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  • Mardi saint

    Quand vient l’heure du Mardi Saint

    Écoutez-moi, îles lointaines ! Peuples éloignés, soyez attentifs…
    Le Seigneur a fait de ma bouche une épée tranchante,
    il m’a protégé par l’ombre de sa main…
    Il m’a dit : Tu es mon serviteur, en toi je me glorifierai.

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    Depuis des siècles déjà, l’Écriture annonçait la venue mystérieuse de ce Serviteur, à la fois souffrant et rédempteur. Malgré son sentiment de s’être fatigué pour rien, et d’avoir en pure perte usé ses forces, le Seigneur maintenait une immense promesse : Je vais faire de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux confins de la terre. Et les siècles passaient sans que le peuple de Dieu puisse voir se lever l’aube de ce salut tant attendu.
    Mais un jour Jésus est enfin apparu. Je suis la lumière du monde ; qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie (Jean 8,12) on sait qu’alors, pour tout une part, les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises. (…)
    Nous voilà donc au cœur de ce grand combat entre les ténèbres et la lumière qui veut nous révéler un prodigieux mystère : le Mystère de notre salut (Colossiens 1, 24-27) ! Nous voilà enfin arrivés à l’heure tant attendue.

    Voici donc Jésus seul sur une route où nul n’est capable de le suivre. Pour marquer cette solitude absolue du creux de laquelle jaillira la suprême communion, cette noire solitude en face de l’incompréhension et de l’hostilité, deux figures se dressent au seuil de la nuit. Celle de deux apôtres dont il a voulu faire des amis et qui vont devenir tous deux, l’un Judas, un traître et l’autre, Simon-Pierre, un renégat. Tel est, dans son réalisme abrupt, la dure réalité de ce que le Christ est venu souffrir non seulement pour nous, mais encore par nous. Trahi par l’un, renié par l’autre, abandonné de tous, Jésus s’enfonce aujourd’hui dans la nuit la plus noire et la plus longue de notre propre histoire.
    Voici venue l’heure – et elle est venue – où vous serez dispersés, chacun de son côté, et me laisserez seuls (Jean 13, 32). Mais cette heure le Christ l’a voulue. Il l’a choisie. Il l’a préparée. Et il proclame même que c’est celle de sa glorification. (…) Que nous reste-t-il à faire en ce Mardi Saint, nous qui sommes un peu, à nos heures, renégats comme Pierre ou traîtres comme Judas ? Il nous reste à contempler la route où Jésus s’enfonce tout seul vers cet endroit où nous ne pouvons pas aller, tant est profond l’abîme de sa kénose (anéantissement) où nul d’entre nous n’est à même de l’accompagner.
    Il nous reste à contempler cette route avec la certitude que ce Jésus qui s’en va, ce soir, vers la croix, c’est aussi le Christ vainqueur de la mort qui en reviendra afin de nous prendre un jour tout entiers, avec lui, dans son Royaume, sachant bien que Celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera nous aussi avec Jésus et nous placera près de lui avec vous (2 Corinthiens 5, 14).
    Ne soyons pas plus présomptueux que Simon-Pierre ou plus désespérés que Judas. La nuit va nous envelopper à nouveau tout à l’heure. Nous ferons glisser une fois encore nos pas dans le dédale des trottoirs et des rues. Nous nous retrouverons dans la solitude de nos appartements ; et le grand silence du soir viendra envelopper nos âmes. Mais nous savons que nous ne sommes plus seuls. Jésus Christ a lavé nos reniements et racheté nos trahisons. Nos pires solitudes sont habitées par la présence de son amour. Comment donc ne pas espérer, au soir de ce Mardi Saint où nous avons vu le Fils du Dieu vivant partir mourir d’amour pour nous, afin que notre mort ne soit plus qu’une pâque vers lui !

    Sources Vives n° 91

     

     

     

     

  • Lundi Saint

    En ce Lundi Saint, la Liturgie de l’Eglise nous fait contempler le Verbe Incarné suppliant Dieu Son Père de Lui venir à son aide (Introït de la Messe : « Jugez, Seigneur, ceux qui me persécutent ; désarmez ceux qui m’attaquent; Prenez vos armes et votre bouclier, et levez-vous pour venir à mon secours, ô Seigneur, ma force et mon salut »). Six jours avant la Pâque, Jésus-Christ sait parfaitement que son heure est proche. Tandis que Marie de Béthanie répand le parfum (« pistis » = « fides ») très pur sur ses pieds, Il la loue pour ce geste plein de tact, et blâme Judas, dont le cœur est plein de haine. Prions : « Seigneur Jésus, tout au long de cette semaine, à l’exemple de Marie de Béthanie, nous voulons demeurer auprès de Vous. Nous voulons nous décentrer de nous-mêmes pour nous préoccuper seulement de Vous et de Vous seul, Vous offrir le peu que nous avons mais Vous le donner totalement et sans réserve. Nos cœurs ainsi tout ouvert à Votre présence nous permettrons d’accueillir sans réserve le don de Votre Salut. Ainsi soit-il ».

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    « Marie, prenant une livre de parfum de nard pur, d’un grand prix, le répandit sur les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux. Et la maison fut remplie de l’odeur du parfum. » Voilà le fait historique, cherchons le symbole. Qui que tu sois, si tu veux être une âme fidèle, répands avec Marie un parfum précieux sur les pieds du Seigneur. Ce parfum, c’est la droiture… Répands du parfum sur les pieds de Jésus ; suis les traces du Seigneur par une vie sainte. Essuie ses pieds avec tes cheveux : si tu as du superflu, donne-le aux pauvres et tu auras ainsi essuyé les pieds du Seigneur… Peut-être que les pieds du Seigneur sur la terre sont dans le besoin. N’est-ce pas de ses membres, en effet (Ep 5,30), qu’il dira à la fin du monde : « Ce que tu as fait pour le plus petit des miens, c’est à moi que tu l’as fait » (Mt 25,40).

    « Et la maison fit remplie de l’odeur du parfum. » C’est-à-dire, le monde a été rempli de la bonne renommée de cette femme, car la bonne odeur, c’est la bonne renommée. Ceux qui associent le nom de chrétiens à une vie malhonnête font injure au Christ…; si le nom de Dieu est blasphémé par ces mauvais chrétiens, il est, au contraire, loué et honoré par les bons, « car nous sommes en tous lieux la bonne odeur du Christ » (2Co 2,14-15). Il est dit aussi dans le Cantique des Cantiques : « Ton nom est un parfum répandu » (1,3).

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
    Sermons sur l’évangile de Jean, n°50, 6-7

     

     

     

  • Dimanche des Rameaux et de la Passion

    img187Extraits de l’Homélie de Saint Jean-Paul II (13 avril 2003)

     

    1. « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! » (Mc 11, 9).
    La liturgie du Dimanche des Rameaux est comme une porte d’entrée solennelle dans la Semaine Sainte. Elle associe deux moments opposés entre eux : l’accueil de Jésus à Jérusalem et le drame de la Passion: l’« Hosanna » joyeux et le cri plusieurs fois répété : « Crucifie-le! » ; l’entrée triomphale et la défaite apparente de la mort sur la Croix. Elle anticipe ainsi l’« heure » où le Messie devra beaucoup souffrir, sera tué et ressuscitera le troisième jour (cf. Mt 16, 21), et elle nous prépare à vivre en plénitude le mystère pascal.

    2. « Crie de joie, fille de Jérusalem / Voici que ton roi vient à toi » (Zc 9, 9). En accueillant Jésus, la Cité dans laquelle vit la mémoire de David se réjouit; la Cité des prophètes, dont un grand nombre subirent le martyre pour la vérité ; la Cité de la paix, qui au cours des siècles a connu la violence, la guerre, la déportation.
    D’une certaine façon, Jérusalem peut être considérée comme la Ville-symbole de l’humanité, en particulier en ce dramatique début de troisième millénaire que nous vivons. C’est pourquoi les rites du Dimanche des Rameaux acquièrent une éloquence particulière. Les paroles du prophète Zacharie retentissent de façon réconfortante : « Exulte avec force, fille de Sion! / Crie de joie, fille de Jérusalem! / Voici que ton roi vient à toi : / Il est juste et victorieux, / humble, monté sur un âne / … l’arc de guerre sera retranché. / Il annoncera la paix aux nations »(9, 9-10). Aujourd’hui nous sommes en liesse, car Jésus, le Roi de la Paix, entre à Jérusalem.

    3. Alors, le long de la descente du mont des Oliviers, les enfants et les jeunes de Jérusalem accoururent à la rencontre du Christ, en l’acclamant et en agitant joyeusement des rameaux d’olivier et des palmes. […]

    5.« Voici ta Mère! »Jésus adresse ces paroles à chacun de vous, chers amis. A vous aussi, il demande de prendre Marie comme Mère « dans votre maison », de l’accueillir « parmi vos biens », car « c’est Elle qui, en accomplissant son ministère maternel, vous éduque et vous modèle jusqu’à ce que le Christ soit formé pleinement en vous ». Que Marie fasse en sorte que vous répondiez généreusement à l’appel du Seigneur, et que vous persévériez avec joie et fidélité dans la mission chrétienne! […]

    6.« Vraiment cet homme était Fils de Dieu! »(Mc 15, 39). Nous avons à nouveau écouté la claire profession de foi, exprimée par le centurion, « voyant qu’il avait ainsi expiré »(ibid.). C’est de ce qu’il a vu, que naît le surprenant témoignage du soldat romain, le premier à proclamer que cet homme crucifié « était Fils de Dieu ».
    Seigneur Jésus, nous aussi nous avons « vu » comment tu as souffert et comment tu es mort pour nous. Fidèle jusqu’au bout, tu nous a arrachés à la mort par ta mort. Avec ta Croix, tu nous a rachetés.
    Toi, Marie, Mère qui souffres, tu es le témoin silencieux de ces instants décisifs pour l’histoire du salut.
    Donne-nous tes yeux pour reconnaître sur le visage du Crucifié, défiguré par la douleur, l’image du Ressuscité glorieux.
    Aide-nous à l’embrasser et à avoir confiance en Lui, afin de devenir dignes de ses promesses.
    Aide-nous à lui être fidèles aujourd’hui et tout au long de notre vie.
    Amen!
    Source principale : vatican.va (« Rév. x gpm »).

     

     

  • « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. »

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    Afin de blanchir la multitude, un seul s’est laissé noircir…, car « il est bon, dit l’Ecriture, qu’un seul homme meure pour le peuple ». Il est bon qu’un seul prenne « la ressemblance de la chair de péché » (Rm 8,3), et que toute la race ne soit pas condamnée pour le péché. La splendeur de l’essence divine se voile donc en la forme d’esclave, pour sauver la vie de l’esclave. L’éclat de la vie éternelle s’assombrit dans la chair pour purifier la chair. Pour éclairer les fils des hommes, le plus beau des enfants des hommes (Ps 44,3) doit s’obscurcir dans sa Passion, accepter la honte de la croix. Exsangue dans la mort, qu’il perde toute beauté, tout honneur, pour s’acquérir, belle et glorieuse, son Epouse sans tache ni ride, l’Église (Ep 5,27).

    Mais sous cette tente noire (Ct 1,5)…, je reconnais le roi… Je le reconnais et je l’embrasse. Je vois sa gloire qui est à l’intérieur ; je devine l’éclat de sa divinité, la beauté de sa force, la splendeur de sa grâce, la pureté de son innocence. La couleur misérable de l’infirmité humaine le couvre ; son visage est comme caché, défait, à l’heure où pour nous ressembler il est éprouvé comme nous, mais n’a pas péché.

    Je reconnais aussi la forme de notre nature souillée, je reconnais cette tunique de peau, le vêtement de nos premiers parents (Gn 3,21). Mon Dieu s’en est revêtu, prenant la forme de l’esclave, devenu semblable aux hommes (Ph 2,7) et habillé comme eux. Sous cette peau de chevreau, signe du péché, dont se couvrit Jacob (Gn 27,16), je reconnais la main qui n’a pas péché, la nuque jamais courbée sous l’emprise du mal. Je sais, Seigneur, que par nature tu es doux, humble de cœur, abordable, paisible, souriant, toi qui as été « oint de l’huile de joie plus que tes compagnons » (Mt 11,29 ;Ps 44,8). D’où te vient donc cette rude ressemblance d’Esaü, cette affreuse apparence du péché ? Ah, c’est la mienne ! … Je reconnais mon bien, et sous mon visage je vois mon Dieu, mon Sauveur.

    Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église
    Sermon 28 sur le Cantique des cantiques (trad. Solms, Christs romans, Zodiaque 1963, p. 147 rev.)

     

     

     

  • « S’il meurt il donne beaucoup de fruit. »

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    Être chrétien, c’est d’abord et toujours s’arracher à l’égoïsme qui ne vit que pour soi, afin d’entrer dans une grande orientation foncière de la vie les uns pour les autres. Au fond, toutes les grandes images scripturaires traduisent cette réalité. L’image de la Pâque…, l’image de l’Exode…, qui commence avec Abraham et qui reste une loi fondamentale tout au long de l’histoire sainte : tout cela est l’expression de ce même mouvement fondamental qui consiste à se détacher d’une existence repliée sur elle-même.

    Le Seigneur Jésus a énoncé cette réalité de la façon la plus profonde dans la loi du grain de blé, qui montre en même temps que cette loi essentielle ne domine pas seulement toute l’histoire, mais marque dès le commencement la création entière de Dieu : « En vérité, je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il portera beaucoup de fruits. »

    Dans sa mort et sa résurrection, le Christ a accompli la loi du grain de blé. Dans l’eucharistie, dans le pain de blé, il est devenu véritablement le fruit centuple (Mt 13,8) dont nous vivons encore et toujours. Mais dans le mystère de la sainte eucharistie où il demeure à jamais celui qui est vraiment et pleinement « pour nous », il nous invite à entrer jour après jour dans cette loi qui n’est finalement que l’expression de l’essence de l’amour véritable… : sortir de soi-même pour servir les autres. Le mouvement fondamental du christianisme n’est, en dernière analyse, que le simple mouvement de l’amour par lequel nous participons à l’amour créateur de Dieu lui-même.

    Cardinal Joseph Ratzinger [Benoît XVI, pape de 2005 à 2013]
    Vom Sinn des Christseins 1965 (trad. Un Seul Seigneur, Mame 1971, p. 43)

     

     

  • Simplicité du coeur

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    Le Carême est maintenant bien commencé. Il nous faut poursuivre la marche. D’un bon pas, si possible, mais ce n’est pas toujours évident. Le message du pape François pour le Carême 2015 peut redonner souffle à notre marche. C’est un « temps de grâce », rappelle-t-il d’emblée, invitant aussitôt à élargir le regard, car répète-t-il, « un des défis les plus urgents est celui de la mondialisation de l’indifférence. L’indifférence envers son prochain et envers Dieu est une tentation réelle, même pour nous, chrétiens… C’est pour cela que nous avons besoin d’entendre, lors de chaque Carême, le cri des prophètes qui haussent la voix et qui nous réveillent. » Pour que « les lieux où se manifeste l’Église, en particulier nos paroisses et nos communautés, deviennent des îles de miséricorde au milieu de la mer de l’indifférence ! » Le Carême, c’est « un parcours de formation du cœur » pour « dépasser l’indifférence et nos prétentions de toute-puissance ».
    Le programme est sportif, peut-être, mais en tout cas accessible et concret : « Avoir un cœur miséricordieux ne veut pas dire avoir un cœur faible. Celui qui veut être miséricordieux a besoin d’un cœur fort, solide, fermé au tentateur et ouvert à Dieu. Un cœur qui se laisse pénétrer par l’Esprit et porter sur les voies de l’amour, qui conduisent à nos frères et à nos sœurs. » La conclusion, alors, est limpide : « Au fond, dit François, un cœur pauvre, qui connaisse en fait ses propres pauvretés et qui se dépense pour l’autre. »
    Allier ainsi faiblesse et force, conversion et tendresse, accueil de notre propre pauvreté et ouverture à autrui. Voilà le bon chemin ! Aimer et « se dépenser pour l’autre » guérit de l’indigence même. Voilà le bonheur d’un cœur pauvre !

    P. Jacques Nieuviarts, conseiller éditorial de Prions en Église
    Éditorial mars 2015
    actu.bayardweb.com

    escapamargue.blogspot.fr

     

  • « Vous ne pourrez donc pas croire à moins d’avoir vu des signes et des prodiges ? »

     

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    « Si vous ne voyez pas des signes et des prodiges, vous ne croirez pas ! » Le fonctionnaire royal semble ne pas croire que Jésus a la puissance de ressusciter les morts : « Descends, avant que mon fils ne meure ! » Il semble croire que Jésus ignore la gravité de la maladie de son enfant. C’est pourquoi Jésus lui fait ce reproche, pour lui montrer que les miracles se font surtout pour gagner et guérir les âmes. Ainsi Jésus guérit le père qui est malade d’esprit non moins que le fils qui est malade de corps, pour nous apprendre qu’il faut s’attacher à lui non à cause des miracles, mais pour son enseignement que les miracles confirment. Car il opère les miracles non pour les croyants, mais pour les incroyants…

    De retour chez lui, « il crut, avec tous les gens de sa maison ». Des gens qui n’ont ni vu ni entendu Jésus…croient en lui. Quel enseignement en retirer ? Il faut croire en lui sans exiger des miracles ; il ne faut pas exiger de Dieu des preuves de sa puissance. De nos jours combien de gens montrent un plus grand amour de Dieu lorsque leurs enfants ou leur femme ont reçu quelque soulagement dans leur maladie. Même si nos vœux ne sont pas exaucés, il faut persévérer tout autant dans l’action de grâce et la louange. Restons attachés à Dieu dans l’adversité autant que dans la prospérité.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église
    Homélies sur l’évangile de Jean, n°35

     

     

     

  • Quatrième dimanche de Carême (Laetare)

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    « Que la croix ne vous effraie pas, dit le Seigneur Jésus, et ne vous fasse pas douter des paroles que je vous dis. » Le serpent élevé par Moïse dans le désert était efficace par la puissance de celui qui ordonnait de l’élever… C’est ainsi que le Seigneur se charge du sort des hommes et souffre les douleurs de la croix, mais grâce à la puissance qui l’habite, il a rendu ceux qui croient en lui dignes de la vie éternelle. Au temps de Moïse, le serpent d’airain, sans posséder la vie, grâce à la puissance d’un autre, délivrait de la mort ceux qui allaient périr sous la morsure venimeuse, pourvu qu’ils tournent leurs regards vers lui. Jésus, de la même manière, malgré son apparence mortelle et ses souffrances, donne pourtant la vie à ceux qui croient en lui, grâce à la puissance qui l’habite.

    Jésus continue : « Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique, afin que tous ceux qui croient en lui ne périssent pas, mais qu’ils aient la vie éternelle. » « C’est là encore, dit-il, un signe de l’amour de Dieu… » Comment a-t-il pu dire : « Dieu a donné son Fils unique » ? Il est évident que la divinité ne peut pas souffrir. Cependant, grâce à leur union, l’humanité et la divinité de Jésus ne forment qu’un. C’est pourquoi, bien que seul l’homme souffre, tout ce qui touche son humanité est attribué aussi à sa divinité…

    Saint Paul, pour montrer cette grandeur de la Passion, dit : « S’ils l’avaient connu, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire » (1Co 2,8). Il veut révéler, en donnant ce titre-là à Jésus, la grandeur de la Passion ; de la même manière, notre Seigneur, pour montrer la richesse de son amour par les souffrances qu’il a supportées, déclare très justement : « Dieu a donné son Fils unique. »

    Théodore de Mopsueste (?-428), évêque et théologien
    Commentaire de Jean ; CSCO 115,116 (trad. Jean expliqué, DDB 1985, p. 64)

     

     

  • Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 18,9-14.

    En ce temps-là, à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici :
    « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts).
    Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain.
    Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.”
    Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !”
    Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. » Avec quelle précaution le pharisien qui montait au Temple pour y faire sa prière, et qui avait fortifié la citadelle de son âme, prétendait jeûner deux fois par semaine et donner le dixième de ce qu’il gagnait. En disant : « Mon Dieu, je te rends grâce », il est bien clair qu’il avait apporté toutes les précautions imaginables pour s’en prémunir. Mais il laisse un endroit ouvert et exposé à son ennemi en ajoutant : « Parce que je ne suis pas comme ce publicain ». Ainsi, par la vanité, il a donné à son ennemi d’entrer dans la ville de son cœur qu’il avait pourtant bien verrouillée par ses jeûnes et ses aumônes.

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    Avec quelle précaution le pharisien qui montait au Temple pour y faire sa prière, et qui avait fortifié la citadelle de son âme, prétendait jeûner deux fois par semaine et donner le dixième de ce qu’il gagnait. En disant : « Mon Dieu, je te rends grâce », il est bien clair qu’il avait apporté toutes les précautions imaginables pour s’en prémunir. Mais il laisse un endroit ouvert et exposé à son ennemi en ajoutant : « Parce que je ne suis pas comme ce publicain ». Ainsi, par la vanité, il a donné à son ennemi d’entrer dans la ville de son cœur qu’il avait pourtant bien verrouillée par ses jeûnes et ses aumônes.

    Toutes les autres précautions sont donc inutiles, quand il reste en nous quelque ouverture par où l’ennemi peut entrer… Ce pharisien avait vaincu la gourmandise par l’abstinence ; il avait surmonté l’avarice par la générosité… Mais combien de travaux en vue de cette victoire ont été anéantis par un seul vice ? par la brèche d’une seule faute ?

    C’est pourquoi il ne nous faut pas seulement penser à pratiquer le bien, mais aussi veiller avec soin sur nos pensées, pour les garder pures dans nos bonnes œuvres. Car si elles sont une source de vanité ou d’orgueil dans notre cœur, nous combattons alors seulement pour la vaine gloire, et non pour celle de notre Créateur.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l’Église
    Moralia, 76