Auteur/autrice : fred

  • « Il est bon d’être ici. »

    Les Apôtres virent donc alors la face du Seigneur plus reluisante et éclatante que le soleil, et cette clarté, cette gloire, s’épancha jusque sur ses vêtements pour nous montrer qu’il n’en était pas si chiche qu’il n’en fit part à ses habits mêmes et à ce qui était autour de lui. Il nous fit voir un petit échantillon du bonheur éternel et une goutte de cet océan et de cette mer d’incomparable félicité pour nous la faire désirer tout entière ; si bien que le bon Saint Pierre, qui parlait pour tous, comme devant être leur chef, s’écria tout ému de joie et de consolation : « Ô qu’il est bon d’être ici », j’ai vu, voulait-il dire, beaucoup de choses, mais il n’y a rien de si désirable que d’être en ce lieu.

    Les trois disciples virent encore Moïse et Élie qu’ils n’avaient jamais vus et qu’ils reconnurent cependant très bien (…). Tous deux s’entretenaient avec notre divin Maître de son départ qui devait arriver en Jérusalem (Lc 9,31), départ qui n’est autre que la mort qu’il devait souffrir par amour ; puis soudain, après cet entretien, les Apôtres entendirent la voix du Père éternel disant : « C’est ici mon Fils bien aimé, écoutez-le. »

    Je remarque premièrement qu’en la félicité éternelle nous nous connaîtrons tous les uns les autres, puisqu’en ce petit échantillon que le Sauveur donna à ses Apôtres il voulut qu’ils reconnussent Moïse et Élie qu’ils n’avaient jamais vus. Si cela est ainsi, ô mon Dieu, quel contentement recevrons-nous en voyant ceux que nous avons si chèrement aimés en cette vie ! (…) Les amitiés qui auront été bonnes dès cette vie se continueront éternellement en l’autre. Nous aimerons des personnes particulièrement, mais ces amitiés particulières n’engendreront point de partialités, car toutes nos affections prendront leur force de la charité de Dieu qui, les conduisant toutes, fera que nous aimerons chacun des Bienheureux de cet amour éternel dont nous aurons été aimés de la divine Majesté. (…)

    Mais, en la Jérusalem céleste, de quel sujet parlerons-nous ? (…) Celui des miséricordes que le Seigneur nous a faites ici-bas, par lesquelles il nous a rendus capables d’entrer en la jouissance d’un bonheur tel que, seul, il nous suffit. Je dis seul, parce qu’en ce mot de félicité sont compris toutes sortes de biens, lesquels ne sont pourtant qu’un unique bien, qui est celui de la jouissance de Dieu en la félicité éternelle.

    Saint François de Sales (1567-1622)

     

     

  • Imite en toi la perfection de Dieu

    Le Verbe, Dieu de Dieu, est coéternel au Père et à l’Esprit et de même, par suite, mon âme est à son image à Lui. (…)

    Quand tu seras bien purifié et sera devenu image parfaite, tu ne verras pas le Modèle, tu ne le comprendras pas, à moins qu’il ne se révèle à toi par l’Esprit Saint. Car l’Esprit enseigne tout, brillant dans l’indicible lumière, et il te montrera de manière intellectuelle toutes les réalités intelligibles, autant que tu peux les voir, autant que c’est accessible à l’homme, à la mesure de la pureté de ton âme, et tu deviendras semblable à Dieu en imitant exactement ses œuvres, en fait de tempérance, de courage et d’amour pour les hommes, ainsi qu’en supportant les œuvres et en aimant tes ennemis. Car c’est cela l’amour des hommes : faire du bien à tes ennemis et les chérir comme des amis, comme de véritables bienfaiteurs, prier pour tous ceux qui te veulent du mal et avoir pour tous également, bons et mauvais, une authentique charité ; pour tous enfin, chaque jour, exposer ta vie, je veux dire pour leur salut, pour qu’un seul d’entre eux finisse par être sauvé, ou même tous, si possible.

    Voilà qui fera de toi, mon enfant, l’imitateur du Maître, et manifestera en toi la véritable image de ton Créateur, l’imitateur en toutes choses de la perfection même de Dieu.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

  • « Va d’abord te réconcilier avec ton frère. »

    Il y a une miséricorde dans le ciel à laquelle on parvient par la miséricorde sur cette terre. (…) Et il y a deux sortes d’aumône : l’une bonne, l’autre meilleure. L’une qui consiste à offrir un morceau de pain aux pauvres ; l’autre à pardonner aussitôt à ton frère qui a péché contre toi. Avec l’aide du Seigneur, empressons-nous de pratiquer ces deux sortes d’aumône pour pouvoir recevoir le pardon éternel et la vraie miséricorde du Christ. Car lui-même, il a dit : « Si vous pardonnez, votre Père vous pardonnera aussi vos péchés ; si vous ne pardonnez pas, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos péchés » (Mt 6,14s). Et l’Esprit Saint s’écrie ailleurs : « L’homme garde sa colère envers l’homme et il cherche auprès de Dieu un remède ? Il n’a pas de miséricorde pour un homme, son semblable, et il demande à Dieu miséricorde ? » (cf Si 28,3s). (…)

    Hâtons-nous, autant que nous le pouvons et tant que nous vivons, d’avoir ces deux sortes d’aumône et de les distribuer aux autres. Ainsi au jour du jugement nous pourrons dire en toute assurance : « Donne, Seigneur, parce que nous avons donné. »

    Saint Césaire d’Arles (470-543)

     

     

  • L’amour maternel de Dieu

    Cherchons dans les choses humaines une comparaison pour l’incomparable clémence de notre Créateur ; non que nous prétendions y trouver quelque égalité de tendresse, mais du moins une certaine ressemblance dans l’indulgente bonté.

    Je suppose une mère pleine d’amour et de soin. Elle porte longtemps son petit enfant dans ses bras, jusqu’à ce qu’enfin elle lui apprenne à marcher. Et d’abord, elle le laisse ramper. Puis, elle le dresse, et le soutient de la main droite, pour qu’il apprenne à poser les pieds l’un devant l’autre. Bientôt, elle l’abandonne un instant ; mais le voit-elle chanceler, vite elle le prend, soutient ses pas hésitants, le relève s’il est tombé, ou le retient dans sa chute, ou bien, au contraire, le laisse tomber doucement, pour le relever ensuite. Cependant, il est devenu un jeune garçon ; le voilà bientôt dans toute la force de l’adolescence et de la jeunesse. Elle lui fait alors porter des charges ou lui enjoint des travaux qui l’exercent sans l’accabler, elle le laisse lutter avec ses compagnons.

    Combien notre Père à tous, qui est aux cieux, sait-il mieux qui il doit porter sur le sein de sa grâce, qui il doit exercer en sa présence à la vertu, en le laissant arbitre de ses volontés ! Et toutefois, il aide encore celui-ci dans ses labeurs, il écoute ses appels, il ne se dérobe pas à ses recherches, il va jusqu’à le retirer parfois du danger à son insu. Ceci montre à l’évidence que les jugements de Dieu sont insondables, et incompréhensibles les voies par lesquelles il attire au salut le genre humain.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

  • Le signe de Jonas

    Toute l’histoire de Jonas nous le montre comme une préfiguration parfaite du Sauveur. (…) Jonas est descendu à Joppé pour monter sur un bateau à destination de Tarsis (…) ; le Seigneur est descendu du ciel sur la terre, la divinité vers l’humanité, la souveraine puissance est descendue jusqu’à notre misère (…), pour s’embarquer sur le navire de son Église. (…)

    C’est Jonas lui-même qui prend l’initiative de se faire précipiter dans la mer : « Prenez-moi, dit-il, jetez-moi à la mer » ; il annonce ainsi la Passion volontaire du Seigneur. Quand le salut d’une multitude dépend de la mort d’un seul, cette mort est entre les mains de cet homme qui peut librement la retarder, ou au contraire la hâter pour devancer le danger. Tout le mystère du Seigneur est préfiguré ici. Pour lui la mort n’est pas une nécessité ; elle relève de son choix libre. Écoutez-le : « J’ai le pouvoir de déposer ma vie, et j’ai le pouvoir de la reprendre : on ne me l’enlève pas » (Jn 10,18). (…)

    Voyez l’énorme poisson, image horrible et cruelle de l’enfer. En dévorant le prophète, il sent la force du Créateur (…) et offre avec crainte le séjour de ses entrailles à ce voyageur venu d’en haut. (…) Et après trois jours (…) il le rend à la lumière, pour le donner aux païens. (…) Tel est le signe, l’unique signe, que le Christ a consenti à donner aux scribes et aux Pharisiens (Mt 12,39), afin de leur faire comprendre que la gloire qu’eux mêmes espéraient du Christ allait se tourner aussi vers les païens : les Ninivites sont le symbole des nations qui ont cru en lui. (…) Quel bonheur pour nous, mes frères ! Ce qui a été annoncé et promis symboliquement, c’est face à face, en toute vérité, que nous le vénérons, que nous le voyons, que nous le possédons.

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)

     

     

     

  • Heureux ceux qui reconnaissent le Père !

    L’oraison dominicale est vraiment l’abrégé de tout l’Évangile. Elle commence par un témoignage rendu à Dieu et par un acte de foi, quand nous disons : « Notre Père qui est aux cieux ». Nous prions Dieu, et nous proclamons notre foi par cette invocation. Il est écrit : « À ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1,12). D’ailleurs, le Seigneur appelle souvent Dieu, notre Père : bien mieux, il nous a ordonné de n’appeler personne sur terre du nom de Père ; de réserver ce nom au Père céleste (Mt 23,9). En priant de la sorte, nous obéissons donc à sa volonté. Heureux ceux qui reconnaissent le Père !

    Dieu adresse ce reproche à Israël, l’Esprit prend à témoin ciel et terre, en disant : « J’ai engendré des fils, mais ils ne m’ont pas reconnu » (Is 1,12). L’appeler Père, c’est le reconnaître comme Dieu. Ce titre est un témoignage de pitié et de puissance. Nous invoquons aussi le Fils dans le Père. « Le Père et moi, dit-il, nous sommes un » (Jn 10,30). N’oublions pas non plus l’Église, notre mère. Nommer le Père et le Fils, c’est proclamer la Mère, sans qui il n’est ni Fils ni Père. Ainsi, par un seul mot, nous l’adorons avec les siens, nous obéissons à son précepte, et nous désavouons ceux qui ont oublié leur Père.

    Tertullien (v. 155-v. 220)

     

     

  • « C’est à moi que vous l’avez fait. »

    Réfléchissez, frères, et voyez l’exemple de notre Seigneur, qui a fait de nous des voyageurs et nous a ordonné de venir jusqu’à la cité céleste (He 11,13s) en courant par la route de la charité. (…) Bien qu’il siège dans le ciel, par compassion pour ses membres qui peinent, car il est la tête des membres et du corps dans le monde entier (Col 2,19), il a dit : « Quand vous n’avez pas fait cela à l’un des plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait » (…) Quand il a changé Paul le persécuteur en prédicateur, il lui a dit du haut du ciel : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » (Ac 9,4) (…) Saul persécutait les chrétiens : est-ce qu’il persécutait le Christ, qui siégeait dans le ciel ? Mais le Christ lui-même était dans les chrétiens, souffrant avec tous ses membres, pour qu’en lui cette parole soit vraie : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1Co 12,26). (…)

    Portons donc les fardeaux les uns des autres (Ga 6,2) ; là où est allée la tête, les autres membres sont destinés à aller. (…) Si notre Seigneur et Sauveur, qui a été sans péché, daigne nous aimer, nous pécheurs, d’une si grande affection qu’il affirme souffrir ce que nous souffrons, pourquoi est-ce que nous, qui ne sommes pas sans péché et qui pouvons racheter nos péchés par la charité, pourquoi est-ce que nous ne nous aimons pas d’un amour si parfait que nous compatissions par un sentiment de charité à tout le mal enduré par l’un d’entre nous ? (…) Une main ou un autre membre retranché du corps ne sent plus rien ; tel est le chrétien qui ne souffre pas du malheur, de la détresse ou même de la mort d’autrui.

    Saint Césaire d’Arles (470-543)

     

     

  • « Bienheureux l’homme qui supporte la tentation. » (Jc 1,12)

    La tentation n’est-elle pas un danger pour l’âme ? Ne serait-il pas hautement préférable de ne jamais être tenté ? Nous sommes spontanément portés à envier celui qui n’éprouverait jamais de tentation : « Heureux l’homme, dirions-nous volontiers, qui n’a pas à en subir les assauts ! »

    C’est peut-être là, en effet, l’avis de notre sagesse humaine. Mais Dieu, qui est la vérité infaillible, la source de notre sainteté et de notre béatitude, nous dit tout le contraire : « Bienheureux l’homme qui supporte la tentation » (Jc 1,12)… Pourquoi l’Esprit Saint proclame-t-il cet homme « heureux », alors que nous, nous inclinerions à penser bien autrement ? (…) Est-ce à cause de la tentation elle-même ? Non, évidemment, mais c’est parce que Dieu se sert d’elle pour obtenir une preuve de notre fidélité ; notre fidélité ‒ soutenue naturellement par la grâce ‒ se fortifie et se manifeste dans la lutte, et la couronne de vie est enfin accordée à sa victoire (cf. Jc 1,12).

    La tentation que l’âme supporte patiemment est pour elle une source de mérites, et est glorieuse pour Dieu. Par sa constance dans l’épreuve, l’âme est un vivant témoignage de la force de la grâce : « ma grâce te suffit, car c’est dans la faiblesse que ma puissance se manifeste tout entière » (2 Cor 12,9). Dieu attend de nous que nous lui rendions cet hommage et cette gloire. (…) Le Christ Jésus est avec nous, en nous : qui est plus fort que lui ?

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

     

     

  • Appelés à devenir saints

    Voici la volonté parfaite de Dieu pour nous : tu dois devenir saint. La sainteté est le plus grand don que Dieu puisse nous faire car il nous a créés pour cela. Se soumettre, pour celui ou celle qui aime, est plus qu’un devoir ; c’est le secret même de la sainteté.

    Saint François disait que chacun de nous est ce qu’il est aux yeux de Dieu — rien de plus, rien de moins. Nous sommes tous appelés à devenir des saints. Il n’y a rien d’extraordinaire à cet appel. Nous avons tous été créés à l’image de Dieu afin d’aimer et d’être aimés. Jésus désire notre perfection avec une ardeur inexprimable. « Voici quelle est la volonté de Dieu : c’est votre sanctification » (1Th 4,3). Son Sacré Cœur est rempli d’un désir insatiable de nous voir progresser vers la sainteté.

    Chaque jour nous devrions renouveler notre détermination et nous encourager à plus de ferveur, comme s’il s’agissait du premier jour de notre conversion, disant : « Aide-moi, Seigneur mon Dieu, dans ma ferme résolution et à ton saint service, et donne-moi la grâce aujourd’hui même de commencer vraiment, car ce que j’ai fait jusque-ici n’est rien. » Nous ne pouvons pas être renouvelés si nous n’avons pas l’humilité de reconnaître ce qui en nous a besoin de l’être.

    Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)

     

     

     

  • « Alors ils jeûneront. »

    Livre-toi, mon âme, au repentir ; unis-toi au Christ par la pensée ; crie en gémissant : « Accorde-moi le pardon de mes actions mauvaises, afin que je reçoive de toi, qui seul es bon (Mc 10,18), l’absolution et la vie éternelle ». (…)

    Moïse et Élie, ces tours de feu, étaient grands dans leurs œuvres. (…) Ils sont les premiers parmi les prophètes, ils parlaient librement à Dieu, ils se plaisaient à s’approcher de lui pour le prier et s’entretenir avec lui face à face (Ex 34,5; 1R 19,13) — chose étonnante et incroyable. Néanmoins, ils avaient soin de recourir au jeûne, qui les menait à Dieu (Ex 34,28; 1R 19,8). Le jeûne, avec les œuvres, procure donc la vie éternelle.

    Par le jeûne, les démons sont repoussés comme par une épée, car ils n’en supportent pas les joies ; ce qu’ils aiment, c’est le jouisseur et l’ivrogne. Mais s’ils regardent le visage du jeûne, ils ne peuvent pas tenir ; ils s’enfuient bien loin, comme nous l’enseigne le Christ notre Dieu en disant : « C’est par le jeûne et la prière qu’on vient à bout de la race des démons » (cf Mc 9,29). Voilà pourquoi on nous enseigne que le jeûne donne aux hommes la vie éternelle. (…)

    Le jeûne rend à ceux qui le pratiquent la maison paternelle d’où Adam fut expulsé. (…) C’est Dieu lui-même, l’ami des hommes (Sg 1,6), qui avait d’abord confié au jeûne l’homme qu’il avait créé, comme à une mère aimante, comme à un maître. À un seul arbre il lui a interdit de goûter (Gn 2,17). Et si l’homme avait observé ce jeûne, il aurait habité avec les anges. Mais il l’a rejeté et a trouvé les peines et la mort, l’âpreté des épines et des ronces, et l’angoisse d’une vie douloureuse (Gn 3,17s). Or, si dans le Paradis le jeûne se révèle profitable, combien plus l’est-il ici-bas, pour nous procurer la vie éternelle !

    Saint Romanos le Mélode (?-v. 560)