Auteur/autrice : fred

  • Frappe à la porte de mon Fils par un saint désir !

    [Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] Crois-le bien, je ne méprise pas le désir de mes serviteurs. Je donne à quiconque me demande, et je vous invite tous à demander. C’est me déplaire vivement que de ne pas frapper, en vérité, à la porte de la Sagesse de mon Fils unique, en suivant sa doctrine.

    Car suivre sa doctrine c’est comme frapper à la porte, en criant vers moi le Père éternel par la voix du saint désir, par d’humbles et continuelles prières. Et c’est moi le Père, qui vous donne le pain de la grâce par la porte de la douce Vérité. Parfois, pour éprouver vos désirs et votre persévérance, je fais semblant de ne pas vous entendre, mais je vous entends bien, et j’accorde à votre esprit ce dont il a besoin. C’est moi qui vous donne la faim et la soif avec laquelle vous criez vers moi, et je ne veux qu’éprouver votre constance, pour combler vos désirs, lorsqu’ils sont bien ordonnés et dirigés vers Moi. C’est à crier de la sorte que vous invite ma Vérité, quand elle dit : « Appelez et l’on vous répondra, frappez et il vous sera ouvert, demandez et l’on vous donnera » (cf. Mt 7,7 ; Lc 11,9).

    Et Moi aussi je te dis : Je ne veux pas que tu laisses faiblir ton désir ni que tu cesses d’implorer mon secours ! N’abaisse pas ta voix ! Crie, crie vers moi pour que je fasse miséricorde au monde ! Frappe sans interruption à la porte de ma Vérité, mon Fils, en suivant ses traces.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

     

     

  • Le signe de Jonas

    Dieu a montré de la patience devant la faiblesse de l’homme, parce qu’il voyait d’avance la victoire qu’il lui donnerait un jour par son Verbe ; car, quand « la puissance s’est déployée dans la faiblesse » (2Co 12,9), le Verbe a fait apparaître la bonté de Dieu et sa magnifique puissance.

    En effet, il en a été de l’homme comme du prophète Jonas. Dieu a permis que celui-ci soit englouti par un monstre marin, non pour qu’il disparaisse et périsse totalement, mais pour qu’après avoir été rejeté par le monstre il soit plus soumis à Dieu et glorifie davantage celui qui lui donnait ce salut inespéré. C’était aussi pour amener les Ninivites à un ferme repentir et les convertir à celui qui les délivrait de la mort, frappés qu’ils ont été par le signe accompli en Jonas. (…) De la même manière, dès le commencement, Dieu a permis que l’homme soit englouti par le grand monstre, auteur de la désobéissance, non pour qu’il disparaisse et périsse totalement, mais parce que Dieu préparait à l’avance le salut accompli par son Verbe par le moyen du « signe de Jonas ». Ce salut a été préparé pour ceux qui auront pour Dieu les mêmes sentiments que Jonas et qui les confesseront dans les mêmes termes : « Je suis le serviteur du Seigneur et j’adore le Seigneur, le Dieu du ciel, qui a fait la mer et la terre ferme » (Jon 1,9).

    Dieu a voulu que l’homme, recevant de lui un salut inespéré, ressuscite d’entre les morts et glorifie Dieu en disant avec Jonas : « J’ai crié vers le Seigneur mon Dieu dans ma détresse, et il m’a répondu au ventre des enfers » (Jon 2,2). Dieu a voulu que l’homme demeure toujours fidèle à le glorifier et à lui rendre grâces sans cesse pour ce salut reçu de lui.

    Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208)

     

     

     

  • « Vous donc, priez ainsi. »

    Pour tout ce qui concerne la prière et les exercices de dévotion, attachons-nous seulement aux rites ou manières de prier enseignés par le Christ. Il est évident que lorsque les disciples ont demandé à notre Seigneur de leur apprendre à prier (Lc 11,1), il leur a sûrement dit tout ce qu’il fallait pour être exaucés du Père éternel, dont il connaissait parfaitement la volonté. Or, il ne leur a enseigné que les sept demandes du Notre Père, où est contenue l’expression de toutes nos nécessités corporelles et spirituelles. Il ne leur a pas enseigné une foule de prières et de cérémonies ; au contraire, il leur a dit dans une autre circonstance de ne pas multiplier les paroles en priant, parce que notre Père céleste sait très bien ce dont nous avons besoin.

    La seule chose qu’il leur a recommandée avec la plus vive insistance, c’est de persévérer dans la prière, c’est-à-dire dans la récitation du Notre Père. Car il a dit aussi : « Il faut toujours prier, et ne jamais se lasser » (Lc 18,1). Ainsi, il ne nous a pas enseigné à multiplier nos demandes, mais à les redire souvent avec ferveur et attention. Car, je le répète, ces demandes du Notre Père renferment tout ce qui est conforme à la volonté de Dieu et tout ce qui nous est utile. Voilà pourquoi quand le divin Maître s’est adressé par trois fois au Père éternel, il a répété chaque fois les mêmes paroles du Notre Père, comme le rapportent les évangélistes : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite » (Mt 26,42).

    Quant aux rites que nous devons suivre à la prière, le Christ nous en a donné deux seulement : ou bien « se retirer au fond de notre maison » (Mt 6,6) ; là, loin de tout bruit et en toute liberté, nous pouvons le prier avec un cœur plus pur et plus dégagé (…). Ou bien rechercher les lieux solitaires, comme il le faisait lui-même, pour y prier au temps le plus favorable et le plus silencieux de la nuit (Lc 6,12).

    Saint Jean de la Croix (1542-1591)

     

     

  • « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » (Mt 16,18)

    Pierre devait recevoir en dépôt les clefs de l’Église, ou plutôt, les clefs des cieux, et il devait se voir confier le nombreux peuple. Que lui dit en effet le Seigneur ? « Ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux » (Mt 16,19). Car Pierre avait un caractère quelque peu abrupt ; s’il avait été sans péché, quel pardon les disciples auraient-ils reçu de sa part ? C’est pour cette raison que la grâce divine l’a laissé tomber dans quelque faute, pour que sa propre épreuve le rende bienveillant envers les autres.

    Tu vois comment Dieu peut laisser quelqu’un tomber dans le péché : ce Pierre, le coryphée des apôtres, le fondement inébranlable, le roc indestructible, le premier de l’Église, le port inexpugnable, la tour inébranlable, ce Pierre qui avait dit au Christ : « Même si je devais mourir avec toi, je ne te renierai pas » (Mt 26,35), Pierre qui, par une révélation divine avait confessé la vérité : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant » (Mt 16,16). (…)

    Mais, comme j’ai dit, Dieu en disposa ainsi et permit à Pierre de pécher, parce qu’il avait en vue de lui confier un peuple nombreux, et il craignit que sa rudesse, jointe à son impeccabilité, ne le rende impitoyable envers ses propres frères. Il succomba au péché, afin qu’au souvenir de sa propre faute, et de la bienveillance du Seigneur, il pût témoigner envers les autres d’une grâce de philanthropie, conformément au dessein divin conçu par Dieu. La chute a été permise à celui qui allait se voir confier l’Église, la colonne des Églises, le port de la foi, la chute a été permise à Pierre, le docteur de l’univers, pour que le pardon reçu demeure le fondement de l’amour des autres.

    Homélie attribuée à saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

     

     

    Sixième jour de Carême

     

     

     

  • « Les temps sont accomplis : le Règne de Dieu est tout proche. »

    La vie des mortels est remplie de pièges qui font trébucher, remplie des filets des tromperies ; (…) Et parce que l’ennemi avait tendu partout ces filets, et qu’il y avait pris à peu près tous les hommes, il a été nécessaire que paraisse quelqu’un qui soit plus fort pour les dominer, les rompre, et frayer ainsi la voie à ceux qui le suivaient. C’est pourquoi, avant de venir s’unir l’Église comme son épouse, le Sauveur aussi est tenté par le diable (…). Il enseignait ainsi à l’Église que ce n’est pas par l’oisiveté et les plaisirs, mais par bien des épreuves et tentations, qu’elle devrait venir au Christ.

    Il n’y avait en effet personne d’autre qui aurait pu triompher de ces filets. « Car tous ont péché », comme il est écrit (Rm 3,23). (…) Notre Seigneur et Sauveur Jésus est le seul qui « n’a jamais commis de péché » (1P 2,22). Mais le Père « l’a identifié au péché pour nous » (2Co 5,21) afin que « dans notre condition humaine de pécheurs, à cause du péché, il détruise le péché » (Rm 8,3). Jésus est donc entré dans ces filets, mais lui seul n’a pas pu être enlacé par eux. Bien plus, les ayant rompus et déchirés, il a donné confiance à l’Église, si bien qu’elle ose désormais fouler aux pieds les pièges, franchir les filets, et dire en toute allégresse : « Notre âme comme un oiseau s’est échappée du filet des chasseurs. Le filet a été rompu, et nous avons été libérés » (Ps 123,7).

    Lui aussi cependant a succombé à la mort, mais volontairement, et non, comme nous, sous la contrainte du péché. Car il est le seul à avoir été « libre entre les morts » (Ps 87,6 LXX). Et parce qu’il était libre entre les morts, il a vaincu « celui qui possédait le pouvoir de la mort » (He 2,14) et lui a « arraché les captifs » (Ep 4,8) qui étaient détenus dans la mort. Il ne s’est pas seulement ressuscité lui-même des morts, mais il a en même temps « ressuscité ceux qui étaient prisonniers de la mort, et il les a fait asseoir dans les cieux » (Ep 2,5s) ; « montant dans les hauteurs, il a emmené captive la foule des captifs » (Ep 4,8).

    Origène (v. 185-253)

     

     

  • Revenez à moi et vivez !

    Voulez-vous donner au Dieu qui vous aime une marque d’intime confiance dont il sera extrêmement touché ? Quand vous commettez quelque faute, n’hésitez point à courir aussitôt vous jeter à ses pieds pour lui demander pardon.

    Comprenez-le bien, Dieu est si enclin à pardonner que, si les pécheurs s’obstinent à vivre loin de lui privés de la vie de sa grâce, il gémit sur leur perdition et leur fait entendre ces appels de sa tendresse : « Pourquoi voulez-vous mourir, maison d’Israël, ô mon peuple ? Revenez à moi et vivez » (cf. Ez 18, 31-32). Il promet d’accueillir l’âme fugitive, dès qu’elle vient se jeter dans ses bras : « Revenez à moi et je reviendrai à vous » (Za 1,3).

    Oh ! Si les pauvres pécheurs comprenaient avec quelle bonté Notre Seigneur les attend pour leur pardonner ! « Le Seigneur attend le moment d’avoir pitié de vous » (Is 30,18). S’ils comprenaient qu’il a hâte, non de les châtier, mais de les voir convertis, afin de les embrasser et de les serrer sur son cœur ! Écoutons sa déclaration solennelle : « Par ma vie, dit le Seigneur Dieu, je ne veux pas la mort de l’impie, mais que l’impie se détourne de sa voie et qu’il vive » (Ez 33,11). (…) Enfin, Dieu l’a déclaré formellement, quand une âme se repent de l’avoir offensé, il perd jusqu’au souvenir de ses péchés : « De toutes ses iniquités je ne me souviendrai pas » (cf. Ez 18,22).

    Ainsi donc, dès que vous êtes tombé en quelque faute, levez les yeux vers Dieu, offrez-lui un acte d’amour, et, confessant votre péché, comptez fermement sur son pardon.

    Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787)

     

     

  • Des jours viendront… où ils jeûneront.

    Mes enfants bien-aimés et mes frères, Dieu qui dans sa sagesse gouverne tout, qui d’une manière excellente et avisée mène à bonne fin les saisons et les années, nous a fait connaître également ceci : ils sont déjà là, les jours salutaires et profitables aux âmes. (…) Et grâce soient rendues à celui qui nous a révélé ces jours et nous a jugés digne d’y parvenir. C’est pourquoi en tout temps nous devons mener une vie sainte et pure et observer tout commandement de Dieu, et particulièrement en ce moment. (…)

    Puisque donc c’est le temps de la purification, purifions-nous ! Puisque c’est le temps de l’abstinence, abstenons-nous, et pas seulement de la nourriture – cela ne suffit pas –, mais abstenons-nous (…) d’envier la bonne réputation de notre frère, de nous mettre en colère ou de nous irriter contre le prochain, de ne pas imposer de frein à notre langue et de la laisser courir comme elle veut. Mais que celle-ci se donne à elle-même des limites, qu’on ne parle ni trop ni n’importe quand, et de sujets qui conviennent. Que notre regard se garde des regards impudiques et que notre oreille soit close, ne s’ouvrant que pour écouter ce qui est agréable à Dieu et ce qu’il aime.

    Oui, mes enfants bien-aimés, oui, je vous y exhorte, faites de vous-mêmes un instrument, une harpe agréable du Saint-Esprit. (…) Maintenez la paix entre vous. Le très vénérable carême est fatiguant pour le corps, il est vrai, mais ne laissez pas, à cause de lui fléchir votre courage ! (…) Un peu de patience et, comme par habitude, vous n’en sentirez plus le poids !

    Saint Théodore le Studite (759-826)