Étiquette : Syméon le Nouveau Théologien

  • « Au jour du jugement, ma parole se dressera. »

    De ceux qui le désirent, je suis le Pasteur et le Maître ; les autres, en revanche, je suis bien leur Créateur, leur Dieu par nature, mais je ne suis par le Roi, je ne suis pas le Guide, absolument pas, de ceux qui n’ont pas pris leur croix pour me suivre ; c’est de l’Adversaire, en effet, qu’ils sont les enfants, les esclaves, les instruments. Vois ces mystères redoutables, vois leur inconscience, vois et gémis sur eux, si tu le peux, à toute heure. En effet, alors qu’ils sont appelés de l’obscurité à la lumière sans couchant, de la mort à la vie, des enfers aux cieux, du provisoire et du corruptible à la gloire éternelle, ils se mettent en colère, en fureur contre ceux qui les enseignent, et ils ourdissent contre eux toute sorte de ruses, ils aiment mieux mourir que de quitter les ténèbres et les œuvres des ténèbres, afin de me suivre. (…)

    Ne les contrains pas à faire ce que tu leur enseignes : répète-leur simplement mes paroles et exhorte-les à les observer, comme ce qui leur procure la vie éternelle, et ces paroles mêmes se dresseront, lorsque je viendrai pour le Jugement, et elles les jugeront tous, un à un, selon leur mérite, tandis que toi, tu resteras sans responsabilité, sans aucune espèce de condamnation, puisque tu n’auras pas dissimulé l’argent de mes paroles mais que, tout ce que tu as reçu, tu l’as prodigué à tous. C’est cela qui me plaît, c’est cela l’œuvre de mes apôtres et de mes disciples, qui ont agi selon mes commandements : me proclamer Dieu dans le monde entier, enseigner mes volontés et mes ordres et les laisser par écrit aux hommes. Lutte donc, toi aussi, pour agir et enseigner comme eux. (…) Efforce-toi de te sauver, toi et ceux qui t’écoutent, au cas où tu trouverais sur la terre un homme qui ait des oreilles pour entendre, et qui écoute tes paroles !

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

  • « Le Père du ciel donnera l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

    Le Créateur ‒ prends garde à ce que je vais t’expliquer ! ‒ enverra l’Esprit divin, je ne dis pas une autre âme telle que celle que tu avais, mais l’Esprit, je veux dire celui qui vient de Dieu, qui soufflera, qui habitera, qui fixera son séjour substantiellement en toi, qui t’illuminera, te fera briller et te recréera tout entier, qui, de corruptible, te rendra incorruptible et remettre à neuf la maison décrépite, je veux dire la maison de ton âme : et avec elle, il rendra incorruptible, ton corps tout entier, et il te fera dieu par grâce, semblable à ton Modèle.

    Ô merveille ! ô mystère inconnu à tous (…), ‒ inconnu à ceux qui ne se sont pas donné un cœur pur, inconnu à ceux qui ne demandent pas, d’un cœur fervent, à recevoir l’Esprit divin, inconnu à ceux qui ne croient pas que, maintenant encore, Dieu accorde l’Esprit divin à ceux qui le cherchent. Car l’incrédulité écarte et chasse l’Esprit divin : quiconque ne croit pas ne demande pas ; ne demandant pas, il ne reçoit pas non plus. (…) [Le Maître de tous les êtres célestes et terrestres] nous a donné l’Esprit divin, (…) et cet Esprit, étant Dieu, nous procure tous les biens.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

  • « Le Père et moi, nous sommes UN. »

    Envoyé et sorti du Père, le Verbe est descendu
    et il a habité tout entier dans les entrailles de la Vierge.
    Tout entier il était dans le Père,
    et tout entier il était dans ce sein virginal,
    et tout entier dans le tout, lui que rien ne peut contenir. (…)
    Demeurant inchangé, il a pris la forme d’esclave (Ph 2,7)
    et après avoir été mis au monde, il est devenu un homme en tout. (…)
    Comment affirmer ce qui est impossible à expliquer
    à tous les anges, aux archanges et à tout être créé ?
    On le pense d’une manière véritable,
    mais on ne peut pas du tout l’exprimer,
    et notre esprit ne peut pas le comprendre vraiment parfaitement.

    Comment donc Dieu et homme, et homme-Dieu
    est-il aussi le Fils du Père, tout entier,
    d’une manière qui ne l’en sépare pas ;
    comment est-il devenu fils de la Vierge et est-il sorti dans le monde ;
    et comment est-il resté impossible à contenir pour tous ? (…)
    Tu resteras silencieux maintenant
    car même si tu voulais parler, ton esprit ne trouvera pas de parole,
    et ta langue bavarde demeure réduite au silence. (…)

    Gloire à toi, Père et Fils et Esprit Saint,
    divinité que l’on ne peut pas saisir, indivisible dans sa nature.
    Nous t’adorons dans l’Esprit Saint,
    nous qui possédons ton Esprit, car nous l’avons reçu de toi.
    Et, voyant ta gloire, nous ne recherchons pas indiscrètement,
    mais c’est en lui, ton Esprit, que nous te voyons,
    Père inengendré, et ton Verbe engendré qui sort de toi.
    Et nous adorons la Trinité indivisible et sans mélange
    dans son unique divinité et souveraineté et puissance.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

  • « Celui qui mange ce pain vivra éternellement. » (Jn 6,58)

    De même que jadis la mer fendue par la baguette de Moïse et la manne descendue du ciel étaient seulement la figure et les symboles de la vérité, et rien d’autre, la mer du baptême et la manne du Sauveur, de même les choses dont nous parlons sont les symboles et la figure de ces réalités douées d’une transcendance et d’une gloire incomparables, dans la mesure où l’incréé transcende par nature ce qui est créé. Cette manne, en effet, qui est appelée « pain et nourriture des anges », qu’en ce temps-là les hommes mangèrent dans le désert, a cessé, a disparu et tous sont morts, oui, tous ceux qui en avaient mangé : car elle ne participait pas de la vraie vie tandis que la chair de mon Maître, étant divinisée et emplie de la vie, fais participer à la vie tous ceux qui la mangent, et les rend immortels. (…)

    Il a commencé par me dépouiller de la corruption et de la mort, par me rendre entièrement libre sensiblement et consciemment, et – mystère plus redoutable que tous les autres – il a fait de moi un nouveau ciel et a fixé sa demeure en moi, lui le Créateur de tout, faveur dont nul parmi les saints des anciens temps ne fut jugé digne. Jadis, en effet, il parlait par l’intermédiaire de l’Esprit divin et par l’opération de Celui-ci réalisait ses merveilles, mais jamais, au grand jamais, Dieu ne s’est substantiellement uni à personne avant que ne fut devenu homme le Christ mon Dieu : c’est Lui qui, ayant pris un corps, a donné son Esprit divin et, par lui, s’unit substantiellement à tous les croyants, et il se fait entre eux une union inséparable.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

     

     

  • « La conversion proclamée en son nom… à toutes les nations » (Lc 24,47)

    Race entière des hommes, rois et princes, riches et pauvres, moines et gens du monde (…), écoutez-moi maintenant raconter la grandeur de l’amour de Dieu pour les hommes ! J’ai péché contre lui comme aucun autre homme au monde (…). Pourtant, je le sais, il m’a appelé et j’ai répondu aussitôt. (…) Il m’a appelé à la pénitence, et aussitôt j’ai suivi mon Maître. Quand il s’éloignait, je le poursuivais (…) ; ainsi il partait, il venait, il se cachait, il apparaissait, et moi je ne retournais pas en arrière, je ne me décourageais jamais, je n’ai pas abandonné la course (…).

    Quand je ne le voyais pas, je le cherchais. J’étais plein de larmes, j’interrogeais tout le monde, tous ceux qui, un jour, l’avaient vu. Qui est-ce que j’interrogeais ? Pas les sages de ce monde ni les savants, mais les prophètes, les apôtres, les pères — les sages qui possèdent en vérité cette sagesse qu’il est lui-même, lui le Christ, sagesse de Dieu (1Co 1,24). Avec des larmes et une grande peine de cœur je leur demandais de me dire où, un jour, ils l’avaient vu (…). Et, voyant mon désir, voyant que je considérais tout ce qu’il y a dans le monde et le monde lui-même comme rien à mes yeux (…), il s’est fait voir tout entier à moi tout entier. Lui qui est hors du monde et qui porte le monde et tous ceux qui sont dans le monde en les tenant d’une seule main, les choses visibles comme les invisibles (Col 1,16), il est venu à ma rencontre. D’où et comment est-il venu ? Je ne sais pas. (…) La parole est incapable d’exprimer l’inexprimable. Seuls connaissent ces réalités ceux qui les contemplent. C’est pourquoi, ce n’est pas avec des mots mais des actes qu’il faut nous hâter de rechercher, de voir et d’apprendre la richesse des mystères divins, celle que donne le Maître à ceux qui la cherchent.

    Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)