il se peut qu’il y ait une famille qui soit dans le besoin de quelque chose dépourvu d’importance à tes yeux, quelque chose d’aussi simple que le fait de faire garder leur enfant pour une demi-heure. Il y a tant de petites choses qui sont si petites qu’une multitude de gens les oublie. Ne pense pas qu’il faille être simple d’esprit pour s’occuper de la cuisine. Ne pense pas que s’asseoir, se lever, aller et venir, que tout ce que tu fais n’est pas important aux yeux de Dieu. Dieu ne te demandera pas combien de livres tu as lus, combien de miracles tu as accomplis. Il te demandera si tu as fait de ton mieux, par l’amour de lui. Peux-tu dire en toute sincérité : « J’ai fait de mon mieux » ? Même si le mieux doit se révéler un échec, il doit être notre mieux. Si tu es réellement amoureux du Christ, aussi modeste que soit ton travail, il en sera mieux accompli, de tout cœur. Ton travail attestera ton amour. Tu peux t’épuiser au travail, tu peux même t’y tuer, mais tant qu’il n’est pas mêlé d’amour, il est inutile.

    Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité

     

     

     

     

  • « Heureux, vous les pauvres… Malheureux, vous les riches. »

    C’est avec raison que le Seigneur, en proclamant la béatitude des pauvres, ne dit pas : « Le Royaume des cieux sera » mais « est à eux »… Qu’ils sont proches du Royaume de Dieu, ceux qui déjà possèdent et portent dans leur cœur ce Roi dont on a dit que le servir, c’est régner… Que d’autres se querellent pour se partager l’héritage de ce monde : « le Seigneur est ma part d’héritage et ma coupe » (Ps 15,5). Qu’ils combattent entre eux à qui sera le plus misérable : je ne leur envie rien de tout ce qu’ils recherchent, car moi et mon âme, « nous mettrons nos délices dans le Seigneur » (Ps 103,34). Toi, l’héritage glorieux des pauvres ! Bienheureuse richesse de ceux qui n’ont rien ! Non seulement tu nous fournis tout ce dont nous avons besoin, mais encore, tu es remplie de toute gloire, tu débordes de toute joie, car tu es « la mesure surabondante versée dans notre sein » (Lc 6,38)… Que votre âme… se glorifie dans son humilité, vous les pauvres, et qu’elle regarde avec dédain toute grandeur de ce monde… Des biens éternels sont préparés, et tu leur préférerais des choses passagères, pareilles à un songe ?… Comme ils sont malheureux, ceux que la bienheureuse pauvreté rendait dignes d’être honorés par le ciel, admirés par le monde et redoutés par l’enfer, et qui ensuite, dans l’aveuglement de leur esprit, ont regardé la pauvreté comme une misère, l’humilité comme une lâcheté ; qui ont voulu devenir riches et sont tombés dans les pièges du diable, alors que toutes choses leur appartenaient !… Quant à vous, qui avez pour amie la pauvreté et trouvez douce l’humilité du cœur, la Vérité éternelle vous rend sûrs de posséder le Royaume des cieux ; il garde fidèlement pour vous ce Royaume qui vous est réservé.

    Bienheureux Guerric d’Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien

     

     

     

     

     

  • « Jésus s’en alla dans la montagne pour prier. »

    « En ces jours-là, Jésus se retira sur la montagne pour prier, et il passa la nuit à prier Dieu. » Ceux qui prient ne gravissent pas tous la montagne…, mais ceux qui prient bien, ceux qui s’élèvent des biens terrestres aux biens supérieurs, montent sur les sommets de la vigilance et de l’amour d’en haut. Ceux qui se soucient des richesses du monde ou des honneurs ne gravissent pas la montagne ; celui qui convoite les terres d’autrui ne gravit pas la montagne. Ceux qui cherchent Dieu montent ; ceux qui montent implorent l’aide du Seigneur pour leur marche. Toutes les âmes grandes, toutes les âmes élevées gravissent la montagne, car ce n’est pas simplement au premier venu que le prophète dit : « Monte sur une haute montagne, toi qui annonces la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui donnes la bonne nouvelle à Jérusalem » (Is 40,9). Ce n’est pas par un exploit physique, mais par des actions élevées que tu escaladeras cette montagne. Suis le Christ… ; cherche dans l’Évangile, tu trouveras que seuls les disciples ont gravi la montagne avec le Seigneur.

    Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l’Église

     

     

     

     

  • Le sabbat du huitième jour, achèvement de la création

    À propos du sabbat, il est écrit dans les dix paroles que Dieu a prononcées en face de Moïse sur le mont Sinaï : « Sanctifiez le sabbat du Seigneur avec des mains pures et un cœur pur » et ailleurs : « Si mes fils gardent le sabbat, je répandrai sur eux ma pitié » (cf Ex 20,8; Ps 23,4). Il évoque le sabbat dès les origines du monde : « Dieu fit en six jours l’ouvrage de ses mains. Le septième jour, il l’acheva, et ce jour-là, il se reposa et le sanctifia » (Gn 2,2-3). Faites attention, mes enfants, au sens de ces mots : « Il l’acheva en six jours ». Ils indiquent que le Seigneur mettra fin à l’univers…; l’univers parviendra à sa fin. « Et le septième jour il se reposa » : autrement dit, lorsque le Fils viendra achever ce délai accordé aux pécheurs, juger les impies et transformer le soleil, la lune et les étoiles, alors, le septième jour, il se reposera dans la gloire. Il est dit encore : « Tu le sanctifieras avec des mains pures et un cœur pur ». S’il existait aujourd’hui un homme au cœur pur, capable de sanctifier le jour que Dieu a sanctifié, notre erreur serait totale… Nous ne sanctifierons ce jour dans l’honneur et le repos que lorsque nous en aurons été rendu capables, que les promesses auront été exaucées, que le mal aura disparu, que le Seigneur aura fait toutes choses nouvelles : alors nous pourrons sanctifier ce jour, ayant été nous-mêmes sanctifiés d’abord.

    L’Épître dite de Barnabé (vers 130)

     

     

     

     

     

  • « Il a bien fait toutes choses. »

    La Loi divine raconte les œuvres que Dieu a accomplies à la création du monde, et elle ajoute : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait : c’était très bon » (Gn 1,31)… L’Évangile rapporte l’œuvre de la rédemption et de la nouvelle création, et il dit de la même manière : « Il a bien fait toutes choses » (Mc 7,37)… Assurément, par sa nature, le feu ne peut répandre que de la chaleur, et il ne peut pas produire du froid ; le soleil ne diffuse que de la lumière, et il ne peut pas être cause de ténèbres. De même, Dieu ne peut faire que des choses bonnes, car il est la bonté infinie, la lumière même. Il est le soleil qui répand une lumière infinie, le feu qui donne une chaleur infinie : « Il a bien fait toutes choses »… La Loi dit que tout ce que Dieu a fait était bon, et l’Évangile qu’il a bien fait toutes choses. Or, faire de bonnes choses n’est pas purement et simplement les faire bien. Beaucoup, à la vérité, font de bonnes choses sans les faire bien, comme les hypocrites qui font certes de bonnes choses, mais dans un mauvais esprit, avec une intention perverse et fausse. Dieu, lui, fait toutes choses bonnes et il les fait bien. « Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait » (Ps 144,17)… Et si Dieu, sachant que nous trouvons notre joie dans ce qui est bon, a fait pour nous toutes ses œuvres bonnes et les a bien faites, pourquoi, de grâce, ne nous dépensons-nous pas pour ne faire que des œuvres bonnes et les bien faire, dès lors que nous savons que Dieu y trouve sa joie ?

    Saint Laurent de Brindisi (1559-1619), capucin, docteur de l’Église

     

     

     

  • Fête de la Nativité de la Vierge Marie

    Nous ne vivons plus sous l’esclavage des éléments du monde, comme dit l’apôtre Paul ; nous ne sommes plus asservis au joug de la lettre de la loi (Col 2,8 ; Rm 7,6). En effet, c’est en cela que consiste l’essentiel des bienfaits du Christ ; c’est là que le mystère se manifeste, que la nature est renouvelée : Dieu s’est fait homme et l’homme assumé est divinisé. Il a donc fallu que la splendide et très manifeste habitation de Dieu parmi les hommes soit précédée par une introduction à la joie, d’où découlerait pour nous le don magnifique du salut. Tel est l’objet de la fête que nous célébrons : la naissance de la Mère de Dieu inaugure le mystère qui a pour conclusion et pour terme l’union du Verbe avec la chair… C’est maintenant que la Vierge vient de naître, qu’elle se prépare à être la mère du Roi universel de tous les siècles… C’est alors que nous recevons du Verbe un double bienfait : il nous conduit à la vérité, et il nous détache de la vie d’esclavage sous la lettre de la loi. De quelle manière, par quelle voie ? Sans aucun doute, parce que l’ombre s’éloigne à l’avènement de la lumière, parce que la grâce substitue la liberté à la lettre. La fête que nous célébrons se trouve à cette frontière, car elle fait la liaison entre la vérité et les images qui la préfiguraient, elle substitue le nouveau à l’ancien… Que toute la création chante et danse, qu’elle contribue de son mieux à la joie de ce jour ! Que le ciel et la terre forment aujourd’hui une seule assemblée. Que tout ce qui est dans le monde et au-dessus du monde s’unisse dans le même concert de fête. Aujourd’hui, en effet, s’élève le sanctuaire créé où résidera le Créateur de l’univers ; et une créature, par cette disposition toute nouvelle, est préparée pour offrir au Créateur une demeure sacrée.

    Saint André de Crète (660-740), moine et évêque

     

     

     

     

  • « Pendant que l’Époux est avec eux. »

    « Nous l’avons vu, écrit saint Jean, et nous en sommes les témoins » (1Jn 1,2). Où l’ont-ils vu ? Dans sa manifestation. Qu’est-ce à dire, dans sa manifestation ? Sous le soleil, autrement dit dans cette lumière visible. Mais comment aurait-on pu voir sous le soleil celui qui a fait le soleil, s’il n’avait « dressé sa tente sous le soleil et, semblable à l’époux qui sort de sa couche, ne s’était élancé comme un vaillant pour courir sa carrière » ? (Ps 18,6 Vulg) Il est avant le soleil, celui qui a fait le soleil, il est avant l’étoile du matin, avant tous les astres, avant tous les anges, vrai Créateur, car « tout a été fait par lui et sans lui rien n’a été fait » (Jn 1,3). Voulant se faire voir à nos yeux de chair qui voient le soleil, il a dressé sa tente sous le soleil, c’est-à-dire a montré sa chair en se manifestant dans cette lumière terrestre, et la couche de cet époux a été le sein de la Vierge. Car en ce sein virginal, ils se sont unis tous les deux, l’époux et l’épouse, le Verbe époux et la chair épouse. Comme il est écrit : « Ils seront deux en une seule chair » (Gn 2,24 Vulg) ; et le Seigneur dit dans l’Évangile : « Voilà pourquoi désormais ils ne sont plus deux, mais une seule chair » (Mt 19,6). Isaïe exprime au mieux comment ces deux ne font qu’un lorsque, parlant au nom du Christ, il dit : « Comme un époux, il m’a couronné du diadème, et comme une épouse, il m’a parée de bijoux » (61,10). Un seul semble parler, et il se donne à la fois pour l’époux et pour l’épouse ; ils ne sont pas deux, mais une seule chair, car « le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn 1,14). À cette chair se joint l’Église, et c’est le Christ total, tête et corps (Ep 1,22).

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

     

     

     

     

  • « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. »

    En cette nuit de lumière [de Noël, à quatorze ans] commença la troisième période de ma vie, la plus belle de toutes, la plus remplie des grâces du ciel… Comme ses apôtres, je pouvais dire : « Seigneur, j’ai pêché toute la nuit sans rien prendre ». Plus miséricordieux encore pour moi qu’il ne le fut pour ses disciples, Jésus prit lui-même le filet, le jeta et le retira rempli de poissons. Il fit de moi un pêcheur d’âmes ; je sentis un grand désir de travailler à la conversion des pécheurs… Le cri de Jésus sur la croix retentissait aussi continuellement dans mon cœur : « J’ai soif ! » (Jn 19,28) Ces paroles allumaient en moi une ardeur inconnue et très vive. Je voulais donner à boire à mon Bien-Aimé et je me sentais moi-même dévorée de la soif des âmes… Afin d’exciter mon zèle le Bon Dieu me montra qu’il avait mes désirs pour agréables. J’entendis parler d’un grand criminel qui venait d’être condamné à mort pour des crimes horribles, tout portait à croire qu’il mourrait dans l’impénitence. Je voulus à tout prix l’empêcher de tomber en enfer… Je sentais au fond de mon cœur la certitude que [ces] désirs seraient satisfaits, mais afin de me donner du courage pour continuer à prier pour les pécheurs, je dis au Bon Dieu que j’étais bien sûre qu’il pardonnerait au pauvre malheureux Pranzini, que je le croirais même s’il ne se confessait pas et ne donnait aucune parole de repentir, tant j’avais de confiance en la miséricorde infinie de Jésus, mais que je lui demandais seulement « un signe » de repentir pour ma simple consolation. Ma prière fut exaucée à la lettre !… Ah ! depuis cette grâce unique, mon désir de sauver les âmes grandit chaque jour ; il me semblait entendre Jésus me dire comme à la Samaritaine : « Donne-moi à boire ! » (Jn 4,7) C’était un véritable échange d’amour ; aux âmes je donnais le sang de Jésus, à Jésus j’offrais ces mêmes âmes rafraîchies par sa rosée divine. Ainsi il me semblait le désaltérer et plus je lui donnais à boire, plus la soif de ma pauvre petite âme augmentait, et c’était cette soif ardente qu’il me donnait comme le plus délicieux breuvage de son amour.

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l’Église