bulletin 128


[Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] Vois-tu ceux qui par crainte servile cherchent à se retirer de la fange du péché mortel ! Si leur effort ne s’inspire pas enfin de l’amour de la vertu, la crainte servile ne suffira pas à leur procurer la vie éternelle. Il y faut l’amour uni à la crainte : car la loi est fondée sur l’amour et sur une crainte sainte.
La loi de crainte, c’est la loi ancienne que je donnai à Moïse, et qui n’était établie que sur la crainte. Dans cette loi, toute faute commise était suivie de son châtiment. Mais la loi d’amour est la Loi nouvelle, donnée par le Verbe mon Fils unique, et qui est établie sur l’amour. La loi nouvelle cependant ne détruit pas l’ancienne, elle l’achève au contraire. C’est ce que vous a dit ma Vérité : « Je ne suis pas venu détruire la loi, mais l’accomplir » (Mt 5,17).
Il a uni la loi de crainte à la loi d’amour, et l’amour a purifié la crainte de son imperfection, qui est la peur du châtiment ; il n’est plus demeuré que la crainte parfaite, la crainte sainte, qui est la seule peur, non de nuire à son propre intérêt, mais de m’offenser moi-même qui suis la souveraine Bonté. Ainsi la loi imparfaite a été amenée à sa perfection par la loi d’amour.

L’un de vous dira : « Je ne peux pas du tout aimer mes ennemis. » Partout dans les Saintes Écritures, Dieu t’a dit que tu le peux ; et toi, tu réponds au contraire que tu ne peux pas ? Réfléchis maintenant : qui doit-on croire, Dieu ou toi ? Puisque celui qui est la Vérité même ne peut pas mentir, que la faiblesse humaine abandonne désormais ses excuses futiles. Celui qui est juste n’a pas pu commander quelque chose d’impossible, et celui qui est miséricordieux ne condamnera pas un homme pour ce qu’il n’a pas pu éviter. Pourquoi donc nos faux-fuyants ? Personne ne sait mieux ce que nous pouvons faire que celui qui nous a donné de pouvoir. Tant d’hommes, de femmes, d’enfants, de jeunes filles si délicates ont supporté pour le Christ les flammes, le feu, le glaive et les bêtes sauvages de façon imperturbable, et nous, nous disons que nous ne pouvons pas supporter les insultes des gens stupides ? (…)
En effet, si seuls les bons doivent être aimés, que dire de la conduite de notre Dieu dont il est écrit : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » ? (Jn 3,16) Car quel bien est-ce que le monde avait fait pour que Dieu l’aime ainsi ? Le Christ notre Seigneur a trouvé tous les hommes non seulement mauvais, mais même morts à cause du péché originel ; et cependant (…) « il nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous » (Ep 5,2). En agissant ainsi, il a aimé même ceux qui ne l’aimaient pas, comme l’apôtre Paul le dit aussi : « Le Christ est mort pour les coupables » (Rm 5,6). Et dans sa miséricorde inexprimable il a donné cet exemple au genre humain tout entier, disant : « Apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,29).

Parfois, nous ne nous apercevons pas combien nous sommes aveugles. Nous agissons mal et nous donnons les pires excuses. Nous sommes fréquemment mus par la passion, et nous essayons de faire passer cela pour du zèle. Nous relevons de petites fautes chez les autres, et nous nous en permettons de plus grandes. Nous sommes prompts à déceler et à condamner les travers d’autrui, mais nous ne prenons pas garde à ce que nous leur faisons supporter. Celui qui se jugerait équitablement lui-même n’aurait plus le courage de juger sévèrement les autres.
Un chrétien prend soin de sa propre vie avant toute chose, et celui qui se surveille attentivement se garde bien ensuite de critiquer la conduite des autres. Tu ne seras jamais une personne vraiment intérieure si tu ne t’efforces pas de te taire au sujet de ton prochain pour t’occuper principalement de toi-même. (…) Celui qui aime Dieu compte pour peu de chose tout ce qui est au-dessous de Dieu, car Dieu seul, éternel, immense, qui comble tout, est le réconfort de l’âme et la vraie joie du cœur. (…)
Ton repos sera tranquille si ton cœur ne te reproche rien ; ne cherche d’autre joie que celle d’avoir fait le bien. Les méchants ne connaîtront jamais la véritable joie ; ils ne posséderont pas la paix intérieure, car « il n’y a pas de paix pour les impies » (Is 57,21). (…) Ceux qui ont la conscience pure seront facilement calmes et heureux. Tu ne deviendras pas plus saint parce qu’on te louera, ni plus ignoble parce qu’on te blâmera. Tu resteras ce que tu es ; tout ce qu’on pourra dire de toi ne te fera pas paraître plus grand aux yeux de Dieu. Si tu prêtes seulement attention à ce que tu es véritablement, tu t’inquiéteras peu de l’opinion des hommes à ton sujet. « L’homme voit le visage, mais Dieu voit le cœur » (1S 16,7).

Tout ce que nous allons faire, même si c’était un acte plus qu’héroïque ébranlant les bases de tout mal sur cette terre, cet acte n’aura de valeur que dans la mesure où notre volonté sera en accord avec la volonté de l’Immaculée et, à travers elle, avec la volonté de Dieu… C’est l’amour en toute sa profondeur (au-delà du sentiment, bien que ce soit beau aussi) qui doit nous transformer, à travers l’Immaculée, en Dieu, qui doit nous consumer et, par nous, mettre le feu au monde, et détruire et brûler tout le mal qui s’y trouve. C’est le feu dont le Sauveur a dit : « Je suis venu jeter un feu sur la terre ; et comme je voudrais que déjà il brûle ! » (Lc 12,49)
Consumés par ce feu de l’amour divin (je le répète, il ne s’agit pas ici de larmes douces ni de sentiments, mais de volonté, même au milieu du dégoût et de l’antipathie), nous allons incendier le monde entier ! L’amour ne se repose jamais, mais se propage comme le feu qui brûle tout. Et nous tous, les humains, nous devons tendre à être embrasés par ce feu d’amour et qu’il brûle toutes les âmes qui sont et seront dans le monde. C’est cela l’idéal vers lequel il nous faut tendre. Il faut se rappeler la parole de Jésus : « Je suis venu mettre le feu sur la terre » (Lc 12-49). De notre côté, nous devons faire tout ce que nous pouvons pour que cet amour s’allume chaque jour davantage