Étiquette : St Ephrem

  • « Ils remplirent douze paniers avec les morceaux qui restaient. »

    En un clin d’œil, le Seigneur a multiplié un peu de pain. Ce que les hommes font en dix mois de travail, ses dix doigts l’ont fait en un instant. (…) Pourtant, ce n’est pas à sa puissance qu’il a mesuré ce miracle, mais à la faim de ceux qui étaient là. Si le miracle avait été mesuré à sa puissance, il serait impossible de l’évaluer ; mesuré à la faim de ces milliers de gens, le miracle a dépassé les douze corbeilles. Chez les artisans, la puissance est inférieure au désir des clients, ils ne peuvent pas faire tout ce qu’on leur demande ; les réalisations de Dieu, au contraire, dépassent tout désir. (…)

    Rassasiés au désert comme jadis les Israélites à la prière de Moïse, ils se sont écriés : « Celui-ci est le prophète dont il est dit qu’il viendra dans le monde. » Ils faisaient allusion aux paroles de Moïse : « Le Seigneur vous suscitera un prophète », non pas n’importe lequel, mais « un prophète comme moi » (Dt 18,15), qui vous rassasiera de pain dans le désert. Comme moi il a marché sur la mer, il est apparu dans la nuée lumineuse (Mt 17,5), il a libéré son peuple. (…) Il a remis Marie à Jean, comme Moïse a remis son troupeau à Josué. (…) Mais le pain de Moïse n’était pas parfait ; il a été donné seulement aux Israélites. Voulant signifier que son don est supérieur à celui de Moïse et l’appel des nations encore plus parfait, notre Seigneur a dit : « Quiconque mangera de mon pain vivra éternellement », car « le pain de Dieu est descendu des cieux » et il est donné au monde entier (Jn 6,51).

    Saint Éphrem (v. 306-373)

     

     

     

  • « Il faut que le Fils de l’homme soit élevé afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. »

    Lorsque le peuple a péché dans le désert (Nb 21,5s), Moïse, qui était prophète, a ordonné aux Israélites de dresser un serpent sur une croix, c’est-à-dire de mettre à mort le péché. (…) C’était un serpent qu’il fallait regarder, puisque c’était par des serpents que les fils d’Israël avaient été frappés pour leur châtiment. Et pourquoi par des serpents ? Parce qu’ils avaient renouvelé la conduite de nos premiers parents. Adam et Ève avaient péché tous deux en mangeant du fruit de l’arbre ; les Israélites avaient murmuré pour une question de nourriture. Proférer des paroles de plainte parce qu’on manque de légumes, c’est le comble du murmure. Voilà ce qu’atteste le psaume : « Ils parlèrent contre Dieu dans les lieux arides » (Ps 77,17). Or, dans le paradis aussi, le serpent a été à l’origine du murmure. (…)

    Les fils d’Israël devaient ainsi apprendre que le même serpent qui avait tramé la mort d’Adam, leur avait procuré la mort à eux aussi. Moïse l’a suspendu donc au bois, afin qu’en le voyant, ils soient amenés, par la similitude, à se souvenir de l’arbre. Ceux, en effet, qui tournaient leurs yeux vers lui étaient sauvés, non certes grâce au serpent, mais à cause de leur conversion. Ils regardaient le serpent et ils se rappelaient leur péché. Parce qu’ils étaient mordus, ils se repentaient et, une fois de plus, ils étaient sauvés. Leur conversion transformait le désert en demeure de Dieu ; le peuple pécheur devenait par la pénitence une assemblée ecclésiale et, bien mieux, malgré lui, il adorait la croix.

    Sermon attribué à saint Éphrem (v. 306-373)

     

     

  • « Le Seigneur m’a consacré par l’onction. »

    Prière pour l’onction après le baptême : « Par le baptême, le Dieu tout-puissant, Père de notre Seigneur Jésus Christ, t’a libéré du péché et t’a fait renaître de l’eau et de l’Esprit. Tu fais maintenant partie de son peuple : il te marque de l’huile sainte pour que tu demeures éternellement membre de Jésus Christ, prêtre, prophète et roi. »
    Comme votre rang est élevé !
    Tandis que la pécheresse a oint
    Les pieds de son Seigneur, comme une servante (Lc 7,38),
    Pour vous, c’est le Christ lui-même
    Qui par ses ministres, comme un serviteur,
    Marque vos corps par l’onction baptismale.
    Le Seigneur des brebis trouve convenable
    De mettre en personne son signe sur ses servants. (…)

    Refrain :
    Voici que le Christ signe avec l’huile
    Ses agneaux nouveaux dans le baptême.

    L’huile qu’Élie a fait abonder (1R 17,14)
    Était un aliment pour la bouche ;
    Le vase de la veuve, en effet,
    N’était pas la corne de l’onction (1S 16,1).
    Mais l’huile dont notre Seigneur vous a oints
    N’est pas une nourriture :
    Elle transforme le pécheur, ce loup du dehors,
    En agneau, membre de son troupeau (Mt 7,15). (…)

    Quand la colombe a apporté la branche d’olivier (Gn 8,11),
    C’était le symbole de l’onction baptismale :
    Tous dans l’arche se sont hâtés vers elle,
    Puisqu’elle apportait une bonne nouvelle de rédemption.
    Vous aussi, hâtez-vous vers cette huile sainte ;
    Que vos corps fautifs se réjouissent,
    Car elle apporte la Bonne Nouvelle de la rédemption. (…)

    Lorsque David a été oint, mes frères (1S 16,13),
    L’Esprit est descendu,
    A discerné le cœur de ce brave et y a trouvé ses délices.
    Le parfum de cette huile est devenu celui de son cœur ;
    L’Esprit a fait sa demeure en lui et en lui a chanté (1S 16,23).
    Mais votre onction à vous est plus grande,
    Puisque le Père, le Fils et le Saint-Esprit
    Sont descendus et sont venus habiter en vous (…).

    L’huile de grand prix que Marie
    A versé sur la tête de notre Seigneur
    A exhalé son parfum dans toute la maison (Jn 12,3).
    Le parfum de votre onction, lui aussi,
    Se répand et s’exhale jusqu’aux cieux.
    Là il fait les délices des anges d’en haut ;
    Satan trouve son odeur insupportable ;
    Pour Dieu son arôme est doux (…).

    Venez, brebis, recevez votre signe
    Qui chasse ceux qui veulent vous dévorer !
    Venez, agneaux, recevez votre signe,
    Car votre signe est vérité (…).
    Cette vérité, comme elle ressemble
    À un grand arbre qui répand son ombre (…) :
    Les nations sont venues s’abriter dans ses branches (Mt 13,32),
    Elles ont cueilli ses fruits et s’en sont rassasié.

    Rituel du baptême et saint Éphrem (v. 306-373)

     

     

  • « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison. »

    Zachée priait ainsi dans son cœur : « Bienheureux celui qui est digne de recevoir ce Juste dans sa demeure ». Notre Seigneur lui a dit : « Vite, descends, Zachée ! » Celui-ci, voyant que le Seigneur connaissait sa pensée, a dit : « Puisqu’il connaît cela, il connaît aussi tout ce que j’ai fait ». C’est pourquoi il a déclaré : « Tout ce que j’ai acquis injustement, je le rends au quadruple ».

    « Vite, descends du figuier, car je vais séjourner chez toi. » Grâce à ce second figuier, celui de ce chef des publicains, le premier figuier, celui d’Adam, tombe dans l’oubli, et le nom d’Adam est également oublié grâce au juste Zachée (…) : « Aujourd’hui, la vie a paru dans cette demeure. » (…) Par sa prompte obéissance celui qui hier n’était qu’un voleur, aujourd’hui est devenu un bienfaiteur ; celui qui hier était un collecteur d’impôts, aujourd’hui devient un disciple.

    Zachée a laissé la loi ancienne ; et il est monté sur un figuier inerte, symbole de la surdité de son esprit. Mais cette ascension est le symbole de son salut. Il a abandonné la bassesse ; il est monté pour voir la divinité dans les hauteurs. Notre Seigneur s’est hâté de lui faire quitter ce figuier desséché, son ancienne manière d’être, afin qu’il ne reste pas sourd. Pendant que flambait en lui l’amour de notre Seigneur, il a consumé en lui l’homme ancien pour façonner en lui un homme nouveau.

    Saint Éphrem (v. 306-373)

     

     

  • « Toute la création gémit en travail d’enfantement… Nous gémissons nous aussi dans l’attente de la rédemption de nos corps. » (Rm 8, 22-23)

    La contemplation du Paradis m’a ravi par sa paix et sa beauté. Là demeure la beauté sans tache, là réside la paix sans tumulte. Heureux qui méritera de le recevoir, sinon par justice, du moins par bonté ; sinon à cause des œuvres, du moins par pitié ! (…)

    Quand mon esprit est revenu aux rives de la terre, mère des épines, se sont présentés à moi des douleurs et des maux de tous genres. J’ai appris ainsi que notre région est une prison. Et pourtant les captifs qui y sont enfermés pleurent quand ils en sortent. Je me suis étonné aussi de ce que les enfants pleurent quand ils sortent du sein ; ils pleurent alors qu’ils sortent des ténèbres vers la lumière, d’un espace étroit vers le vaste univers. De même la mort est pour les hommes une sorte d’enfantement. Ceux qui naissent pleurent en quittant l’univers, mère des douleurs, pour entrer dans le Paradis de délices.

    Ô toi, Seigneur du Paradis, prends-moi donc en pitié ! S’il n’est pas possible d’entrer dans ton Paradis, rends-moi digne du moins des pâturages à son entrée. Au centre du Paradis est la table des saints, mais à l’extérieur les fruits de son enclos tombent comme des miettes pour les pécheurs qui, même là, vivront par ta bonté

    Saint Éphrem (v. 306-373)

     

     

     

     

     

  • « Nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel. »

    Le Pasteur de tous est descendu,
    Il a cherché Adam, brebis perdue,
    Il l’a porté sur ses épaules et est remonté.
    Il s’est fait lui-même sacrifice offert au Maître du troupeau (Lc 15,4; Jn 10,11).
    Bénie soit sa descente vers nous !

    Il s’est répandu, rosée et pluie vivifiante,
    Sur Marie, cette terre assoiffée.
    Grain de blé, il est descendu dans la terre ;
    Il en est remonté, gerbe et pain nouveau (Jn 12,24).
    Bénie soit son offrande ! (…)

    De la hauteur, la puissance est descendue pour nous,
    Du sein de la Vierge, l’espérance a brillé pour nous,
    Du tombeau la vie est apparue pour nous,
    À la droite du Père, il siège en roi pour nous.
    Béni soit son honneur !

    De la hauteur il a coulé comme un fleuve ;
    De Marie il est sorti comme un rejeton ;
    Du bois il a pendu comme un fruit,
    Et il est monté au ciel, offrande des prémices.
    Bénie soit sa volonté

    Saint Éphrem (v. 306-373)

     

     

     

  • « Zacharie repartit chez lui ; quelque temps plus tard, sa femme Élisabeth devint enceinte. »

    L’ange lui dit : « Dieu a exaucé la voix de ta prière ». Si Zacharie croyait que sa prière serait exaucée, il priait bien ; s’il ne croyait pas, il priait mal. Sa prière était sur le point d’être exaucée ; pourtant, il en a douté. C’est donc à bon droit qu’à ce moment même la parole s’est éloignée de lui. Auparavant, il priait pour obtenir un fils ; au moment où sa prière a été exaucée, il a changé et a dit : « Comment cela se fera-t-il ? » Puisque sa bouche a douté de sa prière, il a perdu l’usage de la parole (…). Tant que Zacharie croyait, il parlait ; dès qu’il n’a plus cru, il s’est tu. Tant qu’il croyait, il parlait : « J’ai cru et c’est pourquoi j’ai parlé » (Ps 115,10). Parce qu’il a méprisé la parole de l’ange, cette parole l’a tourmenté, afin qu’il honore par son silence la parole qu’il avait méprisée.

    Il convenait que devienne muette la bouche qui avait dit : « Comment cela se fera-t-il ? », pour qu’elle apprenne la possibilité du miracle. La langue qui était déliée a été liée pour qu’elle apprenne que Celui qui avait lié la langue pouvait délier le sein. Ainsi donc, l’expérience a instruit celui qui n’avait pas accepté l’enseignement de la foi. (…) Il apprit ainsi que celui qui avait fermé une bouche ouverte pouvait ouvrir un sein fermé.

    Saint Ephrem (v. 306-373)

     

     

     

     

     

  • « Alors tu verras clair ! »

    Par le jour lumineux de ta connaissance,

    repousse, Seigneur, la nuit obscure,

    afin que notre intelligence éclairée

    te serve avec une pureté toute nouvelle. (…)

    Le début de la course du soleil

    marque pour les mortels le commencement du travail :

    prépare dans nos âmes, Seigneur,

    une demeure pour ce jour qui ne connaît pas de fin.

    Donne-nous de voir en notre personne

    la vie de la résurrection

    et remplis nos cœurs de tes délices éternelles.

    Imprime en nous, Seigneur, par notre fidélité à te servir,

    le signe de ce Jour qui ne dépend ni du lever

    ni de la course du soleil.

    En tes sacrements, chaque jour, nous t’étreignons

    et nous te recevons dans notre corps :

    accorde-nous d’expérimenter en nous-mêmes

    la résurrection que nous espérons.

    Sois pour nos pensées, Seigneur,

    les ailes qui nous emmènent, légers, dans les hauteurs

    et nous transportent jusqu’à notre vraie demeure.

    Nous recelons ton trésor dans notre corps

    par la grâce du baptême (…).

    Puissions-nous le comprendre à quelle beauté

    nous sommes appelés par cette beauté spirituelle

    que ta volonté immortelle éveille en nous (…).

    Que ta résurrection, Jésus,

    fasse croître en nous l’homme spirituel (cf Ep 3,16),

    et que la contemplation de tes mystères

    soit le miroir où nous puissions te reconnaître (cf 1Co 13,12). (…)

    Donne-nous, Seigneur, de nous hâter vers notre sainte patrie,

    et de la posséder dès maintenant par la contemplation

    comme Moïse a vu la Terre promise

    du sommet de la montagne (Dt 34,1).

    Saint Ephrem (v. 306-373)

     

     

     

  • Le Christ vient au secours de l’humanité blessée

    « ‘Quel est le grand et le premier commandement de la Loi ?’ Jésus lui répond : ‘Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, et ton prochain comme toi-même’ » (Mt 22,36-39). L’amour de Dieu nous épargne la mort, et l’amour de l’homme le péché, car personne ne pèche contre celui qu’il aime. Mais quel est le cœur qui puisse posséder en plénitude l’amour pour ses proches ? Quelle est l’âme qui puisse faire fructifier en elle, à l’égard de tout le monde, l’amour semé en elle par ce précepte : « Aime ton comme toi-même » ? Nos moyens sont incapables, par eux seuls, d’être les instruments de cette volonté rapide et riche de Dieu : seul y suffit le fruit de la charité semé par Dieu lui-même.

    Dieu peut, de par sa nature, accomplir tout ce qu’il veut ; or il veut donner la vie aux hommes. Les anges, les rois et prophètes (…) sont passés, mais les hommes n’ont pas été sauvés — jusqu’à ce que descende des cieux Celui qui nous tient par la main et qui nous ressuscite.

    Saint Ephrem (v. 306-373)

     

     

  • Solennité de l’Annonciation du Seigneur

    Contemplez Marie, mes bien-aimés, voyez comment Gabriel est entré chez elle et son objection : « Comment cela va-t-il se faire ? » Le serviteur de l’Esprit Saint lui a fait cette réponse : « Cela est facile à Dieu ; pour lui tout est simple. » Considérez comment elle a cru à la parole entendue et a dit : « Voici la servante du Seigneur. » Dès lors le Seigneur est descendu d’une manière que lui seul connaît ; il s’est mis en mouvement et est venu comme il lui plaisait ; il est entré en elle sans qu’elle le sente, et elle l’a accueilli sans éprouver aucune souffrance. Elle portait en elle, comme un enfant, celui dont le monde était rempli. Il est descendu pour être le modèle qui renouvellerait l’antique image d’Adam.

    C’est pourquoi, lorsqu’on t’annonce la naissance de Dieu, observe le silence. Que la parole de Gabriel te soit présente à l’esprit, car il n’y a rien d’impossible à cette glorieuse Majesté qui s’est abaissée pour nous et qui est née de notre humanité. En ce jour, Marie est devenue pour nous le ciel qui porte Dieu, car la Divinité sublime est descendue et a établi en elle sa demeure. En elle, Dieu s’est fait petit — mais sans amoindrir sa nature — pour nous faire grandir. En elle, il nous a tissé un habit avec lequel il nous sauverait. En elle se sont accomplies toutes les paroles des prophètes et des justes. D’elle s’est levée la lumière qui a chassé les ténèbres du paganisme.

    Nombreux sont les titres de Marie… : elle est le palais dans lequel a habité le puissant Roi des rois, mais il ne l’a pas quittée comme il était venu, car c’est d’elle qu’il a pris chair et qu’il est né. Elle est le ciel nouveau dans lequel a habité le Roi des rois ; en elle s’est levé le Christ et d’elle il est monté pour éclairer la création, formé et façonné à son image. Elle est le cep de vigne qui a porté la grappe ; elle a donné un fruit supérieur à la nature ; et lui, bien que différent d’elle par sa nature, a revêtu sa couleur quand il est né d’elle. Elle est la source de laquelle ont jailli les eaux vives pour les assoiffés, et ceux qui s’y désaltèrent portent des fruits au centuple.

    Saint Ephrem (v. 306-373)