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  • « Jésus allait mourir… pas seulement pour la nation, mais pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. »

    Saint Paul affirme : « En ces jours qui sont les derniers, Dieu nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses » (He 1,2). Cette phrase ne signifie-t-elle pas que le Père a considéré que tous les hommes font partie de l’héritage du Christ ? C’est conforme à la prophétie de David : « Demande, et je te donne les peuples en héritage, pour domaine les extrémités de la terre » (Ps 2,8).

    Le Seigneur lui-même déclare : « Une fois élevé de terre, j’attirerai tout à moi » (Jn 12,32). N’est-ce pas la conversion de tous qui semble promise ? À un autre endroit, on trouve une prophétie concernant l’Église : « Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline abaissées, les lieux accidentés se changeront en plaine et les escarpements en large vallée » (Is 40,4) : est-il quelqu’un qui semble oublié, et qui ne soit pas désigné ici comme sujet du Christ ? Et que penser quand on lit : « Toute chair viendra se prosterner devant ma face, pour qu’ils m’adorent dans Jérusalem, dit le Seigneur » (Is 66,23)…

    Le terme de « peuple de Dieu » est donc à prendre dans toute sa plénitude. Et bien que la plupart des hommes refuse ou néglige la grâce du Sauveur, c’est l’ensemble qui est désigné par les mots « élus » et « prédestinés »… L’apôtre Paul dit aussi : « Nous proclamons un Jésus Christ crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1Co 1,23-24). Le Christ serait-il « puissance de Dieu » et « sagesse » pour les mêmes hommes aux yeux de qui il est « scandale » et « folie » ? En fait, puisque certains sont sauvés à cause de leur foi, alors que d’autres sont endurcis dans l’impiété, l’apôtre a compris les fidèles et les infidèles sous le nom général « appelés ». Il montrait ainsi que ceux qu’il qualifiait de païens se sont faits étrangers à l’appel de Dieu, bien qu’ils aient entendu l’Évangile.

    Saint Prosper d’Aquitaine (?-v. 460)

     

     

     

     

     

  • Le vendredi de la 5e semaine de Carême

    Comme les ailes des colombes sur leurs petits…,
    ainsi sont les ailes de l’Esprit sur mon cœur.
    Mon cœur se réjouit et tressaille
    comme un enfant tressaille dans le sein de sa mère.

    J’ai cru et j’ai trouvé le repos ;
    il est fidèle celui en qui j’ai cru.
    Il m’a béni de bénédictions
    et ma tête s’est tournée vers lui.
    Nul glaive ne me séparera de lui
    pas plus que nulle épée.

    Je me suis préparé, avant que n’arrive la perte,
    je me suis placé sur ses ailes incorruptibles.
    La vie immortelle m’a pressé et étreint,
    d’elle vient l’Esprit qui est en moi :
    Il ne peut pas mourir, car il est la vie.

    [Le Christ dit :]
    Ceux qui m’ont vu ont été étonnés
    parce que j’étais persécuté.
    Ils me croyaient anéanti,
    parce que je leur paraissais perdu.
    Mais l’oppression est devenu mon salut.

    J’étais devenu objet de mépris.
    Il n’y avait pas en moi d’envie ;
    je faisais le bien à tous les hommes,
    et j’en ai été haï.
    Ils m’ont cerné comme des chiens furieux (Ps 21,17),
    des insensés qui marchent contre leurs maîtres ;
    leur intelligence est corrompue, leur esprit perverti.

    Pour moi j’ai retenu les eaux par ma droite,
    ma douceur supportait leur amertume.
    Je n’ai pas péri, car je n’étais pas de leur engeance,
    ma naissance n’était point la leur.
    Ils ont cherché ma mort et n’ont pas réussi ;
    j’étais plus ancien que leur mémoire.

    Ils se sont rués sur moi en vain,
    ceux qui étaient à ma poursuite ;
    en vain ils ont cherché à supprimer
    le souvenir de celui qui était avant eux.
    Rien ne le dépasse le dessein du Très-Haut,
    son cœur est plus grand que toute sagesse.
    Alléluia !

    Odes de Salomon (texte chrétien hébraïque du début du 2e siècle)

     

     

     

  • « Abraham a tressailli d’allégresse dans l’espoir de voir mon jour. Et il l’a vu… »

    « Abraham prit le bois de l’holocauste et le chargea sur son fils Isaac ; lui-même prit en mains le feu et le couteau, et ils s’en allèrent tous deux ensemble. Isaac dit à son père : Voilà le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? À quoi Abraham répondit : L’agneau pour l’holocauste, Dieu y pourvoira, mon fils » (Gn 22,6-8). Cette réponse d’Abraham, à la fois exacte et prudente, me frappe. Je ne sais pas ce qu’il voyait en esprit, car il ne s’agit pas du présent mais de l’avenir quand il dit : « Dieu y pourvoira ». À son fils qui l’interroge sur le présent, il parle de l’avenir. C’est que le Seigneur lui-même devait pourvoir à l’agneau dans la personne du Christ…

    « Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils. » Rapprochons de cela les paroles de l’apôtre Paul où il est dit de Dieu qu’il « n’a pas épargné son propre Fils, mais qu’il l’a livré pour nous tous » (Rm 8,32). Voyez avec quelle magnifique générosité Dieu rivalise avec les hommes : Abraham a offert un fils mortel qui en fait ne devait pas mourir, tandis que Dieu a livré à la mort pour les hommes un Fils immortel…

    « Et, se retournant, Abraham leva les yeux, et voici qu’un bélier était retenu par les cornes dans un buisson. » Le Christ est le Verbe de Dieu, mais « le Verbe s’est fait chair » (Jn 1,14)… Le Christ souffre, mais c’est dans sa chair ; il subit la mort, mais c’est sa chair qui la subit, dont le bélier est ici le symbole. Comme le disait Jean : « Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde » (Jn 1,29). Le Verbe au contraire est demeuré dans l’incorruptibilité ; c’est lui le Christ selon l’esprit, celui dont Isaac est l’image. Voilà pourquoi il est à la fois victime et grand prêtre. Car, selon l’esprit, il offre la victime à son Père, et selon la chair, lui-même est offert sur l’autel de la croix.

    Origène (v. 185-253)

     

     

     

  • « Quand vous aurez élevé le fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, Je suis ! »

    Au Christ Jésus tu dois toute ta vie, puisqu’il a donné sa vie pour ta vie, et que lui a supporté d’amers tourments pour que toi tu ne supportes pas de tourments éternels. Que pourrait-il y avoir pour toi de dur et d’effrayant, quand tu te souviendras que celui qui était de condition divine au jour de son éternité, avant que naisse l’aurore, dans la splendeur des saints, lui, la splendeur et l’image de la substance de Dieu, est venu dans ta prison, s’enfoncer jusqu’au cou, comme il est dit, dans la profondeur de ta boue ? (Ph 2,6 ;Ps 109,3 ;He 1,3 ;Ps 68,3)

    Qu’est-ce qui ne te semblera pas doux, lorsque tu auras rassemblé dans ton cœur toutes les amertumes de ton Seigneur et te rappelleras d’abord les contraintes de son enfance, puis les fatigues de sa prédication, les tentations de ses jeûnes, ses veilles dans la prière, ses larmes de compassion, les embûches qu’on a dressées contre lui…et puis les injures, les crachats, les soufflets, les fouets, la dérision, les moqueries, les clous, et tout ce qu’il a supporté pour notre salut ?

    Quelle compassion imméritée, quel amour gratuit ainsi prouvé, quelle estime inattendue, quelle douceur stupéfiante, quelle invincible bonté ! Le roi de gloire (Ps 23) crucifié pour un esclave si méprisable ! Qui a jamais rien entendu de tel, qui n’a rien vu de pareil ? « Car à peine quelqu’un mourrait-il pour un juste » (Rm 5,7). Mais lui, c’est pour des ennemis et des injustes qu’il est mort, choisissant de quitter le ciel pour nous ramener au ciel, lui, le doux ami, le sage conseiller, le ferme soutien. Que rendrais-je au Seigneur pour tout ce qu’il m’a donné ? (Ps 115,3)

    Saint Bernard (1091-1153)

     

     

     

     

  • « Moi non plus, je ne te condamne pas. »

    La rédemption par le mystère de la croix du Christ est la révélation ultime et définitive de la sainteté de Dieu, qui est la plénitude absolue de la perfection : plénitude de la justice et de l’amour, puisque la justice se fonde sur l’amour, provient de lui et tend vers lui. Dans la Passion et la mort du Christ, dans le fait que le Père « n’a pas épargné son Fils » mais « l’a fait péché pour nous » (Rm 8,32 ; 2Co 5,21), s’exprime la justice absolue, car le Christ subit la Passion et la croix à cause des péchés de l’humanité. Il y a vraiment là une surabondance de justice, puisque les péchés de l’homme se trouvent compensés par le sacrifice de l’Homme-Dieu.

    Toutefois cette justice, qui est au sens propre justice à la mesure de Dieu, naît tout entière de l’amour, de l’amour du Père et du Fils, et elle s’épanouit tout entière dans l’amour. C’est précisément pour cela que la justice divine révélée dans la croix du Christ est à la mesure de Dieu, parce qu’elle naît de l’amour et s’accomplit dans l’amour, en portant des fruits de salut. La dimension divine de la rédemption ne se réalise pas seulement dans le fait de faire justice du péché, mais dans celui de rendre à l’amour la force créatrice grâce à laquelle l’homme a de nouveau accès à la plénitude de vie et de sainteté qui vient de Dieu. De la sorte, la rédemption porte en soi la révélation de la miséricorde en sa plénitude.

    Le mystère pascal constitue le sommet de cette révélation et de cette mise en œuvre de la miséricorde, qui est capable de justifier l’homme, de rétablir la justice comme réalisation de l’ordre salvifique que Dieu avait voulu dès le commencement dans l’homme, et, par l’homme, dans le monde.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

  • « Personne ne mit la main sur lui. »

    Nous rencontrons dans le Christ des traits si humains qu’ils n’ont rien qui les distingue de notre commune faiblesse à nous mortels, et en même temps des traits si divins qu’ils ne peuvent convenir qu’à la souveraine et ineffable nature divine. Devant cela, l’intelligence humaine, trop étroite, est frappée d’une telle admiration qu’elle ne sait à quoi s’en tenir ni quelle direction prendre. Sent-elle Dieu dans le Christ, elle le voit pourtant mourir. Le prend-elle pour un homme, voici qu’il revient d’entre les morts, avec son butin de victoire, après avoir détruit l’empire de la mort. Aussi notre contemplation doit-elle s’exercer avec tant de révérence et de crainte qu’elle considère dans le même Jésus la vérité des deux natures, évitant d’attribuer à l’ineffable essence divine des choses qui sont indignes d’elle ou qui ne lui conviennent pas, mais évitant aussi de ne voir dans les événements de l’histoire que des apparences illusoires.

    Vraiment, faire entendre de telles choses à des oreilles humaines, essayer de les exprimer par des mots dépasse largement nos forces, notre talent et notre langage. Je pense même que cela dépasse la mesure des apôtres. Bien plus, l’explication de ce mystère transcende probablement tout l’ordre des puissances angéliques.

    Origène (v. 185-253)

     

     

     

  • « Ceux qui sont dans les tombeaux vont entendre sa voix. »

    Le Seigneur avait ressuscité la fille de Jaïre, mais quand le cadavre était encore chaud, quand la mort n’en était qu’à la moitié de son œuvre (Mt 9,18s)… Il a ressuscité aussi le fils unique d’une mère, mais en retenant la civière, en prenant les devants sur le tombeau…, avant que ce mort n’entre complètement dans la loi de la mort (Lc 7,11s). Mais l’ensemble de ce qui se passe à propos de Lazare est unique… : Lazare, en qui toute la puissance de la mort a été accomplie et en qui resplendit également l’image complète de la résurrection… En effet le Christ est revenu le troisième jour comme Seigneur ; Lazare, comme serviteur, a été rappelé à la vie le quatrième jour…

    Le Seigneur disait et répétait à ses disciples : « Voici que nous montons à Jérusalem et le Fils de l’homme sera livré aux chefs des prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le livreront aux païens pour qu’il soit un objet de risée, pour qu’il soit flagellé et crucifié » (Mt 20,18s). Et quand il disait cela, il les voyait devenir indécis, tristes, sans consolation. Il savait qu’il fallait qu’ils soient accablés par le poids de la Passion, jusqu’à ce que rien ne subsiste en eux de leur vie, rien de leur foi, rien de leur propre lumière, mais qu’au contraire leur cœur soit obscurci par la nuit presque totale de leur manque de foi. C’est pourquoi il fait durer jusqu’à quatre jours la mort de Lazare… De là, ce que dit le Seigneur à ses disciples : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là à cause de vous » (v. 15) — « pour que vous ayez la foi ». La mort de Lazare était donc nécessaire, pour qu’avec Lazare la foi des disciples aussi se lève du tombeau.

    « Puisque je n’étais pas là. » Et y avait-il un lieu où le Christ n’était pas ?… Le Christ Dieu était là, mes frères, mais le Christ homme n’y était pas. Le Christ Dieu était là quand Lazare mourait, mais maintenant le Christ allait venir auprès du mort, puisque le Christ Seigneur allait entrer dans la mort : « C’est dans la mort, dans le tombeau, aux enfers, c’est là qu’il faut que tout le pouvoir de la mort soit abattu, par moi et par ma mort ».

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)

     

     

     

     

  • L’eau du baptême nous guérit et nous donne la vraie vie

    Puisez aux eaux de la source vivante du Seigneur, car elle s’est ouverte pour vous (cf Is 12,3).

    Venez, vous tous qui avez soif (Is 55,1), recevez l’eau qui désaltère.

    Reposez-vous auprès de la source du Seigneur, car elle est belle et pure ; elle apaise l’âme. Ses eaux sont plus douces que le miel, le rayon des abeilles ne lui est pas comparable, car elle jaillit des lèvres du Seigneur, du cœur du Seigneur elle tire son nom (cf Jn 7,38).

    Elle coule, éternelle et invisible ; avant qu’elle n’apparaisse personne ne l’avait vue.

    Heureux ceux qui y ont bu et qui y ont apaisé leur soif !

    Odes de Salomon (texte chrétien hébraïque du début du 2e siècle)

     

     

  • « Ton fils est vivant ! »

    « Si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour être le Seigneur des morts et des vivants » (Rm 14,9). Mais « Dieu n’est pas le Dieu des morts, il est le Dieu des vivants » (Lc 20,38). Donc, puisque ce Seigneur des morts est vivant, les morts ne sont plus des morts mais des vivants : la vie règne en eux, pour qu’ils vivent sans plus craindre la mort. De même que « le Christ, ressuscité des morts, ne meurt plus » (Rm 6,9), de même, relevés et libérés de leur état périssable, ils ne verront plus la mort. Ils participeront à la résurrection du Christ, comme lui-même a pris part à notre mort. En effet, le Christ n’est descendu sur terre que pour « broyer les portes de bronze et briser les verrous de fer » (Ps 106,16) qui étaient fermés depuis toujours, et pour arracher notre vie de son état périssable et nous attirer vers lui, nous appelant de l’esclavage à la liberté.

    Si ce plan de salut n’est pas encore accompli, car les hommes meurent encore et leurs corps se dissolvent dans la tombe, que ce ne soit nullement un obstacle pour la foi. Car dès maintenant nous avons reçu les arrhes de tous les biens qui nous sont promis, en la personne de celui qui est notre premier né : par lui nous sommes montés au plus haut des cieux. En effet, nous siégeons auprès de celui qui nous a emportés avec lui dans les hauteurs, comme saint Paul le dit : « Avec lui, Dieu nous a ressuscités et nous a fait asseoir dans les cieux avec le Christ » (Ep 2,6).

    Saint Anastase d’Antioche (?-599)

     

     

     

  • « Je vais retourner chez mon père. »

    Si la conduite de ce jeune homme nous déplaît, ce qui nous fait horreur, c’est son départ : quant à nous, ne nous éloignons jamais d’un tel père ! La seule vue du père fait fuir les péchés, repousse la faute, exclut toute inconduite et toute tentation. Mais, si nous sommes partis, si nous avons gaspillé tout l’héritage du père dans une vie de désordre, s’il nous est arrivé de commettre quelque faute ou méfait, si nous sommes tombés dans le gouffre de l’impiété et dans un effondrement total, levons-nous une bonne fois et revenons à un si bon père, invités par un si bel exemple.

    « Quand le père le vit, il fut saisi de pitié, il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. » Je vous le demande : quelle place y-a-t-il ici pour le désespoir ? Quel prétexte pour une excuse ? Quelle fausse raison de craindre ? À moins peut-être que l’on craigne la rencontre du père, que l’on ait peur de ses baisers et de ses embrassements ; à moins que l’on croie que le père veut saisir pour récupérer, au lieu de recevoir pour pardonner, lorsqu’il attire son enfant par la main, le prend sur son cœur, le serre dans ses bras. Mais une telle pensée, qui écrase la vie, qui s’oppose à notre salut, est amplement vaincue, amplement anéantie par ce qui suit : « Le père dit à ses domestiques : Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. » Après avoir entendu cela, pouvons-nous encore tarder ? Qu’attendons-nous pour revenir au père ?

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)