
La solitude, ô mon Dieu,
ce n’est pas que nous soyons seul,
c’est que vous soyez là,
car en face de vous tout devient mort
ou tout devient vous. (…)
Sommes-nous assez enfants pour penser que tous ces gens rassemblés
sont assez grands,
assez importants,
assez vivants
pour nous boucher l’horizon quand nous regardons vers vous.
Être seul,
ce n’est pas avoir dépassé les hommes, ou les avoir laissés ;
être seul, c’est savoir que vous êtes grand, ô mon Dieu,
que seul vous êtes grand,
et qu’il n’y a pas une considérable différence entre l’immensité des grains de sable et l’immensité des vies humaines rassemblées.
La différence, elle n’abîme pas la solitude,
car ce qui les rend, ces vies humaines, plus visibles
aux yeux de notre âme, plus présentes,
c’est cette communication qu’elles ont de vous,
c’est leur prodigieuse ressemblance
au seul qui soit.
C’est comme une frange de vous et cette frange
ne blesse pas la solitude. (…)
Ne reprochons pas au monde,
ne reprochons pas à la vie
de voiler pour nous la face de Dieu.
Cette face, trouvons-la, c’est elle qui voilera, qui absorbera toutes choses. (…)
Qu’importe notre lieu dans le monde,
qu’importe s’il est peuplé ou dépeuplé,
partout nous sommes « Dieu avec nous »,
partout nous sommes des Emmanuel
Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

« Nous te rendons grâce, Seigneur Dieu, Maître de tout » (Ap 11,17)… Cette dimension de louange est de première importance. C’est en effet de là que part toute réponse authentique de foi en la révélation de Dieu dans le Christ. Le christianisme est grâce ; c’est la surprise d’un Dieu qui, non content de créer le monde et l’homme, s’est mis à la hauteur de sa créature et « après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé par les prophètes, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils » (He 1,1-2).





