Auteur/autrice : fred

  • « Que votre ‘oui’ soit ‘oui’ », comme celui de Marie

    Mon Dieu sait bien que je ne peux espérer qu’en sa miséricorde, et puisque je ne peux pas nier ce que j’ai été, je n’ai d’autre remède que de m’en remettre à elle, de me fier aux mérites de son Fils et de la Vierge, sa mère, dont je porte indignement l’habit que vous portez aussi. Louez-le, mes filles, d’être vraiment les filles de cette Souveraine ; vous n’avez pas à rougir de ma misère, puisqu’en elle vous avez une si bonne mère. Imitez-la, considérez quelle doit être la grandeur de cette Dame, et quel bonheur nous avons de l’avoir pour patronne. (…) Mais je vous avertis d’une chose : bien que filles d’une telle mère, ne soyez pas sûres de vous ; ne vous prévalez de rien ! (…)

    Nous qui portons l’habit d’un ordre religieux, et qui l’avons pris volontairement, nous qui avons tout quitté pour Dieu, nous croyons déjà avoir tout accompli. C’est vrai que, même s’il ne s’agit que des filets de St Pierre, celui qui donne ce qu’il a donne beaucoup. C’est déjà beaucoup, mais pourvu que nous persévérions, que nous ne retournions pas nous fourrer à nouveau dans nos anciennes affaires. Sans aucun doute, si nous persévérons dans ce dépouillement et cet abandon de tout, nous atteindrons notre but. Mais ce sera à une condition ; je vous prie de bien la considérer : regardez-vous comme des serviteurs inutiles, selon l’expression de St Paul ou du Christ lui-même (Lc 12,48). Croyez que rien n’oblige Notre Seigneur à vous faire une telle faveur ; votre dette est d’autant plus forte que vous avez plus reçu.

    Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582)

     

     

     

  • Non plus serviteurs, mais amis (Jn 15,15)

    La Loi a été promulguée d’abord pour des esclaves, afin d’éduquer l’âme par les choses extérieures et corporelles, en l’amenant en quelque sorte comme par une chaîne à la docilité aux commandements, afin que l’homme apprenne à obéir à Dieu. Mais le Verbe de Dieu a libéré l’âme ; il lui a enseigné à purifier librement, d’une manière volontaire, le corps aussi. Dès lors, il fallait que soient enlevées les chaînes de la servitude grâce auxquelles l’homme avait pu se former, et que désormais il suive Dieu sans chaînes. Mais en même temps que les préceptes de la liberté étaient étendus, il fallait renforcer la soumission au Roi, afin que personne ne revienne en arrière et ne se montre indigne de son Libérateur. (…)

    C’est pourquoi le Seigneur nous a donné pour mot d’ordre, au lieu de ne pas commettre d’adultère, de ne pas même convoiter ; au lieu de ne pas tuer, de ne pas même nous mettre en colère ; au lieu de payer simplement la dîme, de distribuer tous nos biens aux pauvres ; d’aimer non seulement nos proches, mais aussi nos ennemis ; de ne pas seulement être « généreux et prompts à partager » (1Tm 6,18), mais encore de donner gracieusement nos biens à ceux qui nous les prennent…

    Notre Seigneur, donc, la Parole de Dieu, a d’abord engagé les hommes dans une servitude à l’égard de Dieu et a ensuite libéré ceux qui lui étaient soumis. Comme il le dit lui-même à ses disciples : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. Maintenant je vous appelle mes amis, parce que tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15,15). (…) En faisant de ses disciples les amis de Dieu, il montre clairement qu’il est le Verbe, la Parole de Dieu. Car c’est pour avoir suivi son appel spontanément et sans chaînes, dans la générosité de sa foi, qu’Abraham était devenu « ami de Dieu » (Jc 2,23 ;Is 41,8).

    Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208)

     

     

  • « Va te réconcilier avec ton frère. » (Mt 5,24)

    Le Seigneur dans l’Évangile ordonne de laisser l’offrande près de l’autel et d’aller se réconcilier avec son frère (cf. Mt 5,23-24). Sinon, il est impossible que l’offrande soit acceptée si nous sommes en proie à la colère et à la rancune. D’autre part, l’Apôtre dit de prier sans cesse (cf. 1 Th 5,17) et de lever en tout lieu des mains pures, sans colère et sans pensées mauvaises (cf. 1 Tm 2,8) ; c’est une leçon pour nous. Il nous reste donc soit à ne jamais prier – mais alors nous péchons contre le commandement de l’Apôtre –, soit à nous empresser de garder ce commandement et à le faire alors sans colère ni rancune.

    Il arrive souvent que nous méprisons des frères peinés ou troublés, disant que leur tristesse ne vient pas de notre faute. C’est pourquoi le médecin des âmes, voulant arracher du cœur jusqu’à leur racine les prétextes de l’âme, nous ordonne de laisser l’offrande et d’aller nous réconcilier non seulement s’il se trouve que nous sommes fâchés contre le frère, mais aussi si lui-même est fâché contre nous, à juste titre ou à tort. Il faut d’abord remédier à cela par des excuses et ensuite présenter l’offrande.

    Mais pourquoi nous arrêter plus longtemps aux préceptes évangéliques, alors que même la loi ancienne, qui semble avoir moins de rigueur, enseigne cela quand elle dit : « Ne hais pas ton frère dans ton cœur » (Lv 19,17), et encore : « Les chemins de celui qui garde rancune vont à la mort » (Pr 12,28 LXX). La loi interdit là non seulement l’acte, mais la pensée.

    C’est pourquoi il faut que ceux qui suivent les lois divines luttent de toutes leurs forces contre l’esprit de colère et contre cette maladie qui siège au-dedans de nous. […] L’essentiel de notre progrès et de notre paix ne saurait venir de la patience du prochain à notre égard, mais de notre propre longanimité envers le prochain.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

     

  • « Je ne suis pas venu abolir mais accomplir. »

    Ma visite [à cette synagogue] aujourd’hui veut être une contribution décisive à la consolidation des bons rapports entre nos deux communautés… Parmi les multiples richesses de la déclaration du concile Vatican II « Nostra aetate » (…), le premier est que l’Église du Christ découvre son lien avec le judaïsme « en scrutant son propre mystère ». La religion juive ne nous est pas extrinsèque mais, d’une certaine manière, elle est intrinsèque à notre religion. Nous avons donc envers elle des rapports que nous n’avons avec aucune autre religion. Vous êtes nos frères préférés et, d’une certaine manière, on pourrait dire nos frères aînés. (…)

    La route que nous avons commencée n’est encore qu’à ses débuts : il faudra encore pas mal de temps (…) pour supprimer toute forme, même inconsciente, de préjugé (…)et pour présenter (…) le vrai visage des juifs et du judaïsme, comme aussi des chrétiens et du christianisme. (…) Il n’échappe à personne que la divergence fondamentale depuis les origines est notre adhésion, à nous chrétiens, à la personne et à l’enseignement de Jésus de Nazareth, fils de votre peuple, dont sont issus aussi la Vierge Marie, les apôtres, « fondements et colonnes de l’Église » (cf. Ga 2,9), et la majorité des membres de la première communauté chrétienne. (…) Il faut dire ensuite que les voies ouvertes à notre collaboration, à la lumière de l’héritage commun tiré de la Loi et des prophètes sont diverses et importantes (…) : avant tout une collaboration en faveur de l’homme (…), de sa dignité, de sa liberté, de ses droits, dans une société (…) où règne la justice et où (…) ce soit la paix qui règne, ce shalom souhaité par les législateurs, par les prophètes et par les sages d’Israël. (…)

    De ma visite, et de la concorde et de la sérénité auxquelles nous sommes arrivés, que naisse, comme le fleuve qu’Ézéchiel a vu sortir de la porte orientale du Temple de Jérusalem (Ez 47,1s), une source fraîche et bienfaisante qui aide à guérir les plaies dont souffre notre ville de Rome. En faisant cela, nous serons fidèles à nos engagements respectifs les plus sacrés mais aussi à ce qui nous unit et nous rassemble le plus profondément : la foi en un seul Dieu qui « aime l’étranger » et « rend justice à l’orphelin et à la veuve », nous efforçant de les aimer et de les secourir (Dt 10,18; Lv 19,18.34). Les chrétiens ont appris cette volonté du Seigneur de la Torah, que vous vénérez ici, et de Jésus qui a porté jusqu’à ses extrêmes conséquences l’amour demandé par la Torah.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

  • « Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche. »

    C’est à vous, jeunes gens et jeunes filles du monde entier, que le Concile veut adresser son dernier message. Car c’est vous qui allez recueillir le flambeau des mains de vos aînés et vivre dans le monde au moment des plus gigantesques transformations de son histoire. C’est vous qui, recueillant le meilleur de l’exemple et de l’enseignement de vos parents et de vos maîtres, allez former la société de demain : vous vous sauverez ou vous périrez avec elle.

    L’Église, quatre années durant, vient de travailler à rajeunir son visage pour mieux répondre au dessein de son Fondateur, le grand Vivant, le Christ éternellement jeune. Et au terme de cette imposante « révision de vie », elle se tourne vers vous. C’est pour vous, les jeunes, pour vous surtout qu’elle vient, par son Concile, d’allumer une lumière : lumière qui éclaire l’avenir, votre avenir.

    L’Église est soucieuse que cette société que vous allez constituer respecte la dignité, la liberté, le droit des personnes ; et ces personnes, ce sont les vôtres. Elle est soucieuse surtout que cette société laisse s’épanouir son trésor toujours ancien et toujours nouveau : la foi, et que vos âmes puissent baigner librement dans ses clartés bienfaisantes. Elle a confiance que vous trouverez une telle force et une telle joie que vous ne serez pas même tentés, comme certains de vos aînés, de céder à la séduction des philosophies de l’égoïsme et du plaisir ou à celles du désespoir et du néant ; et qu’en face de l’athéisme, phénomène de lassitude et de vieillesse, vous saurez affirmer votre foi dans la vie et dans ce qui donne un sens à la vie : la certitude de l’existence d’un Dieu juste et bon.

    Concile Vatican II

     

     

     

  • De la douceur et de l’absence de colère

    Si c’est la marque de la suprême douceur que de garder un cœur plein de sérénité et de charité à l’égard de celui qui nous a offensés en sa présence même, c’est certainement la marque de la colère que de continuer à se battre et à s’emporter en paroles et en gestes contre celui qui nous a contrariés, en son absence et quand nous sommes seuls. Le commencement de cette victoire sur la colère est le silence des lèvres quand le cœur est agité ; le progrès en est marqué par le silence des pensées devant un simple trouble de l’âme ; et la perfection en est la sérénité imperturbable de l’âme sous le souffle des vents impurs.

    La douceur est un état immobile de l’âme qui reste égale à elle-même aussi bien dans les humiliations que devant les louanges. Si l’Esprit Saint est nommé la paix de l’âme, et l’est en effet, et si la colère est appelée le trouble du cœur, et l’est aussi, rien ne s’oppose autant à la venue en nous du premier que la colère.

    Saint Jean Climaque (v. 575-v. 650)

     

     

     

  • Pentecôte

     

     

    L’homme n’est rien pour lui-même, mais il est beaucoup avec l’Esprit Saint. L’homme est tout terrestre et tout animal ; il n’y a que l’Esprit Saint qui puisse élever son âme et le porter en haut.

    Comme ces lunettes qui grossissent les objets, le Saint-Esprit nous fait voir le bien et le mal en grand. Avec le Saint-Esprit, on voit tout en grand : on voit la grandeur des moindres actions faites pour Dieu, et la grandeur des moindres fautes. Comme un horloger avec ses lunettes distinguent les plus petits rouages d’une montre, avec les lumières du Saint-Esprit nous distinguons tous les détails de notre pauvre vie.

    Sans le Saint-Esprit, tout est froid : aussi lorsqu’on sent que la ferveur se perd, il faut vite faire une neuvaine au Saint-Esprit pour demander la foi et l’amour !

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

     

     

     

     

  • Dieu ne conduit pas toutes les âmes par un même chemin.

    Dieu ne conduit pas toutes les âmes par un même chemin. Celui qui croit marcher par la voie la plus humble est peut-être le plus élevé aux yeux du Seigneur. Ainsi, parce que dans ce monastère toutes s’adonnent à l’oraison, il ne s’ensuit pas que toutes doivent être contemplatives. C’est impossible, et l’ignorance de cette vérité pourrait jeter dans la désolation celles qui ne le sont pas. (…)

    J’ai passé plus de quatorze ans sans même pouvoir méditer, si ce n’est en lisant, et il doit y avoir bien des personnes dans ce cas. D’autres sont impuissantes à méditer, même à l’aide d’un livre. Elles ne sont capables que de prier vocalement : cela les fixe davantage. (…) Il y a bien des personnes semblables. Mais si elles sont humbles, je crois qu’en fin de compte elles ne seront pas les moins bien loties : elles iront de pair avec les âmes inondées de consolations. D’une certaine manière, leur voie est même plus sûre, car nous ignorons si ces consolations viennent de Dieu ou si le démon en est l’auteur…

    Ces personnes qui n’ont pas de consolations marchent dans l’humilité, craignant toujours qu’il y ait de leur faute, et elles ont un soin continuel de s’avancer. Si elles voient d’autres verser une larme, aussitôt il leur semble que, si elles n’en répandent pas, c’est le signe qu’elles sont bien en retard dans le service de Dieu, alors que peut-être devancent-elles les autres de beaucoup. En effet, les larmes, quoique bonnes, ne sont pas toutes parfaites, et il y a toujours plus de sécurité dans l’humilité, la mortification, le détachement et les autres vertus. Ainsi ne craignez rien, et dites-vous que vous ne manquerez pas d’arriver à la perfection, aussi bien que les grands contemplatifs.

    Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582)

     

     

     

  • « Sois le pasteur de mes brebis. »

    L’évêque de Rome est l’évêque de l’église qui demeure marquée par le martyre de Pierre et par celui de Paul… L’évangile de Matthieu décrit et précise la mission pastorale de Pierre dans l’Église… : « Je te dis : tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église… » (16,18). Luc fait ressortir que le Christ recommande à Pierre d’affermir ses frères, mais qu’il lui montre en même temps sa faiblesse humaine et son besoin de conversion (22,32). C’est comme si, à partir de la faiblesse humaine de Pierre, il devenait pleinement manifeste que son ministère spécifique dans l’Église est entièrement l’effet de la grâce…

    Pierre, aussitôt après son investiture, est réprimandé avec une rare sévérité par le Christ qui lui dit : « Tu me fais obstacle » (Mt 16,23). Comment ne pas voir dans la miséricorde dont Pierre a besoin un lien avec le ministère de cette même miséricorde dont il fait l’expérience le premier ?… L’évangile de Jean souligne aussi que Pierre reçoit la charge de paître le troupeau en réponse à une triple profession d’amour qui correspond à son triple reniement… Quant à Paul, il peut conclure la description de son ministère par l’affirmation bouleversante qu’il lui a été donné de recueillir des lèvres du Seigneur : « Ma grâce te suffit ; car la puissance se déploie dans la faiblesse », et il peut s’écrier ensuite : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2Co 12,9-10)…

    Héritier de la mission de Pierre…, l’évêque de Rome exerce un ministère qui a son origine dans les multiples formes de la miséricorde de Dieu, miséricorde qui convertit les cœurs et communique la force de la grâce, là même où le disciple connaît le goût amer de sa faiblesse et de sa misère. L’autorité propre de ce ministère est toute au service du dessein miséricordieux de Dieu et il faut toujours la considérer dans cette perspective. Son pouvoir s’explique dans ce sens. Se fondant sur la triple profession d’amour de Pierre qui correspond à son triple reniement, son successeur sait qu’il doit être signe de miséricorde. Son ministère est un ministère de miséricorde, procédant d’un acte de miséricorde du Christ. Il faut sans cesse relire toute cette leçon de l’Évangile, afin que l’exercice du ministère pétrinien ne perde rien de son authenticité et de sa transparence.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

  • « Pour qu’ils aient en eux l’amour dont tu m’as aimé et que moi, aussi, je sois en eux »

    Notre Sauveur a fait à son Père cette prière pour ses disciples : « Que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et eux en nous » ; et encore : « Que tous soient un ; comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous ». Cette prière se réalisera pleinement en nous lorsque l’amour parfait dont « Dieu nous aima le premier » (1Jn 4,10) sera passé dans le mouvement même de notre cœur selon l’accomplissement de cette prière du Seigneur…

    Cela se fera lorsque tout notre amour, tout notre désir, tout notre effort, toute notre recherche, toute notre pensée, tout ce que nous vivons et dont nous parlons, tout ce que nous respirons ne sera que Dieu ; lorsque l’unité présente du Père avec le Fils et du Fils avec le Père sera passée dans notre âme et dans notre cœur — c’est-à-dire quand, imitant la charité vraie, pure et indestructible dont il nous aime, nous lui serons unis nous aussi par une charité continuelle et inaltérable, tellement attachés à lui que toute notre respiration, toute notre pensée, tout notre langage, ne seront que lui. Ainsi parviendrons-nous à la fin… que le Seigneur dans sa prière souhaitait voir s’accomplir en nous : « Que tous soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, afin que leur unité soit parfaite », et « Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient aussi avec moi ».

    C’est à cela qu’est destiné celui qui prie dans la solitude, vers cela qu’il doit porter tout son effort : avoir la grâce de posséder, dès cette vie, l’image de la béatitude future et comme un avant-goût, dans son corps mortel, de la vie et de la gloire du ciel.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)