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  • « Qui t’a donné cette autorité ? »

    « Qui t’a donné cette autorité ? »

    La sagesse personnelle de Dieu, son Fils unique, a créé et réalisé toute chose. En effet, un psaume dit : « Tu as tout fait avec sagesse » (103,24). (…) De même que notre parole humaine est l’image de cette Parole qui est le Fils de Dieu (cf Jn 1,1), ainsi notre sagesse est, elle aussi, l’image de ce Verbe qui est la Sagesse en personne. Parce que nous possédons en elle la capacité de connaître et de penser, nous devenons capables d’accueillir la Sagesse créatrice, et par elle nous pouvons connaître son Père. « Car celui qui a le Fils a aussi le Père » (1Jn 2,23), et encore : « Celui qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé » (Mt 10,40). (…)

    « Puisque le monde, avec le moyen de la sagesse, n’a pas su reconnaître Dieu à travers les œuvres de la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par cette folie qu’est la proclamation de l’Évangile » (1Co 1,21). Désormais Dieu ne veut plus, comme dans les temps anciens, être connu par des images et des ombres de la Sagesse : il a voulu que la véritable Sagesse en personne prenne chair, devienne homme, subisse la mort de la croix, afin qu’à l’avenir tous les croyants puissent être sauvés par la foi en cette Sagesse incarnée.

    C’est donc elle qui est la Sagesse de Dieu. Auparavant, elle se faisait connaître par son image introduite dans les choses créées (…) et de cette façon faisait connaître le Père. Par la suite, elle, qui est le Verbe, est devenue chair, comme dit saint Jean (1,14). Après avoir « détruit la mort » (1Co 15,26) et sauvé l’humanité, elle s’est manifestée plus clairement elle-même et, par elle-même, elle a manifesté son Père. Ce qui lui a fait dire : « Donne-leur de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17,3). Toute la terre a donc été remplie de sa connaissance. Car il y a une seule connaissance, du Père par le Fils, et du Fils à partir du Père. Le Père met sa joie en lui, et le Fils se réjouit de la même joie dans le Père, ainsi qu’il le dit : « J’y trouvais ma joie, je me réjouissais jour après jour en sa présence » (Pr 8,30).

    Saint Athanase (295-373)

  • « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » (Jn 2,16)

    « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » (Jn 2,16)

    « Alors Jésus entra dans le Temple et se mit à expulser ceux qui vendaient et ceux qui achetaient. » Certains s’étonnent de la résurrection de Lazare (Jn 11,44), ils sont stupéfaits que le fils d’une veuve soit ressuscité (Lc 7,15), d’autres sont frappés par d’autres miracles. Sans aucun doute, il est admirable de rendre la vie à un corps mort. Pour ma part, je suis davantage frappé par l’évènement présent. Cet homme, fils de charpentier, un pauvre sans demeure, sans gîte où se reposer, sans armée, qui n’était ni chef ni juge ; quel pouvoir l’a autorisé à… chasser une foule si nombreuse alors qu’il était seul ? Personne n’a protesté, personne n’a osé opposer de résistance, car personne n’a osé s’opposer au Fils qui réparait l’injure faite à son Père…

    « Il se mit à chasser ceux qui vendaient et achetaient dans le Temple. » Si cela a été possible chez les juifs, pourquoi cela ne l’est-il pas à plus forte raison chez nous ? Si cela arrive dans le cadre de la Loi, pourquoi n’en est-il pas de même à plus forte raison dans l’Évangile ?… Le Christ, un pauvre, chasse les acheteurs et les vendeurs, qui sont riches. Celui qui vend est jeté au même titre que celui qui achète. Que personne ne dise : « Moi, j’offre tout ce que je possède, je fais des offrandes aux prêtres, comme Dieu l’a ordonné ». Dans un passage de Matthieu, nous lisons ceci : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10,8). La grâce de Dieu ne se vend pas, elle se donne.

    Saint Jérôme (347-420)

  • « Aussitôt l’homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route. »

    « Aussitôt l’homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route. »

    « Je suis la lumière du monde » (Jn 8,12). Il est cette lumière qui donne leur éclat à toutes les lumières de la terre : aux lumières matérielles telles que le soleil, la lune, les étoiles et les sens physiques de l’homme, et aussi à la lumière spirituelle, à l’intelligence de l’homme, grâce à laquelle toutes les créatures doivent refluer vers leur origine. Sans ce reflux, ces lumières créées sont en elles-mêmes de vraies ténèbres, comparées à cette véritable lumière par essence, qui est une lumière pour le monde entier.

    Notre cher Seigneur nous dit : « Renonce à ta lumière qui est vraiment ténèbres comparée à ma lumière et qui m’est contraire, car je suis la vraie lumière et je veux, en échange de tes ténèbres, te donner ma lumière éternelle, afin qu’elle t’appartienne comme à moi-même et que tu aies, comme moi-même, mon être, ma vie, mon bonheur et ma joie. »

    Quel est donc le chemin le plus court qui conduit à la vraie lumière ? Voici ce chemin : se renoncer vraiment soi-même, aimer et n’avoir en vue que Dieu seul…, ne vouloir en aucune chose son intérêt propre mais désirer et rechercher seulement l’honneur et la gloire de Dieu, attendre tout immédiatement de Dieu et, sans aucun détour ni intermédiaire, lui rapporter toutes choses, d’où qu’elles viennent, afin qu’entre Dieu et nous il y ait un flux et un reflux tout à fait immédiats. Voilà le vrai, le droit chemin.

    Jean Tauler (v. 1300-1361)

  • « Le Fils de l’homme est venu… pour donner sa vie. »

    « Le Fils de l’homme est venu… pour donner sa vie. »

    « Si c’est possible, que cette coupe s’éloigne de moi » (Mt 26,39). Pourquoi as-tu repris Simon-Pierre qui disait : « Que cela ne t’arrive pas, Seigneur ! » (Mt 16,22), toi qui dis maintenant : « Si c’est possible, que cette coupe s’éloigne de moi » ? Il savait bien ce qu’il disait à son Père, et qu’il était possible que cette coupe s’éloigne, mais il était venu la boire pour tous, afin d’acquitter par cette coupe la dette que la mort des prophètes et des martyrs ne pouvait pas payer… Celui qui avait décrit sa mise à mort dans les prophètes et qui avait préfiguré le mystère de sa mort par les justes, lorsque le temps est venu de consommer cette mort, il n’a pas refusé de la boire. S’il n’avait pas voulu la boire, mais la repousser, il n’aurait pas comparé son corps au Temple dans cette parole : « Détruisez ce Temple et, le troisième jour, je le relèverai » (Jn 2,19) ; il n’aurait pas dit aux fils de Zébédée : « Pouvez-vous boire à la coupe que je boirai ? » et encore : « Il y a pour moi un baptême dont je dois être baptisé » (Lc 12,50)…       

    « Si c’est possible, que cette coupe s’éloigne de moi. » Il dit cela à cause de la faiblesse qu’il avait revêtue non en faisant semblant mais réellement. Puisqu’il s’était fait petit et avait réellement revêtu notre faiblesse, il devait craindre et être ébranlé dans sa faiblesse. Ayant pris chair, ayant revêtu la faiblesse, mangeant quand il avait faim, fatigué par le travail, vaincu par le sommeil, il fallait que soit accompli tout ce qui relève de la chair lorsque le temps de sa mort est venu…       

    Pour apporter par sa Passion le réconfort à ses disciples, Jésus ressentit ce qu’ils ressentent. Il a pris en lui leur peur afin de leur montrer, par la ressemblance de son âme, qu’il ne faut pas se vanter au sujet de la mort avant de l’avoir subie. Si, en effet, celui qui ne craint rien a eu peur et a demandé d’être délivré alors qu’il savait que c’était impossible, combien plus faut-il que les autres persévèrent dans la prière avant la tentation afin d’en être délivrés lorsqu’elle se présentera… Pour donner courage à ceux qui craignent la mort, il n’a pas caché sa propre crainte, afin qu’ils sachent que cette peur ne les mène pas au péché, du moment qu’ils ne demeurent pas en elle. « Non, Père, dit Jésus, mais que ta volonté soit faite » : que je meure pour donner la vie à une multitude.

    Saint Éphrem (v. 306-373)

  • « Nous avons tout quitté pour te suivre. »

    « Nous avons tout quitté pour te suivre. »

    Nous ne sommes pas appelés une fois seulement, mais bien des fois : tout le long de notre vie, le Christ nous appelle. Il nous a appelés d’abord par le baptême, mais plus tard aussi ; que nous obéissions ou non à sa voix, il nous appelle encore en sa miséricorde. Si nous manquons à nos promesses baptismales, il nous appelle à nous repentir. Si nous nous efforçons de répondre à notre vocation, il nous appelle toujours plus avant, de grâce en grâce, de sainteté en sainteté, tant que la vie nous est laissée pour cela.       

    Abraham a été appelé à quitter sa maison et son pays (Gn 12,1), Pierre ses filets (Mt 4,18), Matthieu son emploi (Mt 9,9), Elisée sa ferme (1R 19,19), Nathanaël sa retraite (Jn 1,47). Sans cesse, tous nous sommes appelés, d’une chose à l’autre, toujours plus loin, n’ayant pas de lieu de repos, mais montant vers notre repos éternel, et n’obéissant à un appel intérieur que pour être prêts à en entendre un autre.       

    Le Christ nous appelle sans cesse, pour nous justifier sans cesse ; sans cesse, de plus en plus, il veut nous sanctifier et nous glorifier. Nous devons le comprendre, mais nous sommes lents à nous rendre compte de cette grande vérité, que le Christ marche en quelque sorte parmi nous, et que de sa main, de ses yeux, de sa voix, il nous fait signe de le suivre. Nous ne saisissons pas que son appel est quelque chose qui a lieu en ce moment même. Nous pensons qu’elle a eu lieu au temps des apôtres, mais nous n’y croyons pas, nous ne l’attendons pas vraiment pour nous-mêmes.

    Saint John Henry Newman (1801-1890)

  • Ô Marie, porteuse du feu divin !

    Ô Marie, porteuse du feu divin !

    Ô Marie, Marie, temple de la Trinité, ô Marie, porteuse du feu, Marie distributrice de miséricorde, Marie, qui as fait germer le fruit divin ! Marie, rédemptrice, en un sens, du genre humain ! (La souffrance de ta chair, dans le Verbe, n’a-t-elle pas sauvé le monde ?) Le Christ fut rédempteur par sa passion ; toi, par la douleur du corps et de l’âme.

    Ô Marie ! Mer tranquille, distributrice de paix, Marie, terre féconde ! Tu es l’arbre nouveau qui as porté la fleur odorante du Verbe, Fils unique de Dieu. En toi, terre féconde, fut semé le Verbe. Tu es à la fois la terre et l’arbre. Ô Marie, char de feu, tu as porté le feu caché et voilé sous la cendre de ton humanité. (…)

    Ô Marie, très doux amour, en toi est écrit le Verbe qui nous donne la doctrine de la vie ; tu es la tablette sur laquelle est gravée cette doctrine. Aussitôt imprimé en toi, ce Verbe porte la croix du saint désir qui est comme greffé sur lui. À peine conçu, il est possédé du désir de mourir pour le salut des hommes, en faveur de qui il s’incarne. Et ce fut une grande croix que de porter si longtemps un désir qu’il eût voulu aussitôt réaliser.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • Pentecôte

    Pentecôte

    Le Paraclet est descendu pour revêtir de force les apôtres et les baptiser. Le Seigneur dit en effet : « Pour vous, vous serez baptisés dans l’Esprit Saint, et sous peu de jours » (Ac 1,5). Il ne s’agit pas d’une grâce partielle, mais de la puissance absolue. De même en effet que celui qui est plongé dans l’eau et baptisé est de toutes parts entouré par les eaux, ainsi les apôtres ont été totalement baptisés par l’Esprit. Mais l’eau entoure le corps de l’extérieur ; l’Esprit, lui, baptise l’âme cachée à l’intime de l’être sans rien en négliger.

    Pourquoi t’en étonnes-tu ? Prends un exemple matériel (…). Lorsque le feu pénètre à travers l’épaisseur du fer, toute la masse de celui-ci se transforme en feu ; de froid, le voici brûlant ; de sombre, brillant. Si le feu, qui est matériel, pénètre ainsi dans la matière du fer et y travaille sans obstacle, pourquoi t’étonner si l’Esprit Saint pénètre au plus intime de l’âme ? (…) « Et il remplit toute la maison où ils étaient assis » (Ac 2,2). La maison devint le réceptacle de l’eau mystique. Les disciples étaient assis à l’intérieur et toute la maison fut remplie : ils furent donc baptisés sans restriction selon la promesse. Leurs âmes et leur corps revêtirent le divin vêtement qui sauve.

    « Et des langues disséminées leur apparurent, comme de feu, et il s’en posa sur chacun d’eux et tous furent remplis de l’Esprit Saint » (Ac 2,34). (…) Voilà ce qui doit venir sur vous : suppression et destruction de vos péchés comme d’épines, et aussi illumination du fond précieux de votre âme ; don de la grâce enfin, car alors aussi il l’a donnée aux apôtres. Il se reposa sur eux sous forme de langues de feu pour faire ceindre à leurs têtes des diadèmes spirituels tout nouveaux, faits de langues de feu. L’épée de feu, auparavant, interdisait les portes du paradis : la langue de feu salutaire a restitué la grâce.

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

  • L’enseignement de l’apôtre saint Jean

    L’enseignement de l’apôtre saint Jean

    S’il est une caractéristique qui ressort des écrits de saint Jean, c’est l’amour… Certes, Jean n’est pas l’unique auteur des origines chrétiennes à parler de l’amour. Étant donné que cela est constitutif et essentiel au christianisme, tous les auteurs du Nouveau Testament en parlent, bien qu’avec des accentuations diverses. Si nous prenons maintenant le temps de réfléchir sur ce thème dans saint Jean, c’est parce qu’il nous en a tracé avec insistance et d’une manière incisive les lignes principales. Nous nous en remettons donc à ses paroles.

    Une chose est certaine : il n’a pas fait un traité abstrait, philosophique ou même théologique, sur ce qu’est l’amour. Non, Jean n’est pas un théoricien. En effet, le véritable amour, par sa nature, n’est jamais purement spéculatif, mais il est en référence directe, concrète et vérifiable, à des personnes réelles. Eh bien, Jean, en tant qu’apôtre et ami de Jésus, nous fait voir quelles sont les composantes ou mieux les phases de l’amour chrétien.

    La première composante concerne la source même de l’amour, que l’apôtre Jean situe en Dieu, en arrivant à affirmer que « Dieu est amour » (1Jn 4,16). Jean est l’unique auteur du Nouveau Testament à nous donner comme une sorte de définition de Dieu. Il dit par exemple que « Dieu est Esprit » (Jn 4,24) ou que « Dieu est lumière » (1Jn 1,15). Ici, par une intuition fulgurante, il proclame que « Dieu est amour ». Remarquons-le bien : il n’est pas affirmé simplement que « Dieu aime » et encore moins que « l’amour est Dieu ». En d’autres mots, Jean ne se limite pas à décrire l’agir divin, mais il remonte jusqu’à ses racines. De plus, il ne veut pas attribuer une qualité divine à un amour générique et peut-être impersonnel. Il ne remonte pas de l’amour à Dieu, mais il se tourne directement vers Dieu pour définir sa nature par la dimension infinie de l’amour. Par là, Jean veut dire que le constitutif essentiel de Dieu est l’amour et donc toute l’activité de Dieu naît de l’amour et est marquée par l’amour. Tout ce que Dieu fait, il le fait par amour et avec amour, même si nous ne pouvons pas comprendre tout de suite que c’est de l’amour, le véritable amour.

    Benoît XVI

  • « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. » (Jn 17,21)

    « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. » (Jn 17,21)

    Soyons si unis avec tous les hommes par l’amour fraternel, par l’amour dont nous aimons en eux les membres de Jésus, dont nous aimons en eux le corps de Jésus, que nous soyons un avec eux, comme le Père et le Fils sont un mutuel amour ; en effet, ils sont un de deux manières, par l’essence divine qui leur est commune, et ce n’est pas ainsi que Jésus veut que nous soyons un avec tous les hommes… et par leur mutuel amour, et c’est de cette manière que nous pouvons et devons être un avec tous les hommes comme le Fils et le Père sont un…

    Soyons en tous les hommes par notre amour, comme le Père est dans le Fils par son amour pour Lui et comme le Fils est dans le Père par son amour pour Lui : en effet, quand on aime quelqu’un, on est très réellement en lui, on est en lui par l’amour, on vit en lui par l’amour, on ne vit plus en soi, car ce n’est plus à soi qu’on est attaché, on est détaché de soi. (…) Nous devons aimer tous les hommes en vue de Dieu au point de ne faire qu’un avec eux, d’abord parce que Dieu nous le commande, nous donne l’exemple d’un ardent amour pour eux, par diverses graves raisons encore tirées de l’amour dû à Dieu, mais surtout, surtout, (…) parce que tous les hommes sont, à un titre ou à un autre, membres de Jésus, matière proche ou éloignée de son Corps Mystique, et que par conséquent, en les aimant, en ne faisant qu’un avec eux, en vivant en eux par notre amour, nous aimons quelque chose de Jésus, nous ne faisons qu’un avec une portion de Jésus, nous vivons par notre amour dans les membres de Jésus, dans le corps de Jésus, en Jésus.

    Saint Charles de Foucauld (1858-1916)

  • Songez à l’unité !

    Songez à l’unité !

    Songez à l’unité, mes frères, et voyez si dans la multiplicité même rien vous plait comme elle. Par la grâce de Dieu je vous vois ici en grand nombre : qui pourrait vous y souffrir si vous n’étiez unis de sentiments ? D’où vient ce calme dans une telle multitude ? Avec l’unité, c’est un peuple, et sans elle, une foule. Qu’est-ce en effet qu’une foule, sinon une multitude en désordre ?

    Mais écoutez l’Apôtre: « Je vous conjure, mes frères » ; il s’adressait à une multitude, mais à une multitude où il voulait rétablir l’unité ; « Je vous conjure, mes frères, de n’avoir tous qu’un même langage et de ne pas souffrir de schismes parmi vous ; mais d’être tous affermis dans le même esprit et dans les mêmes sentiments » (1Co 1,10). Ailleurs encore il engage à vivre dans l’union des cœurs, dans les mêmes pensées, à ne rien faire par esprit de contention ni par vaine gloire (cf. Ph 2,2-3). Le Seigneur ne disait-il pas à son Père, en parlant des fidèles : « Qu’ils soient un, comme nous sommes un nous-mêmes » (Jn 17,21) ? et n’est-il pas écrit aux Actes des Apôtres : « Or, la multitude des croyants n’avait qu’une âme et qu’un cœur » (Ac 4,32) ?

    Ainsi donc bénissez le Seigneur avec moi et glorifions son nom pour arriver à l’unité ; à cette unité nécessaire, à cette unité sublime où sont si intimement unis le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Vous voyez comme tout nous recommande l’unité. Oui, notre Dieu est Trinité ; le Père n’est pas le Fils, le Fils n’est pas le Père, et l’Esprit-Saint n’est ni Père ni le Fils, mais l’Esprit de l’un et de l’autre ; ces trois néanmoins ne sont ni trois Dieux ni trois tout-puissants, mais un seul Dieu tout-puissant, et la Trinité n’est qu’un Dieu. C’est l’unité nécessaire; mais pour y arriver il faut que tous nos cœurs soient unis.

    Saint Augustin (354-430)