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  • Trouve ton réconfort dans le partage du pain

    Quand le Seigneur a-t-il voulu se manifester ? « À la fraction du pain » (Lc 24,35). Nous pouvons en être sûrs : en partageant le pain, nous reconnaissons le Seigneur. Il n’a voulu être reconnu qu’à ce moment à cause de nous qui ne le verrions pas dans la chair et mangerions pourtant sa chair. Qui que tu sois, croyant qui ne portes pas en vain le nom de chrétien et qui n’entres pas pour rien à l’église, toi qui écoutes avec crainte et espérance la Parole de Dieu, trouve ton réconfort dans le partage du pain.

    L’absence du Seigneur n’est pas une absence. Crois seulement, et celui que tu ne vois pas est avec toi. Quand Jésus leur parlait, les disciples n’avaient pas la foi ; et parce qu’ils ne le croyaient pas ressuscité, eux-mêmes n’espéraient pas pouvoir revivre. Ils avaient perdu la foi ; ils avaient perdu l’espérance. Morts, ils marchaient avec un vivant ; morts, ils marchaient avec la Vie. La Vie marchait avec eux, mais leurs cœurs n’étaient pas encore revenus à la vie.

    Et toi, si tu veux la vie, fais ce qu’ils ont fait, et tu reconnaîtras le Seigneur. Ils ont reçu l’étranger : le Seigneur était comme un voyageur qui va au loin, mais ils ont su le retenir. « Lorsqu’ils arrivèrent à destination, ils lui dirent : “Reste ici avec nous, car le soir approche” » (Lc 24,29). Retiens l’étranger, si tu veux reconnaître le Sauveur. Ce que le doute avait fait perdre, l’hospitalité l’a rendu. Le Seigneur a manifesté sa présence au partage du pain.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • « Prenant les sept pains et rendant grâce, il les rompit. »

    Jésus a rompu le pain. S’il n’avait pas rompu le pain, comment les miettes seraient-elles venues jusqu’à nous ? Mais il l’a brisé et il l’a distribué ; « il l’a dispersé et donné aux pauvres » (Ps 111,9 Vulg). Il l’a brisé par grâce, pour briser la colère du Père et la sienne. Dieu l’avait dit : il nous aurait brisés, si son Unique, « son élu, ne s’était pas tenu devant lui, debout sur la brèche, pour détourner sa colère » (Ps 105,23). Il s’est tenu devant Dieu et il l’a apaisé ; par sa force indéfectible, il s’est tenu debout, non brisé.

    Mais lui-même, volontairement, il a brisé, a offert sa chair, rompue par la souffrance. C’est là qu’il a « brisé la puissance de l’arc » (Ps 75,4), « brisé les têtes du dragon » (Ps 73,14), tous nos ennemis, dans sa colère. Là, il a brisé en quelque sorte les tables de la première alliance (cf Ex 32,19), pour que nous ne soyons plus sous la Loi. Là, il a brisé le joug de notre captivité. Il a brisé tout ce qui nous brisait, pour réparer en nous tout ce qui était brisé, et pour « renvoyer libres ceux qui étaient opprimés » (Is 58,6). En effet, nous étions « captifs de la misère et des chaînes » (Ps 106,10).

    Bon Jésus, aujourd’hui encore, bien que tu aies brisé la colère, brisé le pain pour nous, pauvres mendiants, nous avons encore faim. (…) Romps donc chaque jour ce pain pour ceux qui ont faim. Car aujourd’hui et tous les jours nous recueillons quelques miettes, et chaque jour nous avons de nouveau besoin de notre pain quotidien. « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » (Lc 11,3). Si tu ne le donnes, qui le donnera ? Dans notre dénuement et notre besoin (…), il n’y a personne pour nous rompre le pain, personne pour nous nourrir, personne pour nous refaire, personne que toi, notre Dieu. En toute consolation que tu nous envoies, nous recueillons les miettes de ce pain que tu nous romps et nous goûtons « combien est douce ta miséricorde » (Ps 108,21 Vulg).

    Baudouin de Ford (?-v. 1190)

     

     

     

  • Jésus, un homme mangé

    Quand Jésus est venu en ce monde, il l’a aimé si fortement qu’il a donné sa vie pour lui. Il est venu pour satisfaire notre faim de Dieu. Et comment l’a-t-il fait ? Il s’est changé lui-même en Pain de la Vie. Il s’est fait petit, fragile, désarmé pour nous. Les miettes de pain sont si minuscules que même un bébé peut les mâcher, même un agonisant peut les manger. Il s’est changé en Pain de la Vie pour apaiser notre appétit de Dieu, notre faim d’Amour.

    Je ne crois pas que nous aurions jamais pu aimer Dieu si Jésus n’était pas devenu l’un d’entre nous. Et c’est afin de nous rendre capables d’aimer Dieu qu’il est devenu l’un d’entre nous en toute chose, sauf le péché. Créés à l’image de Dieu, nous avons été créés pour aimer, car Dieu est amour. Par sa passion, Jésus nous a enseigné comment pardonner par amour, comment oublier par humilité. Trouve Jésus et tu trouveras la paix.

    Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)

     

     

     

  • « Qu’ainsi ton Église se rassemble des extrémités de la terre dans ton royaume. »

    Au sujet de l’eucharistie, rendez grâce en ces termes. D’abord sur la coupe : « Nous te rendons grâce, notre Père, pour la sainte vigne de David, ton serviteur. Tu nous l’as révélée par Jésus, ton serviteur. Gloire à toi dans les siècles. Amen ! » Puis, sur le pain rompu : « Nous te rendons grâce, notre Père, pour la vie et la connaissance, que tu nous as accordées par Jésus ton serviteur. Gloire à toi dans les siècles ! Comme ce pain rompu, d’abord dispersé sur les collines, a été recueilli pour ne faire qu’un, qu’ainsi ton Église se rassemble des extrémités de la terre dans ton royaume. À toi gloire et puissance dans les siècles. Amen ! » (…)

    Après vous être rassasiés, rendez grâce ainsi : « Nous te rendons grâce, Père saint, pour ton saint nom que tu as fait habiter en nos cœurs, pour la connaissance, la foi et l’immortalité que tu nous as accordées par Jésus ton serviteur. Gloire à toi dans les siècles. Amen ! C’est toi, Maître tout-puissant, qui as créé l’univers, à la gloire de ton nom. Tu as donné les bienfaits de la nourriture et de la boisson à tous les hommes, pour qu’ils te rendent grâce. Mais à nous, tu nous as fait le don d’une nourriture et d’un breuvage spirituels, et de la vie éternelle, par Jésus ton serviteur. Surtout nous te rendons grâce parce que tu es puissant : Gloire à toi dans les siècles ! »

    La Didachè (entre 60-120)

     

     

     

  • « Serviteurs du Christ et intendants des mystères de Dieu. » (1Co 4,1)

    Pour préciser le rôle des serviteurs qu’il a placés à la tête de son peuple, le Seigneur dit cette parole que rapporte l’Évangile : « Quel est l’intendant sage et fidèle que le maître établira sur les gens de sa maison pour leur donner en temps voulu leur mesure de blé ? Heureux ce serviteur que le maître, à son retour, trouvera occupé de la sorte ». (…) Si nous nous demandons quelle est cette mesure de blé, saint Paul nous l’indique ; c’est « la mesure de foi que Dieu vous a départie » (Rm 12,3). Ce que le Christ appelle mesure de blé, Paul le nomme mesure de foi pour nous apprendre qu’il n’y a pas d’autre blé spirituel que le mystère de la foi chrétienne. Cette mesure de blé, nous vous la donnons au nom du Seigneur chaque fois que, éclairés par le don spirituel de la grâce, nous vous parlons selon la règle de la vraie foi. Cette mesure, vous la recevez par les intendants du Seigneur chaque jour où vous entendez de la bouche des serviteurs de Dieu la parole de vérité.

    Qu’elle soit notre nourriture, cette mesure de blé que Dieu nous donne en partage. Tirons-en l’aliment de notre bonne conduite afin de parvenir à la récompense de la vie éternelle. Croyons en celui qui se donne lui-même à nous comme nourriture pour que nous ne défaillions pas en chemin (Mt 15,32), et qui se réserve comme notre récompense pour que nous trouvions la joie dans la patrie. Croyons et espérons en lui ; aimons-le par-dessus tout et en tout. Car le Christ est notre aliment et il sera notre récompense. Le Christ est la nourriture et le réconfort des voyageurs en marche ; il est l’assouvissement et l’exultation des bienheureux en leur repos.

    Saint Fulgence de Ruspe (467-532)

     

     

     

  • Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, solennité

    Qui de nous aurait jamais pu comprendre que Jésus Christ eût porté son amour vers ses créatures jusqu’à leur donner son Corps adorable et son Sang précieux pour servir de nourriture à nos âmes, si ce n’était lui-même qui nous le dise ? Eh quoi ! une âme se nourrit de son Sauveur ! et cela autant de fois qu’elle le désire ! Ô abîme de bonté et d’amour d’un Dieu pour ses créatures !…

    Saint Paul nous dit que le Sauveur, en se revêtant de notre chair, a caché sa divinité et a porté l’humiliation jusqu’à l’anéantissement. Mais, en instituant le sacrement de l’Eucharistie, il a voilé jusqu’à son humanité, il n’a laissé paraître que les entrailles de sa miséricorde. Oh ! voyez de quoi est capable l’amour d’un Dieu pour ses créatures ! (…) Saint Jean nous dit que Jésus Crist « ayant aimé les hommes jusqu’à la fin » (Jn 13,1), trouva le moyen de monter au ciel sans quitter la terre : il prit du pain entre ses mains saintes et vénérables, le bénit et le changea en son Corps ; il prit le vin et le changea en son Sang précieux et donna à tous les prêtres, dans la personne de ses apôtres, le pouvoir de faire le même miracle, toutes les fois qu’ils prononceraient les mêmes paroles ; afin que, par ce miracle d’amour, il pût rester avec nous, nous servir de nourriture, nous consoler et nous tenir compagnie.

    « Celui, nous dit-il, qui mange ma chair et qui boit mon sang vivra éternellement ; mais celui qui ne mange pas ma chair et ne boit pas mon sang n’aura pas la vie en lui. » (cf. Jn 6, 53-54). Oh ! quel bonheur pour un chrétien d’aspirer à un si grand honneur que de se nourrir du pain des anges !…

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

     

     

     

  • Le prodige de l’amour de Dieu

    Mes frères, si nous considérons tout ce que Dieu a fait : le ciel et la terre, ce bel ordre qui règne dans ce vaste univers, tout nous annonce une puissance infinie qui a tout créé, une sagesse admirable qui gouverne tout, une bonté suprême qui pourvoit à tout avec la même facilité que si elle n’était occupée qu’à un seul être : tant de prodiges ne peuvent que nous remplir d’étonnement et d’admiration.

    Mais, si nous parlons du sacrement adorable de l’Eucharistie, nous pouvons dire que c’est ici le prodige de l’amour d’un Dieu pour nous ; c’est ici que sa puissance, sa grâce et sa bonté éclatent d’une manière tout extraordinaire. Nous pouvons dire avec beaucoup de vérité, que c’est ici le pain descendu du ciel, le pain des anges, qui nous est donné pour nourriture de nos âmes. C’est ce pain des forts qui nous console et nous adoucit nos peines. C’est là vraiment « le pain des voyageurs » ; disons mieux, mes frères, c’est la clef qui nous a ouvert le ciel.

    « Celui, dit le Sauveur, qui me recevra aura la vie éternelle ; celui qui ne me recevra pas, mourra. Celui, dit le Sauveur, qui aura recours à ce banquet sacré fera naître en lui une source qui rejaillira jusqu’à la vie éternelle. » (cf. Jn 6, 53-54)

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

     

     

     

  • « Jésus prit les pains, rendit grâce, et les leur donna. »

    La dimension la plus évidente de l’Eucharistie est sans aucun doute celle du repas. L’Eucharistie est née au soir du Jeudi saint, dans le contexte du repas pascal. Elle porte donc, inscrit dans sa structure même, le sens de la convivialité : « Prenez, mangez … Puis, prenant la coupe, … il la leur donna, en disant : Buvez-en tous… » (Mt 26,26.27). Cet aspect exprime bien la relation de communion que Dieu veut établir avec nous et que nous devons nous-mêmes développer les uns avec les autres.

    On ne peut toutefois oublier que le repas eucharistique a aussi, et c’est primordial, un sens profondément et avant tout sacrificiel. Le Christ nous y présente à nouveau le sacrifice accompli une fois pour toutes sur le Golgotha. Tout en y étant présent comme Ressuscité, il porte les signes de sa Passion, dont chaque messe est le « mémorial », ainsi que nous le rappelle la liturgie dans l’acclamation après la consécration : « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection… ». En même temps, tandis qu’elle rend présent le passé, l’Eucharistie nous tourne vers l’avenir de l’ultime retour du Christ, à la fin des temps. Cet aspect « eschatologique » donne au sacrement eucharistique une dynamique qui met en marche et qui donne au cheminement chrétien le souffle de l’espérance.

    Toutes ces dimensions de l’Eucharistie se rejoignent dans un aspect qui, plus que tous les autres, met notre foi à l’épreuve, à savoir celui du mystère de la présence « réelle ». Avec toute la tradition de l’Église, nous croyons que, sous les espèces eucharistiques, Jésus est réellement présent. (…) C’est sa présence même qui donne à toutes les autres dimensions – repas, mémorial de la Pâque, anticipation eschatologique – une signification qui va bien au-delà d’un pur symbolisme. L’Eucharistie est mystère de présence, par lequel se réalise de manière éminente la promesse de Jésus de rester avec nous jusqu’à la fin du monde (Mt 28,20).

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

  • « Il prit le pain, le bénit, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent. »

    L’icône des disciples d’Emmaüs aide bien…l’Église [à être] particulièrement attentive à vivre le mystère de la Sainte Eucharistie. Sur la route de nos interrogations et de nos inquiétudes, parfois de nos cuisantes déceptions, le divin Voyageur continue à se faire notre compagnon pour nous introduire, en interprétant les Écritures, à la compréhension des mystères de Dieu. Quand la rencontre devient totale, à la lumière de la parole succède la lumière qui jaillit du « Pain de vie » (Jn 6,35), par lequel le Christ réalise de la manière la plus haute sa promesse d’être avec nous « tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20)…

    Le récit de l’apparition de Jésus ressuscité aux deux disciples d’Emmaüs nous aide à relever un premier aspect du mystère eucharistique qui doit toujours être présent dans la dévotion du Peuple de Dieu : l’eucharistie mystère lumineux !… Jésus s’est qualifié lui-même de « lumière du monde » (Jn 8,12), et cette caractéristique est bien mise en évidence par des moments de sa vie tels que la Transfiguration et la Résurrection, où sa gloire divine resplendit clairement. Dans l’eucharistie, au contraire, la gloire du Christ est voilée. Le sacrement de l’eucharistie est le « mysterium fidei » par excellence. C’est donc précisément à travers le mystère de son enfouissement total que le Christ se fait mystère lumineux, grâce auquel le croyant est introduit dans la profondeur de la vie divine…

    L’eucharistie est lumière avant tout parce que, à chaque messe, la liturgie de la Parole de Dieu précède la liturgie eucharistique, dans l’unité des deux « tables », celle de la Parole et celle du Pain… Dans le récit des disciples d’Emmaüs, le Christ lui-même intervient pour montrer, « partant de Moïse et de tous les prophètes », que « toute l’Écriture » conduit au mystère de sa personne. Ses paroles font brûler le cœur des disciples, les soustraient à l’obscurité de la tristesse et du désespoir, et suscitent en eux le désir de demeurer avec lui : « Reste avec nous, Seigneur ».

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

  • Jésus se donne entièrement : il se donne lui-même à manger

    Le Fils unique de Dieu, voulant nous faire participer à sa divinité, a pris notre nature afin de diviniser les hommes, lui qui s’est fait homme. En outre, ce qu’il a pris de nous, il nous l’a entièrement donné pour notre salut. En effet, sur l’autel de la croix il a offert son corps en sacrifice à Dieu le Père afin de nous réconcilier avec lui, et il a répandu son sang pour qu’il soit en même temps notre rançon et notre baptême : rachetés d’un esclavage lamentable, nous serions purifiés de tous nos péchés.

    Et pour que nous gardions toujours la mémoire d’un si grand bienfait, il a laissé aux fidèles son corps à manger et son sang à boire, sous les dehors du pain et du vin. (…) Peut-il y avoir rien de plus précieux que ce banquet où l’on ne nous propose plus, comme dans l’ancienne Loi, de manger la chair des veaux et des boucs, mais le Christ qui est vraiment Dieu ? Y a-t-il rien de plus admirable que ce sacrement ? (…) Personne n’est capable d’exprimer les délices de ce sacrement, puisqu’on y goûte la douceur spirituelle à sa source ; et on y célèbre la mémoire de cet amour insurpassable que le Christ a montré dans sa Passion.

    Il voulait que l’immensité de cet amour se grave plus profondément dans le cœur des fidèles. C’est pourquoi à la dernière Cène, après avoir célébré la Pâque avec ses disciples, lorsqu’il allait passer de ce monde à son Père, il a institué ce sacrement comme le mémorial perpétuel de sa Passion, l’accomplissement des anciennes préfigurations, le plus grand de tous ses miracles ; et à ceux que son absence remplirait de tristesse, il a laissé ce sacrement comme réconfort incomparable.

    Saint Thomas d’Aquin (1225-1274)