Auteur/autrice : fred

  • « Jonas est resté dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits ; de même le Fils de l’homme restera au cœur de la terre trois jours et trois nuits. » (Mt 12,40)

    Pour se consacrer à un art, pour approfondir une science, l’esprit a besoin de solitude et d’isolement ; il a besoin de recueillement et de silence. Mais pour l’âme enamourée de Dieu, pour l’âme qui ne voit plus d’autre art ni d’autre science que la vie de Jésus, pour l’âme qui a trouvé dans la terre le trésor caché (Mt 13,44), le silence ne suffit pas, ni le recueillement dans la solitude. Il lui faut se cacher de tous, il lui faut se cacher avec le Christ, chercher un coin de la terre où les regards profanes du monde n’arrivent pas, et là, se tenir seule avec son Dieu. Le secret du Roi (Tb 12,7) se gâte et perd son éclat en se dévoilant. C’est ce secret du Roi qu’il faut cacher pour que personne ne le voie, ce secret que beaucoup croiront être fait de communications divines et de consolations surnaturelles ; ce secret du Roi, que nous envions aux saints, se réduit souvent à une croix.

    Ne mettons pas la lumière sous le boisseau, nous dit Jésus (Mt 5,15)… Proclamons aux quatre vents notre foi, remplissons le monde de cris d’enthousiasme pour un Dieu si bon, ne nous lassons pas de prêcher son Évangile et de dire à tous ceux qui veulent nous entendre que le Christ est mort aimant, cloué sur le bois, qu’il est mort pour moi, pour toi, pour celui-là. Si nous l’aimons vraiment, ne le cachons pas ; ne mettons pas la lumière qui peut éclairer les autres sous le boisseau.

    Mais par contre, Jésus béni, portons intérieurement, et sans que personne ne soit au courant, ce secret divin, ce secret que tu confies aux âmes qui t’aiment le plus, cette particule de ta croix, de ta soif, de tes épines. Cachons dans le coin le plus reculé de la terre nos larmes, nos peines et nos chagrins ; ne remplissons pas le monde de tristes gémissements, ni ne faisons parvenir à personne la plus petite part de nos afflictions… Cachons-nous avec le Christ, pour le rendre participant, lui seul, à ce qui, à bien regarder, est seulement son affaire : le secret de la croix. Apprenons une fois pour toutes, en méditant sa vie, sa Passion et sa mort, qu’il n’y a qu’un seul chemin pour parvenir à lui : le chemin de sa sainte croix.

    Saint Raphaël Arnáiz Barón

     

     

     

  • L’amour de Dieu est infini

    À présent, il y a si peu de foi dans le monde que l’on espère trop, ou que l’on désespère.

    Il y en a qui disent : « J’ai trop fait de mal, le Bon Dieu ne peut pas me pardonner. » Mes enfants, c’est un gros blasphème ; c’est mettre une borne à la Miséricorde de Dieu et elle n’en a point : elle est infinie. Vous auriez fait autant de mal qu’il en faut pour perdre une paroisse, si vous vous confessez, si vous êtes fâché d’avoir fait ce mal et que vous ne vouliez plus le refaire, le Bon Dieu vous l’a pardonné.

    Notre Seigneur est comme une mère qui porte son enfant sur ses bras. Cet enfant est méchant : il donne des coups de pieds à sa mère, il la mord, il l’égratigne ; mais la mère n’y fait pas seulement attention ; elle sait que si elle le lâche, il tombera, il ne pourra pas marcher seul. (…) Voilà comment est Notre Seigneur (…). Il endure tous nos mauvais traitements ; Il supporte toutes nos arrogances ; Il nous pardonne toutes nos sottises ; Il a pitié de nous malgré nous.

    Le Bon Dieu est aussi prompt à nous accorder notre pardon, quand nous Le lui demandons, qu’une mère est prompte à retirer son enfant du feu.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

     

     

     

  • Au jour du Jugement

    Avec la mesure dont tu te sers pour tout mesurer à ton corps, tu seras en retour mesuré par Dieu (cf. Mt 7,2). Les œuvres des jugements divins se trouvent être les justes rétributions de ce qui a été fait par le corps. (…) Le Christ donne leur juste rétribution aux vivants et aux morts, et aux actions de chacun. (…) La conscience est un vrai maître. Celui qui lui obéit est toujours gardé de tout faux pas. (…) Le Royaume de Dieu est la bonté et la sagesse. Celui qui les a découvertes est citoyen des cieux (cf. Ph 3,20). (…) De terribles jugements attendent les cœurs durs. Car sans de grandes peines, ils n’acceptent pas de s’adoucir. (…) Combats jusqu’à la mort pour les commandements du Christ. Car, purifié par eux, tu entreras dans la vie. (…) Est fils de Dieu celui qui s’est fait semblable à Dieu à travers la bonté de la sagesse, de la puissance et de la justice. (…) Nos paroles, nos œuvres et nos pensées, Dieu nous demandera d’en rendre compte au jour du Jugement. (…) Dieu est éternel, sans fin, sans limites, et il a promis des biens éternels, sans fin, ineffables, à ceux qui l’écoutent

    Thalassius l’Africain

     

     

     

     

  • Le combat de l’âme

    Notre maître et Dieu incarné nous a donné un modèle (cf. 1 P 2,21) de toute vertu, un exemple pour la race des hommes et il nous a fait revenir de l’ancienne chute, en signifiant la vie vertueuse à même sa chair. Il nous a révélé toutes ses œuvres bonnes, et c’est avec elles qu’il est monté au désert après le baptême, et qu’il a commencé là par le jeûne le combat de l’intelligence, quand le diable l’approcha comme un simple homme (cf. Mt 4,3). Par la manière dont il a vaincu, le maître nous a enseigné alors, à nous aussi, les inutiles, comment il nous faut mener la lutte contre les esprits du mal : dans l’humilité, le jeûne, la prière (cf. Mt 17,21), la sobriété et la vigilance. Mais lui-même n’avait nul besoin de ces choses. Car il est Dieu et le Dieu des dieux. (…)

    Celui qui mène le combat intérieur doit à chaque instant avoir ces quatre choses : l’humilité, une attention extrême, la réfutation et la prière. L’humilité, parce que le combat l’oppose aux démons orgueilleux, et afin d’avoir l’aide du Christ à la portée de son cœur, car « le Seigneur hait les orgueilleux » (Pr 3,34 LXX). L’attention, afin de garder toujours son cœur pur de toute pensée, combien même elle paraîtrait bonne. La réfutation, afin de contester tout de suite le malin avec colère. Dès qu’on l’a vu venir. Il est dit : « Je répondrai à ceux qui m’outragent. Mon âme ne sera-t-elle pas soumise à Dieu ? » (Ps 61(62),2 LXX). Enfin la prière, afin de crier vers le Christ en un « gémissement ineffable » (Rm 8,26), aussitôt après la réfutation. Alors celui qui combat verra l’ennemi se dissiper avec l’apparition de son image, comme poussière au vent ou fumée qui s’évanouit, chassée par le nom adorable de Jésus. (…)

    Que l’âme mette donc sa confiance dans le Christ, qu’elle l’invoque et qu’elle n’ait nullement peur. Car elle ne combat pas seule, mais avec le Roi terrible, Jésus Christ, Créateur de tous les êtres, des incorporels et des corporels, c’est-à-dire des visibles et des invisibles.

    Hésychius le Sinaïte

  • « Je suis venu appeler…les pécheurs, pour qu’ils se convertissent. »

    Dieu m’a montré un seigneur assis solennellement dans la paix et le repos ; avec douceur il a envoyé son serviteur accomplir sa volonté. Le serviteur a couru en grande hâte, par amour ; mais voilà qu’il est tombé dans un ravin et s’est blessé gravement. (…) Dans ce serviteur, Dieu m’a montré le mal et l’aveuglement provoqués par la chute d’Adam ; et dans ce même serviteur la sagesse et la bonté du Fils de Dieu. Dans le seigneur, Dieu m’a montré sa compassion et sa pitié pour le malheur d’Adam, et dans ce même seigneur la haute noblesse et la gloire infinie à laquelle l’humanité est élevée par la Passion et la mort du Fils de Dieu. C’est pourquoi notre Seigneur se réjouit beaucoup de sa propre chute [dans ce monde et dans sa Passion], à cause de l’exaltation et de la plénitude de bonheur auxquelles parvient le genre humain, surpassant certainement celui que nous aurions eu si Adam n’était pas tombé. (…)

    Ainsi nous avons une raison de nous affliger, car notre péché est la cause des souffrances du Christ, et nous avons constamment une raison de nous réjouir, car c’est son amour infini qui l’a fait souffrir. (…) S’il arrive que par aveuglement et faiblesse nous tombions, alors relevons-nous promptement, sous le doux toucher de la grâce. De toute notre volonté corrigeons-nous en suivant l’enseignement de la sainte Église, selon la gravité du péché. Avançons vers Dieu dans l’amour ; ne nous laissons jamais aller au désespoir, mais ne soyons pas trop téméraires, comme si cela n’avait pas d’importance. Reconnaissons franchement notre faiblesse, sachant que, à moins que la grâce ne nous garde, nous ne tiendrons pas le temps d’un clin d’œil. (…)

    Il est légitime que notre Seigneur désire que nous nous accusions et que nous reconnaissions, loyalement et en vérité, notre chute et tout le mal qui s’ensuit, conscients que nous ne pourrons jamais les réparer. Il veut en même temps que nous reconnaissions, loyalement et en vérité, l’amour éternel qu’il a pour nous et l’abondance de sa miséricorde. Voir et connaître l’un et l’autre ensemble par sa grâce, voilà l’humble confession que notre Seigneur attend de nous et qui est son œuvre dans notre âme.

    Julienne de Norwich (1342-après 1416)

     

     

     

  • Vivre pour le louer

    Pour chacune de nous, pourvu qu’elle soit saine et valide, le jeûne devrait être perpétuel. Les jeudis ordinaires, le jeûne est laissé au gré de chaque sœur, et celle qui préférerait ne pas jeûner doit être laissée libre. Quant à nous qui nous portons bien, nous jeûnons tous les jours sauf le dimanche et le jour de Noël. Nous ne sommes pas non plus obligées de jeûner durant le temps pascal, ainsi que nous le savons par un billet de saint François, ni aux fêtes de sainte Marie et des saints Apôtres, à moins qu’elles ne tombent un vendredi. Comme je l’ai dit plus haut, nous qui sommes bien portantes et valides, nous nous contentons chaque jour des seuls aliments permis en carême.

    Cependant, nous n’avons pas un corps d’acier ni une solidité de granit ; nous sommes faibles et sujettes aux infirmités de la nature. Aussi je te prie, sœur bien-aimée, de modérer avec sagesse et discernement la rigueur exagérée de ton abstinence dont j’ai eu des échos. Et je te demande dans le Seigneur de vivre pour le louer, de rendre raisonnables les hommages que tu lui rends, et de toujours assaisonner ton sacrifice du sel de la sagesse.

    Je te souhaite une santé aussi bonne que je puis le désirer pour moi-même.

    Sainte Claire d’Assise (1193-1252)

     

     

     

  • Le renoncement à soi-même

    L’amour que nous avons pour nous-mêmes (…) est affectif et effectif. L’amour effectif est celui qui gouverne les grands, ambitieux d’honneurs et de richesses, qui se procurent tant de biens et qui ne se rassasient jamais d’en acquérir : ceux-là, dis-je, s’aiment grandement de cet amour effectif. Mais il y en a d’autres qui s’aiment davantage de l’amour affectif : ceux-ci sont grandement tendres avec eux-mêmes, et ne font jamais autre chose que de se dorloter, soigner et réconforter : ils craignent tant tout ce qui pourrait leur nuire que c’est grande pitié. (…)

    Cette tendreté est plus insupportable encore aux choses de l’esprit qu’aux choses corporelles ; surtout si elle est par malheur pratiquée ou entretenue par les personnes les plus spirituelles, lesquelles voudraient être saintes du premier coup, sans qu’il leur en coutât rien, pas même les combats que leur cause la partie inférieure de l’âme par ses répugnances envers les choses contraires à la nature. (…)

    Répugner à nos répugnances, faire taire nos préférences, mortifier nos affections, mortifier le jugement et renoncer à la volonté propre est une chose que l’amour effectif et tendre que nous nous portons à nous-mêmes ne peut se permettre sans crier : oh, que cela nous coûte ! Et ainsi nous ne faisons rien. (…)

    Il vaut mieux porter une petite croix de paille que l’on m’a mise sur les épaules sans mon choix, qu’aller en couper une bien plus grande dans du bois avec beaucoup de travail, et la porter ensuite avec une grande peine. Et je serai plus agréable à Dieu avec la croix de paille qu’avec celle que je me serais fabriquée avec plus de peine et de sueur, et que je porterais avec plus de satisfaction, à cause de l’amour propre qui se plaît tant à ses inventions, et si peu à se laisser simplement conduire et gouverner.

    Saint François de Sales (1567-1622)

     

     

     

  • Le mercredi des Cendres

    Nous entamons aujourd’hui les saints quarante jours du carême, et il nous faut examiner attentivement pourquoi cette abstinence est observée pendant quarante jours. Moïse, pour recevoir la Loi une seconde fois, a jeûné quarante jours (Ex 34,28). Élie, dans le désert, s’est abstenu de manger quarante jours (1R 19,8). Le Créateur des hommes lui-même, venant parmi les hommes, n’a pas pris pas la moindre nourriture pendant quarante jours (Mt 4,2). Efforçons-nous, nous aussi, autant que cela nous est possible, de refréner notre corps par l’abstinence en ce temps annuel des saints quarante jours (…), afin de devenir, selon le mot de Paul, « une hostie vivante » (Rm 12,1). L’homme est une offrande à la fois vivante et immolée (cf Ap 5,6) lorsque, sans quitter cette vie, il fait cependant mourir en lui les désirs de ce monde.

    C’est la satisfaction de la chair qui nous a entraînés au péché (Gn 3,6) ; que la chair mortifiée nous ramène au pardon. L’auteur de notre mort, Adam, a transgressé les préceptes de vie en mangeant le fruit défendu de l’arbre. Il faut donc que nous, qui sommes déchus des joies du Paradis par le fait de la nourriture, nous nous efforcions de les reconquérir par l’abstinence.

    Mais que personne ne s’imagine que seule cette abstinence nous suffise. Le Seigneur dit par la bouche du prophète : « Le jeûne que je préfère ne consiste-t-il pas plutôt en ceci ? Partager ton pain avec l’affamé, recevoir chez toi les pauvres et les vagabonds, habiller celui que tu vois sans vêtement, et ne pas mépriser ton semblable » (Is 58,6-7). Voilà le jeûne que Dieu approuve (…) : un jeûne réalisé dans l’amour du prochain et imprégné de bonté. Prodigue donc aux autres ce que tu retires à toi-même; ainsi, ta pénitence corporelle soulagera le bien-être corporel de ton prochain qui est dans le besoin.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

     

     

     

  • Bulletin du 1er trimestre 2020

    bulletin 122

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  • « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »

    Jésus ! (…) Quelle n’est pas votre humilité, ô divin Roi de Gloire, de vous soumettre à tous vos prêtres sans faire aucune distinction entre ceux qui vous aiment et ceux qui sont, hélas ! tièdes ou froids dans votre service. À leur appel vous descendez du ciel ; ils peuvent avancer, retarder l’heure du saint sacrifice, toujours vous êtes prêt. Ô mon Bien-Aimé, sous le voile de la blanche hostie, que vous m’apparaissez doux et humble de cœur ! (Mt 11,29) Pour m’enseigner l’humilité vous ne pouvez vous abaisser davantage ; aussi je veux, afin de répondre à votre amour, désirer que mes sœurs me mettent toujours à la dernière place et bien me persuader que cette place est la mienne. (…)

    Je le sais, ô mon Dieu, vous abaissez l’âme orgueilleuse, mais à celle qui s’humilie vous donnez une éternité de gloire ; je veux donc me mettre au dernier rang, partager vos humiliations afin « d’avoir part avec vous » (Jn 13,8) dans le royaume des Cieux.

    Mais, Seigneur, ma faiblesse vous est connue ; chaque matin je prends la résolution de pratiquer l’humilité et le soir je reconnais que j’ai commis encore bien des fautes d’orgueil. À cette vue je suis tentée de me décourager mais, je le sais, le découragement est aussi de l’orgueil. Je veux donc, ô mon Dieu, fonder sur vous seul mon espérance ; puisque vous pouvez tout, daignez faire naître en mon âme la vertu que je désire. Pour obtenir cette grâce de votre infinie miséricorde je vous répéterai bien souvent : « Ô Jésus, doux et humble de cœur, rendez mon cœur semblable au vôtre ! »

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897)