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  • Aimer le Christ dans son Corps

    Étends ta charité sur le monde entier, si tu veux aimer le Christ ; parce que les membres du Christ sont étendus sur le monde. Si tu n’aimes qu’une partie, tu es séparé ; si tu t’es séparé, tu n’es pas dans le corps ; si tu n’es pas dans le corps, tu n’es pas sous la tête.

    À quoi bon croire et blasphémer ? Tu l’adores dans la tête ; tu le blasphème en son corps. Il aime, lui, son corps. Si, toi, tu te sépares de son corps, la tête, elle, ne se sépare pas de son corps. C’est en vain que tu m’honores, te crie-t-elle du ciel, c’est en vain que tu m’honores. Comme si quelqu’un voulait te baiser le visage, mais en t’écrasant les pieds. Le voilà qui, de ses souliers ferrés, te broie les pieds, voulant saisir ta tête et la baiser ; n’interromprais-tu pas sa démonstration de respect en criant : « Que fais-tu, homme, tu m’écrases ! »

    Ainsi notre Seigneur Jésus Christ, avant de monter au ciel, nous a-t-il recommandé son corps, par lequel il allait demeurer sur la terre. Il voyait que beaucoup l’honoreraient dans sa gloire, mais il voyait que leurs honneurs seraient vains, parce qu’ils mépriseraient ses membres sur terre.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

     

  • « En agissant ainsi, tu as appris à ton peuple que le juste doit être ami des hommes. » (Sg 12,19)

    Le premier des commandements et le plus grand, le fondement de la Loi et des prophètes (Mt 22,40) c’est l’amour qui, il me semble, donne sa plus grande preuve dans l’amour des pauvres, dans la tendresse et la compassion pour le prochain. Rien ne fait honneur à Dieu comme la miséricorde, car rien ne lui ressemble plus. « La miséricorde et la vérité marchent devant sa face » (Ps 88,15), et il préfère la miséricorde au jugement (Os 6,6). Rien autant que la bienveillance envers les hommes n’attire la bienveillance de l’Ami des hommes (Sg 1,6) ; sa récompense est juste, il pèse et mesure la miséricorde.

    Il faut ouvrir notre cœur à tous les pauvres, et à tous les malheureux, quelles que soient leurs souffrances. C’est le sens du commandement qui nous demande de « nous réjouir avec ceux qui sont dans la joie et de pleurer avec ceux qui pleurent » (Rm 12,15). Étant, nous aussi, des hommes, ne convient-il pas d’être bienveillants à l’égard de nos semblables ?

    Saint Grégoire de Nazianze (330-390)

     

     

     

  • Dieu prend soin de ceux qui prennent soin des pauvres

    Un autre moyen de rester fidèle, mes filles, c’est un détachement parfait de père, de mère, des parents et des amis, de sorte que vous ne soyez qu’à Dieu seul. Et pour avoir ce grand bien, il faut se dépouiller de tout et n’avoir rien en propre. Les apôtres avaient ce détachement. Pour un écu, vous en aurez cent ; autant de dames, autant de mères ; de sorte, mes filles, que la Providence jamais ne vous manquera. N’auriez-vous point le courage de vous donner à Dieu, qui pense tant à vous ? Ne prétendez point vous réserver quelque chose pour votre subsistance ; fiez-vous toujours en la Providence. Les riches peuvent tomber en nécessité par les accidents qui arrivent souvent, mais jamais ceux qui veulent dépendre entièrement de Dieu ne seront en pauvreté.

    N’est-il pas bon de vivre ainsi, mes filles ? Qu’y a-t-il à craindre ? Car Dieu a promis que les personnes qui auront soin des pauvres ne manqueront jamais de rien. Mes filles, n’aimeriez-vous pas mieux les promesses de Dieu que les tromperies du monde ? Dieu s’est obligé à pourvoir à tous nos besoins.

    Saint Vincent de Paul (1581-1660)

     

     

     

  • La mission de l’Amour

    Malgré ma petitesse je sens le besoin, le désir d’accomplir pour toi, Jésus, toutes les œuvres les plus héroïques. Je voudrais parcourir la terre, prêcher ton nom et planter sur le sol infidèle ta Croix glorieuse, mais ô mon Bien-Aimé, une seule mission ne me suffirait pas, je voudrais en même temps annoncer l’Évangile dans les cinq parties du monde et jusque dans les îles les plus reculées. Je voudrais être missionnaire non seulement pendant quelques années, mais je voudrais l’avoir été depuis la création du monde et l’être jusqu’à la consommation des siècles. Ô mon Jésus ! à toutes mes folies que vas-tu répondre ? Y a-t-il une âme plus petite, plus impuissante que la mienne ! Cependant à cause même de ma faiblesse, tu t’es plu, Seigneur, à combler mes petits désirs enfantins, et tu veux aujourd’hui, combler d’autres désirs plus grands que l’univers. (…)

    La charité me donna la clef de ma vocation. Je compris que si l’Église avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Église avait un cœur, et que ce cœur était brûlant d’amour. Je compris que l’amour seul faisait agir les membres de l’Église, que si l’amour venait à s’éteindre, les apôtres n’annonceraient plus l’Évangile, les martyrs refuseraient de verser leur sang. Je compris que l’amour renfermait toutes les vocations, que l’amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux ; en un mot, qu’il était éternel. Alors, dans l’excès de ma joie délirante, je me suis écriée : “Ô Jésus, mon amour ; ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’amour. Oui, j’ai trouvé ma place dans l’Église et cette place, ô mon Dieu, c’est vous qui me l’avez donnée. Dans le cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’amour ; ainsi je serai tout, ainsi mon rêve sera réalisé”.

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897)

     

     

     

  • Qui aime est habité par Dieu

    Celui qui désire savoir si habite en lui le Dieu dont il est dit : « Dieu est admirable en ses saints » (Ps 67,36), qu’il scrute par un examen sincère le fond de son cœur et recherche attentivement avec quelle humilité il résiste à l’orgueil, avec quelle bienveillance il combat l’envie, dans quelle mesure il ne se laisse pas prendre aux paroles flatteuses et se réjouit du bien des autres ; qu’il recherche s’il ne désire pas rendre le mal pour le mal et s’il préfère laisser invengées les injures plutôt que de perdre l’image et la ressemblance de son Créateur qui appelle tous les hommes à le connaître à travers les bienfaits qu’il prodigue à tous, faisant « pleuvoir sur les justes et les injustes et lever son soleil sur les bons et les méchants » (Mt 5,45).

    Et pour que cette recherche ne s’épuise pas en l’examen scrupuleux de multiples points, qu’il se demande si dans les replis de son cœur se trouve la mère même de toutes les vertus : la charité. S’il trouve ce cœur tout entier tendu vers l’amour de Dieu et du prochain au point de vouloir que ses ennemis reçoivent, eux aussi, les biens qu’il souhaite pour lui-même, alors celui qui est dans ces dispositions ne peut pas douter que Dieu le dirige et l’habite. Il lui fait un accueil d’autant plus magnifique que ce n’est pas en lui-même qu’il se glorifie, mais dans le Seigneur (cf. 1 Co 1,31).

    Saint Léon le Grand (?-v. 461)

     

     

     

  • Comment savoir si j’ai la charité ?

    Très cher Père, vous pourrez peut-être me dire : J’aime beaucoup la charité, mais comment puis-je bien savoir si je l’ai ?

    Je vous répondrai : Si l’âme trouve en elle-même les conditions que nous avons reconnues à la charité. Elles se résument toutes en deux principales : d’abord dans la vraie et sainte patience, qui supporte toutes les injures petites ou grandes, de quelque côté qu’elles viennent, et qui les supporte avec un esprit calme et tranquille ; puis dans le zèle à soulager les besoins du prochain autant qu’il est possible. Ainsi la première condition de la charité est de supporter les injures, la seconde de donner : et que donner ? L’affection de la charité, en aimant le prochain comme soi-même, et en assistant les créatures selon ce que Dieu donne de grâces et de biens spirituels et temporels : l’âme se trouve disposée à prendre et à goûter la parole de Dieu, et elle s’applique à l’observer jusqu’à la mort. Il y a bien d’autres signes de la charité, mais je ne veux pas trop m’étendre, et je parle seulement des deux principaux.

    Oh ! combien est heureuse l’âme qui se nourrit sur le sein d’une si douce mère ! Elle est humble, elle est obéissante, et elle aimerait mieux mourir que de n’être pas soumise à Jésus crucifié.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

     

     

     

  • Qu’est-ce que la vraie charité ?

    Penser plus au prochain, à ses intérêts, à sa satisfaction, à sa joie, qu’à nous-même, c’est le signe non équivoque d’une vrai charité : car pour agir de cette façon, non pas une fois, mais dix fois, mais toujours, en toute circonstances, à l’égard de tous nos frères sans distinction, il faut aimer vraiment Dieu ; un pareil amour du prochain réclame de nous trop d’abnégation pour pouvoir se soutenir longtemps en s’appuyant sur lui-même : il ne le peut que s’il naît de Dieu. Aussi la charité envers le prochain est-elle donnée par Jésus en personne comme le signe par excellence de la présence de Dieu dans une âme. (…)

    Qu’est-ce, en effet, que la charité ? C’est l’amour de Dieu embrassant dans un même élan Dieu et tout ce qui lui est uni : l’humanité du Christ, et dans le Christ, tous les membres de son corps mystique. Le Christ est affligé dans les affligés ; malade dans les malades, triste dans les âmes accablées de tristesse. N’est-ce pas la parole même de la vérité infaillible : « Ce que vous ferez au moindre des miens, c’est à moi que vous l’aurez fait » (Mt 25,40) ? En s’incarnant Notre-Seigneur a pris sur lui toutes nos infirmités (cf. Is 53,4). En les soulageant dans le prochain, c’est lui-même que nous soulageons. (…)

    Voyons dans notre frère le Christ lui-même qui se présente à nous, et nous le servirons alors avec empressement. (…) Si nous avons ces vues de la foi, notre amour sera toujours zélé, désintéressé, et nous ne nous plaindrons pas si nous devons souvent nous donner aux autres.

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

     

     

     

  • « Pour le mettre à l’épreuve, ils lui demandaient un signe. »

    Dieu est partout, dans tout, et sans lui nous ne pouvons pas exister. Pas un seul instant, je n’ai douté de son existence mais je sais que certains sont dans le doute. Si vous ne croyez pas en Dieu, vous pouvez déjà aider les autres par des actes inspirés par l’amour, et le fruit de ces œuvres sera les grâces supplémentaires qui descendront dans votre âme. Vous commencerez alors à vous épanouir lentement et vous aspirerez à la joie d’aimer Dieu.

    Il y a tant de religions ! Chacun suit Dieu à sa manière. Moi, je suis la voie du Christ : Jésus est mon Dieu, Jésus est mon Époux, Jésus est mon seul Amour, Jésus est mon Tout en tout, Jésus est tout pour moi.

    C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais peur. Je fais mon travail avec Jésus, je le fais pour lui en le lui dédiant ; c’est pourquoi les résultats sont les siens, pas les miens. Si vous avez besoin d’un guide, vous n’avez qu’à tourner les yeux vers Jésus. Vous devez vous en remettre à lui et compter entièrement sur lui. Quand vous faites cela, le doute se dissipe et l’assurance vous envahit. Mais Jésus a dit : « Si vous ne devenez pas semblables à un enfant, vous ne pouvez pas venir à moi » (Mt 18,3).

    Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)

     

     

     

  • « Ordonnez en moi l’amour ! » (Ct 1,4)

    « Ordonnez en moi l’amour. » (Ct 1,4) Nous recevons ici un enseignement particulièrement élevé, à savoir quelle est la charité que nous devons avoir envers Dieu et quelle conduite nous devons tenir à l’égard des hommes. S’il faut « que tout se passe dans l’ordre et décemment » (1 Co 14,40), combien plus rigoureux encore ne doit pas être l’ordre à ce niveau ! (…)

    Il faut donc que nous connaissions l’ordre de la charité que nous enseigne la Loi, c’est-à-dire comment nous devons aimer Dieu et comment nous devons aimer nos ennemis, afin de ne jamais inverser l’ordre de l’accomplissement de la charité. Il faut aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces et de toute sa sensibilité, et le prochain comme soi-même ; sa femme, si l’on est un homme au cœur pur, « comme le Christ aime l’Église » (Ep 5,25), et si l’on est sujet aux passions, « comme son propre corps » (Ep 5,28) : c’est ce que nous commande Paul qui a fixé l’ordre en cette matière ; son ennemi sans rendre le mal pour le mal, mais en répondant à l’injustice par le bienfait.

    Mais en réalité, on peut voir chez la plupart des gens l’ordre de la charité confondu et bouleversé ; en ne s’adaptant pas comme il faut à ses divers objets, elle s’égare dans son exercice. Ce sont les richesses, les honneurs, ou encore les femmes, s’ils éprouvent pour elles des désirs ardents, qu’ils aiment de toute leur âme et de toute leur force au point d’être capables de perdre leur vie pour cela, mais ils n’aiment Dieu qu’autant qu’il leur convient, ils montrent à peine envers leur prochain la charité que l’on doit à ses ennemis ; et à leur égard de qui les hait, ils ne pensent qu’à rendre en pire le mal qu’ils ont reçu.

    C’est pourquoi l’Épouse dit : « Ordonnez en moi l’amour » (Ct 1,4) afin que je donne à Dieu tout ce qui lui est dû et que pour chacun des autres je trouve la mesure qui convient.

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395)

     

     

     

     

  • L’aumône pour tous !

    Fussions-nous bien pauvres, nous pouvons encore faire l’aumône, et, quelque grandes que soient nos occupations, nous pouvons prier le bon Dieu sans rien déranger de nos affaires, prier soir et matin, et même toute la journée. (…) Nous disons qu’il y a une sorte d’aumône que tout le monde peut faire.

    Vous voyez bien que l’aumône ne consiste pas seulement à nourrir ceux qui ont faim et à donner des habits à ceux qui n’en ont pas ; mais ce sont tous les services que l’on rend au prochain, soit pour le corps, soit pour l’âme, quand nous le faisons en esprit de charité. Quand nous avons peu, eh bien ! nous donnons peu ; et quand nous n’avons pas, nous prêtons si nous le pouvons. Celui qui ne peut pas fournir au besoin des malades, eh bien ! il peut les visiter, leur dire quelques paroles de consolation, prier pour eux, afin qu’ils fassent un bon usage de leur maladie.

    Oui, mes frères, tout est grand et précieux aux yeux du bon Dieu, lorsque nous agissons par un motif de religion et de charité, parce que Jésus-Christ nous a dit qu’ « un verre d’eau ne serait pas sans récompense. » (Mt 10,42) Vous voyez donc, mes frères, que quoique nous soyons bien pauvres, nous pouvons facilement faire l’aumône.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)