Auteur/autrice : fred

  • « Celui qui m’a vu a vu le Père. »

    Dans le Christ et par le Christ, Dieu devient visible dans sa miséricorde, c’est-à-dire qu’est mis en relief l’attribut de la divinité que l’Ancien Testament, à travers différents termes et concepts, avait déjà défini comme la « miséricorde ». Le Christ confère à toute la tradition vétéro-testamentaire de la miséricorde divine sa signification définitive. Non seulement il en parle et l’explique à l’aide d’images et de paraboles, mais surtout il l’incarne et la personnifie ; il est lui-même, en un certain sens, la miséricorde. Pour ceux qui la voient et la trouvent en lui, Dieu devient visible comme le Père « riche en miséricorde » (Ep 2,4).

    Plus peut-être que celle de l’homme d’autrefois, la mentalité contemporaine semble s’opposer au Dieu de miséricorde, et elle tend à éliminer de la vie et à ôter du cœur humain la notion même de miséricorde. Le mot et l’idée de miséricorde semblent mettre mal à l’aise l’homme qui, grâce à un développement scientifique et technique inconnu jusqu’ici, est devenu maître de la terre qu’il a soumise et dominée. Cette domination de la terre, entendue parfois de façon unilatérale et superficielle, ne laisse pas de place, semble-t-il, à la miséricorde… La situation du monde contemporain ne manifeste pas seulement des transformations capables de faire espérer pour l’homme un avenir terrestre meilleur, mais elle révèle aussi de multiples menaces, bien pires que celles qu’on avait connues jusqu’ici…

    Révélée dans le Christ, la vérité au sujet de Dieu « Père des miséricordes » (2Co 1,3) nous permet de le voir particulièrement proche de l’homme, surtout quand il souffre, quand il est menacé dans le fondement même de son existence et de sa dignité. Et c’est pourquoi, dans la situation actuelle de l’Église et du monde, bien des hommes et bien des milieux, guidés par un sens aigu de la foi, s’adressent, je dirais quasi spontanément, à la miséricorde de Dieu. Ils y sont certainement poussés par le Christ, dont l’Esprit est à l’œuvre au fond des cœurs.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

     

  • Bulletin 118

    bulletin avril 2019

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  • « Là où je suis, vous y serez aussi. »

    « Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ? »… Si les demeures auprès du Père n’avaient pas été nombreuses, le Seigneur aurait dit qu’il partait en avant-coureur, manifestement afin de préparer les demeures des saints. Mais il savait que beaucoup de demeures étaient déjà prêtes et attendaient l’arrivée des amis de Dieu. Il donne donc un autre motif à son départ : préparer la route à notre ascension vers ces places du ciel en frayant un passage, alors qu’auparavant cette route était impraticable pour nous. Car le ciel était absolument fermé aux hommes, et jamais aucun être de chair n’avait pénétré dans ce très saint et très pur domaine des anges.

    C’est le Christ qui a inauguré pour nous ce chemin vers les hauteurs. En s’offrant lui-même à Dieu le Père comme les prémices de ceux qui dorment dans les tombeaux de la terre, il a permis à la chair de monter au ciel, et il a été lui-même le premier homme apparu à ses habitants. Les anges ne connaissaient pas le mystère auguste et grandiose d’une intronisation céleste de la chair. Ils voyaient avec étonnement et admiration cette ascension du Christ. Presque troublés à ce spectacle inconnu, ils s’écriaient : « Quel est celui-là qui arrive d’Édom ? » (Is 63,1), c’est-à-dire de la terre. Donc, notre Seigneur Jésus Christ « a inauguré pour nous cette voie nouvelle et vivante » (He 10,20). Comme dit saint Paul : « Il n’est pas entré dans un sanctuaire construit par les hommes, mais dans le ciel lui-même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu » (He 9,24).

    Saint Cyrille d’Alexandrie (380-444)

     

     

     

  • « Recevoir celui que j’envoie, c’est me recevoir moi-même. »

    Ce que Dieu avait révélé pour le salut de toutes les nations, il a décidé dans sa grande bonté de le maintenir à jamais intact et de le transmettre à toutes les générations. C’est pourquoi le Christ Seigneur, en qui toute la révélation de Dieu reçoit son achèvement (2Co 1,20; 3,16-4,6), ayant accompli lui-même et proclamé de sa propre bouche l’Évangile promis auparavant par les prophètes, a ordonné à ses apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité qui conduit au salut et de toute règle morale, en leur communiquant les dons divins. L’ordre du Christ a été fidèlement exécuté par les apôtres qui, dans leur prédication orale, dans leurs exemples et dans ce qu’ils ont établi, ont transmis ce qu’ils avaient reçu de la bouche du Christ ou en le voyant vivre et agir, et aussi ce que le Saint-Esprit leur suggérait. Cet ordre a été fidèlement exécuté par ces apôtres et des hommes apostoliques qui, sous l’inspiration du même Esprit Saint, ont consigné par écrit le message du salut.

    Pour que l’Évangile soit gardé à jamais intact et vivant dans l’Église, les apôtres ont laissé comme successeurs les évêques, auxquels « ils ont transmis leur propre charge d’enseignement » (saint Irénée). Cette tradition sainte et la Sainte Écriture des deux Testaments sont donc comme le miroir dans lequel l’Église, pendant son pèlerinage sur terre, contemple Dieu, de qui elle reçoit tout, jusqu’à ce qu’elle soit arrivée à son terme : le voir face à face tel qu’il est (1Jn 3,2)…

    Cette tradition qui vient des apôtres se développe dans l’Église sous l’assistance du Saint-Esprit : en effet, la perception des choses et des paroles transmises grandit, par la contemplation et l’étude des croyants qui les gardent dans leur cœur (Lc 2,19.51), par la pénétration profonde des réalités spirituelles qu’ils expérimentent, par la prédication de ceux qui, avec la succession dans l’épiscopat, ont reçu un charisme assuré de la vérité. L’Église, au cours des siècles, tend constamment vers la plénitude de la vérité divine, jusqu’à ce que les paroles de Dieu trouvent en elle leur achèvement.

    Concile Vatican II

     

     

  • « Je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver. »

    Ce n’est pas la science qui rachète l’homme. L’homme est racheté par l’amour. Cela vaut déjà dans le domaine purement humain. Lorsque quelqu’un, dans sa vie, fait l’expérience d’un grand amour, il s’agit d’un moment de « rédemption » qui donne un sens nouveau à sa vie. Mais, très rapidement, il se rendra compte que cet amour qui lui a été donné ne résout pas, par lui seul, le problème de sa vie. Il s’agit d’un amour qui demeure fragile ; il peut être détruit par la mort. L’être humain a besoin de l’amour inconditionnel. Il a besoin de la certitude qui lui fait dire : « Ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ » (Rm 8,38-39). Si cet amour absolu existe, avec une certitude absolue, alors — et seulement alors — l’homme est « racheté », quel que soit ce qui lui arrive dans un cas particulier.

    C’est ce que l’on veut dire lorsque l’on dit : Jésus Christ nous a « rachetés ». Par lui nous sommes devenus certains de Dieu — d’un Dieu qui ne constitue pas une lointaine « cause première » du monde — parce que son Fils unique s’est fait homme et de lui chacun peut dire : « Ma vie aujourd’hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi » (Ga 2,20).

    Benoît XVI

     

     

     

  • Saint Matthias, témoin de la résurrection, choisi par Dieu

    « En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des disciples et parla » (Ac 1,15s). Parce qu’il est fervent et parce qu’il est le premier du groupe, il est toujours le premier à prendre la parole : « Frères, il nous faut choisir parmi… les hommes qui nous ont accompagnés ». Remarquez comment il veut que ces nouveaux apôtres soient des témoins oculaires. Sans doute le Saint-Esprit devait venir, mais Pierre attachait beaucoup d’importance à ce point. « Parmi les hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous. » Il leur indique qu’ils doivent avoir vécu avec lui et ne pas avoir été de simples disciples. En effet, au début, beaucoup de gens le suivaient… « Jusqu’au jour où il nous a été enlevé. Il faut donc que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection. » Pierre n’a pas dit : « témoin de tout le reste », mais seulement « témoin de la résurrection ».

    Car il serait plus digne de foi, le disciple qui pourrait dire : « Celui qui mangeait, qui buvait, qui a été crucifié, c’est celui-là qui est ressuscité ». Par conséquent, il ne fallait pas qu’il soit témoin des époques précédentes, ni des suivantes, ni des miracles. Ce qu’on exigeait, c’était qu’il soit témoin de la résurrection. Tout le reste avait été manifesté et proclamé. Tandis que la résurrection s’était accomplie dans le secret, elle n’était manifeste que pour quelques-uns.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

     

     

     

  • Prière d’un pasteur au Bon Berger

    Ô Christ, mon Dieu, tu t’es abaissé pour me porter sur tes épaules, brebis égarée (Lc 15,5), et tu m’as placé dans un pâturage verdoyant (Ps 22,2). Tu m’as désaltéré aux sources de la vraie doctrine (ibid.) par l’intermédiaire de tes pasteurs dont tu étais toi-même le berger avant de leur confier ton troupeau… Et maintenant, Seigneur, tu m’as appelé… au service de tes disciples ; par quel dessein de ta Providence, je l’ignore ; toi seul le sais.

    Mais, Seigneur, allège le lourd fardeau de mes péchés qui t’ont gravement offensé ; purifie mon esprit et mon cœur. Conduis-moi par le juste chemin (Ps 22,3), comme une lampe qui m’éclaire. Donne-moi de dire hardiment ta parole ; que la langue de feu de ton Esprit (Ac 2,3) me donne une langue parfaitement libre, et me rende toujours attentif à ta présence.

    Sois mon berger, Seigneur, et sois avec moi le berger de tes brebis, pour que mon cœur ne me fasse dévier ni à droite ni à gauche. Que ton Esprit bon me dirige sur le droit chemin pour que mes actions s’accomplissent selon ta volonté — jusqu’au bout.

    Saint Jean de Damas (v. 675-749)

     

     

     

  • « Je leur donne la vie éternelle. »

    Le Seigneur dit : « Mes brebis écoutent la voix, et moi je les connais ; elles me suivent, et je leur donne la vie éternelle ». Un peu plus haut il avait dit à leur sujet : « Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer et sortir, et il trouvera un pâturage » (Jn 10,9). Il entrera en venant à la foi ; il sortira en passant de la foi à la vision face à face, de la croyance à la contemplation, et il trouvera un pâturage en arrivant au festin éternel.

    Les brebis du bon pasteur trouvent donc un pâturage parce que tous ceux qui le suivent avec un cœur simple sont nourris dans le pâturage des prairies éternellement vertes. Et quel est le pâturage de ces brebis-là, sinon les joies intérieures d’un paradis à jamais verdoyant ? Car le pâturage des élus, c’est le visage de Dieu, toujours présent : puisqu’on le contemple sans interruption, l’âme se rassasie sans fin d’un aliment de vie…

    Recherchons donc, frères très chers, ce pâturage où nous trouverons notre joie au cœur de la fête célébrée au ciel par tant de nos concitoyens. Que leur allégresse nous y invite… Réveillons donc nos âmes, mes frères ! Que notre foi se réchauffe en ce qu’elle croit, que nos désirs s’enflamment pour les biens d’en haut. Aimer ainsi c’est déjà se mettre en route. Ne laissons aucune épreuve nous détourner de la joie de cette fête intérieure, car si on désire se rendre à un endroit qu’on s’est fixé, aucune difficulté ne peut détourner de ce désir. Ne nous laissons pas non plus séduire par des réussites flatteuses. Stupide serait le voyageur qui, au spectacle du paysage merveilleux, oublierait en chemin le but de son voyage.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

     

     

     

  • « Quant à nous, nous croyons. »

    Demande qui voudra le pain matériel ! Pour nous, demandons au Père éternel que nous méritions de recevoir notre pain céleste avec des dispositions telles que, si nous n’avons pas la joie de le contempler des yeux du corps, tant il se cache, il se dévoile du moins aux yeux de l’âme et se manifeste à elle. C’est là une tout autre nourriture pleine de joie et de délices ; elle est le soutien de la vie…

    Je connais une personne à qui le Seigneur avait donné une foi si vive, que quand elle entendait quelqu’un dire qu’il aurait voulu vivre au temps où le Christ, notre Bien, était en ce monde, elle riait en elle-même. Puisque nous le possédons, se disait-elle, dans le Saint Sacrement aussi véritablement qu’alors, que désirons-nous de plus ? … Elle se considérait à ses pieds ; elle y pleurait en compagnie de Madeleine, absolument comme si elle l’avait vu des yeux du corps dans la maison du pharisien (Lc 7,36s). Alors même qu’elle ne sentait pas de dévotion, la foi lui disait qu’il était vraiment là.

    En effet, il faudrait se faire plus stupide qu’on n’est et s’aveugler volontairement pour avoir le moindre doute ici. Ce n’est point là un travail de l’imagination, comme quand nous considérons notre Seigneur sur la croix ou dans une autre circonstance de sa Passion ; nous nous représentons alors la chose en nous-mêmes telle qu’elle s’est passée. Ici, elle a lieu réellement ; c’est une vérité certaine, et il ne faut pas aller chercher notre Seigneur ailleurs, bien loin de nous. Nous le savons, en effet, tant que la matière du pain n’est pas consumée par la chaleur naturelle du corps, le bon Jésus est en nous ; par conséquent, approchons-nous de lui. Quand il était en ce monde, le simple contact de ses vêtements guérissait les malades ; pourquoi douter, si nous avons la foi, qu’il ne fasse encore des miracles, quand il nous est si intimement uni ? Pourquoi ne nous donnerait-il pas ce que nous lui demandons, puisqu’il est dans notre propre maison ?

    Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582)

     

     

     

  • « Vous ferez cela en mémoire de moi. » (1Co 11,25)

    L’eucharistie est le mémorial de la Pâque du Christ, l’actualisation et l’offrande sacramentelle de son unique sacrifice, dans la liturgie de l’Église qui est son Corps. Dans toutes les prières eucharistiques nous trouvons, après les paroles de l’institution, une prière appelée anamnèse ou mémorial. Dans le sens de l’Écriture Sainte le mémorial n’est pas seulement le souvenir des événements du passé, mais la proclamation des merveilles que Dieu a accomplies pour les hommes. Dans la célébration liturgique de ces événements, ils deviennent d’une certaine façon présents et actuels. C’est de cette manière qu’Israël comprend sa libération d’Égypte : chaque fois qu’est célébrée la Pâque, les événements de l’Exode sont rendus présents à la mémoire des croyants afin qu’ils y conforment leur vie (Ex 13,3.8).

    Le mémorial reçoit un sens nouveau dans le Nouveau Testament. Quand l’Église célèbre l’eucharistie, elle fait mémoire de la Pâque du Christ, et celle-ci devient présente : le sacrifice que le Christ a offert une fois pour toutes sur la croix demeure toujours actuel : « Toutes les fois que le sacrifice de la croix par lequel le Christ notre Pâque a été immolé se célèbre sur l’autel, l’œuvre de notre rédemption s’opère » (Vatican II, LG 63).

    Parce qu’elle est mémorial de la Pâque du Christ, l’eucharistie est aussi un sacrifice. Le caractère sacrificiel de l’eucharistie est manifesté dans les paroles mêmes de l’institution : « Ceci est mon corps qui va être donné pour vous » et « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui va être versé pour vous » (Lc 22,19-20). Dans l’eucharistie le Christ donne ce corps même qu’il a livré pour nous sur la croix, le sang même qu’il a « répandu pour une multitude en rémission des péchés » (Mt 26,28). L’eucharistie est donc un sacrifice parce qu’elle ‘représente’ (rend présent) le sacrifice de la croix, parce qu’elle en est le ‘mémorial’ et parce qu’elle en ‘applique’ le fruit.

    Catéchisme de l’Église catholique