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  • « Moi, je suis le pain de vie. »

    Le Christ dit : « Qui vient à moi n’aura plus faim, qui croit en moi n’aura plus soif ! » (…) Et le psalmiste dit : « Le pain raffermit le cœur de l’homme » et « le vin réjouit le cœur de l’homme » (103,15). Pour ceux qui croient en lui, le Christ est nourriture et breuvage, pain et vin. Pain qui fortifie et raffermit (…), breuvage et vin qui réjouit (…). Tout ce qui en nous est fort et solide, joyeux et allègre pour accomplir les commandements de Dieu, supporter la souffrance, exécuter l’obéissance et défendre la justice, tout cela est force de ce pain et joie de ce vin. Bienheureux ceux qui agissent fortement et joyeusement ! Et comme personne ne le peut de lui-même, bienheureux ceux qui désirent avidement pratiquer ce qui est juste et honnête, et être en toutes choses fortifiés et réjouis par celui qui a dit : « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice » (Mt 5,6). Si le Christ est le pain et le breuvage qui assurent maintenant la force et la joie des justes, combien plus le sera-t-il au ciel, quand il se donnera aux justes sans mesure ?

    Remarquons-le, dans les paroles du Christ (…), cette nourriture qui demeure pour la vie éternelle est appelée pain du ciel, vrai pain, pain de Dieu, pain de vie (…). Pain de Dieu pour le distinguer du pain qui est fait et préparé par le boulanger (…) ; pain de vie, pour le distinguer de ce pain périssable qui n’est pas la vie et ne la donne pas, mais la conserve à peine, difficilement et pour un temps. Celui-là au contraire est la vie, donne la vie, conserve une vie qui ne doit rien à la mort.

    Baudouin de Ford (?-v. 1190)

     

     

     

  • Aller vers le Pain de Vie

    Allez à la sainte communion chaque fois que la bonté de Dieu vous le permet. — Mais je n’y ai point de goût. — Oh ! n’importe, ne manquez pas d’y aller. C’est Dieu qui vous appelle. Il n’y a pas de remède plus efficace contre les maladies de nos âmes. C’est là qu’il faut aller se fortifier ; c’est là qu’il faut aller dire ses peines, car là est le vrai médecin qui sait les remèdes convenables ; c’est là qu’il faut aller étudier l’amour, le support mutuel, la cordialité, l’exemple du prochain et toutes les autres vertus qui nous sont nécessaires.

    Allez donc là, mes enfants, quand Jésus Christ vous y appelle, et ne regardez pas si vous y êtes portées par un goût sensible, car votre ennemi essayera de tout son pouvoir de vous empêcher d’en approcher, afin de vous frustrer des grâces que Dieu veut vous y donner pour vous faire entrer dans la pratique des divines vertus de son Fils.

    Saint Vincent de Paul (1581-1660)

     

     

     

  • «— Rabbi, quand es-tu arrivé ici ?… — L’œuvre de Dieu c’est que vous croyiez. »

    Le Christ a refusé de rendre témoignage à lui-même, de dire qui il était et d’où il venait ; il a été parmi ses contemporains « comme celui qui sert » (Lc 22,27). Apparemment, ce n’était qu’après sa résurrection, et surtout après son ascension, quand l’Esprit Saint est descendu, que les apôtres ont compris qui avait été avec eux. Quand tout était fini ils l’ont su, mais non sur le moment. Or nous voyons ici, je crois, la manifestation d’un principe général qui se présente à nous souvent, à la fois dans l’Écriture et dans le monde : c’est que nous ne discernons pas la présence de Dieu au moment où elle est avec nous, mais seulement après, quand nous reportons nos regards vers ce qui s’est passé et qui n’est plus…

    Des événements nous arrivent, agréables ou pénibles ; nous n’en connaissons pas sur le moment la signification ; nous ne voyons pas en eux la main de Dieu. Si nous avons bien la foi, nous confessons ce que nous ne voyons pas, et nous prenons tout ce qui nous arrive comme venant de lui. Mais, que nous l’acceptions ou non dans un esprit de foi, il n’y a certainement pas d’autre moyen de l’accepter. Nous ne voyons rien. Nous ne voyons pas pourquoi telle chose arrive, ou à quoi elle tend. Un jour, Jacob s’est écrié : « Tout est contre moi ! » (Gn 42,36) ; certainement il semblait bien que ce soit ainsi… Et pourtant tous ses malheurs devaient tourner à bien. Considérez son fils Joseph, vendu par ses frères, emmené en Égypte, emprisonné, les fers entrant même dans son âme, et qui attendait que le Seigneur jette sur lui un regard de bienveillance. Plusieurs fois le texte sacré dit : « Le Seigneur était avec Joseph »… Après coup, il a compris ce qui sur le moment était si mystérieux, et il dit à ses frères : « Dieu m’a envoyé en avant de vous pour sauver vos vies. Ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, c’est Dieu » (Gn 45,7).

    Merveilleuse providence, si silencieuse et pourtant si efficace, si constante et infaillible ! C’est ce qui déjoue le pouvoir de Satan ; il ne peut pas discerner la main de Dieu à l’œuvre dans le cours des événements.

    Saint John Henry Newman (1801-1890)

     

     

     

  • « Au lever du jour, Jésus était là, sur le rivage. »

    Que symbolise la mer, sinon le monde présent, battu par les vagues tumultueuses des affaires et les remous d’une vie caduque ? Et que représente le rivage ferme, sinon la pérennité du repos éternel ? Les disciples peinent donc sur le lac puisqu’ils sont encore pris dans les flots de la vie mortelle, mais notre Rédempteur, après sa résurrection, se tient sur le rivage puisqu’il a déjà dépassé la condition d’une chair fragile. C’est comme s’il avait voulu se servir de ces choses pour parler à ses disciples du mystère de sa résurrection, en leur disant : « Je ne vous apparais plus sur la mer (Mt 14,25), car je ne suis plus parmi vous dans l’agitation des vagues ».

    C’est dans le même sens qu’en un autre endroit, il a dit à ces mêmes disciples après sa résurrection : « Je vous ai dit ces choses quand j’étais encore avec vous » (Lc 24,44). Il n’a dit pas cela parce qu’il n’était plus avec eux — son corps était présent et leur apparaissait — mais… sa chair immortelle distançait de loin leurs corps mortels : il disait ne plus être avec eux tout en étant au milieu d’eux. Dans le passage que nous lisons aujourd’hui, par l’emplacement de son corps il leur signifie la même chose : alors que ses disciples naviguent encore, il se montre désormais établi sur le rivage.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

     

     

     

  • Fête de St Philippe et St Jacques (le mineur), apôtres

    Vous savez, mes sœurs, que les conférences ont servi à Notre Seigneur pour l’établissement de son Église. Dès le jour où il assembla ses apôtres, il leur en fit ; puis, quand sa Compagnie fut plus grande et eut apôtres et disciples, il tint parfois avec eux des assemblées ; et ce fut dans une conférence comme cela que saint Philippe, dont nous faisons aujourd’hui la fête, dit à Notre Seigneur : « Seigneur, vous nous parlez de votre Père, mais faites-nous voir votre Père » ; et Notre Seigneur lui répondit : « Qui me voit voit mon Père ; mon Père et moi ne sommes qu’un ».

    Les apôtres proposaient leurs difficultés dans ces conférences, et Notre Seigneur leur répondait. Il traitait de l’avancement de l’Église et des moyens dont Dieu se servirait pour la faire fleurir. De sorte, mes chères sœurs, que l’on peut dire, et c’est certain, que Jésus Christ même a institué les conférences et s’en est servi pour le commencement, le progrès et la perfection de son Église ; et après sa mort et son ascension glorieuse il ne se faisait d’autres instructions entre les fidèles par les apôtres et par les prêtres que sous forme de conférence. il n’y avait point de sermon ; quand les chrétiens étaient assemblés, on commençait la conférence.

    Saint Vincent de Paul (1581-1660)

     

     

     

  • « Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce, les leur distribua. »

    Seigneur, lavés et purifiés au plus profond de nous-mêmes, vivifiés par ton Esprit Saint, comblés par ton eucharistie, fais que nous ayons part à la grâce qui a été la part des saints apôtres et des disciples qui ont reçu le sacrement de ta main. Développe en nous la sollicitude et l’empressement à te suivre, comme tes membres (1Co 12,27), pour que nous soyons dignes de recevoir de toi le sens et l’expérience de ton aliment spirituel. Développe en nous le zèle de Pierre pour détruire toute volonté qui serait contraire à la tienne, ce zèle que Pierre a conçu à la Cène… Développe en nous la paix intérieure, la résolution et la joie qui ont été goûtées par saint Jean, incliné sur ta poitrine (Jn 13,25) ; que nous puissions puiser ainsi ta sagesse, que nous apprenions le goût de ta douceur, de ta bonté. Développe en nous la foi dans sa rectitude, développe l’espérance ferme et une charité parfaite. Par l’intercession de tous les saints apôtres et de tous tes disciples bienheureux, fais-nous recevoir de ta main le sacrement, fais-nous éviter sans cesse la trahison de Judas et inspire à notre esprit ce que ton Esprit a inspiré aux saints qui sont maintenant dans le ciel, réalisant en eux la perfection de la béatitude. Réalise tout cela, toi qui vis et règnes avec le Père dans l’unité d’un même Esprit, dès avant tout commencement et bien au-delà des siècles. Amen.

    Saint Albert le Grand (v. 1200-1280)

     

     

     

     

  • « Celui qui vient du ciel rend témoignage de ce qu’il a vu et entendu. »

    Supposons qu’en quelqu’un se taisent les agitations de la chair, que se taisent toutes les illusions de la terre, des eaux, de l’air, et même les cieux. Supposons que l’âme elle-même fasse silence et se dépasse en ne pensant plus à soi : silence des songes et silence des rêveries de l’imagination. Supposons qu’en quelqu’un toute langue, tout signe passager, fasse silence, que tout se taise — car pour qui peut l’entendre, toutes choses disent : « Nous ne nous sommes pas faites nous-mêmes ; notre Créateur c’est celui qui demeure éternellement » (cf Ps 99,3.5). Supposons donc que, cela dit, toute chose fasse silence, dressant l’oreille vers son Créateur, et que lui seul parle, non par ses œuvres mais par lui-même, nous faisant entendre sa Parole sans une langue de chair ou la voix d’un ange ou le fracas d’une nuée (Ex 19,16) ou le clair-obscur d’une parabole. Si lui-même, que nous aimons dans ces choses, se faisait entendre sans elles (…) et si notre pensée atteignait la Sagesse éternelle qui demeure au-dessus de tout (…), ne serait-ce pas alors l’accomplissement de cette parole : « Entre dans la joie de ton Maître » ? (Mt 25,21)

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • « La lumière est venue dans le monde. »

    Splendeur de la gloire du Père,
    Lumière née de la Lumière,
    Source vive de clarté,
    Jour illuminant le jour,

    Vrai soleil éclatant, descends sur nous,
    Brille d’un éclat sans fin,
    Fais luire dans nos cœurs
    Les rayons de l’Esprit divin.

    Qu’il nous donne de chanter le Père,
    Père de gloire éternelle,
    Père de grâce puissante,
    Qui éloigne notre faute.

    Qu’il donne force à nos actes,
    Qu’il terrasse l’ennemi
    Et qu’il nous donne dans les épreuves
    La grâce pour agir.

    Qu’il dirige notre intelligence,
    Qu’il garde notre corps,
    Que notre foi soit ardente,
    Qu’elle soit simple et sans détour.

    Que le Christ soit notre nourriture,
    La foi notre breuvage,
    Que la sobre ivresse de l’Esprit
    Soit la joie de ce jour.

    Que ce jour s’écoule joyeux,
    Son matin c’est la pureté,
    Qu’à midi brille la foi,
    Qui vaincra les ombres du soir.

    Comme le soleil brille à nos yeux,
    Avec l’aurore viennent vers nous
    Le Fils, tout entier dans le Père
    Et le Père, tout entier dans le Fils.

    Liturgie latine

     

     

     

  • Mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger.

    « Venez, venez, venez » :
    Je viens, je viens, je viens à toi, Jésus très aimant, toi que j’ai aimé, que j’ai recherché, que j’ai désiré. À cause de ta douceur, de ta compassion et de ta charité, t’aimant de tout mon cœur, de toute mon âme, de toute ma force, je me rends à ton appel. Ne me confonds pas, mais agis avec moi selon ta mansuétude et selon l’immensité de ta miséricorde.

    À moi qui implore ton secours, Seigneur, à moi qui désire être fortifiée par le mystère de ta bénédiction, accorde-moi le secours de ta protection et de ta direction. Qu’il y ait en moi, Seigneur, par le don de ton Esprit, une prudente modestie, une sage bonté, une grave douceur, une chaste liberté. Fervente dans la charité, que je n’aime rien en-dehors de toi ; que ma vie soit digne d’être louée ; que je ne désire pas la louange. Que je te glorifie dans la sainteté de mon corps et la pureté de mon âme ; que par amour je t’aime, que par amour je te serve. Toi, sois ma gloire, toi ma joie, toi mes délices, toi ma consolation dans la peine, toi mon conseil dans l’incertitude. Sois ma défense contre l’injustice, ma patience dans la tribulation, mon abondance dans la pauvreté, ma nourriture dans le jeûne, mon repos dans les veilles, mon remède dans l’infirmité.

    Qu’en toi je possède toute chose, toi que je désire aimer par-dessus toute chose.

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

     

     

     

  • Renaître de l’Esprit par les entrailles de l’Église

    Il y a une seule régénération spirituelle comme il y a une seule génération selon la chair. Et ce que Nicodème a dit au Seigneur est vrai : l’homme, quand il est vieux, ne peut rentrer dans le sein de sa mère pour renaître. Il dit que l’homme ne peut le faire quand il est un vieillard, comme s’il le pouvait lorsqu’il est un enfant. En réalité, il est absolument impossible de rentrer dans les entrailles maternelles et de renaître, aussi bien pour le nourrisson que pour le vieillard. Mais de même que pour notre naissance charnelle, les entrailles de notre mère ne peuvent enfanter qu’une seule fois, ainsi, pour la naissance spirituelle, les entrailles de l’Église ne peuvent donner à chacun de nous qu’un seul baptême.

    C’est ce que le Seigneur explique à Nicodème en lui disant : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de renaître de l’eau et de l’Esprit, personne ne peut entrer dans le Royaume de Dieu (Jn 3,5). Tu as en vue, lui dit-il, la régénération charnelle lorsque tu demandes : « Est-il possible qu’un homme rentre dans le sein de sa mère ? » (Jn 3,4). Mais c’est de l’eau et de l’Esprit qu’il faut naître pour le royaume de Dieu. Lorsqu’il s’agit de naître pour l’héritage temporel d’un père humain, il faut naître d’une mère ; si c’est pour l’héritage éternel de Dieu le Père, il faut naître des entrailles de l’Église. C’est par son épouse qu’un père qui doit mourir engendre le fils qui lui succédera ; c’est de l’Église que Dieu engendre des fils destinés, non à lui succéder, mais à demeurer avec lui.

    Saint Augustin (354-430)