Étiquette : bon Samaritain

  • « Tu seras heureux parce qu’ils n’ont rien à te rendre. »

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    J’ai remarqué (et c’est tout naturel) que les sœurs les plus saintes sont les plus aimées : on recherche leur conversation, on leur rend des services sans qu’elles les demandent… Les âmes imparfaites au contraire, ne sont point recherchées : sans doute on se tient à leur égard dans les bornes de la politesse religieuse, mais craignant peut-être de leur dire quelques paroles peu aimables, on évite leur compagnie… Voici la conclusion que j’en tire : Je dois rechercher en récréation, en licence, la compagnie des sœurs qui me sont le moins agréables, remplir près de ces âmes blessées l’office du bon Samaritain.

    Une parole, un sourire aimable, suffisent souvent pour épanouir une âme triste. Mais ce n’est pas absolument pour atteindre ce but que je veux pratiquer la charité, car je sais que bientôt je serais découragée : un mot que j’aurai dit avec la meilleure intention sera peut-être interprété tout de travers. Aussi pour ne pas perdre mon temps, je veux être aimable avec tout le monde (et particulièrement avec les sœurs les moins aimables) pour réjouir Jésus et répondre au conseil qu’il donne dans l’Évangile à peu près en ces termes : « Quand vous faites un festin, n’invitez pas vos parents et vos amis, de peur qu’ils ne vous invitent à leur tour, et qu’ainsi vous ayez reçu votre récompense. Mais invitez les pauvres, les boiteux, les paralytiques et vous serez heureux de ce qu’ils ne pourront vous rendre, car votre Père qui voit dans le secret vous en récompensera. » Quel festin pourrait offrir une carmélite à ses sœurs si ce n’est un festin spirituel composé de charité aimable et joyeuse ?

    Pour moi, je n’en connais pas d’autre et je veux imiter saint Paul qui se réjouissait avec ceux qu’il trouvait dans la joie. Il est vrai qu’il pleurait aussi avec les affligés, et les larmes doivent quelquefois paraître dans le festin que je veux servir, mais toujours j’essaierai qu’à la fin ces larmes se changent en joie, puisque le Seigneur aime ceux qui donnent avec joie.

    (Références bibliques : Lc 10,33; Lc 14,12-14; Mt 6,4-5; Rm 12,15; Jn 16,20; 2Co 9,7)

    Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l’Église
    Manuscrit autobiographique C, 28 r°-v°

     

     

     

     

  • Le bon Samaritain

    goodsamaritan« Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho »… Jéricho est le symbole de ce monde où, après avoir été chassé du Paradis, c’est-à-dire de la Jérusalem céleste, Adam est descendu… C’est le changement non pas de lieu mais de conduite qui a fait son exil. Quel changement ! Cet Adam qui jouissait d’un bonheur sans inquiétude, dès qu’il s’est abaissé aux fautes de ce monde, a rencontré des larrons… Qui sont ces larrons, sinon des anges de la nuit et des ténèbres, qui se déguisent parfois en anges de lumière (2Co 11,14), mais qui ne peuvent pas y demeurer ? Ils commencent par nous dépouiller des vêtements de grâce spirituelle que nous avons reçus : c’est ainsi qu’ils font d’habitude pour nous blesser… Prends donc garde à ne pas te laisser dépouiller, comme Adam, privé de la protection du commandement de Dieu et dépourvu du vêtement de la foi. Voilà pourquoi il a reçu la blessure mortelle à laquelle tout le genre humain aurait succombé, si le Samaritain n’était descendu guérir ses blessures affreuses.

    Ce n’est pas n’importe qui, ce Samaritain : celui que le prêtre et le lévite avaient dédaigné, lui ne l’a pas dédaigné… Ce Samaritain descendait : « Qui est descendu du ciel, sinon celui qui est monté au ciel, le Fils de l’homme, qui est au ciel ? » (Jn 3,13) Voyant à demi mort cet homme que personne avant lui n’avait pu guérir…, il s’est approché de lui ; c’est-à-dire qu’en acceptant de souffrir avec nous, il s’est fait notre prochain et qu’en exerçant la miséricorde envers nous, il s’est fait notre voisin.

    Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l’Église
    Commentaire sur l’évangile de Luc, 7,73 ; SC 52 (trad. cf SC, p. 33)