Étiquette : St Cyrille de Jérusalem

  • Comment le berger jugera-t-il ?

    Comment le berger jugera-t-il ?

    « Le Père ne juge absolument personne, mais il a donné au Fils tout le pouvoir de juger » (Jn 5,22), non qu’il se dépouille lui-même de son pouvoir, mais il juge par le Fils. Le Fils juge donc sur l’indication du Père. Car les indications du Père ne sont pas d’une sorte et les indications du Fils d’une autre sorte, mais une seule et même indication. Que dit donc le juge sur ta responsabilité ou ton irresponsabilité au sujet de tes œuvres ?

    « Et ils réuniront devant lui tous les peuples » car il « faut que tous plient le genou devant le Christ, habitants des cieux, de la terre et des enfers ». « Et il les séparera les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs » (cf. Mt 25,32 ; Rm 14,10 ; Ph 2,10). Le berger, comment sépare-t-il ? Est-ce en cherchant d’après un livre quelle bête est brebis et quelle autre bouc ? Ou juge-t-il d’après ce qu’il voit ? Est-ce que la laine ne désigne pas la brebis et une toison velue et sèche le bouc ? Ainsi, si tu as été préalablement purifié de tes fautes, tes œuvres paraissent à l’extérieur comme une laine pure, et la robe d’innocence t’attend et tu diras toujours : « J’ai quitté ma tunique, comment la remettrai-je ? » (Ct 5,3). Ta toison te fait reconnaître pour une brebis. Mais si tu es trouvé velu, à l’image d’Esaü qui avait le poil épais et l’esprit léger, qui pour un mets avait sacrifié son droit d’aînesse et vendu sa prérogative, tu seras placé à gauche.

    Plaise à Dieu que nul de ceux qui sont ici ne déchoie de la grâce, et ne soit trouvé, à cause de ses mauvaises actions, dans les rangs de gauche, ceux des pécheurs.

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

  • « Le tentateur s’approcha. » (Mt 4,3)

    « Le tentateur s’approcha. » (Mt 4,3)

    C’est une chose terrible que le péché et une fort cruelle maladie de l’âme que la transgression, car elle coupe les nerfs de l’âme, et travaille ainsi pour le feu éternel. (…)

    Tu n’es pourtant pas le seul instigateur de la mauvais action : il en est un autre dont la perversité te la souffle : c’est le diable. Cet être souffle le mal à tous, mais il ne triomphe pas de ceux qui refusent de l’écouter. D’où la parole de l’ Écclésiaste : « Si l’esprit de celui qui possède la puissance s’élève contre toi, ne quitte pas ta place » (Qo 10,4), verrouille ta porte, tiens-le loin de toi, et il ne te nuira pas. Que si tu accueilles à la légère la suggestion d’un désir, grâce à tes considérations, elle enfoncera en toi les racines, elle enchaînera ton intelligence et t’attirera dans la fosse de misère.

    Mais peut-être diras-tu : « Je suis un “fidèle”, et le désir ne me domine pas, même si je m’arrête à y réfléchir. » Ignores-tu qu’une racine, à force de s’y accrocher, brise même une pierre ? N’accueille pas la graine, car elle brisera ta foi. Avant qu’elle ne fleurisse, arrache le mal jusqu’aux racines, de peur que ta nonchalance première ne te vaille plus tard d’avoir à beaucoup penser haches et feu. Commence par guérir tes mauvais yeux en temps opportun, pour n’avoir pas à chercher le médecin une fois devenu aveugle.

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

  • Le mal vient du dedans du cœur de l’homme

    Le mal vient du dedans du cœur de l’homme

    Le Mal délibéré est un fruit de la préméditation ; or, nous péchons indubitablement avec préméditation, le Prophète, quelque part, l’affirme clairement : « Je t’ai plantée, vigne féconde, toute entière authentique ; comment as-tu passé à l’amertume, vigne d’origine étrangère ? » (Jr 2,21). Bon plant, mauvais fruit : le mal vient de la préméditation. Le planteur n’est pas coupable, mais la vigne sera consumée par le feu, puisque, plantée pour donner du bon fruit, elle en a volontairement porté du mauvais. « Dieu en effet a fait l’homme droit », selon l’Écclésiaste, « et d’eux-mêmes, les hommes ont cherché quantité de subterfuges » (Qo 7,29). « Nous sommes en effet son ouvrage, créés en vue des bonnes œuvres » (Ep 2,10), dit l’Apôtre. Donc, le Créateur, qui est bon, a créé en vue d’œuvres bonnes, mais la créature suivant un choix à elle s’est tournée vers le mal.

    C’est donc, nous l’avons dit, un mal terrible que le péché. Il n’est pourtant pas sans remède : terrible pour celui qui s’y fixe, il est aisé à guérir pour qui, par la pénitence, s’en sépare. (…) Mais, dira-t-on, qu’est-ce donc que le péché ? est-ce un animal ? est-ce un démon ? quelle est sa source ? Ce n’est pas, ô homme, un ennemi qui t’attaque de l’extérieur, mais une production mauvaise qui grandit à partir de toi. Regarde avec des yeux francs et il n’y a pas de concupiscence. Garde ce qui t’appartient et ne prends pas ce qui est aux autres, et voici l’avarice par terre. Pense au jugement, alors ni la fornication ni l’adultère ni le meurtre ni aucune sorte de désobéissance ne prévaudra chez toi. Mais quand tu oublies Dieu, alors tu te mets à penser au mal et à commettre l’iniquité.

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

  • « Quiconque écoute ressemble à celui qui construit une maison. » (Lc 6,47-48)

    [ Aux catéchumènes : ] Sois assidu aux catéchèses. Dussent nos paroles vous retenir longuement, ne relâche jamais ton attention. Elles te fournissent des armes (…). Tu as beaucoup d’ennemis, arme-toi abondamment. De nombreuses cibles s’offrent à tes traits, et c’est pour toi une nécessité que d’apprendre comment tu transperceras (…), tu combattras (…). Les armes, assurément, sont prêtes et tout prêt le glaive de l’Esprit, mais il faut aussi avec détermination les brandir de la main droite, pour combattre le combat du Seigneur, pour vaincre la puissance adverse, pour devenir invincible à toutes les entreprises de l’hérésie.

    Dis-toi que c’est le temps de la plantation des arbres : si nous ne creusons, et profondément, est-ce que notre plantation une fois manquée, pourra en un autre temps être réussie ? Dis-toi que la catéchèse est un édifice : si nous ne creusons pas pour les fondations, si nous n’assurons pas les joints de la construction, la cohésion de la maison, pour qu’elle ne comporte aucune malfaçon qui rendrait caduque la construction, absolument inutile serait lui-même le premier travail. Il faut au contraire joindre successivement pierre à pierre et accorder angle à angle, en arasant le superflu : c’est ainsi qu’il faut aboutir à élever une construction impeccable.

    De même, nous t’apportons, pour ainsi dire, les pierres de la science. Il faut écouter ce qui concerne le Dieu vivant ; écouter ce qui concerne la Résurrection. Il y a quantité d’enseignements successifs, (…) si tu ne les relies pas en leur ensemble et si ta mémoire ne retient pas les premiers, puis les suivants, l’architecte aura beau bâtir, tu n’auras qu’un édifice fragile.

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

  • « Comment es-tu entré, sans avoir le vêtement de noce ? »

    Il est un homme qui jadis se mêla à la noce dont parlent les Évangiles. En négligé, il entra, s’étendit et se mit à manger, car il avait eu l’accord de l’époux. Mais il aurait fallu que ce convive voyant que tout le monde portait des habits blancs, revêtît lui aussi un vêtement de cette couleur.

    Loin d’en agir ainsi, il prit sa part des plats tout comme les autres, alors que ni sa tenue ni ses dispositions ne l’assimilaient à eux. Cependant, libéral, l’époux n’est pas pour autant dépourvu de discernement. En faisant le tour des convives un à un, et en les regardant (non qu’il s’intéressât à leur manière de manger, mais bien à leur tenue), il vit un intrus qui n’avait pas la robe des noces et lui dit : « Mon ami, comment es-tu entré ici ? » (Mt 22,12) avec quelle couleur ? avec quelle conscience ? Je veux bien que le portier ne t’ait pas empêché d’entrer, tant est libéral l’intendant. Tu ignorais, soit, quel vêtement était de rigueur pour être admis au festin : tu es entré, tu as vu les vêtements pour ainsi dire fulgurants des convives : n’aurait-il pas fallu, du moins, tirer de ce qui frappait tes yeux, une leçon ? N’aurait-il pas fallu faire une honnête entrée, pour faire une honnête sortie ? Mais voici que ta fâcheuse entrée te vaut aussi une fâcheuse expulsion. (…)

    Tu as vu ce qui est arrivé à l’homme de ce jour-là : veille à ton propre cas. (…) Il est possible que tu sois entré avec une âme maculée de péchés et avec une intention souillée. (…) Fais aujourd’hui une honnête sortie, et demain une très honnête rentrée. Si ton âme avait pour vêtement l’avarice, entre avec un autre. Dépouille le vêtement que tu as porté, ne mets rien par-dessus ; dépouille-moi fornication et impureté, et revêts-moi la très éclatante robe de la chasteté. Je te donne cet avis avant que n’entre l’Époux des âmes, Jésus, et qu’il ne voie tes vêtements.

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

  • « Heureux vos yeux parce qu’ils voient, et vos oreilles parce qu’elles entendent. »

    Un arbre abattu, coupé même sur le pied, repousse et refleurit ; et un homme abattu ne revivra pas ? Les semences moissonnées reposent, dorment dans les greniers et revivent au printemps ; et l’homme moissonné, jeté dans les greniers de la mort, ne revivra pas ? Un bourgeon de vigne, une branche coupée et transplantée, se ravivent et portent des fruits ; et l’homme pour qui tout a été créé, une fois tombé ne pourra pas se relever ?…

    Contemplez donc ce qui se passe autour de vous. Méditez sur le tableau de ce vaste univers. Je sème du blé ou toute autre graine; il tombe et meurt, il pourrit et ne peut plus servir à la nourriture de l’homme. Mais de sa pourriture il renaît, il s’élève, il se multiplie. Or pour qui a-t-il été créé ? N’est-ce pas pour notre usage ? Ce n’est pas pour elles-mêmes que toutes ces semences sont sorties du néant. Donc ce qui a été créé pour nous meurt et renaît, et nous, pour qui ce prodige s’opère tous les jours, notre mort serait sans réveil ?

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

  • L’âme éclairée par le Saint Esprit

    L’Esprit Saint n’agit que pour le bien et le salut. D’abord, douce est sa présence, suave la conscience qu’on en a, très léger son joug. Des rayons de lumière et de science annoncent sa brillante venue. Il vient avec les entrailles d’un tuteur légitime ; car il vient sauver, guérir, enseigner, conseiller, fortifier, éclairer l’intelligence, d’abord de celui qui le reçoit, puis par lui, des autres aussi.

    Et comme l’œil du corps, d’abord dans les ténèbres, ensuite en voyant soudain le soleil, est éclairé et voit distinctement ce qu’il ne voyait pas, ainsi celui qui a été honoré de la visite du Saint-Esprit, a l’âme éclairée et voit d’une façon surhumaine ce qu’il ne savait pas. Son corps est sur la terre, son âme voit néanmoins les cieux comme dans un miroir. Il voit comme Isaïe : « Le Seigneur assis sur un trône haut et élevé » (Is 6,1) ; et il voit comme Ézéchiel : « Celui qui siège sur les chérubins » (Ez 10,1) ; il voit comme Daniel : « Les myriades de myriades et les milliers de milliers » (Dn 7,10), et ce rien qu’est l’homme voit le commencement du monde et la fin du monde, et le milieu des temps, et il sait les successions des rois, choses qu’il n’a pas apprises : en effet il jouit de la présence du véritable introducteur à la lumière. L’homme est à l’intérieur des murailles, et la puissance de sa science s’étend au loin ; il voit même ce que font les autres. (…)

    Que le Dieu de la paix, par notre Seigneur Jésus Christ et par la charité de l’Esprit, vous juge tous dignes de ses dons spirituels et célestes. À lui la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen.

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

  • Nous sommes participants de la vigne sainte.

    Tu vas recevoir une armure non point périssable mais spirituelle. Tu vas être désormais planté dans le paradis mystique ; tu vas recevoir un nom nouveau qui ne t’appartenait pas auparavant. Avant ce jour tu étais catéchumène, tandis que maintenant tu seras appelé fidèle. Tu vas être désormais transplanté parmi les oliviers mystiques, greffé de l’olivier sauvage sur l’olivier franc, des péchés sur la justice, des souillures sur la pureté. Tu deviens participant de la vigne sainte. Que si tu demeures dans la vigne, tu croîtras comme un sarment fertile ; si au contraire tu n’y demeures pas, tu seras consumé par le feu. Portons donc les fruits qui conviennent.

    Prenons garde de faire comme le figuier stérile, de peur que Jésus, venant à passer, ne renouvelle sa malédiction contre la stérilité. Que tous soient au contraire en mesure de prononcer cette parole : « Pour moi, comme un olivier fertile dans la maison de Dieu, j’ai mis dans la miséricorde de Dieu une confiance éternelle » (Ps 51,10). Olivier non pas matériel mais mystique, porte-lumière. Il appartient donc à Dieu de planter et d’arroser, à toi de porter des fruits. À Dieu de donner la grâce, à toi de l’accueillir et de la garder. Ne fais pas le dédaigneux parce que la grâce est donnée gratuitement, mais quand tu l’as reçue, garde-la soigneusement.

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

            
  • « Jésus souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. » (Jn 20, 22)

    Jésus a gratifié ses apôtres de la compagnie du Saint-Esprit. Il est en effet écrit : « À ces mots, il souffla sur eux et il leur dit : “Recevez l’Esprit Saint… Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus” » (Jn 20, 22-23). Cette seconde insufflation — puisque les fautes volontaires avaient effacé la première — se produisit pour que fût accompli ce texte de l’Écriture : « Il est monté en soufflant sur ta face en te libérant de ta tribulation » (Na 2,1 LXX). Mais « il est monté », d’où ? Des enfers : car, ainsi l’a raconté l’Évangile, c’est après sa résurrection qu’il a soufflé.

    Mais s’il donne alors la grâce, il la prodiguera encore davantage. Voici qu’il leur dit : je suis prêt à vous donner dès maintenant, mais votre vase n’est pas encore vide. Donc, en attendant, recevez la quantité de grâce que vous pouvez contenir, mais attendez-en encore davantage. « Quant à vous, demeurez dans la ville de Jérusalem jusqu’à ce que vous ayez revêtu la force d’en haut » (Lc 24,49). Prenez maintenant une partie ; alors, vous emporterez le tout. Car celui qui reçoit ne possède souvent que partiellement le don ; mais celui qui est « revêtu » est enveloppé de toutes parts par la robe. « Ne craignez pas, dit-il, les armes et les traits du diable : vous emporterez en effet la puissance de l’Esprit Saint. » (cf. Ep 6,16-18)

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

     

     

     

     

  • Ceux qui ont accueilli la vérité l’ont proclamée

    Les princes des prêtres et les pharisiens avaient fait sceller la tombe par Pilate : les femmes n’en ont pas moins contemplé le ressuscité. Isaïe connaissant et la pusillanimité des princes des prêtres, et la fermeté de la foi des saintes femmes, dit : « Femmes qui revenez de la vision, approchez : car le peuple est sans intelligence » (Is 27,11 LXX). Les princes des prêtres manquent d’intelligence, tandis que les femmes voient de leurs propres yeux. Et quand les soldats vinrent trouver les princes des prêtres dans la ville et leur racontèrent tout ce qui s’était passé, ceux-ci leur dirent : « Dites : ses disciples sont venus la nuit et l’ont enlevé tandis que nous dormions » (Mt 28,13). Isaïe a donc eu raison de prédire comme en parlant d’eux : « Eh bien ! parlez-nous et annoncez-nous une autre tromperie » (Is 30,10 LXX). Le ressuscité s’est réveillé et les voilà qui donnent aux soldats de l’argent pour essayer de les convaincre. (…)

    Et si le gouverneur l’apprend, nous lui ferons entendre raison » (Mt 28,14). Vous aurez beau le convaincre, vous ne convaincrez pas l’univers. Car pourquoi les soldats qui gardaient Jésus Christ n’ont-ils pas, comme le furent les gardes lorsque Pierre sortit de sa prison, été condamnés ? Le châtiment d’Hérode tomba sur ces derniers, car ils ne surent pas trouver de justification ; mais les autres, qui avaient vu le fait, mais qui, pour de l’argent, l’avait dissimulé, furent couverts par les princes des prêtres. (…) Ceux qui avaient caché la vérité ont totalement disparu ; ceux qui au contraire l’avaient accueillie l’ont proclamée, par la puissance du Sauveur qui non seulement était ressuscité des morts, mais encore avait avec lui ressuscité les morts. Parlant au nom de ceux-ci, le prophète Osée dit clairement : « Dans deux jours il vous guérira, et le troisième jour nous ressusciterons et nous vivrons devant lui » (Os 6,2).

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)