Étiquette : couronne d’épines

  • « Je suis la vraie vigne. » (Jn 15,1)

    « Je suis la vraie vigne. » (Jn 15,1)

     Doux Jésus, en quel état je te vois ! Très doux et très aimant, qui t’a condamné à une mort si amère ? Seul Sauveur de nos blessures anciennes, qui donc t’amène à souffrir ces blessures, non seulement si cruelles mais encore si ignominieuses ? Douce vigne, bon Jésus, voilà le fruit que te donne ta vigne…       

    Jusqu’à ce jour de tes noces, tu as patiemment attendu qu’elle produise des raisins, et elle ne donne que des épines (Is 5,6). Elle t’a couronné d’épines et elle t’a entouré des épines de ses péchés. Cette vigne, qui n’est déjà plus la tienne mais qui est devenue une vigne étrangère, qu’elle est devenue amère ! Elle t’a renié en criant : « Nous n’avons pas d’autre roi que César » (Jn 19,15). Après t’avoir chassé du vignoble de ta cité et de ton héritage, ces vignerons t’ont mis à mort : non pas d’un coup, mais après t’avoir accablé par le long tourment de la croix, et t’avoir torturé par les blessures des fouets et des clous…, Seigneur Jésus…, toi-même tu livres ton âme à la mort, personne ne peut te l’enlever, c’est toi qui la donnes (Jn 10,18)… Quel échange admirable ! Le Roi se donne pour l’esclave, Dieu pour l’homme, le Créateur pour celui qu’il a créé, l’Innocent pour les coupables.

    Saint Bonaventure (1221-1274)

  • « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. »

    « Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge. Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne et la posèrent sur sa tête » (Mt 27,28-29). C’est comme roi que le Christ est revêtu d’une tunique rouge et en tant que prince des martyrs…, parce qu’il resplendit de son sang sacré comme d’une écarlate précieuse. C’est en tant que vainqueur qu’il reçoit la couronne, car c’est normalement au vainqueur qu’on décerne une couronne… Mais nous pouvons remarquer que la tunique pourpre est aussi le symbole de l’Église qui, demeurant dans le Christ roi, brille d’une gloire royale. D’où le titre de « race royale » que lui donne Jean dans l’Apocalypse (1,6)… En effet, l’étoffe pourpre est une chose précieuse et royale. Bien qu’elle soit un produit naturel, elle change de qualité lorsqu’on la plonge dans le bain de la teinture, et elle change d’aspect… Sans valeur par elle-même, sa transformation en fait un produit précieux. Il en va ainsi de nous-mêmes : sans valeur par nous-mêmes, la grâce nous transforme et nous donne du prix, quand [à notre baptême] nous sommes plongés par trois fois, comme l’étoffe de pourpre, dans l’écarlate spirituelle, le mystère de la Trinité…

    Nous pouvons encore remarquer que le manteau rouge est aussi le symbole de la gloire des martyrs, puisque, teints de leur propre sang répandu, ornés du sang du martyre, ils brillent dans le Christ comme une tunique écarlate précieuse. Autrefois, la Loi prescrivait d’offrir des étoffes écarlates pour orner le tabernacle de Dieu (Ex 25,4) ; les martyrs, de fait, sont l’ornement de l’Église du Christ…

    La couronne d’épines qu’on a mise sur la tête du Seigneur est le symbole de notre rassemblement, à nous qui, des nations, sommes venus à la foi. Nous n’étions alors que des épines, c’est-à-dire des pécheurs ; mais, en croyant au Christ, nous sommes devenus une couronne de justice, parce que nous avons cessé de piquer ou de blesser le Sauveur, et nous couronnons sa tête de la confession de notre foi… Oui, jadis nous étions des épines, mais… nous sommes devenus des pierres précieuses.

    Saint Chromace d’Aquilée (?-407)