Étiquette : St Pierre Chrysologue

  • « Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue ! »

         

    Cet homme qui possède cent brebis est le bon pasteur (Jn 10,11), le Christ, le pasteur miséricordieux qui avait établi tout le troupeau de la race humaine en une seule brebis, c’est-à-dire en Adam. Il avait placé la brebis dans le Paradis enchanteur et dans la région des pâturages de vie. Mais elle, se fiant aux hurlements des loups, a oublié la voix du berger ; elle a perdu le chemin qui conduit au bercail du salut et s’est trouvée toute couverte de blessures mortelles. Le Christ est venu dans le monde chercher la brebis et l’a retrouvée dans le sein de la Vierge. Il est venu, il est né dans la chair, il a placé la brebis sur la croix, et l’a prise sur les épaules de sa Passion. Puis, tout rempli de la joie de la résurrection, il l’a élevée, par son Ascension, jusqu’à la demeure du ciel.

    « Il réunit ses amis et ses voisins », c’est-à-dire les anges, « et il leur dit : ‘ Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue ‘ ». Les anges jubilent et exultent avec le Christ pour le retour de la brebis du Seigneur. Ils ne s’irritent pas de la voir siéger devant eux sur le trône de majesté. Car l’envie n’existe plus au ciel dont elle a été bannie avec le diable. Grâce à l’Agneau qui a enlevé le péché du monde (Jn 1,29), le péché d’envie ne peut plus pénétrer dans les cieux.

    Frères, le Christ est venu nous chercher sur la terre ; cherchons-le dans les cieux. Il nous a emportés dans la gloire de sa divinité ; nous, portons-le dans notre corps par la sainteté de toute notre vie.

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l’Église
    Sermon 168, 4-6 ; CCL 24 B, 1032-1034 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 439)

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  • Le signe de Jonas

    Toute l’histoire de Jonas nous le montre comme une préfiguration parfaite du Sauveur… Jonas est descendu à Joppé pour monter sur un bateau à destination de Tarsis… ; le Seigneur est descendu du ciel sur la terre, la divinité vers l’humanité, la souveraine puissance est descendue jusqu’à notre misère…, pour s’embarquer sur le navire de son Église…

    C’est Jonas lui-même qui prend l’initiative de se faire précipiter dans la mer : « Prenez-moi, dit-il, jetez-moi à la mer » ; il annonce ainsi la Passion volontaire du Seigneur. Quand le salut d’une multitude dépend de la mort d’un seul, cette mort est entre les mains de cet homme qui peut librement la retarder, ou au contraire la hâter pour devancer le danger. Tout le mystère du Seigneur est préfiguré ici. Pour lui la mort n’est pas une nécessité ; elle relève de son choix libre. Écoutez-le : « J’ai le pouvoir de déposer ma vie, et j’ai le pouvoir de la reprendre : on ne me l’enlève pas » (Jn 10,18)…

    Voyez l’énorme poisson, image horrible et cruelle de l’enfer. En dévorant le prophète, il sent la force du Créateur…et offre avec crainte le séjour de ses entrailles à ce voyageur venu d’en haut… Et après trois jours…il le rend à la lumière, pour le donner aux païens… Tel est le signe, l’unique signe, que le Christ a consenti à donner aux scribes et aux Pharisiens (Mt 12,39), afin de leur faire comprendre que la gloire qu’eux mêmes espéraient du Christ allait se tourner aussi vers les païens : les Ninivites sont le symbole des nations qui ont cru en lui… Quel bonheur pour nous, mes frères ! Ce qui a été annoncé et promis symboliquement, c’est face à face, en toute vérité, que nous le vénérons, que nous le voyons, que nous le possédons.

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l’Église
    Sermon 37 ; PL 52, 304-306 (trad. En Calcat rev.)

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  • « Qui peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? »

    « Mon enfant, tes péchés sont remis. » Par ces mots le Christ voulait être reconnu comme Dieu alors qu’il se cachait encore aux yeux humains sous l’aspect d’un homme. A cause des manifestations de sa puissance et ses miracles, on le comparait aux prophètes ; et pourtant c’était grâce à lui et grâce à sa puissance à lui qu’ils avaient opéré eux aussi des miracles. Accorder le pardon des péchés n’est pas au pouvoir de l’homme ; c’est la marque propre de Dieu. C’est ainsi que Jésus commençait à dévoiler sa divinité dans le cœur des hommes –- et cela rend les Pharisiens fous de rage. Ils répliquent : « Il blasphème ! Qui peut remettre les péchés, si ce n’est Dieu seul ? »

    Toi, Pharisien, tu crois savoir et tu n’es qu’un ignorant ! Tu crois célébrer ton Dieu et tu ne le reconnais pas ! Tu crois porter témoignage, et tu portes des coups ! Si c’est bien Dieu qui remet les péchés, pourquoi n’admets-tu pas la divinité du Christ ? Puisqu’il a pu accorder le pardon d’un seul péché, c’est donc lui qui efface les péchés du monde entier : « Voici l’agneau de Dieu, voici celui qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29). Pour que tu puisses comprendre sa divinité, écoute-le — car il a pénétré le fond de ton être. Regarde-le : il est parvenu jusqu’aux profondeurs de tes pensées. Comprends celui qui met à nu les intentions secrètes de ton cœur.

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l’Église
    Sermon 50 ; PL 52, 339 (trad. cf Matthieu commenté, DDB 1985, p. 73)

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  • « Alors Jésus pleura »

    « Quand Jésus vit Marie pleurer, et que les juifs venus avec elle pleuraient, il fut bouleversé d’une émotion profonde… » Marie pleure, les juifs pleurent, même le Christ pleure. Crois-tu qu’ils ressentent tous la même peine ? Marie, la sœur du mort, pleure parce qu’elle n’a pas pu retenir son frère, ni détourner la mort. Elle a beau être convaincue de la résurrection, la perte de son meilleur soutien, la pensée d’une cruelle absence, la tristesse d’une longue séparation, font jaillir des larmes qu’elle ne peut pas retenir… L’image implacable de la mort ne peut pas ne pas nous toucher et bouleverser, quelle que soit notre foi. Les juifs aussi pleuraient, au souvenir de leur condition mortelle, parce qu’ils désespéraient de l’éternité… Un mortel ne peut pas ne pas pleurer devant la mort.

    Laquelle d’entre ces tristesses étreint le Christ ? Aucune ? Alors pourquoi pleure-t-il ? Il avait dit : « Lazare est mort, et je me réjouis »… Mais voici qu’il répand les larmes des mortels, au moment même où il répand une nouvelle fois l’Esprit de vie ! Frères, tel est l’homme : sous l’effet de la joie, comme sous celui de la peine, jaillissent les larmes… Le Christ n’a pas pleuré dans la désolation de la mort, mais au souvenir de l’allégresse, lui qui par sa parole, une parole, doit réveiller tous les morts à la vie éternelle (Jn 5,48)… Comment penser que le Christ ait pleuré par faiblesse humaine, quand le Père céleste pleure son fils prodigue non pas lorsqu’il part, mais à l’heure de le retrouver ? (Lc 15,20)… Il a permis que Lazare meure, parce qu’il a voulu ressusciter le mort pour manifester sa gloire ; il a permis que son ami descende au séjour des morts afin que Dieu apparaisse, en ramenant l’homme des enfers.

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l’Église
    Sermon 64 ; PL 52, 379 (trad. coll. Icthus, t. 12, p. 279 rev.)

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