
Il faut considérer que, lorsqu’on dit que l’Esprit Saint est envoyé, ce n’est pas qu’il change de lieu, puisqu’il remplit le monde entier, comme le dit le livre de la Sagesse (cf. Sg 1, 7), mais qu’il commence à habiter d’une manière nouvelle, par la grâce, en ceux dont il fait le temple de Dieu : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? »(1Co 3, 16).
Et il n’est pas contradictoire de dire qu’il est envoyé et qu’il vient, car dire de lui qu’il vient, nous fait voir manifestement la majesté de sa divinité, lui qui « opère » « comme il le veut » (1Co 12,6 et 11), et dire qu’il est envoyé, montre qu’il procède d’un autre. En effet le fait de sanctifier la créature rationnelle en habitant en elle, il le tient d’un autre, de qui il tient l’être, comme le Fils tient d’un autre tout ce qu’il opère.
Remarquons aussi que la mission de l’Esprit Saint vient du Père et du Fils conjointement, comme l’exprime l’Apocalypse : « L’Ange me montra un fleuve d’eau de la vie – c’est-à-dire l’Esprit Saint – procédant du trône de Dieu et de l’Agneau -c’est-à-dire du Christ. » (Ap 22, 1) Voilà pourquoi, pour la mission de l’Esprit Saint, il est fait mention du Père et du Fils par lesquels, en vertu d’une même et égale puissance, il est envoyé. Aussi le Christ présente-t-il parfois le Père comme celui qui envoie, mais cependant pas sans le Fils « le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom » (Jn 14, 26) et parfois il se présente lui-même comme celui qui envoie, mais pas sans le Père : « que moi, je vous enverrai d’auprès du Père », parce que tout ce qu’opère le Fils, il le tient du père : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même. » (Jn 5, 19).
Une fois ressuscité, le Christ, qui avait « remis l’esprit » sur la croix (Jn 19,30) comme Fils de l’homme et Agneau de Dieu, va vers les apôtres pour « souffler sur eux » (Jn 20,22)… La venue du Seigneur remplit de joie ceux qui sont présents : « leur tristesse se change en joie » (cf Jn 16,20), comme il l’avait déjà promis lui-même avant sa Passion. Et surtout l’annonce essentielle du discours d’adieu se réalise : le Christ ressuscité, comme inaugurant une création nouvelle, porte l’Esprit Saint aux apôtres. Il le leur porte au prix de son « départ », il leur donne cet Esprit en quelque sorte à travers les plaies de sa crucifixion : « Il leur montra ses mains et son côté » (Jn 20,20). C’est en vertu de cette crucifixion qu’il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » (v. 22).
Un lien étroit s’établit ainsi entre l’envoi du Fils et celui de l’Esprit Saint. L’envoi de l’Esprit Saint (après le péché originel) ne peut avoir lieu sans la croix et la résurrection : « Si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous » (Jn 16,7). Un lien étroit s’établit aussi entre la mission de l’Esprit Saint et celle du Fils dans la rédemption. La mission du Fils, en un sens, trouve son achèvement dans la rédemption ; la mission de l’Esprit Saint découle de la rédemption : « C’est de mon bien qu’il reçoit et il vous le dévoilera » (Jn 16,15). La rédemption est accomplie pleinement par le Fils comme l’Oint qui est venu et a agi par la puissance de l’Esprit Saint, s’offrant lui-même à la fin en sacrifice suprême sur le bois de la croix. Et cette rédemption est aussi accomplie continuellement dans les cœurs et les consciences des hommes — dans l’histoire du monde — par l’Esprit Saint qui est l’« autre Défenseur » (Jn 14,16).
« Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge. Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne et la posèrent sur sa tête » (Mt 27,28-29). C’est comme roi que le Christ est revêtu d’une tunique rouge et en tant que prince des martyrs…, parce qu’il resplendit de son sang sacré comme d’une écarlate précieuse. C’est en tant que vainqueur qu’il reçoit la couronne, car c’est normalement au vainqueur qu’on décerne une couronne… Mais nous pouvons remarquer que la tunique pourpre est aussi le symbole de l’Église qui, demeurant dans le Christ roi, brille d’une gloire royale. D’où le titre de « race royale » que lui donne Jean dans l’Apocalypse (1,6)… En effet, l’étoffe pourpre est une chose précieuse et royale. Bien qu’elle soit un produit naturel, elle change de qualité lorsqu’on la plonge dans le bain de la teinture, et elle change d’aspect… Sans valeur par elle-même, sa transformation en fait un produit précieux. Il en va ainsi de nous-mêmes : sans valeur par nous-mêmes, la grâce nous transforme et nous donne du prix, quand [à notre baptême] nous sommes plongés par trois fois, comme l’étoffe de pourpre, dans l’écarlate spirituelle, le mystère de la Trinité…
Nous pouvons encore remarquer que le manteau rouge est aussi le symbole de la gloire des martyrs, puisque, teints de leur propre sang répandu, ornés du sang du martyre, ils brillent dans le Christ comme une tunique écarlate précieuse. Autrefois, la Loi prescrivait d’offrir des étoffes écarlates pour orner le tabernacle de Dieu (Ex 25,4) ; les martyrs, de fait, sont l’ornement de l’Église du Christ…
La couronne d’épines qu’on a mise sur la tête du Seigneur est le symbole de notre rassemblement, à nous qui, des nations, sommes venus à la foi. Nous n’étions alors que des épines, c’est-à-dire des pécheurs ; mais, en croyant au Christ, nous sommes devenus une couronne de justice, parce que nous avons cessé de piquer ou de blesser le Sauveur, et nous couronnons sa tête de la confession de notre foi… Oui, jadis nous étions des épines, mais… nous sommes devenus des pierres précieuses.
Qu’ils sont heureux et bénis, ceux qui aiment Dieu et qui pratiquent ce que le Seigneur lui-même dit dans l’Évangile : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme, et ton prochain comme toi-même ». Aimons donc Dieu et adorons-le d’un cœur et d’un esprit purs…
Puis, aimons notre prochain comme nous-mêmes. Et si quelqu’un ne veut pas ou ne peut pas aimer son prochain comme lui-même, qu’au moins il n’aille pas lui faire de mal, mais qu’il lui fasse du bien. Ceux qui ont été investis du pouvoir de juger autrui, qu’ils exercent leur charge de juge avec miséricorde, comme ils voudraient obtenir eux-mêmes miséricorde du Seigneur… Ayons donc charité et humilité : faisons des aumônes, car elles lavent les âmes des souillures de leurs péchés. En effet, tout ce que les hommes doivent laisser en quittant ce monde est à jamais perdu pour eux, tandis qu’ils emportent avec eux le prix de leur charité et les aumônes qu’ils auront faites : ils en recevront de Dieu la récompense et une juste rémunération…
Tous ceux et toutes celles qui agiront ainsi et qui persévèreront jusqu’à la fin, l’Esprit du Seigneur reposera sur eux et fera en eux son habitation et sa demeure, et ils seront les fils du Père céleste dont ils font les œuvres ; et ils sont époux, frères et mères de notre Seigneur Jésus Christ… Oh, qu’il est glorieux et saint et grand d’avoir un Père dans les cieux ! Qu’il est saint et beau, magnifique et admirable d’avoir dans les cieux un Époux ! Que c’est une chose sainte…et humble, apaisante et douce, aimable et désirable plus que tout, d’avoir un tel frère et un tel fils, qui a donné sa vie pour ses brebis, et qui a prié son Père pour nous en disant : « Père saint, garde en ton nom ceux que tu m’as donnés…; je veux, Père, que là où je suis, eux aussi soient avec moi, pour qu’ils voient ma splendeur dans ton royaume. »
(Références bibliques : Mt 22,37-39; Lc 6,37; Is 11,2; Jn 14,23; Mt 5,45; Mt 12,50; Jn 10,15; Jn 17,6-24)
Saint François affirmait : « Contre toutes les machinations et les ruses de l’ennemi, ma meilleure défense c’est encore l’esprit de joie. Le diable n’est jamais si content que lorsqu’il a pu ravir à un serviteur de Dieu la joie de son âme. Il a toujours une réserve de poussière qu’il souffle dans la conscience par quelque soupirail, afin de rendre opaque ce qui est pur ; mais dans un cœur gonflé de joie, c’est en vain qu’il essaie d’introduire son poison mortel. Les démons ne peuvent rien contre un serviteur du Christ qu’ils trouvent plein de sainte allégresse ; tandis qu’une âme chagrine, morose et déprimée se laisse facilement submerger par la tristesse ou accaparer par de faux plaisirs. »
Voilà pourquoi lui-même s’efforçait de garder toujours le cœur joyeux, de conserver cette huile d’allégresse dont son âme avait reçu l’onction (Ps 44,8). Il avait grand soin d’éviter la tristesse, la pire des maladies, et quand il sentait qu’elle commençait à filtrer dans son âme, il avait aussitôt recours à la prière. « Au premier trouble, disait-il, le serviteur de Dieu doit se lever, se mettre en prière et demeurer face au Père tant que ce dernier ne lui aura pas fait retrouver la joie de celui qui est sauvé » (Ps 50,14)…
De mes propres yeux, je l’ai parfois vu ramasser à terre un morceau de bois, le poser sur son bras gauche et le racler d’une baguette tendue comme s’il promenait un archet sur la viole ; il mimait ainsi l’accompagnement des louanges qu’il chantait au Seigneur en français.
La renommée de votre sainte conduite et de votre vie irréprochable est parvenue jusqu’à moi ; elle est d’ailleurs répandue partout sur la surface de la terre. J’en suis transportée de joie et d’allégresse dans le Seigneur, comme le sont aussi tous ceux qui servent ou désirent servir Jésus-Christ. Alors que vous auriez pu jouir de toutes les flatteries et de tous les honneurs du monde, et accéder même à la plus haute gloire en devenant l’épouse légitime de l’illustre empereur, union qui convenait à sa majesté et à la vôtre, vous avez renoncé à tout et vous avez opté, de tout l’élan de votre âme et de votre cœur, pour la très sainte pauvreté et pour le dénuement ; vous avez choisi un époux de race plus noble encore : notre Seigneur Jésus-Christ, qui gardera pure et intacte votre virginité. En l’aimant, vous resterez chaste ; ses caresses vous rendent plus pure encore ; sa possession consacre votre virginité. Sa puissance surpasse toute autre, son lignage est le plus doux qui soit, sa grâce la plus parfaite. Vous êtes désormais vouée à son étreinte, lui qui a orné votre poitrine de pierres précieuses, et suspendu à vos oreilles des diamants inestimables, lui qui vous a revêtue de joyaux étincelants comme le printemps, et qui a posé sur votre tête une couronne d’or aux armes de la sainteté.
Nous pourrions jouir d’une grande paix si nous ne voulions pas nous mêler de ce que disent et de ce que font les autres, et de ce qui ne nous regarde pas. Comment demeurer longtemps en paix quand on se mêle des affaires d’autrui, quand on cherche des occupations au-dehors, quand on ne se recueille que très peu ou très rarement ? Bienheureux les simples, parce qu’ils possèderont une grande paix ! Pourquoi certains saints ont-ils été si parfaits et contemplatifs ? Parce qu’ils se sont appliqués à faire mourir tous leurs désirs terrestres ; ainsi, ils ont pu s’attacher à Dieu de tout leur cœur, et vaquer librement à leur vie spirituelle. Mais nous sommes trop envahis par nos désirs ; nous nous soucions trop de ce qui passe… Il est rare que nous venions à bout d’un seul défaut ; le souci du progrès quotidien ne nous enflamme pas, et ainsi, nous restons froids ou tièdes.
Si nous étions parfaitement morts à nous-mêmes, sans nos préoccupations intérieures, nous aussi nous pourrions goûter les choses divines, avoir quelque expérience de contemplation. Le plus grand obstacle, l’unique obstacle, c’est que nous sommes trop attachés à nos passions et nos désirs pour entrer dans la voie parfaite des saints. Quand il nous arrive la moindre contrariété, nous nous laissons trop vite abattre et nous nous tournons vers les consolations humaines. Si nous nous efforcions, comme des hommes vaillants, de tenir ferme dans le combat, nous recevrions certainement le secours de Dieu car il est toujours prêt à aider ceux qui luttent en comptant sur sa grâce… Oh ! Si tu savais quelle paix viendrait ainsi en toi, quelle joie rayonnerait sur les autres, combien serais-tu plus soucieux de ton avancement spirituel.
« Mon Père l’aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure. » Songez-y, frères très aimés, quelle fête que de recevoir Dieu dans la demeure de notre cœur ! Si un ami riche et puissant voulait entrer chez vous, la maison entière serait évidemment nettoyée, pour que rien ne puisse choquer son regard lorsqu’il entrerait. Que celui qui prépare pour Dieu la demeure de son âme nettoie les saletés de ses mauvaises actions.
Remarquez bien ce que dit la Vérité : « Nous viendrons et nous ferons chez lui notre demeure ». Car il peut passer dans le cœur de certains sans y faire sa demeure. Quand ils ont du remords, ils voient bien le regard de Dieu ; mais quand vient la tentation, ils oublient l’objet de leur repentir précédent et retombent dans leurs péchés, comme s’ils ne les avaient jamais pleurés. Au contraire, dans le cœur de celui qui aime véritablement Dieu, qui observe ses commandements, le Seigneur vient et établit sa demeure, car l’amour de Dieu le remplit tellement qu’il ne s’écarte pas de cet amour au moment de la tentation. C’est donc celui dont l’âme n’accepte pas d’être dominée par un plaisir mauvais qui aime véritablement Dieu… D’où cette précision : « Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles ». Examinez-vous soigneusement vous-mêmes, frères très aimés ; demandez-vous si vous aimez vraiment Dieu. Mais ne vous fiez pas à la réponse de votre cœur sans la comparer à vos actes.
« Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres »… Celui qui écoute ce commandement, ou plutôt qui y obéit, est renouvelé non par n’importe quel amour mais par celui que le Seigneur a précisé en ajoutant, afin de le distinguer de l’affection purement naturelle : « Comme je vous ai aimés »… « Tous les membres du corps ont souci les uns des autres. Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est à l’honneur, tous les membres se réjouissent avec lui » (1Co 12,25-26). Ils entendent, en effet, et ils observent cette parole : « Je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres », non pas comme font les débauchés, ni ceux qui s’aiment simplement parce qu’ils ont une même nature, mais comme s’aiment ceux qui sont tous « des dieux » (Jn 10,35) et « les fils du Très-Haut » (Lc 6,35), pour devenir ainsi les frères de son Fils unique. Ceux-là s’aiment les uns les autres parce que lui-même les a aimés, pour les conduire à la fin qui les comblera, là où leur désir pourra se rassasier de tous les biens. En effet, tous les désirs seront comblés lorsque Dieu sera « tout en tous » (1Co 15,28)…
Celui qui aime son prochain d’un amour pur et spirituel, qu’aimera-t-il en lui si ce n’est Dieu ? C’est cet amour que le Seigneur veut séparer de l’affection purement naturelle lorsqu’il ajoute : « Comme je vous ai aimés ». Qu’est-ce qu’il a aimé en nous, si ce n’est Dieu ? Non pas Dieu tel que nous le possédons déjà mais tel qu’il veut que nous le possédions là où « Dieu sera tout en tous ». Le médecin aime ses malades à cause de la santé qu’il veut leur donner, non à cause de la maladie. « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » C’est pour cela qu’il nous a aimés : afin qu’à notre tour nous nous aimions les uns les autres.