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  • « L’homme se leva et le suivit. »

    Tard je t’ai aimée, ô Beauté si ancienne et si nouvelle ; tard je t’ai aimée. Voici que tu étais au dedans de moi, et moi, j’étais en dehors de moi-même. C’est au dehors que je te cherchais ; je me ruais disgracieusement sur les belles choses de ta création. Tu étais avec moi, et je n’étais pas avec toi ; j’étais retenu loin de toi par ces choses qui n’existeraient pas si elles n’étaient pas en toi. Tu as appelé, et ton cri a forcé ma surdité ; tu as brillé, et ton éclat a chassé ma cécité ; tu as répandu ton parfum, je l’ai respiré, et voici que j’aspire à toi. Je t’ai goûté, et j’ai faim de toi, j’ai soif de toi ; tu m’as touché, et j’ai brûlé du désir de la paix que tu donnes.

    Lorsque je serai uni à toi de tout mon être, il n’y aura plus pour moi de douleur ni de fatigue. Ma vie, toute pleine de toi, sera alors la vraie vie. Celui que tu remplis, tu l’allèges ; maintenant, puisque je ne suis pas encore plein de toi, je suis un poids pour moi-même… Seigneur, prends pitié de moi ! Mes tristesses mauvaises luttent avec mes bonnes joies ; sortirais-je victorieux de ce combat ? Prends pitié de moi, Seigneur ! Le pauvre être que je suis ! Voici mes blessures, je ne te les cache pas. Tu es le médecin, je suis malade. Tu es miséricorde, je suis misère.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • « Qui peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? »

    « Des gens lui amènent un paralytique. » Les évangélistes racontent qu’après avoir percé le toit ils ont descendu le malade et l’ont déposé devant le Christ, sans rien demander, laissant faire Jésus. Au début de son ministère, dans toute la Judée, c’est lui qui faisait les premiers pas et n’exigeait pas une si grande foi ; ici ce sont eux qui sont venus vers lui et une foi courageuse et vive leur a été demandée : « Jésus, voyant leur foi », dit l’Évangile, c’est-à-dire la foi de ceux qui avaient porté le paralytique… Le malade aussi avait une grande foi, car il ne se serait pas laissé transporter s’il n’avait pas eu confiance en Jésus.

    Devant tant de foi, Jésus montre sa puissance et, avec une autorité divine, pardonne les péchés du malade, donnant ainsi une preuve de son égalité avec son Père. Il avait déjà montré cette égalité quand il a guéri le lépreux en disant « Je le veux, sois guéri », quand il a calmé la mer déchaînée et quand il a chassé les démons qui ont reconnu en lui leur souverain et leur juge… Ici il la montre d’abord sans éclat : il ne s’est pas pressé de guérir extérieurement celui qu’on lui présentait. Il a commencé par un miracle invisible ; il a d’abord guéri l’âme de cet homme en lui pardonnant ses péchés. Certes, cette guérison était infiniment plus avantageuse à cet homme, mais cela apportait peu de gloire au Christ. Alors certains, poussés par leur méchanceté, ont voulu lui nuire ; mais ils ont, malgré eux, rendu le miracle plus éclatant.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

     

     

     

  • « Pris de pitié devant cet homme, Jésus étendit la main et le toucha. »

    Les pauvres ont soif d’eau, mais aussi de paix, de vérité et de justice. Les pauvres sont nus et ont besoin de vêtements, mais aussi de dignité humaine et de compassion pour les pécheurs. Les pauvres sont sans abri et ont besoin d’un abri fait de briques, mais aussi d’un cœur joyeux, compatissant et plein d’amour. Ils sont malades et ils ont besoin de soins médicaux, mais aussi d’une main secourable et d’un sourire accueillant.

    Les exclus, ceux qui sont rejetés, ceux qui ne sont pas aimés, les prisonniers, les alcooliques, les mourants, ceux qui sont seuls et abandonnés, les marginalisés, les intouchables et les lépreux…, ceux qui sont dans le doute et la confusion, ceux qui n’ont pas été touchés par la lumière du Christ, les affamés de la parole et de la paix de Dieu, les âmes tristes et affligées…, ceux qui sont un fardeau pour la société, qui ont perdu toute espérance et foi dans la vie, qui ont oublié comment sourire et qui ne savent plus ce que c’est que de recevoir un peu de chaleur humaine, un geste d’amour et d’amitié –- tous, ils se tournent vers nous pour recevoir un réconfort. Si nous leur tournons le dos, nous tournons le dos au Christ.

    Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)

     

     

     

  • « Bien avant l’aube…, Jésus alla dans un endroit désert, et là il priait. »

    La prière unit l’âme à Dieu. Même si notre âme est toujours semblable à Dieu par sa nature, restaurée qu’elle est par la grâce, de fait elle lui est souvent dissemblable par suite du péché. La prière témoigne alors que l’âme devrait vouloir ce que Dieu veut ; elle réconforte la conscience ; elle rend apte à recevoir la grâce. Dieu nous enseigne ainsi à prier avec une confiance ferme que nous recevrons ce pour quoi nous prions ; car il nous regarde avec amour et veut nous associer à sa volonté et à son action bienfaisantes. Il nous incite donc à prier pour ce qu’il lui plaît de faire (…) ; il semble nous dire : « Qu’est-ce qui pourrait me plaire davantage que de me supplier avec ferveur, sagesse et insistance afin d’accomplir mes desseins ? » Par la prière donc, l’âme s’accorde avec Dieu.

    Mais lorsque par sa grâce et sa courtoisie, notre Seigneur se révèle à notre âme, alors nous obtenons ce que nous désirons. À ce moment-là, nous ne voyons plus ce que nous pourrions demander d’autre. Tout notre désir, toute notre force sont fixés entièrement en lui pour le contempler. C’est une haute prière, impossible à sonder, il me semble. Tout l’objet de notre prière est d’être uni, par la vision et par la contemplation, à celui que nous prions, avec une joie merveilleuse et une crainte respectueuse, dans une si grande douceur et délice que nous ne pouvons plus prier en ces moments que comme il nous conduit. Je le sais, plus Dieu se révèle à l’âme, plus elle a soif de lui, par sa grâce. Mais lorsque nous ne le voyons pas, alors nous ressentons le besoin et l’urgence de prier Jésus, à cause de notre faiblesse et de notre incapacité.

    Julienne de Norwich (1342-après 1416)

     

     

     

     

  • « Es-tu venu pour nous perdre ? »

    « Mais délivre-nous du Mal » : dans cette demande du Notre Père, le Mal n’est pas une abstraction, mais il désigne une personne, Satan, le Mauvais, l’ange qui s’oppose à Dieu. Le « diable » (dia-bolos) est celui qui « se jette en travers » du dessein de Dieu et de son œuvre de salut accomplie dans le Christ. « Homicide dès l’origine, menteur et père du mensonge » (Jn 8,44), « le Satan, le séducteur du monde entier » (Ap 12,9), c’est par lui que le péché et la mort sont entrés dans le monde et c’est par sa défaite définitive que la création toute entière sera « libérée du péché et de la mort » (PE IV). « Nous le savons : l’homme qui est né de Dieu ne commet pas le péché ; le Fils qui est né de Dieu le protège et le Mauvais ne peut pas l’atteindre. Nous savons que nous appartenons à Dieu, alors que le monde entier est dominé par le Mauvais » (1Jn 5,18-19)…

    La victoire sur le « prince de ce monde » (Jn 14,30) est acquise, une fois pour toutes, à l’heure où Jésus se livre librement à la mort pour nous donner sa vie. C’est le jugement de ce monde et le prince de ce monde est « jeté bas » (Jn 12,31). « Il se lance à la poursuite de la Femme », mais il n’a pas de prise sur elle : la nouvelle Ève, « pleine de grâce » de l’Esprit Saint, est libérée du péché et de la corruption de la mort… « Alors, furieux de dépit contre la Femme, il s’en va guerroyer contre le reste de ses enfants » (Ap 12,13.17). C’est pourquoi l’Esprit et l’Église prient : « Viens, Seigneur Jésus » (Ap 22,17.20) puisque sa venue nous délivrera du Mauvais.

    En demandant d’être délivrés du Mauvais, nous prions également pour être libérés de tous les maux, présents, passés et futurs, dont il est l’auteur ou l’instigateur. Dans cette ultime demande, l’Église porte toute la détresse du monde devant le Père. Avec la délivrance des maux qui accablent l’humanité elle implore le don précieux de la paix et la grâce de l’attente persévérante du retour du Christ. En priant ainsi, elle anticipe dans l’humilité de la foi la récapitulation de tous et de tout en celui qui « détient la clef de la mort et de l’Hadès », « le Maître de tout, Il est, Il était et Il vient » (Ap 1,18.8)

    Catéchisme de l’Église catholique

     

     

     

  • « Les temps sont accomplis… Venez derrière moi. »

    L’enfant de la crèche est le Roi des rois, celui qui règne sur la vie et la mort. Il dit : « Suis-moi », et qui n’est pas pour lui est contre lui (Lc 11,23). Il le dit aussi pour nous et nous place devant le choix entre lumière et ténèbres. Nous ignorons où l’Enfant divin veut nous conduire sur cette terre, et nous n’avons pas à le demander avant le temps. Tout ce que nous savons, c’est que pour ceux qui aiment le Seigneur toute chose aboutit au bien (Rm 8,28), et que les chemins tracés par le Seigneur mènent au-delà de cette terre.

    En prenant un corps, le Créateur du genre humain nous offre sa divinité. Dieu s’est fait homme pour que les hommes puissent devenir fils de Dieu. « O admirable échange ! » C’est pour cette œuvre que le Sauveur est venu dans le monde. L’un d’entre nous avait rompu le lien de notre filiation à Dieu ; l’un d’entre nous devait le renouer et expier la faute. Aucun rejeton de la vieille souche, malade et dégénérée, n’aurait pu le faire ; il fallait que sur ce tronc soit greffé un plant nouveau, sain et noble. Il est ainsi devenu l’un de nous et en même temps plus que cela : un avec nous. C’est bien là ce qu’il y a de merveilleux dans le genre humain : que nous soyons tous un… Il est venu pour former avec nous un corps mystérieux : lui le Chef, la tête, et nous ses membres (Ep 5,23.30).

    Si nous acceptons de mettre nos mains dans celles de l’Enfant divin, si nous répondons « Oui » à son « Suis-moi », alors nous sommes siens et la voie est libre pour que passe en nous sa vie divine. Tel est le commencement de la vie éternelle en nous. Ce n’est pas encore la vision béatifique dans la lumière de gloire, c’est encore l’obscurité de la foi ; mais ce n’est plus l’obscurité de ce monde — c’est être déjà dans le Royaume de Dieu.

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

     

     

  • Fête du Baptême de Notre Seigneur

    Jésus a sanctifié le baptême en se faisant baptiser lui-même. Si le Fils de Dieu a été baptisé, quel homme pieux mépriserait le baptême ? Or il a été baptisé non pas pour recevoir le pardon de péchés quelconques – car il était sans péché – mais il a été baptisé sans péché pour conférer une grâce et une dignité divines aux baptisés. Voici comment : « puisque les enfants avaient en partage une nature de chair et de sang » (He 2,14) pour que, participants désormais de sa présence corporelle, nous devenions aussi participants de sa grâce divine : de la même façon, Jésus fut baptisé afin qu’une participation de plus nous conférât à la fois l’honneur et le salut. (…)

    Tu descends dans l’eau chargé de tes péchés, mais l’invocation de la grâce appose son sceau sur ton âme et ne permet pas que tu sois avalé par le terrible dragon. Descendu mort dans le péché, tu remontes vivifié dans la justice. Si en effet tu as été greffé sur la ressemblance de la mort du Sauveur, tu sera aussi jugé digne de la résurrection. Comme Jésus, en effet, a souffert pour avoir pris sur lui les fautes de la terre entière, pour qu’ayant mis le péché à mort, il te ressuscitât dans la justice, de même, descendu toi aussi dans l’eau, et, d’une certaine manière, enseveli dans les eaux comme lui dans le rocher, tu ressuscites « marchant dans une vie renouvelée » (Rm 6,2).

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

     

     

     

  • « L’ami de l’époux entend sa voix et il en est tout joyeux. »

    « L’ami de l’Époux, qui est là et l’écoute, jubile de joie en entendant la voix de l’Époux » (n 3,29). Ne dois-je pas dire ces paroles, mon Dieu, mon Seigneur Jésus, chaque fois que j’entends quelque texte inspiré : Psaume, l’Évangile surtout, Pater, Ave, enfin tout texte des livres inspirés ? C’est bien la voix de l’Esprit Saint qui parle, chaque fois que je les lis, que je les entends. Je dois donc dire ces paroles de saint Jean et ajouter avec lui : « Donc, en ce moment, mon bonheur est parfait… »

    C’est dans cette jubilation que je dois être, chaque fois que j’entends, que je lis, que je récite quelque texte, si court qu’il soit, de la parole de l’Époux si passionnément chéri !… C’est dans cette jubilation, dans ce transport d’amour où doit me jeter la voix de l’Époux, que je dois donc réciter l’office divin, dire le Saint Rosaire, lire la Sainte Écriture… Aime-t-on, respecte-t-on, vénère-t-on, admire-t-on, adore-t-on la parole écrite ou parlée de ce qu’on aime ?… Adorons donc, baisons, chérissons, adulons toute parole du Bien-Aimé de nos cœurs !…

    Saint Charles de Foucauld (1858-1916)

     

     

     

  • « Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : ‘Je le veux, sois purifié’. »

    Oh, que j’admire cette main ! Cette « main de mon Bien-Aimé, d’or rehaussé de pierreries » (Ct 5,14). Cette main dont le contact délie la langue du muet, ressuscite la fille de Jaïre (Mc 7,33 ;5,41) et purifie le lépreux. Cette main dont le prophète Isaïe nous dit : « Elle seule a fait tous ces prodiges ! » (66,2)

    Étendre la main, c’est donner un présent. Ô Seigneur, étends ta main — cette main que le bourreau étendra sur la croix. Touche le lépreux et fais-lui largesse. Tout ce que ta main touchera sera purifié et guéri. « Il toucha l’oreille de Malchus, dit saint Luc, et le guérit » (22,51). Il étend la main pour accorder au lépreux le don de la santé. Il dit : « Je le veux, sois guéri » et aussitôt la lèpre est guérie ; « tout ce qu’il veut il le fait » (Ps 113B – hébr. 115 –, 3 ). En lui, rien ne sépare vouloir et accomplir.

    Or, cette guérison instantanée, Dieu l’opère chaque jour dans l’âme du pécheur par le ministère du prêtre. Le prêtre a un triple office : il doit étendre la main, c’est-à-dire prier pour le pécheur et avoir pitié de lui ; il doit le toucher, le consoler, lui promettre le pardon ; il doit vouloir ce pardon et le donner par l’absolution. Tel est le triple ministère pastoral que le Seigneur confie à Pierre quand il lui dit par trois fois : « Sois le pasteur de mes brebis » (Jn 21,15s).

    Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231)

     

     

     

  • « L’Esprit du Seigneur est sur moi. »

    « Aujourd’hui s’accomplit cette parole de l’Écriture que vous venez d’entendre : ‘ L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction ‘ » (Is 61,1). C’est comme si le Christ disait : Parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction, j’ai dit, oui, j’ai vraiment dit, et je le dis encore maintenant : L’Esprit du Seigneur est sur moi. Où donc, à quel moment le Seigneur m’a t-il donné l’onction ? Il me l’a donnée quand j’ai été conçu, ou mieux, il me l’a donnée afin que je sois conçu dans le sein de ma mère. Car ce n’est pas de la semence d’un homme qu’une femme m’a conçu, mais une vierge m’a conçu de l’onction de l’Esprit Saint. C’est alors que le Seigneur m’a marqué de l’onction royale ; il m’a consacré roi par l’onction et, au même moment, il m’a consacré prêtre. Une deuxième fois, dans le Jourdain, le Seigneur m’a consacré par ce même Esprit…

    Et pourquoi l’Esprit du Seigneur est-il sur moi ? … « Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les cœurs gémissants et meurtris » (Is 61,1). Il ne m’a pas envoyé pour les fiers et « les bien portants », mais comme « un médecin, pour les malades » et les cœurs meurtris. Il ne m’a pas envoyé « pour les justes » mais « pour les pécheurs » (Mc 2,17). Il a fait de moi « un homme de douleurs, un homme ayant l’expérience de la faiblesse » (Is 53,3), un homme « doux et humble de cœur » (Mt 11,29). « Il m’a envoyé annoncer aux prisonniers la délivrance, aux captifs la liberté »… A quels prisonniers ou plutôt de quelle prison dois-je annoncer la délivrance ? A quels captifs annoncer la liberté ? Depuis que « par un seul homme, le péché est entré dans le monde et, par le péché, la mort » (Rm 5,12) tous les hommes sont prisonniers du péché, tous les hommes sont captifs de la mort… « J’ai été envoyé pour consoler tous les affligés de Sion, tous ceux qui s’affligent d’avoir été, à cause de leurs péchés, sevrés et séparés de leur mère, la Sion d’en haut (Ga 4,26)… Oui, je les consolerai en leur donnant « un diadème de gloire au lieu des cendres » de la pénitence, « l’huile de joie », c’est-à-dire la consolation de l’Esprit Saint « au lieu de la douleur » de se trouver orphelin et exilé, et « un habit de fête », c’est-à-dire « au lieu du désespoir », la gloire de la résurrection (Is 61,3).

    Rupert de Deutz (v. 1075-1130)