Étiquette : St Augustin

  • Enfin répondre à l’appel de Dieu de se convertir

    Elles me retenaient, mes vieilles idées amies, ces bagatelles de bagatelles, ces vanités de vanités ! À petits coups elles me tiraient par ma robe de chair et murmuraient à mi-voix : « Tu nous congédies ? Fini pour jamais ! À partir du moment qui vient nous ne serons plus avec toi, il ne te sera plus permis de faire ceci, de faire cela. » Oh ! ce qu’elles suggéraient, mon Dieu ! J’hésitais à me débarrasser d’elles, à bondir où j’étais appelé ; l’habitude me disait, tyrannique : « Crois-tu que tu pourras vivre sans elles ? » Mais déjà sa voix était molle, car du côté où je tournais mon visage et où je tremblais de passer, la chaste dignité de la continence m’invitait noblement et gracieusement à venir sans plus balancer, me montrant une foule de bons exemples : « C’est le Seigneur leur Dieu qui m’a donnée à eux. Pourquoi t’appuyer sur toi-même alors que tu ne te tiens pas debout ? Jette-toi en lui, n’aie pas peur. Il ne va pas se dérober pour que tu tombes. Jette-toi sans crainte ; il te recevra et te guérira ».

    Cette dispute dans mon cœur n’était qu’une lutte de moi-même contre moi-même. Quand mon regard avait enfin tiré du fond de mon cœur toutes mes misères, il s’est levé une grosse tempête de larmes. Pour laisser crever l’orage, je me suis levé et suis sorti. Sans trop savoir comment, je me suis étendu sous un figuier, je lâchais complètement mes larmes, elles ont jailli à flots, sacrifice digne de toi, mon Dieu. Et je t’ai dit sans retenue : « Et toi, Seigneur, jusques à quand ? Jusques à quand seras-tu irrité ? Ne garde pas le souvenir de nos vieilles iniquités » (Ps 6,4 ;78,5). Je poussais des cris pitoyables : « Dans combien de temps ? Combien de temps ? Demain, toujours demain. Pourquoi pas tout de suite ? ».

    Et voici que j’entendais une voix venant d’une maison voisine, voix d’enfant ou de jeune fille, qui chantait et répétait : « Prends et lis ! Prends et lis ! » À l’instant, je me suis repris et cherchais à me rappeler si c’était le refrain habituel d’un jeu d’enfant ; rien de tel ne me venait en mémoire. Refoulant mes larmes, je me suis levé dans l’idée que le ciel m’ordonnait d’ouvrir le livre de l’apôtre Paul et de lire le premier passage sur lequel je tomberais. Je suis rentré en hâte et j’ai pris le livre et j’ai lu ce que j’ai vu en premier : « Non, pas de ripailles et de soûleries, pas de coucheries et d’impudicités, pas de disputes et de jalousies, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ. Ne cherchez plus à contenter la chair dans ses convoitises » (Rm 13,13s). Ce n’était pas la peine d’en lire davantage ; je n’en avais plus besoin. Ces lignes à peine achevées, une lumière de sécurité s’est déversée dans mon cœur et toutes les ténèbres de mon incertitude ont été dissipées.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

     

     

  • « Le temps où nous sommes, pourquoi ne savez-vous pas le juger ? »

    Nous venons d’entendre l’évangile où Jésus critique ceux qui savaient reconnaître l’aspect du ciel, mais n’étaient pas capables de découvrir le temps où il était urgent de croire au Royaume des cieux. C’est aux juifs qu’il disait cela, mais cette parole parvient jusqu’à nous. Or le Seigneur Jésus Christ lui-même a commencé ainsi sa prédication : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 4,17). Jean Baptiste, son précurseur, avait commencé de la même façon : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 3,2). Et maintenant le Seigneur les blâme parce qu’ils ne veulent pas se convertir alors que le Royaume des cieux est proche…

    C’est à Dieu de savoir quand viendra la fin du monde : quoi qu’il en soit, c’est maintenant le temps de la foi… Pour chacun de nous le temps est proche, parce que nous sommes mortels. Nous marchons au milieu des dangers. Si nous étions de verre, nous les redouterions moins. Quoi de plus fragile qu’un récipient de verre ? Pourtant on le conserve et il dure des siècles, car on redoute pour lui une chute, mais non pas la vieillesse ni la fièvre. Nous sommes donc plus fragiles et plus faibles, et cette fragilité nous fait craindre chaque jour tous les accidents qui sont constants dans la vie des hommes. Et s’il n’y a pas d’accidents, il y a le temps qui marche. L’homme évite les heurts ; évite-t-il la dernière heure ? Il évite ce qui vient de l’extérieur ; peut-il chasser ce qui naît au-dedans de lui ? Parfois n’importe quelle maladie le domine subitement. Enfin, l’homme aurait-il été épargné toute sa vie, lorsqu’à la fin la vieillesse est venue, il n’y a plus de délai.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

     

     

     

     

  • « Heureuse la mère qui t’a porté dans ses entrailles. »

    Faites attention à ce que dit le Christ Seigneur, étendant la main vers ses disciples : « Voici ma mère et mes frères ». Et ensuite : « Celui qui fait la volonté de mon Père, qui m’a envoyé, c’est lui mon frère, ma sœur, ma mère » (Mt 12,49-50). Est-ce que la Vierge Marie n’a pas fait la volonté du Père, elle qui a cru par la foi, qui a conçu par la foi ?… Sainte Marie a fait, oui, elle a fait la volonté du Père, et par conséquent… Marie était bienheureuse, parce que, avant même d’enfanter le Maître, elle l’a porté dans son sein. Voyez si ce que je dis n’est pas vrai. Comme le Seigneur passait, suivi par les foules et accomplissant des miracles divins, une femme se mit à dire : « Heureux, bienheureux, le sein qui t’a porté ! » Et qu’est-ce que le Seigneur a répliqué, pour éviter qu’on ne place le bonheur dans la chair ? « Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et la gardent ! » Donc, Marie est bienheureuse aussi parce qu’elle a entendu la parole de Dieu et l’a gardée : son âme a gardé la vérité plus que son sein n’a gardé la chair. La Vérité, c’est le Christ ; la chair, c’est le Christ. La vérité, c’est le Christ dans l’âme de Marie ; la chair, c’est le Christ dans le sein de Marie. Ce qui est dans l’âme est davantage que ce qui est dans le sein. Sainte Marie, heureuse Marie !… Mais vous, mes très chers, regardez vous-mêmes : vous êtes les membres du Christ, et vous êtes le corps du Christ (1Co 12,27)… « Celui qui entend, celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère »… Car il n’y a qu’un seul héritage. C’est pourquoi le Christ, alors qu’il était le Fils unique, n’a pas voulu être seul ; dans sa miséricorde, il a voulu que nous soyons héritiers du Père, que nous soyons héritiers avec lui (Rm 8,17).

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

     

     

     

  • « Celui qui vous écoute, m’écoute. »

    Quelqu’un, ayant entendu le verset « Offre à Dieu un sacrifice de louange » (Ps 49,14), s’était dit : « Tous les jours, en me levant, j’irai à l’église, j’y chanterai un hymne du matin ; en fin de journée un hymne du soir ; puis chez moi un troisième et un quatrième hymne. Ainsi, je ferai tous les jours un sacrifice de louange et je l’offrirai à mon Dieu ». C’est bien de faire ainsi, si tu le fais vraiment, mais garde-toi de te rassurer sur ce que tu fais, et crains que, tandis que ta langue parle bien devant Dieu, ta vie ne parle mal devant lui… Prends garde de vivre mal, tout en parlant bien. Pourquoi cela ? Parce que Dieu dit au pécheur : « Qu’as-tu à réciter mes commandements, à garder mon alliance à la bouche, [toi qui rejettes mes paroles derrière toi] ? » (v. 16-17) Voyez avec quelle crainte nous devons vous parler… Vous, mes frères, vous êtes en sécurité : si vous entendez dire de bonnes choses, c’est Dieu que vous entendez, quelle que soit la bouche qui vous parle. Mais Dieu n’a pas voulu laisser ceux qui parlent sans les reprendre, de peur qu’ils ne s’endorment en sécurité dans une vie de désordre, se disant qu’ils parlent du bien, se disant : « Dieu ne voudra pas nous perdre, nous par qui il a voulu dire de si bonnes choses à son peuple ». Donc, vous qui parlez, qui que vous soyez, écoutez ce que vous dites ; vous qui voulez être écoutés, écoutez-vous, vous les premiers… Puissé-je écouter le premier, puissé-je écouter, écouter mieux que tous « ce que le Seigneur Dieu dit en moi, car il fait entendre des paroles de paix à son peuple » (Ps 84,9).

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

     

     

     

     

  • « Dis seulement un mot, et mon serviteur sera guéri. »

    Comment le centurion a-t-il obtenu la grâce de la guérison de son serviteur ? « Je suis un homme soumis à l’autorité d’un autre ; j’ai sous moi des soldats ; je dis à celui-ci : Va, et il va ; et à un autre : Viens, et il vient ; et à mon serviteur : Fais cela, et il le fait. J’ai la puissance sur mes subordonnés, mais je suis moi-même soumis à une autorité supérieure. Si donc, tout subordonné que je suis, j’ai cependant le pouvoir de commander, que ne pourras-tu pas, toi à qui toutes les puissances sont soumises ? » Cet homme était du peuple des païens, car la nation juive était alors occupée par les armées de l’empire romain. C’est donc dans la Judée qu’il commandait aux soldats en qualité de centurion… Mais notre Seigneur, quoiqu’étant au milieu du peuple de la Judée, déclarait déjà que l’Église se répandrait par toute la terre, où il devrait envoyer ses apôtres (Mt 8,11). Et, en effet, les païens ont cru en lui sans l’avoir vu… Le Seigneur n’est pas entré physiquement dans la maison du centurion, et quoiqu’absent de corps mais présent par sa majesté, il a guéri cette maison et sa foi. De même, le Seigneur n’a été physiquement qu’au milieu du peuple de la Judée ; les autres peuples ne l’ont pas vu naître d’une vierge, ni souffrir, ni marcher, ni assujetti aux conditions de la nature humaine, ni faire des merveilles divines. Il n’a rien fait de tout cela parmi les païens, et pourtant parmi eux s’est accompli ce qui avait été dit à son sujet : « Un peuple que je ne connaissais pas m’a servi ». Comment l’a-t-il servi, s’il ne le connaissait pas ? Le psaume continue : « Ils sont tout oreille et m’obéissent » (Ps 17,45).

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

     

     

     

     

  • « Pendant que l’Époux est avec eux. »

    « Nous l’avons vu, écrit saint Jean, et nous en sommes les témoins » (1Jn 1,2). Où l’ont-ils vu ? Dans sa manifestation. Qu’est-ce à dire, dans sa manifestation ? Sous le soleil, autrement dit dans cette lumière visible. Mais comment aurait-on pu voir sous le soleil celui qui a fait le soleil, s’il n’avait « dressé sa tente sous le soleil et, semblable à l’époux qui sort de sa couche, ne s’était élancé comme un vaillant pour courir sa carrière » ? (Ps 18,6 Vulg) Il est avant le soleil, celui qui a fait le soleil, il est avant l’étoile du matin, avant tous les astres, avant tous les anges, vrai Créateur, car « tout a été fait par lui et sans lui rien n’a été fait » (Jn 1,3). Voulant se faire voir à nos yeux de chair qui voient le soleil, il a dressé sa tente sous le soleil, c’est-à-dire a montré sa chair en se manifestant dans cette lumière terrestre, et la couche de cet époux a été le sein de la Vierge. Car en ce sein virginal, ils se sont unis tous les deux, l’époux et l’épouse, le Verbe époux et la chair épouse. Comme il est écrit : « Ils seront deux en une seule chair » (Gn 2,24 Vulg) ; et le Seigneur dit dans l’Évangile : « Voilà pourquoi désormais ils ne sont plus deux, mais une seule chair » (Mt 19,6). Isaïe exprime au mieux comment ces deux ne font qu’un lorsque, parlant au nom du Christ, il dit : « Comme un époux, il m’a couronné du diadème, et comme une épouse, il m’a parée de bijoux » (61,10). Un seul semble parler, et il se donne à la fois pour l’époux et pour l’épouse ; ils ne sont pas deux, mais une seule chair, car « le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn 1,14). À cette chair se joint l’Église, et c’est le Christ total, tête et corps (Ep 1,22).

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

     

     

     

     

  • « Purifie d’abord l’intérieur ! »

    « Mes enfants, nous devons aimer non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. En agissant ainsi, nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité et devant lui nous aurons le cœur en paix. » (1Jn 3,18-19) Qu’est-ce à dire « devant lui » ? Là où voit Dieu. Voilà pourquoi le Seigneur lui-même dit dans l’Évangile : « Gardez-vous de faire vos bonnes œuvres devant les hommes, pour être vus d’eux ; autrement vous n’aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est aux cieux » (Mt 6,1)… Te voilà devant Dieu, interroge ton cœur ; vois ce que tu as fait, et ce que tu as désiré en le faisant : ton salut ou une vaine gloire humaine ? Regarde au-dedans, car l’homme ne peut pas juger celui qu’il ne peut pas voir. Si nous apaisons notre cœur, apaisons-le devant Dieu. « Car si notre cœur nous condamne », c’est-à-dire s’il nous accuse intérieurement, parce que nous n’avons pas agi avec l’intention que nous devions avoir, « Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout » (v. 20). Tu caches aux hommes le fond de ton cœur ; cache-le à Dieu, si tu peux ! Comment le lui cacherais-tu, lui à qui un pécheur plein de crainte ou de repentir disait : « Où aller loin de ton esprit ? Où fuir loin de ta face ? »… Où Dieu n’est-il pas en effet ? « Si je monte aux cieux, tu y es ; si je descends aux enfers, tu es là » (Ps 138,7-8). Où aller ? Où fuir ? Veux-tu un conseil ? Si tu veux le fuir, fuis vers lui. Fuis vers lui en te confessant à lui, non en te cachant de lui : en effet, tu ne peux pas te cacher de lui, mais tu peux lui confesser tes fautes. Dis-lui : « Tu es mon refuge » (Ps 31,7) ; et nourris en toi l’amour, qui seul conduit à la vie.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

     

     

     

  • Fête de saint Laurent, diacre et martyr

    Votre foi reconnaît, mes frères, ce grain tombé en terre, ce grain que la mort a multiplié. Votre foi le reconnaît parce qu’il habite en vos cœurs. Aucun chrétien n’hésite à croire ce que le Christ a dit de lui-même. Mais une fois que ce grain est mort et s’est multiplié, beaucoup de grains ont été jetés dans la terre. Saint Laurent est l’un d’entre eux, et nous célébrons aujourd’hui le jour où il a été semé. Nous voyons quelle moisson immense a surgi de tous ces grains répandus par toute la terre, et ce spectacle nous comble de joie, si toutefois, par la grâce de Dieu, nous appartenons à son grenier. Car tout ce qui fait partie de la moisson n’entre pas dans le grenier : la même pluie, utile et féconde, fait croître le bon grain et la paille, mais on ne les engrange pas tous les deux dans le grenier. C’est maintenant pour nous le temps de choisir… Écoutez-moi donc, grains sacrés, car je ne doute pas qu’ils ne soient ici en grand nombre… Écoutez-moi, ou plutôt, écoutez en moi celui qui, le premier, s’est appelé le bon grain. N’aimez pas votre vie en ce monde. Si vous vous aimez vraiment, n’aimez pas votre vie ainsi, et alors vous sauverez votre vie… « Celui qui aime sa vie en ce monde la perdra. » C’est le bon grain qui le dit, le grain qui a été jeté en terre et qui est mort pour porter beaucoup de fruit. Écoutez-le, parce que ce qu’il dit il le fait. Il nous instruit, et il nous montre le chemin par son exemple. Le Christ ne s’est pas attaché à la vie de ce monde ; il est venu en ce monde pour se dépouiller de lui-même, pour donner sa vie et la reprendre quand il le voudrait… Il est le vrai Dieu, ce vrai homme, homme sans péché pour ôter le péché du monde, revêtu d’une puissance si grande qu’il pouvait dire en vérité : « J’ai le pouvoir de donner ma vie et le pouvoir de la reprendre. Personne ne peut me l’enlever : c’est moi qui la donne et moi qui la reprends » (Jn 10,18).

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

     

     

     

     

  • « Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère. »

    Celles qui se consacrent entièrement au Seigneur ne doivent pas s’affliger de ce qu’en gardant leur virginité comme Marie, elles ne peuvent pas devenir mères selon la chair… Celui qui est le fruit d’une seule Vierge sainte est la gloire et l’honneur de toutes les autres saintes vierges, car comme Marie elles sont les mères du Christ si elles font la volonté de son Père. La gloire et le bonheur de Marie d’être la mère du Christ éclatent surtout dans les paroles du Seigneur : « Quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les Cieux, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère ». Il indique ainsi la parenté spirituelle qui le rattache au peuple qu’il a racheté. Ses frères et ses sœurs sont les saints hommes et les saintes femmes qui sont cohéritiers avec lui de son héritage céleste (Rm 8,17). Sa mère est l’Église tout entière, parce que c’est elle qui, par la grâce de Dieu, enfante les membres du Christ, c’est-à-dire ceux qui lui sont fidèles. Sa mère est encore toute âme sainte, qui fait la volonté de son Père et dont la charité féconde se manifeste dans ceux qu’elle enfante pour lui, « jusqu’à ce que lui-même soit formé en eux » (Ga 4,19)… Entre toutes les femmes, Marie est la seule qui soit en même temps vierge et mère, non seulement par l’esprit, mais aussi par le corps. Elle est mère selon l’esprit…des membres du Christ, c’est-à-dire de nous-mêmes, parce qu’elle a coopéré par sa charité à enfanter dans l’Église les fidèles, qui sont les membres de ce divin chef, notre tête (Ep 4,15-16), dont elle est vraiment mère selon la chair. Il fallait, en effet, que notre chef naisse selon la chair d’une vierge pour nous apprendre que ses membres devaient naître selon l’esprit d’une autre vierge qui est l’Église. Marie est donc la seule qui soit mère et vierge à la fois d’esprit et de corps. Mais l’Église tout entière, dans les saints qui doivent posséder le Royaume de Dieu, est, selon l’esprit, elle aussi mère du Christ et vierge du Christ.

     

    Saint Augustin (354-430)

    évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

     

     

  • « Alors ils jeûneront… »

    « Des jours viendront où l’Epoux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront. » Puisque l’Epoux nous a été enlevé, c’est pour nous le temps de la tristesse et des pleurs. Cet Epoux « est plus beau que tous les enfants des hommes ; la grâce est répandue sur ses lèvres » (Ps 44,3) et pourtant, sous la main de ses bourreaux, il a perdu tout éclat, toute beauté, et il a été retranché de la terre des vivants (Is 53,2.8). Or notre deuil est juste si nous brûlons du désir de le voir. Heureux ceux qui, avant sa Passion, ont pu jouir de sa présence, l’interroger comme ils le voulaient et l’écouter comme il se devait… Quant à nous, nous voyons maintenant l’accomplissement de ce qu’il a dit : « Le temps viendra où vous désirerez voir un des jours du Fils de l’homme, et vous ne le verrez pas » (Lc 17,22)…

    Qui ne dirait pas avec le roi prophète : « Mes larmes sont devenues ma nourriture jour et nuit, pendant qu’on me dit sans cesse : ‘ Où est ton Dieu ? ‘ » (Ps 41,4) Nous croyons en lui sans doute, assis déjà à la droite du Père, mais tant que nous sommes dans ce corps, nous voyageons loin de lui (2Co 5,6), et nous ne pouvons pas le montrer à ceux qui doutent de son existence, et même qui la nient en disant : « Où est ton Dieu ? »…

    « Encore un peu de temps, disait le Seigneur à ses disciples, et vous ne me verrez plus, et encore un peu de temps et vous me verrez » (Jn 16,19). Maintenant, c’est l’heure dont il a dit : « Vous serez dans la tristesse, mais le monde sera dans la joie… Mais, ajoute-t-il, je vous verrai de nouveau et votre cœur se réjouira, et nul ne vous enlèvera votre joie » (v. 20). L’espérance que nous donne ainsi celui qui est fidèle dans ses promesses ne nous laisse pas, dès maintenant, sans quelque joie — jusqu’à ce que vienne la joie surabondante du jour où nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est (1Jn 3,2)… « Une femme qui enfante, dit notre Seigneur, est dans la peine, parce que son heure est venue. Mais, quand l’enfant est né, elle éprouve une grande joie, parce qu’un être humain est venu dans le monde » (Jn 16,21). C’est cette joie que personne ne pourra nous enlever, et dont nous serons comblés lorsque nous passerons de la conception présente de la foi à la lumière éternelle. Jeûnons donc maintenant, et prions, puisque nous sommes encore au jour de l’enfantement.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Sermon 210 (trad. En Calcat rev.)