Catégorie : Saints et Saintes

  • Solennité de l’Annonciation du Seigneur

    Pourquoi le Fils de Dieu est-il né d’une Vierge ?… Il fallait un mode tout nouveau de naissance à celui qui allait consacrer un nouvel ordre de naissance. Isaïe avait prophétisé que le Seigneur annoncerait cette merveille par un signe. Quel signe ? « Voici qu’une vierge va concevoir et enfanter un fils. » Oui, la Vierge a conçu et enfanté l’Emmanuel, Dieu-avec-nous (Is 7,14; Mt 1,23). Le voilà, ce nouvel ordre de naissance : l’homme naît en Dieu parce que Dieu naît en l’homme ; Dieu se fait chair pour régénérer la chair par la semence nouvelle de l’Esprit et laver toutes ses souillures passées.

    Tout cet ordre nouveau a été préfiguré dans l’Ancien Testament, car dans le dessein divin le premier homme est né pour Dieu par l’intermédiaire d’une vierge. En effet, la terre était encore vierge, le travail de l’homme ne l’avait pas touchée, la semence n’y avait pas été jetée, quand Dieu l’a prise pour en façonner l’homme et en faire « un être vivant » (Gn 2,5.7). Si donc le premier Adam a été formé de la terre, il est juste que le second, celui que l’apôtre Paul appelle « le nouvel Adam » soit lui aussi tiré par Dieu d’une terre vierge, c’est-à-dire d’une chair dont la virginité demeurait inviolée, pour devenir « Esprit qui donne la vie » (1Co 15,45). (…)

    Quand il a voulu recouvrer « son image et sa ressemblance » (Gn 1,26) tombée au pouvoir du démon, Dieu a agi de la même façon qu’au moment où il l’avait créée. Ève était encore vierge quand elle a accueilli la parole qui allait produire la mort ; c’était donc aussi dans une vierge que devait descendre la Parole de Dieu qui allait élever l’édifice de la Vie (…). Ève avait donné sa foi au serpent ; Marie a eu foi en Gabriel. Le péché qu’Ève avait commis en croyant, c’est en croyant que Marie l’a effacé (…). La Parole du diable a été pour Ève la semence de son humiliation et de ses douleurs dans l’enfantement (Gn 3,16), et elle a mis au monde le meurtrier de son frère (4,8). Au contraire, Marie a mis au monde un fils qui devait sauver Israël, son frère.

    Tertullien (v. 155-v. 220)

     

     

     

     

  • Solennité de saint Joseph, époux de la Vierge Marie, patron de l’Église universelle

    En s’adressant à Joseph par les paroles de l’ange, Dieu s’adresse à lui comme à l’époux de la Vierge de Nazareth. Ce qui s’est accompli en elle par le fait de l’Esprit Saint exprime en même temps une particulière confirmation du lien sponsal qui préexistait déjà entre Joseph et Marie. Le messager dit clairement à Joseph : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. » Ainsi, ce qui était advenu auparavant — son mariage avec Marie — s’était fait par la volonté de Dieu et devait donc être conservé. Dans sa maternité divine, Marie doit continuer à vivre comme « une vierge, épouse d’un mari » (Lc 1,27).

    Dans les paroles de l’ « annonciation » nocturne, non seulement Joseph entend la vérité divine sur la vocation ineffable de son épouse, mais il y réentend aussi la vérité sur sa propre vocation. Cet homme « juste », qui, dans l’esprit des plus nobles traditions du peuple élu, aimait la Vierge de Nazareth et s’était lié à elle d’un amour sponsal, est à nouveau appelé par Dieu à cet amour.

    « Joseph fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse » ; « ce qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint » : ne faut-il pas conclure, devant ces expressions, que son amour d’homme est lui aussi régénéré par l’Esprit Saint ? Ne faut-il pas penser que l’amour de Dieu, qui a été répandu dans le cœur de l’homme par le Saint-Esprit (Rm 5,5), façonne de la manière la plus parfaite tout amour humain ? Il façonne aussi — et d’une façon tout à fait singulière — l’amour sponsal des époux, et il approfondit en lui tout ce qui est humainement digne et beau, ce qui porte les signes de l’abandon exclusif de soi, de l’alliance des personnes et de la communion authentique du Mystère trinitaire.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

     

  • « Laissez les enfants venir à moi. »

    Vous le savez, ma Mère, j’ai toujours désiré d’être une sainte ; mais hélas ! j’ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints, qu’il y a entre eux et moi la même différence qui existe entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foulé sous les pieds des passants. Au lieu de me décourager, je me suis dit : le bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables ; je puis donc, malgré ma petitesse, aspirer à la sainteté. Me grandir, c’est impossible ; je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections. Mais je veux chercher le moyen d’aller au ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle.

    Nous sommes dans un siècle d’inventions ; maintenant, ce n’est plus la peine de gravir les marches d’un escalier ; chez les riches, un ascenseur le remplace avantageusement. Moi, je voudrais trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Alors j’ai recherché dans les Livres saints l’indication de l’ascenseur, objet de mon désir ; et j’ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse éternelle : « Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi » (Pr 9,4).

    Alors je suis venue, devinant que j’avais trouvé ce que je cherchais. Et voulant savoir, ô mon Dieu, ce que vous feriez au tout-petit qui répondrait à votre appel, j’ai continué mes recherches et voici ce que j’ai trouvé : « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai ; je vous porterai sur mon sein, je vous balancerai sur mes genoux » (Is 66,13). Ah, jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses ne sont venues réjouir mon âme ; l’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela, je n’ai pas besoin de grandir, au contraire, il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. Ô mon Dieu, vous avez dépassé mon attente ! Je veux « chanter vos miséricordes » ! (Ps 88,2 Vulg)

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897)

     

     

     

  • L’évêque, comme tout chrétien, « serviteur de tous »

    Celui qui est à la tête du peuple doit d’abord comprendre qu’il est le serviteur de tous. Qu’il ne dédaigne pas ce service…, puisque le Seigneur des seigneurs (1Tm 6,15) n’a pas dédaigné de se mettre à notre service.

    C’est l’impureté de la chair qui avait insinué chez les disciples du Christ comme un désir de grandeur ; la fumée de l’orgueil leur montait aux yeux. Nous lisons en effet : « Une dispute s’éleva entre eux pour savoir qui était le plus grand » (Lc 22,24). Mais le Seigneur médecin était là ; il a réprimé leur enflure… Il leur a montré dans un enfant l’exemple de l’humilité… Car c’est un grand mal que l’orgueil, le premier mal, l’origine de tout péché…

    C’est pourquoi l’apôtre Paul recommande, parmi les autres vertus des responsables de l’Église, l’humilité (cf 1Tm 3,6)… Quand le Seigneur parlait à ses apôtres pour les affermir dans l’humilité, il leur dit, en leur proposant l’exemple de l’enfant : « Qui veut être le plus grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur » (Mt 20,26)… C’est en évêque que je vous parle et mes avertissements me font craindre moi-même… Le Christ est venu « non pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour une multitude » (Mc 10,45). Voilà comment il a servi, voilà quels serviteurs il nous ordonne d’être. Il a donné sa vie, il nous a rachetés. Qui de nous peut racheter quelqu’un ? Nous avons été rachetés de la mort par sa mort, par son sang. Nous qui étions étendus à terre, nous avons été relevés par son humilité. Mais nous aussi, nous devons apporter notre petite part pour ses membres, puisque nous avons été faits ses membres. Il est la tête, nous sommes le corps (Ep 1,22). Et l’apôtre Jean nous exhorte à l’imiter : « Le Christ a donné sa vie pour nous ; nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères » (1Jn 3,16).

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • Chaire de saint Pierre, apôtre, fête

    Tu as reçu la charge du sacerdoce. Assis à la poupe de l’Église, tu pilotes le navire au milieu des flots. Tiens le gouvernail de la foi afin de ne point chavirer parmi les graves tempêtes de ce siècle. La mer est grande et vaste, mais ne crains pas ; car c’est le Seigneur qui a établi la terre sur les mers et l’a fondée sur les fleuves (cf. Ps 23,2). Il est donc normal qu’au milieu d’un monde si agité, l’Église du Seigneur, bâtie sur la pierre des apôtres, demeure stable et tienne bon sur sa base inébranlable contre les assauts furieux de la mer (cf. Mt 16,18). Elle est entourée par les flots mais n’en est pas ébranlée ; et, bien que les éléments de ce monde retentissent d’une immense clameur, elle offre cependant à ceux qui peinent la grande sécurité d’un havre de salut.

    Même lorsqu’elle est un esquif balloté sur la mer, elle demeure l’Église dont les eaux courent dans les fleuves, ces grands fleuves dont il est dit : « Les fleuves ont élevé leurs voix » (Ps 92,3). Des fleuves, en effet, jaillissent du sein de l’Église abreuvée par le Christ et réceptacle de l’Esprit de Dieu (cf. Jn 7,38). Ces fleuves, lorsqu’ils demeurent de grâce spirituelle, élèvent leur voix. Il y a un fleuve qui s’écoule dans les hommes de Dieu comme un torrent (cf. Is 66,12), fleuve dont l’impétuosité réjouit l’âme pacifique et tranquille. Celui qui reçoit de l’abondance de ce fleuve, comme Jean l’évangéliste, ou come Pierre et Paul, celui-là élève sa voix ; et de même que les apôtres ont répandu, par leur prédication, la parole évangélique jusqu’au bout du monde, celui-là aussi se met à prêcher l’évangile du Seigneur Jésus.

    Saint Ambroise (v. 340-397)

     

     

     

  • Fête des saints Cyrille, moine, et Méthode, évêque, patrons de l’Europe

    La caractéristique que je désire particulièrement souligner dans l’action menée par les apôtres des Slaves, Cyrille et Méthode, c’est leur manière pacifique d’édifier l’Église, inspirés qu’ils étaient par leur conception de l’Église une, sainte et universelle… Dès leur époque, les divergences entre Constantinople et Rome avaient commencé à devenir des motifs de désunion, même si la déplorable scission entre les deux parties de la même chrétienté ne devait se produire que plus tard… Il ne paraît donc nullement anachronique de voir dans les saints Cyrille et Méthode les précurseurs authentiques de l’œcuménisme, car ils ont voulu efficacement éliminer ou diminuer toutes les divisions véritables ou seulement apparentes entre les diverses communautés appartenant à la même Église…

    La sollicitude fervente que les deux frères ont montrée — et particulièrement Méthode, en raison de sa responsabilité épiscopale — pour garder l’unité de la foi et de l’amour entre les Églises dont ils faisaient partie, c’est-à-dire l’Église de Constantinople et l’Église romaine d’une part, et les Églises naissantes en terre slave d’autre part, a été et restera toujours leur grand mérite… Dans cette période agitée, marquée également par des conflits armés entre peuples chrétiens voisins, les saints frères de Thessalonique ont gardé une fidélité ferme et très vigilante à la juste doctrine et à la tradition de l’Église parfaitement unie… Méthode, en particulier, n’hésitait pas à faire face aux incompréhensions, aux oppositions et même aux diffamations et aux persécutions physiques, plutôt que de manquer à son loyalisme ecclésial exemplaire… A cause de cela, il restera toujours un maître pour tous ceux qui, à n’importe quelle époque, cherchent à atténuer les différends en respectant la plénitude multiforme de l’Église qui, conformément à la volonté de son fondateur Jésus Christ, doit être toujours une, sainte, catholique et apostolique.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

  • Jean Baptiste, martyr pour la vérité

    « Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous » (Rm 8,18). Qui donc ne travaillerait pas de toutes les façons possibles à obtenir une telle gloire pour devenir l’ami de Dieu, se réjouir aussitôt en compagnie de Jésus Christ, et recevoir les récompenses divines après les tourments et les supplices de cette terre ?

    Pour les soldats de ce monde, il est glorieux de rentrer triomphalement dans leur patrie après avoir vaincu l’ennemi. N’est-ce pas une gloire bien supérieure de revenir triomphalement, après avoir vaincu le démon, au paradis d’où Adam avait été chassé à cause de son péché ? D’y rapporter le trophée de la victoire après avoir abattu celui qui l’avait trompé ? D’offrir à Dieu comme un butin magnifique une foi intacte, un courage spirituel sans défaillance, un dévouement digne d’éloges ?… De devenir cohéritier du Christ, d’être égalé aux anges, de jouir avec bonheur du royaume céleste avec les patriarches, les apôtres, les prophètes ? Quelle persécution peut vaincre de telles pensées qui peuvent nous aider à surmonter les supplices ?…

    La terre nous emprisonne par ses persécutions, mais le ciel reste ouvert… Quel honneur et quelle sécurité de sortir de ce monde avec joie, d’en sortir glorieux en traversant les épreuves et les souffrances ! De fermer un instant les yeux qui voyaient les hommes et le monde, pour les rouvrir aussitôt afin de voir Dieu et le Christ !… Si la persécution assaille un soldat ainsi préparé, elle ne pourra pas vaincre son courage. Même si nous sommes appelés au ciel avant la lutte, la foi qui s’était préparée ainsi ne sera pas sans récompense… Dans la persécution Dieu couronne ses soldats ; dans la paix il couronne la bonne conscience.

    Saint Cyprien (v. 200-258)

     

     

     

  • Présentation du Seigneur au Temple, fête

    Le Père des lumières (Jc 1,17) invite les fils de la lumière (Lc 16,18) à célébrer cette fête de lumière : « Approchez-vous de lui et soyez inondés de clarté », dit le psaume (33,6). De fait, « celui qui habite une lumière inaccessible » (1Tm 6,16) a daigné se rendre accessible ; il s’est abaissé dans la nuée de la chair pour que le faible et le petit puissent monter jusqu’à lui. Quelle descente de miséricorde ! « Il a incliné les cieux », c’est-à-dire les sommets de la divinité, « et il est descendu » en devenant présent dans la chair, « et un nuage obscur était sous ses pieds » (Ps 17,10). (…)

    Obscurité nécessaire pour nous rendre la lumière ! La lumière véritable s’est cachée sous le nuage de la chair, (cf. Ex 13,21) nuage obscur par sa ressemblance avec « notre condition humaine de pécheurs » (Rm 8,3). (…) Puisque la vraie Lumière a fait de la chair sa cachette, nous qui sommes des êtres de chair, approchons-nous du Verbe fait chair (…) pour apprendre à passer peu à peu de la chair à l’esprit. Approchons-nous maintenant, car aujourd’hui un soleil nouveau brille plus qu’à l’ordinaire. Jusque-là il était enfermé à Bethléem dans l’étroitesse d’une crèche et connu de bien peu de monde, mais aujourd’hui, à Jérusalem, il est présenté devant un grand nombre dans le Temple du Seigneur. (…) Aujourd’hui, le Soleil s’élance pour irradier le monde entier. (…)

    Si seulement mon âme pouvait brûler du désir qui enflammait Syméon, pour que je mérite d’être le porteur d’une si grande lumière ! Mais si l’âme n’a pas été d’abord purifiée de ses fautes, elle ne pourra pas aller « à la rencontre du Christ sur les nuées » de la vraie liberté (1Th 4,17). (…) Alors seulement elle pourra jouir avec Syméon de la lumière véritable et, comme lui, partir en paix.

    Adam de Perseigne (? -1221)

     

     

     

  • Épiphanie du Seigneur, Solennité

    Levons-nous, à l’exemple des mages. Laissons tout le monde se troubler ; mais nous, courons avec joie à la demeure de l’enfant. Si les rois ou les peuples s’efforcent de nous barrer le chemin, peu importe, ne ralentissons pas notre ferveur, repoussons tous les maux qui nous menacent. S’ils n’avaient pas vu l’enfant, les mages n’auraient pas échappé au danger qu’ils couraient de la part du roi Hérode. Avant d’avoir eu le bonheur de le contempler, ils étaient assiégés par la crainte, entourés de périls, plongés dans le trouble ; après qu’ils l’ont adoré, le calme et la sécurité se sont établis dans leur cœur…

    Laissons donc là, nous aussi, une ville en désordre, un despote assoiffé de sang, toutes les richesses de ce monde, et venons à Bethléem, la « maison du pain » spirituel. Si tu es berger, viens seulement, et tu verras l’enfant dans l’étable. Si tu es roi, tes vêtements fastueux, tout l’éclat de ta dignité, ne te serviront de rien si tu ne viens pas. Si tu es homme de science comme les mages, toutes tes connaissances ne te sauveront pas si tu ne viens pas montrer ton respect. Si tu es un étranger ou même un barbare, tu seras admis à la cour de ce roi… Il suffit de venir avec frayeur et avec joie, ces deux sentiments qui habitent un cœur vraiment chrétien…

    Avant d’adorer cet enfant, décharge-toi de tout ce qui t’encombre. Si tu es riche, dépose ton or à ses pieds, c’est-à-dire, donne-le aux pauvres. Ces étrangers sont venus de si loin pour contempler ce nouveau-né ; comment pourrais-tu…refuser de faire quelques pas pour visiter un malade ou un prisonnier ?… Les mages ont offert leurs trésors à Jésus, et toi, tu n’as même pas un morceau de pain à lui donner ? (Mt 25,35s) Quand ils ont vu l’étoile, leur cœur a été rempli de joie ; tu vois le Christ dans les pauvres, manquant de tout, et tu passes outre, tu n’es pas ému ?

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

     

     

     

  • Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu

    Commet parler dignement de celle qui a engendré mon Seigneur et mon Dieu ? Par sa fécondité, j’ai été délivré de ma captivité ; par son enfantement, je suis racheté de la mort éternelle ; par son Fils, j’ai été relevé de ma ruine et ramené du malheur à la patrie bienheureuse. Ô bénie entre les femmes, c’est le fruit béni de ton sein (Lc 1,42) qui m’a donné tout cela par la régénération du baptême. Il me l’a donné en réalité ou en espérance, bien que je me sois moi-même privé de tout cela par mon propre péché, au point d’être sans rien et au bord du désespoir. Quoi donc ? Si mes fautes sont pardonnées, serai-je ingrat envers celle par qui tant de biens me sont venus gratuitement ? Dieu me garde d’ajouter cette injustice à mes iniquités !

    Dieu a donné son Fils, fruit de son cœur, qui était son égal et qu’il aimait comme lui-même : il l’a donné à Marie et, du sein de Marie, il en a fait son Fils, non pas quelqu’un d’autre, mais le même en personne, de sorte qu’il est par sa nature le même Fils unique de Dieu et de Marie. Toute la création est l’œuvre de Dieu, et Dieu est né de Marie ! Dieu a tout créé, et Marie a enfanté Dieu ! Dieu qui a tout formé s’est formé lui-même du sein de Marie, et ainsi il a refait tout ce qu’il avait fait. Lui qui a pu tout faire de rien n’a pas voulu refaire sa création détruite sans devenir d’abord fils de Marie. Dieu est donc le Père de toutes les choses créées, et Marie la mère de toutes les choses recréées. Dieu est le Père de la création universelle, et Marie la mère de la rédemption universelle. Car Dieu a engendré celui par qui tout a été fait, et Marie a enfanté celui par qui tout a été sauvé.

    Saint Anselme (1033-1109)