Étiquette : Ste Gertrude d’Helfta

  • Le Christ me demandera des comptes…

    Voici que mes péchés me causent une vive frayeur, mes omissions me couvrent d’une profonde honte, le gaspillage de ma vie me cause une très grande crainte. Je redoute ce futur examen où le Christ, l’homme noble, me demandera des comptes.

    S’il voulait exiger de moi le temps qu’il m’a remis en dépôt, et l’intelligence, ce talent qu’il m’a confié pour fournir des intérêts, sans aucun doute je n’aurais aucune réponse convenable à faire à ta charité. Que ferai-je ? De quel côté me tournerai-je ? Je ne puis bêcher la terre ; mendier, j’en ai honte (Lc 16,3). Ô tendresse ! Tendresse ! ouvre ta bouche maintenant ; que ton doux conseil, je t’en supplie, réconforte mon âme. De grâce, réponds-moi : que décideras-tu de me faire dans cette conjoncture, car selon ton nom tu es un cœur vraiment tendre, et tu connais parfaitement ce qui en cette conjoncture me convient. De grâce, pardonne-moi et viens à mon secours et, en cette tribulation, ne me regarde pas avec indifférence. Laisse-toi émouvoir par la pauvreté de mon esprit et, le cœur touché de compassion, dis-moi dans ta bonté : « Faisons, toi et moi, bourse commune. » (Pr 1,14)

    Ô Tendresse ! Tendresse ! n’as-tu pas chez toi entreposées tant et de si belles richesses que le ciel et la terre ne suffisent pas à les contenir. Toi, tu as contraint mon Jésus à donner son âme pour mon âme, pour ma vie la sienne ; de la sorte tu as fait mien tout ce qui est sien et ainsi, par ton abondance, tu as accru les ressources du pauvre. De grâce, convoque mon âme famélique à tes libéralités, afin que je vive à pleine vie de tes richesses et que, par toi élevée, par toi nourrie, je ne défaille pas dans le service du Seigneur, jusqu’à ce que, sous ta conduite, je retourne à mon Dieu, et je rende mon esprit à celui qui me l’a donné (Qo 12,7).

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

     

     

     

     

  • Que j’aille au-devant de toi !

    Parée de la robe nuptiale, et tenant la lampe allumée, au milieu des vierges prudentes, fais qu’à l’heure de ma mort, comme l’épouse au-devant de l’Époux, j’aille au-devant de toi. Par le baiser de ta bouche, introduis-moi comme ta propre épouse, dans la chambre nuptiale de ton amour source de joie. (…)

    À toi qui sonde les cœurs, je ne plairai pas par le corps, mais par l’âme : fais que je passe au nombre des vierges sages : la lampe allumée, avec l’huile que j’aurai préparée, j’attendrai le céleste Époux ; sans trouble à l’arrivée soudaine du Roi, mais en sûreté avec ma lumière, j’irai joyeusement à la rencontre du chœur des vierges qui marchent devant lui ; et je ne serai pas rejetée avec les vierges folles, mais librement j’entrerai dans le royal palais avec les vierges sages, pour habiter, demeurant pure en chasteté, dans la perpétuelle compagnie de ton Agneau. (…)

    Ô amour, amour, en la belle dilection prépare pour moi le sentier qui mène à toi : (…) tu conduis avec toi, en une bienheureuse armée céleste, les milliers de milliers de vierges resplendissantes, (…) qui dans la joie, répètent les doux cantiques de l’éternelle union. De grâce, ô amour, au sein de cette misère, garde-moi sous l’ombre de ta charité, de telle sorte qu’après cette exil, sous ta conduite, pénétrant sans tâche dans ton sanctuaire, parmi cette multitude de vierges, me réconforte un simple petit ruisseau de ta divine amitié et me rassasie une simple réjouissance, douce comme le miel. Amen, amen. Tel soit le cri de tous les êtres.

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

     

     

     

     

  • Réveille en toi mon esprit assoupi !

    Ô Amour, stable, fort et toujours victorieux, que ton industrie m’enseigne à aimer Jésus avec une invincible constance et à le servir avec une inébranlable persévérance. Réveille-moi, secoue-moi, afin que je sois toujours prête quand mon Seigneur arrivera, à la première ou à la seconde veillée ; et que je ne sois pas engourdie ni endormie, quand le cri se fera entendre à l’heure de minuit ; mais que sous ta motion et ta conduite, j’entre dignement aux noces avec l’Agneau. Et alors, de grâce, fais que ma lampe soit trouvée pleine de l’huile de la charité (Mt 25,4), pleine de l’incendie de l’amour, pleine de la lumière splendide des œuvres que produit une foi vive, afin que par toi je sois mise en possession des délices de la vie éternelle.

    Mon très doux Jésus, Époux très aimé, réveille maintenant en toi mon esprit assoupi ; dans ta mort, rends-moi une vie vécue pour toi seul. Donne-moi une existence qui réponde dignement au prix de ton sang. Donne-moi un esprit qui te goûte, un cœur qui te sente, une âme qui comprenne ta volonté, une vertu qui accomplisse ton bon plaisir, la stabilité qui persévère avec toi. Et, de grâce, à l’heure de ma mort, ouvre-moi sans retard la porte de ton très doux cœur, afin que, par toi, je mérite de pénétrer sans obstacle dans la chambre nuptiale de ton vivant amour où je jouirai de toi et où je te posséderai, ô toi, la vraie joie de mon cœur. Amen.

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)