Catégorie : Prières et Chants

  • Appelés à faire vos volontés

    Quand ceux que nous aimons nous demandent quelque chose,
    nous les remercions de nous le demander.

    S’il vous plaisait, Seigneur, de nous demander une seule chose
    dans toute notre vie,
    nous en resterions émerveillés,
    et d’avoir fait cette seule fois votre volonté
    serait l’évènement de notre destinée.

    Mais, parce que chaque jour, chaque heure, chaque minute,
    vous mettez dans nos mains un tel honneur,
    nous trouvons cela si naturel que nous en sommes blasés,
    que nous en sommes lassés.

    Et pourtant, si nous comprenions à quel point est impensable votre mystère,
    nous resterions stupéfaits
    de pouvoir savoir ces étincelles de votre vouloir
    que sont nos minuscules devoirs.
    Nous serions éblouis de connaître,
    dans cette immense ténèbre qui nous revêt,
    les innombrables,
    précises,
    les personnelles
    lumières de vos volontés.

    Le jour où nous comprendrions cela, nous irions dans la vie
    comme des sortes de prophètes,
    comme des voyants de vos petites providences,
    comme les agents de vos interventions.
    Rien ne serait médiocre, car tout serait voulu par vous.
    Rien ne serait lourd, car tout serait voulu de vous.
    Rien ne serait ennuyeux, car tout serait amour de vous.

    Nous sommes tous des prédestinés à l’extase,
    tous appelés à sortir de nos pauvres combinaisons,
    pour surgir, heure après heure, dans votre plan.
    Nous ne sommes jamais de lamentables laissés pour compte,
    mais de bienheureux appelés,
    appelés à savoir ce qu’il vous plaît de faire,
    appelés à savoir ce que vous attendez à chaque instant de nous :
    des gens qui vous sont un peu nécessaires,
    des gens dont les gestes vous manqueraient
    si nous refusions de les faire.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

  • « Bien avant l’aube…, Jésus alla dans un endroit désert, et là il priait. »

    La prière unit l’âme à Dieu. Même si notre âme est toujours semblable à Dieu par sa nature, restaurée qu’elle est par la grâce, de fait elle lui est souvent dissemblable par suite du péché. La prière témoigne alors que l’âme devrait vouloir ce que Dieu veut ; elle réconforte la conscience ; elle rend apte à recevoir la grâce. Dieu nous enseigne ainsi à prier avec une confiance ferme que nous recevrons ce pour quoi nous prions ; car il nous regarde avec amour et veut nous associer à sa volonté et à son action bienfaisantes. Il nous incite donc à prier pour ce qu’il lui plaît de faire (…) ; il semble nous dire : « Qu’est-ce qui pourrait me plaire davantage que de me supplier avec ferveur, sagesse et insistance afin d’accomplir mes desseins ? » Par la prière donc, l’âme s’accorde avec Dieu.

    Mais lorsque par sa grâce et sa courtoisie, notre Seigneur se révèle à notre âme, alors nous obtenons ce que nous désirons. À ce moment-là, nous ne voyons plus ce que nous pourrions demander d’autre. Tout notre désir, toute notre force sont fixés entièrement en lui pour le contempler. C’est une haute prière, impossible à sonder, il me semble. Tout l’objet de notre prière est d’être uni, par la vision et par la contemplation, à celui que nous prions, avec une joie merveilleuse et une crainte respectueuse, dans une si grande douceur et délice que nous ne pouvons plus prier en ces moments que comme il nous conduit. Je le sais, plus Dieu se révèle à l’âme, plus elle a soif de lui, par sa grâce. Mais lorsque nous ne le voyons pas, alors nous ressentons le besoin et l’urgence de prier Jésus, à cause de notre faiblesse et de notre incapacité.

    Julienne de Norwich (1342-après 1416)

     

     

     

     

  • « Ne laissera-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans la montagne pour partir à la recherche de la brebis égarée ? »

    L’âme dans l’attente de la venue du Seigneur :

    Je ne sais pas, Seigneur, à quelle heure tu viendras,
    Je veille donc sans cesse et je tends l’oreille,
    Moi ta bien-aimée que tu as choisie,
    Car je sais que tu aimes venir inaperçu.
    Cependant le cœur pur, Seigneur, te pressent de loin.

    Je t’attends, Seigneur, dans le calme et le silence,
    Avec une grande nostalgie en mon cœur
    Et un désir inassouvi.
    Je sens que mon amour pour toi se change en brasier
    Et comme une flamme s’élèvera dans le ciel, à la fin de mes jours :
    Alors tous mes vœux se réaliseront.

    Viens donc enfin — mon très doux Seigneur,
    Et emporte mon cœur assoiffé
    Là-bas chez toi, dans les hautes contrées des cieux
    Où règne éternellement ta vie.

    Car la vie sur terre n’est qu’une agonie,
    Car mon cœur sent qu’il est créé pour les hauteurs
    Et rien ne l’intéresse des plaines de cette vie.
    Ma patrie, c’est le ciel ; je crois en cela invinciblement.

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

     

     

     

  • « Ma maison sera une maison de prière. » (Is 56,7)

    Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire,
    de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu,
    à toi, Père très bon, Dieu éternel et tout-puissant.

    Dans ta bonté pour ton peuple,
    tu veux habiter cette maison de prière,
    afin que ta grâce toujours offerte
    fasse de nous un temple de l’Esprit (1Co 3,16)
    resplendissant de ta sainteté.
    De jour en jour, tu sanctifies l’Épouse du Christ,
    l’Église dont nos églises d’ici-bas sont l’image,
    jusqu’au jour où elle entrera dans la gloire du ciel,
    heureuse de t’avoir donné tant d’enfants.

    C’est pourquoi, avec les anges et tous les saints,
    nous chantons et proclamons : Saint ! Saint ! Saint !…

    Le Missel romain

     

     

     

  • Rassemblés des quatre vents au banquet de Dieu

    Au sujet de l’eucharistie, rendez grâce ainsi :

    D’abord pour le calice :

    Nous te rendons grâce, notre Père,
    pour la sainte vigne de David ton serviteur
    que tu nous as révélée par Jésus, ton Enfant.
    Gloire à toi dans les siècles !

    Puis pour le pain rompu :

    Nous te rendons grâce, notre Père,
    pour la vie et la connaissance
    que tu nous as révélées par Jésus, ton Enfant.
    Gloire à toi dans les siècles !
    De même que ce pain que nous rompons,
    autrefois disséminé sur les collines,
    a été recueilli pour n’en faire plus qu’un,
    que ton Église soit rassemblée ainsi
    des extrémités de la terre dans ton Royaume.
    Car à toi sont la gloire et la puissance dans les siècles !

    Après vous être rassasiés, rendez grâce ainsi :

    Nous te rendons grâce, Père saint,
    pour ton saint nom
    que tu as fait habiter en nos cœurs,
    pour la connaissance, la foi et l’immortalité
    que tu nous a révélées par Jésus, ton Enfant.
    Gloire à toi dans les siècles !

    C’est toi, Maître tout-puissant, qui as créé l’univers,
    à la louange de ton nom ;
    tu as donné en jouissance
    nourriture et breuvage à tous les hommes.
    Mais à nous, tu as fait la grâce
    d’une nourriture spirituelle
    et d’un breuvage pour la vie éternelle,
    par Jésus, ton Enfant.

    Par-dessus tout, nous te rendons grâce
    de ce que tu es puissant.
    Gloire à toi dans les siècles !
    Souviens-toi, Seigneur, de ton Église,
    pour la délivrer du mal,
    pour la rendre parfaite dans ton amour.
    Rassemble-la des quatre vents, cette Église sanctifiée,
    dans ton Royaume que tu lui as préparé.
    Car à toi sont la puissance et la gloire dans les siècles !

    « Que le Seigneur vienne » (Ap 22,20) et que ce monde passe.
    Hosanna à la maison de David !
    Celui qui est saint, qu’il s’approche ;
    celui qui ne l’est pas, qu’il fasse pénitence.
    « Marana tha ! » (1Co 16,22). Amen.

    La Didachè (entre 60-120)

     

     

     

  • « Je crois en l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique. »

    « L’Église est sainte : aux yeux de la foi, l’Église…est indéfectiblement sainte. En effet le Christ, Fils de Dieu qui, avec le Père et l’Esprit, est proclamé « seul saint », a aimé l’Église comme son épouse, il s’est livré pour elle afin de la sanctifier, il se l’est unie comme son corps et l’a comblée du don de l’Esprit Saint pour la gloire de Dieu. » L’Église est donc « le peuple saint de Dieu », et ses membres sont appelés « saints » (Lumen gentium, 39,12 ; 1Co 6,1)… Par le Christ et en lui l’Église devient aussi sanctifiante… C’est en elle que « nous acquérons la sainteté par la grâce de Dieu »… En ses membres, la sainteté parfaite est encore à acquérir…

    « Tandis que le Christ saint, innocent, sans tache, venu uniquement pour expier les péchés du peuple, n’a pas connu le péché, l’Église, elle, qui renferme des pécheurs dans son propre sein, est donc à la fois sainte et appelée à se purifier, et poursuit constamment son effort de pénitence et de renouvellement. » (LG 42) Tous les membres de l’Église, ses ministres y compris, doivent se reconnaître pécheurs. En tous, l’ivraie du péché se trouve encore mêlée au bon grain de l’Évangile jusqu’à la fin des temps.

    L’Église rassemble donc des pécheurs saisis par le salut du Christ mais toujours en voie de sanctification : « L’Église est sainte tout en comprenant en son sein des pécheurs, parce qu’elle n’a elle-même d’autre vie que celle de la grâce. C’est en vivant de sa vie que ses membres se sanctifient ; c’est en se soustrayant à sa vie qu’ils tombent dans les péchés et les désordres qui empêchent le rayonnement de sa sainteté. C’est pourquoi elle souffre et fait pénitence pour ces fautes, dont elle a le pouvoir de guérir ses enfants par le sang du Christ et le don de l’Esprit Saint. »

    Catéchisme de l’Église catholique

     

     

     

     

  • « Que votre règne vienne ! »

    Dans la deuxième demande [de la prière du « Notre Père »], l’âme très pure exprime le vœu de voir arriver bientôt le règne de son Père.

    Elle peut viser par là d’abord le règne inauguré chaque jour par le Christ dans l’âme des saints. C’est ce qui se produit, lorsque le diable une fois chassé de notre cœur avec les vices dont il l’infectait, et son empire évanoui, Dieu entre chez nous en souverain, en même temps que s’y répand la bonne odeur des vertus. La fornication vaincue, c’est la chasteté qui règne dans notre âme ; la fureur surmontée, la tranquillité ; la superbe foulée aux pieds, l’humilité.

    Elle peut aussi avoir en vue celui qui a été promis pour un temps marqué d’avance à tous les parfaits d’une manière générale, à tous les enfants de Dieu. C’est alors que le Christ doit leur dire : « Venez, les bénis de mon Père ; entrez en possession du royaume qui vous a été préparé dès avant la création du monde. » (Mt 25,34) L’âme tient ses regards ardemment fixés sur cet heureux terme, pleine de désir et d’attente, et elle s’écrie : « Que votre règne arrive ! » Elle sait bien, car sa conscience lui en rend témoignage, que, dès qu’il aura paru, elle entrera en partage de ce royaume.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

     

  • Vous avez été aimé avant d’être aimé…

    Ô très cher Père, quel est le cœur assez dur, assez obstiné pour ne pas s’attendrir s’il regarde l’amour que lui porte la Bonté divine. Aimez, aimez, pensez que vous avez été aimé avant d’être aimé. Car Dieu en regardant en lui-même, s’est passionné pour la beauté de sa créature, et il l’a faite, poussé par l’ardeur de son ineffable charité, uniquement pour qu’elle ait la vie éternelle et qu’elle jouisse du bonheur infini dont Il jouissait en lui-même.

    Ô amour ineffable ! que vous avez bien prouvé cet amour ! L’homme, en perdant la grâce par le péché mortel, par la désobéissance commise contre vous, Seigneur, n’en a pas été privé. Considérez, mon Père, par quel moyen la clémence du Saint-Esprit a rétabli la grâce dans l’homme ; voyez comment la grandeur suprême de Dieu a revêtu l’esclavage de notre humanité avec un tel abaissement, avec une humilité si profonde, que tout notre orgueil doit en être confondu. Que les fils insensés d’Adam rougissent donc de voir Dieu humilié jusqu’à l’homme, comme si l’homme était maître de Dieu, et non pas Dieu maître de l’homme ; car l’homme n’est rien par lui-même ; tout ce qu’il a, Dieu le lui a donné par grâce et non par obligation. (…)

    Oui, mon Père, pour l’amour de Dieu, augmentez le feu de votre désir en voulant donner votre vie pour Jésus crucifié, votre sang pour amour de son sang. Oh ! combien serait heureuse votre âme, et la mienne aussi, qui aime tant votre salut, si je vous voyais donner votre vie pour le nom du doux et bon Jésus. Je prie la souveraine et éternelle Bonté de nous rendre dignes du bonheur de lui sacrifier notre vie. Courez donc généreusement accomplir de grandes choses pour Dieu. (…) Répondez à la voix et à la clémence du Saint-Esprit, qui vous appelle si doucement.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

     

     

     

  • Écoute, Seigneur mon Dieu, cette prière pour ton peuple !

    Dieu de miséricorde, écoute la prière que je fais pour ton peuple. Ma fonction m’y oblige, mon cœur m’y incline et la considération de ta bonté m’y porte. Tu sais, doux Seigneur, combien je les aime, comment mon cœur leur est donné et à quel point ma tendresse leur est acquise. tu sais, mon Seigneur, que c’est sans dureté ni esprit de domination que je leur commande et combien je désire davantage leur être utile dans la charité que d’être le premier parmi eux, leur être soumis dans l’humilité et uni dans l’affection, tout comme l’un d’entre eux.

    Aussi écoute-moi, Seigneur mon Dieu : écoute-moi, et que tes yeux soient ouverts sur eux jour et nuit. Étends tes ailes et protège-les, Seigneur très bon ; étends ta droite sainte et bénis-les ; répands dans leurs cœurs ton Esprit Saint, et qu’il les garde dans l’unité d’esprit et le lien de la paix, dans la chasteté de la chair et l’humilité de l’âme. (…)

    Que sous l’action de ton Esprit, doux Seigneur, ils aient la paix en eux-mêmes, entre eux et avec moi ; qu’ils soient modestes, bienveillants ; qu’ils s’obéissent, s’entraident et se supportent mutuellement. Qu’ils aient la ferveur de l’esprit, la joie de l’espérance, une patience inlassable dans la pauvreté, l’abstinence, les travaux et les veilles, le silence et le recueillement. Sois au milieu d’eux selon ta ferme promesse. Et puisque tu sais ce dont chacun a besoin, je t’en prie, raffermis en eux ce qu’il y a de faible, (…), guéris ce qui est malade, apaise leurs chagrins, ranime les tièdes, rassure les instables, que tous se sentent aidés de ta grâce dans leurs besoins et leurs tentations.

    Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167)

     

     

     

  • Le vendredi saint : Célébration de la Passion du Seigneur

    Cette mort dont le genre humain fut frappé pour avoir mangé du fruit de l’arbre, aujourd’hui, par la croix, a été réduite à l’impuissance : en effet, la malédiction que toute notre race avait héritée de notre aïeule a été effacée grâce au Rejeton de la très pure Mère de Dieu, de celle que toutes les Puissances des cieux magnifient.

    C’est par ton essence humaine que tu souffrais, à la façon d’un homme, ta Passion, non en ta nature divine, Seigneur, car, impossible par ta divinité, c’est dans la chair assumée que tu as supporté toutes tes souffrances : aussi en l’une et l’autre essence, Seigneur, nous te magnifions.

    Dans un dessein de miséricorde le Maître, pour moi, s’anéantit et endure les souffrances de la chair, comblant mon néant ; par sa divinité il fait, de sa Passion, jaillir pour moi l’impassibilité et il couronne d’honneur mon déshonneur, lui que toutes les Puissances des cieux magnifient.

    Par ta divine condescendance, Seigneur, l’Hadès a été réduit en captivité et les morts ont bondi hors des tombes ; car c’est toi qui est maintenant la Vie véritable, celle qui met fin au règne de la Mort et à la puissance de l’Hadès, toi que toutes les Puissances des cieux magnifient.

    Même si tu as été déposé dans le tombeau comme un corps inanimé, en vertu de ta divinité, Maître, jusque parmi les morts tu t’es montré libre et, avec toi, de la corruption de l’Hadès tu as fait ressusciter le premier homme et toute sa race, grâce à ton adorable résurrection : c’est pourquoi avec les anges, toi l’Unique, le Sauveur, nous te magnifions. (…)

    Toi qui as enfanté, Toute Sainte, le Verbe éternel devenu homme d’une façon extraordinaire en ton sein, celui qui par son sang précieux a recréé le monde et qui l’illumine lorsque la croix est exaltée, maintenant toutes les puissances des cieux te magnifient.

    Livre d’heures du Sinaï (9e siècle)