Catégorie : Enseignement

  • Veillons sur notre prochain !

    Veillons à la santé de notre prochain avec autant de soin qu’à la nôtre, qu’il soit bien-portant ou épuisé par la maladie. Car « nous sommes tous un dans le Seigneur » (Rm 12,5) : riches ou pauvres, esclaves ou hommes libres, bien-portants ou malades. Pour tous, il n’y a qu’une seule tête, principe de tout : le Christ.

    Ce que sont les membres du corps les uns pour les autres, chacun de nous l’est pour chacun de ses frères, et tous le sont pour tous. Il ne faut donc ni négliger ni abandonner ceux qui sont tombés avant nous dans un état de faiblesse qui nous guette tous. Plutôt que de nous réjouir d’être en bonne santé, mieux vaut compatir aux malheurs de nos frères. Ils sont à l’image de Dieu comme nous et, malgré leur apparente déchéance, ils ont gardé mieux que nous la fidélité de cette image. En eux, l’homme intérieur a revêtu le même Christ et ils ont reçu les mêmes « arrhes de l’Esprit » (2 Co 5,5). Ils ont les mêmes lois, les mêmes commandements, les mêmes alliances, les mêmes assemblées, les mêmes mystères, la même espérance. Le Christ est mort pour eux également, « lui qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29). Ils ont part à l’héritage de la vie céleste, eux qui furent privés de beaucoup de biens ici-bas. Ils sont les compagnons des souffrances du Christ, ils le seront de sa gloire.

    La nature humaine nous fait une loi d’avoir pitié les uns des autres. En nous enseignant la solidarité dans la faiblesse, elle nous inculque le respect et l’amour des hommes.

    Saint Grégoire de Nazianze (330-390)

  • « Il en institua douze. »

    Le Seigneur avait commencé en convoquant les Douze, à travers lesquels était représenté le futur Peuple de Dieu. Dans la fidélité au mandat reçu par le Seigneur, les Douze, après son Ascension, associent progressivement d’autres personnes aux fonctions qui leur sont confiées, afin qu’elles poursuivent leur ministère. (…) Telle est la voie par laquelle continuera ce ministère qui, ensuite, en commençant par la seconde génération, s’appellera ministère épiscopal, le ministère des évêques. (…) Ainsi la succession de la fonction épiscopale se présente comme la continuité du ministère apostolique, garantie de la persévérance dans la Tradition apostolique.

    Le lien entre le collège des évêques et la communauté originelle des apôtres est tout d’abord compris dans l’optique de la continuité historique. Comme nous l’avons vu, aux Douze est tout d’abord associés Matthieu, puis Paul, puis Barnabé, puis d’autres, jusqu’à la formation du ministère de l’Évêque. (…) Et dans la continuité de la succession se trouve la garantie de la persévérance dans la communauté ecclésiale, du collège apostolique rassemblé autour de lui par le Christ.

    Mais cette continuité est entendue également au sens spirituel, car la succession apostolique dans le ministère est considérée comme le lieu privilégié de l’action et de la transmission de l’Esprit Saint. Un clair écho de ces convictions se trouve, par exemple, dans le texte suivant d’Irénée de Lyon : « La tradition des Apôtres, manifeste dans le monde entier, se montre dans chaque Église à tous ceux qui veulent voir la vérité et nous pouvons énumérer les Évêques établis par les Apôtres dans les Églises et leurs successeurs jusqu’à nous. (Les Apôtres) voulurent, en effet, que soient absolument parfaits et irrépréhensibles en toute chose ceux qu’ils laissaient comme leurs successeurs, en leur transmettant leur mission d’enseignement. »

    Benoît XVI

  • La pureté de la foi

    Penses-tu que, lorsque viendra le Fils de l’Homme, Il trouvera la foi sur la terre ? (Lc 18, 8) Que ceux qui avancent cette sentence de l’Évangile sachent que la foi mentionnée ici est celle dont le Seigneur disait : « Ta foi t’a sauvée » (Mt 9,22). Et ailleurs, à propos du centurion : « Je n’ai pas trouvé pareille foi en Israël » (Mt 8, 10). (…) Ni le centurion, ni cette pauvre femme qui avait des pertes de sang depuis douze ans (Mc 5,25), ne croyaient au mystère de la Trinité, qui a été manifesté aux Apôtres après la résurrection du Christ, (…) mais c’est la simplicité de leur cœur et leur âme donnée à leur Dieu qui sont approuvées ici. « Elle disait en effet dans son cœur : si je touche la frange de son vêtement, je serai sauvée ! » (Mt 9, 21) Voilà la foi dont le Seigneur a dit qu’elle se trouve rarement ! Voilà la foi qui, même chez ceux qui croient, est difficilement parfaite ! « Qu’il te soit fait, dit le Seigneur, selon ta foi ! » (Mt 8,13).

    Cette parole, moi, je désire ne pas l’entendre ! En effet, pour peu qu’il me soit fait selon ma foi, je périrai. Certes, « je crois en Dieu le Père, je crois en Dieu le Fils, je crois à l’Esprit Saint qui est Dieu, je crois en un seul Dieu », et cependant je ne veux pas qu’il me soit fait « selon ma foi ». Souvent, en effet, survient l’homme ennemi et, au milieu de la moisson du Seigneur, il sème l’ivraie. (…)

    En réalité, bien des fois, dans ma prière, je flâne à travers les rues, je calcule des intérêts, ou bien, emporté par une songerie honteuse, je m’occupe de ce que je rougirais de dire. Où est la foi ? À chacun d’interroger son propre cœur et, dans la vie, il verra combien il est rare de découvrir une âme fidèle au point de ne rien faire par désir de gloire ni rien pour le ‘qu’en-dira-t-on’. (…) En effet, les vices voisinent avec les vertus. Il est difficile de se contenter d’avoir Dieu seul pour juge.

    Saint Jérôme (347-420)

  • L’homme relié à Dieu pénètre le monde entier

    L’homme, dans la structure du monde, est pour ainsi dire en son centre. Il a plus de puissance que les autres créatures qui demeurent cependant dans la même structure. Car s’il est petit par sa stature il est grand par les énergies de son âme.

    La tête levée et les pieds bien calés, il est capable de mouvoir les éléments d’en haut comme ceux d’en bas. Les œuvres de ses mains pénètrent tout parce qu’il a, par l’énergie de l’homme intérieur, la possibilité de mettre ce pouvoir en œuvre. Le corps est plus grand que le cœur, mais les énergies de l’âme dépassent en puissance celles du corps. Le cœur est caché au fond du corps, mais le corps est entouré des énergies de l’âme qui s’étendent au monde entier. Ainsi, c’est par la science de Dieu, la conscience reliée à Dieu, que le fidèle existe, il tend vers Dieu dans les contraintes de l’esprit du siècle. Dans toutes ses entreprises, prospères ou adverses, c’est vers Dieu qu’il aspire. En elles, il ne cesse de manifester à Dieu tout le respect amoureux qui l’anime.

    L’homme intérieur contemple de ses yeux de chair les créatures qui l’entourent, mais par la foi, c’est Dieu qu’il voit. L’homme le reconnaît en toute créature, car il perçoit leur Créateur.

    Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)

  • « L’Époux est avec eux. »

    L’Église, mystère de l’union des hommes avec Dieu : C’est dans l’Église que le Christ accomplit et révèle son propre mystère comme le but du dessein de Dieu : « récapituler tout en lui » (Ep 1,10). Saint Paul appelle « grand mystère » (Ep 5,32) l’union sponsale du Christ et de l’Église. Parce qu’elle est unie au Christ comme à son Époux, l’Église devient elle-même à son tour mystère (Ep 3,9s). Contemplant en elle le mystère, Saint Paul s’écrie : « Le Christ en vous, l’espérance de la gloire » (Col 1,27) (…) Marie nous précède tous dans la sainteté qui est le mystère de l’Église comme « l’Épouse sans tache ni ride » (Ep 5,27). C’est pourquoi « la dimension mariale de l’Église précède sa dimension pétrinienne » (…)

    L’unité du Christ et de l’Église, de la tête et des membres de son Corps, implique aussi la distinction des deux dans une relation personnelle. Cet aspect est souvent exprimé par l’image de l’époux et de l’épouse. Le thème du Christ Époux de l’Église a été préparé par les prophètes et annoncé par Jean Baptiste (Jn 3,29). Le Seigneur s’est lui-même désigné comme « l’Époux » (Mc 2,19). L’apôtre Paul présente l’Église et chaque fidèle, membre de son Corps, comme une épouse « fiancée » au Christ Seigneur, pour n’être avec lui qu’un seul Esprit. Elle est l’Épouse immaculée de l’agneau immaculé (Ap 22,17) que le Christ a aimée, pour laquelle il s’est livré « afin de la sanctifier » (Ep 5,26), qu’il s’est associée par une alliance éternelle, et dont il ne cesse de prendre soin comme de son propre Corps.

    « Voilà le Christ total, Tête et Corps, un seul formé de beaucoup (…) Le Seigneur lui-même dit dans l’Évangile : ‘Non plus deux, mais une seule chair’ (Mt 19,6). Comme vous l’avez vu, il y a bien en fait deux personnes différentes, et cependant, elles ne font qu’un dans l’union conjugale » (St Augustin).

    Catéchisme de l’Église catholique

  • À table avec Jésus

    « Comme Jésus était à table dans la maison, de nombreux publicains et pécheurs vinrent prendre place avec lui et ses disciples. » (…) Essayons de comprendre plus profondément l’événement relaté ici. Matthieu n’a pas seulement offert au Seigneur un repas matériel dans sa demeure terrestre, mais, par sa foi et son amour, il lui a bien davantage préparé un festin dans la maison de son cœur, comme en témoigne celui qui a dit : « Je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu’un écoute ma voix et m’ouvre, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (Ap 3,20).

    Oui, le Seigneur se tient à la porte et il frappe lorsqu’il rend notre cœur attentif à sa volonté, soit par la parole de ceux qui enseignent, soit par une inspiration intérieure. Nous ouvrons notre porte à l’appel de sa voix quand nous acceptons librement ses enseignements intérieurs ou extérieurs et quand, ayant compris ce que nous devons faire, nous l’accomplissons. Et il entre pour manger, lui avec nous et nous avec lui, parce qu’il habite dans le cœur de ses élus, par la grâce de son amour. Ainsi il les nourrit sans cesse par la lumière de sa présence, afin qu’ils élèvent progressivement leurs désirs, et lui-même se nourrit de leur zèle pour le ciel comme la plus délicieuse des nourritures.

    Saint Bède le Vénérable (v. 673-735)

  • La libération des captifs

    En ce jour Jésus Christ est entré vainqueur dans les abîmes des enfers. En ce jour « il a brisé les portes d’airain, il a rompu les verrous de fer », comme le dit Isaïe (45,2). Remarquez ces expressions. Il ne dit pas qu’il « a ouvert » les portes d’airain, ni qu’il les a enlevées, mais qu’il les « a brisées », pour faire comprendre qu’il n’y a plus de prison, pour dire que Jésus a anéanti ce séjour des captifs. Une prison où il n’y a plus ni portes ni verrous ne peut plus retenir de prisonniers. Ces portes que le Christ a brisées, qui pourrait les rétablir ? Ces verrous qu’il a rompus, quel homme pourrait les remettre ?

    Quand les princes de la terre relâchent des détenus en envoyant des lettres de grâce, ils laissent subsister les portes et les gardes de la prison, pour montrer à ceux qui sortent qu’ils peuvent y rentrer encore, eux ou d’autres. Le Christ n’agit pas de la sorte. En brisant les portes d’airain, il témoigne qu’il n’y a plus de captivité, plus de mort.

    Pourquoi des portes « d’airain » ?… Parce que la mort était impitoyable, inflexible, dure comme le diamant. Jamais pendant tous les siècles avant Jésus Christ, jamais aucun de ses captifs n’avait pu lui échapper, jusqu’au jour où le Souverain du ciel est descendu dans l’abîme pour lui arracher ses victimes.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

  • « Quel est donc celui-ci, pour que même les vents et la mer lui obéissent ? »

    La tradition des chrétiens n’a pas une origine terrestre ; ce qu’ils conservent avec tant de soin n’est pas l’invention d’un mortel… En vérité le Tout-Puissant lui-même, le Créateur de toutes choses, l’Invisible, Dieu lui-même a établi chez les hommes la vérité en envoyant du haut des cieux sa Parole, le Verbe saint et insondable, et l’a affermi dans leurs cœurs.

    Il n’a pas envoyé aux hommes, comme certains pourraient l’imaginer, quelque subordonné, ange ou un des esprits chargés des affaires terrestres ou à qui est confié le gouvernement du ciel (cf Ep 1,21), mais bien « le bâtisseur et l’architecte » de l’univers (He 11,10). C’est par lui que Dieu a créé les cieux, par lui qu’il a enfermé la mer dans ses limites ; c’est lui dont tous les éléments cosmiques observent fidèlement les lois mystérieuses ; lui de qui le soleil a reçu la règle qu’il doit observer dans sa course journalière ; lui à qui obéit la lune, brillant pendant la nuit ; lui à qui obéissent les astres qui accompagnent la lune dans son cours. C’est de lui que toutes choses ont reçu disposition, limites et hiérarchies : les cieux et tout ce qui est dans les cieux ; la terre et tout ce qui est sur la terre ; la mer et tout ce qui est dans la mer, le feu, l’air, l’abîme, le monde d’en haut, celui d’en bas, les régions intermédiaires : c’est lui que Dieu a envoyé aux hommes.

    Et non pas, comme une intelligence humaine pourrait le penser, pour la tyrannie, la terreur et l’épouvante – pas du tout ! Mais en toute bonté et douceur, il l’a envoyé comme un roi envoie son fils (cf Mt 21,37), comme le dieu qu’il était. Il l’a envoyé comme il convenait pour les hommes : pour les sauver par la persuasion, non par la violence. Il n’y a pas de violence en Dieu.

    La Lettre à Diognète (v. 200)

  • « Viens, suis-moi ! »

    Plus tu te sépareras des choses de la terre, plus tu te rapprocheras de celles du ciel et plus tu trouveras de richesses en Dieu.

    Celui qui saura mourir à tout, trouvera vie en tout.

    Sépare-toi du mal, fais le bien, recherche la paix (Ps 33,15).

    Celui qui se plaint ou qui murmure n’est point parfait ni même bon chrétien.

    Celui-là est humble qui se cache en son propre néant et sait s’abandonner à Dieu.

    Celui-là est doux qui sait supporter le prochain et se supporter soi-même.

    Si tu veux être parfait, vends ta volonté et donne-la aux pauvres d’esprit, puis tourne-toi vers le Christ, pour obtenir de lui la douceur et l’humilité, et suis-le jusqu’au Calvaire et au sépulcre.

    Saint Jean de la Croix (1542-1591)

  • Ne pas juger pour parvenir à l’imitation de Dieu

    Lors que quelqu’un sera parvenu à cet amour du bien et cette imitation de Dieu (…), il revêtira les sentiments de longanimité qui furent ceux du Seigneur, et priera aussi, comme lui, pour ses persécuteurs : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » (Lc 23,34)

    C’est, aussi bien, la marque évidente d’une âme non purifiée encore de la lie des vices, que les fautes du prochain ne trouvent chez elle, au lieu du sentiment de la miséricorde et de la compassion, que la censure rigide d’un juge. Comment atteindre à la perfection du cœur, si l’on n’a ce qui consomme, au dire de l’Apôtre, la plénitude de la loi : « Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez la loi du Christ » (Gal 6,2), si l’on ne possède cette vertu de charité qui « ne s’irrite, ni ne s’enfle, ni ne pense le mal, qui souffre tout, supporte tout » (1Co 13,4-7) ? Car « le juste a pitié des bêtes qui sont à lui, mais les entrailles des impies sont sans miséricorde. » (Pr 12,10 LXX)

    Le moine, c’est chose bien certaine, est sujet aux mêmes vices qu’il condamne chez les autres avec une sévérité rigoureuse et inhumaine. En effet, « Le roi sévère tombera dans le malheur » (Pr 13,17 LXX) ; et « Celui qui ferme l’oreille au cri du pauvre, criera lui-même, et il ne se trouvera personne qui l’écoute. » (Pr 21,13 LXX)

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)