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  • Les vertus du cœur de la Vierge

    Durant la messe où Gertrude devait communier, elle vit la glorieuse Mère du Seigneur merveilleusement ornée de l’éclat de toutes les vertus. Se jetant humblement à ses pieds, l’âme se mit à la prier de daigner la préparer à recevoir le corps et le sang très saints de son Fils. La bienheureuse Vierge lui mit alors sur la poitrine un collier de toute beauté qui avait comme sept pointes, et sur chacune une sorte de pierrerie extrêmement précieuse.

    Cela symbolisait les principales vertus par lesquelles la Vierge avait plu au Seigneur. La première des pierreries figurait sa pureté attrayante ; la seconde, son humilité féconde ; la troisième, ses fervents désirs ; la quatrième, sa lumineuse connaissance ; la cinquième, son amour inextinguible ; la sixième, sa joie souveraine ; la septième, sa paix inaltérable. Or, lorsque l’âme se présenta aux regards de Dieu, ornée de ce collier, le Seigneur fut tellement charmé et captivé par la beauté de ces vertus, que, comme ravi d’amour, il s’inclina vers elle avec la toute-puissance de sa divinité, l’attira – ô merveille ! – tout entière à lui et, la pressant tendrement sur son Cœur, lui prodigua ses affectueuses caresses.

    (…)L’Esprit Saint, tel une brise infiniment légère, semblait venir du Cœur du Seigneur, et, de son souffle plein de suavité, faire avec douceur le tour des sept pierreries du collier porté par l’âme. Elles lui servaient comme d’instrument de musique pour chanter cette antienne à la louange de la Trinité suprême.

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

  • Sacré-Cœur de Jésus, solennité

    Comme c’est bon, n’est-ce pas, de s’abandonner au Cœur de Jésus, de se laisser faire par Lui, de bien penser que tout ce qui arrive, excepté le péché, arrive par Sa volonté, que même le péché est « permis » par Lui, et que de tout, absolument de tout, même des fautes, on peut et on doit tirer le plus grand bien… ! Comme c’est doux de nous sentir dans de telles mains, et appuyé sur un tel Cœur ! Avons-nous en Jésus un Père, un Frère, un Époux assez tendre, assez sage, assez puissant ! Que nous sommes heureux, nous, pauvres petites créatures ! Que le Bon Dieu est bon pour nous !

    Misericordias Domini in aeternum cantabo : on voudrait ne dire que ces mots-là pendant toute la vie comme on ne dira qu’eux, comme on ne vivra que d’eux pendant l’éternité… Fondons-nous en reconnaissance, en joie, en bénédictions, en regardant les bontés de Dieu pour tous les hommes, Son amour inouï pour chacun de nous ; contemplons-Le et disons-nous que nous sommes un de ces petits êtres qu’Il a tant aimés, pour lesquels Il a vécu et Il est mort : Il a donné tout Son sang pour chacun de nous ! Quel amour ! Quel bonheur d’être ainsi aimé ! et d’être aimé par qui ? par l’Être infiniment parfait, par la beauté infinie et souveraine… Qui sommes-nous, pour être tant chéris, et chéris par Dieu ?…

    Saint Charles de Foucauld (1858-1916)

  • En ta volonté, toute ma sainteté !

    Ô volonté de Dieu tout-puissant,
    Tu es mon délice, tu es ma joie,
    Peu importe ce que me tend la main de mon Seigneur,
    Je l’accepterai avec allégresse, soumission et amour.

    Ta sainte volonté – voilà mon repos,
    En elle est toute ma sainteté,
    Et tout mon salut éternel,
    Car accomplir la volonté de Dieu est la plus grande gloire.

    La volonté de Dieu – ce sont Ses divers souhaits,
    Mon âme les accomplit sans réserve,
    Car tels sont Ses divins désirs
    Au moment où Dieu accorde Ses confidences.

    Fais de moi ce qu’il Te plaît – Seigneur,
    Je ne Te fais aucun obstacle, aucune réserve,
    Car Tu es tout mon délice et l’amour de mon âme,
    Et c’est devant Toi, réciproquement, que je déverse le flot de mes confidences.

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

  • « Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, comme un mauvais arbre n’en peut porter de bons. » (Mt 7,18)

    Jésus-Christ pouvait-il, mes frères, nous donner des preuves plus claires et plus certaines pour nous faire connaître et distinguer les bons chrétiens d’avec les mauvais, qu’en nous disant que nous les connaîtrons, non à leurs paroles, mais à leurs œuvres. « Un bon arbre, nous dit-il, ne peut porter de mauvais fruits, comme un mauvais arbre n’en peut porter de bons. » (Mt 7,18) Oui, mes frères, un chrétien qui n’a qu’une fausse dévotion, une vertu affectée et qui n’est qu’extérieure, malgré toutes les précautions qu’il prendra pour se contrefaire, ne tardera pas de laisser paraître de temps en temps les dérèglements de son cœur, soit dans ses paroles, soit dans ses actions. Non, mes frères, rien de si commun que ces vertus ‟en apparence”, c’est-à-dire cette hypocrisie. (…) Nous verrons au jugement que la plus grande partie des chrétiens n’ont eu qu’une religion de caprice ou d’humeur, c’est-à-dire, de penchants, et que très peu n’ont cherché que Dieu seul dans ce qu’ils ont fait.

    Nous disons d’abord qu’un chrétien qui veut travailler sincèrement à son salut, ne doit pas se contenter de faire de bonnes œuvres ; mais il lui faut encore savoir pour qui il les fait et comment il doit les faire. En second lieux, nous disons qu’il n’est pas assez de paraître vertueux aux yeux du monde, mais qu’il faut encore l’être dans le cœur. Si, maintenant, mes frères, vous me demandez comment nous pourrons connaître qu’une vertu est véritable et qu’elle nous conduira au ciel, mes frères, le voici : écoutez-le bien, gravez-le bien dans votre cœur ; afin que chaque action que vous ferez, vous puissiez connaître si elle sera récompensée pour le ciel. Je dis que pour qu’une action plaise à Dieu, il faut qu’elle ait trois conditions : la première, qu’elle soit intérieure et parfaite ; la deuxième, qu’elle soit humble et sans retour sur soi-même ; la troisième, qu’elle soit constante et persévérante : si dans tout ce que vous faites, vous trouverez ces conditions, vous êtes sûrs de travailler pour le ciel.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

  • Nativité de saint Jean Baptiste, solennité

    Avant Jean Baptiste, on a vu de grands, de saints prophètes en grand nombre, dignes de Dieu, pleins de son Esprit, qui annonçaient l’avènement du Seigneur et rendaient témoignage à la vérité. Cependant on n’a pas dit d’eux ce qui a été dit de Jean Baptiste : « Parmi les enfants des femmes, il n’y en a pas eu de plus grand que Jean » (Mt 11,1). Pourquoi donc cette grandeur envoyée devant celui qui est la grandeur même ? Pour donner un témoignage de la profonde humilité du Précurseur.

    Il était si grand qu’on aurait pu le prendre pour le Christ. Rien de plus facile… puisque sans qu’il le dise, c’est ce que croyaient ceux qui l’entendaient et le voyaient… Mais cet humble ami de l’époux, zélé pour l’honneur de l’époux, ne veut pas prendre la place de l’époux, comme un adultère. Il rend témoignage à son ami, il recommande à l’épouse l’époux véritable, et il a horreur d’être aimé à sa place parce qu’il ne veut être aimé qu’en lui. « L’ami de l’époux se tient debout et l’écoute ; il se réjouit d’une grande joie à sa voix. »

    Le disciple écoute le maître ; il est debout parce qu’il l’écoute, car s’il refuse de l’écouter sa chute est certaine. Ce qui relève à nos yeux la grandeur de Jean, c’est qu’il pouvait être pris pour le Christ et que, cependant, il a préféré rendre témoignage à Jésus Christ, proclamer sa grandeur et s’humilier que de passer pour le Messie et se tromper lui-même en trompant les autres. C’est donc à juste titre que Jésus dit de lui qu’il était plus qu’un prophète… Jean s’est humilié devant la grandeur du Seigneur pour mériter que son humilité soit relevée par cette grandeur… « Je ne suis pas digne, dit-il, de dénouer la courroie de ses sandales. » (Mc 1,7)

    Saint Augustin (354-430)

  • Ne pas juger pour parvenir à l’imitation de Dieu

    Lors que quelqu’un sera parvenu à cet amour du bien et cette imitation de Dieu (…), il revêtira les sentiments de longanimité qui furent ceux du Seigneur, et priera aussi, comme lui, pour ses persécuteurs : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » (Lc 23,34)

    C’est, aussi bien, la marque évidente d’une âme non purifiée encore de la lie des vices, que les fautes du prochain ne trouvent chez elle, au lieu du sentiment de la miséricorde et de la compassion, que la censure rigide d’un juge. Comment atteindre à la perfection du cœur, si l’on n’a ce qui consomme, au dire de l’Apôtre, la plénitude de la loi : « Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez la loi du Christ » (Gal 6,2), si l’on ne possède cette vertu de charité qui « ne s’irrite, ni ne s’enfle, ni ne pense le mal, qui souffre tout, supporte tout » (1Co 13,4-7) ? Car « le juste a pitié des bêtes qui sont à lui, mais les entrailles des impies sont sans miséricorde. » (Pr 12,10 LXX)

    Le moine, c’est chose bien certaine, est sujet aux mêmes vices qu’il condamne chez les autres avec une sévérité rigoureuse et inhumaine. En effet, « Le roi sévère tombera dans le malheur » (Pr 13,17 LXX) ; et « Celui qui ferme l’oreille au cri du pauvre, criera lui-même, et il ne se trouvera personne qui l’écoute. » (Pr 21,13 LXX)

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

  • Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, solennité

    Lorsque Jésus donna le pain et le vin consacrés à ses disciples, il s’exprima ainsi : « Ceci est mon corps… ceci est mon sang » (Mt 26,26.28). (…)

    Le pain est nécessairement fait de nombreux grains de blé réduits en farine pétrie avec de l’eau ; il est achevé par la cuisson sur le feu. Aussi voit-on en lui avec raison la figure du Corps du Christ. Car nous savons que ce Corps unique est constitué par la multitude du genre humain tout entier et soudé au feu du Saint-Esprit.

    Jésus est né en effet de l’Esprit Saint ; et parce qu’il devait accomplir ainsi toute justice, il est entré dans l’eau du baptême pour la consacrer et il est sorti du Jourdain, rempli de l’Esprit Saint qui était descendu sur lui sous la forme d’une colombe, selon le témoignage de l’Évangile : « Jésus, rempli de l’Esprit Saint, revint des bords du Jourdain » (Lc 4,1).

    Le sang du Christ est un vin pressé au pressoir de la croix, il est tiré des nombreux raisins de la vigne que Jésus a plantée lui-même et il fermente par sa propre vertu dans les amphores que sont les cœurs fidèles de ceux qui le boivent.

    Ce sacrifice de la Pâque du Sauveur, nous tous qui sortons de l’emprise du Pharaon d’Égypte, le diable, recevons-le avec l’avidité religieuse de notre cœur. Ainsi, le plus intime de notre être sera sanctifié par notre Seigneur Jésus Christ lui-même que nous croyons présent dans ses sacrements. Sa force inestimable demeure pour l’éternité.

    Saint Gaudence de Brescia (?-après 406)

  • Que le croyant s’occupe de la terre sans négliger le ciel !

    [Sainte Hildegarde présente une vision où vice et vertu se répondent :]

    – Souci du monde : « Quel souci vaut mieux que celui du monde ? Si je pliais les genoux, cela ne me donnerait ni nourriture ni vêtement… Je me procurerai donc tout ce que je pourrai acquérir en pensant, en parlant et en travaillant, tant que je pourrai vivre sur la terre. »

    – Aspiration aux choses du ciel : « Dieu fournit ce qui est nécessaire… aucun produit ne pousse sans sa grâce. Toi, tu ne cherches pas Dieu dans ton cœur. Moi, je suis la vie et la verdeur de toutes les bonnes œuvres et le collier de toutes les vertus… Je ne cherche, je ne désire, je ne veux rien d’autre que ce qui est saint, je suis la cithare de la joie. Je suis du ciel en toute chose. »

    Le souci du monde est un esprit errant dans l’insignifiance et discourant partout à grand bruit ; les hommes qui souffrent de ce vice subissent une grande agitation du corps et de l’âme, mais s’y plaisent comme dans un grand calme. Car ce qui est agitation pour les autres leur est repos ; et ce qui est repos pour les autres les agite. Ils sont plongés dans les soins et les soucis comme s’ils étaient assis dans une baignoire. Toutes leurs visées et tous leurs désirs tendent aux biens de ce monde et ils ne s’occupent que d’avantages temporaires et passagers. Que le croyant prenne sa charrue et ses bœufs en pensant tout de même à Dieu, qu’il suive les préceptes du Maître en s’occupant de la terre sans négliger le ciel.

    Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)

  • L’illumination du cœur

    La sobriété et la vigilance illuminent et purifient d’abord la conscience. Puis, quand la conscience a été purifiée, comme une lumière occultée qui éclate soudain, elle chasse les grandes ténèbres. Et quand les ténèbres ont été chassées par une continuelle et véritable vigilance, la conscience révèle de nouveau ce qui était caché.

    Par la sobriété et la vigilance, elle enseigne la lutte invisible de l’intelligence et le combat de la raison. Elle montre comme l’intelligence doit jeter des lances dans ce combat singulier pour le Christ, la lumière désirée, face aux ténèbres malfaisantes, comment, avec des flèches, frapper les pensées et n’être pas frappée. Celui qui a goûté à cette lumière comprend ce que je dis. Goûter à la lumière donne plutôt faim à l’âme, qui est nourrie mais n’est jamais rassasiée : plus elle mange, plus elle a encore faim. Cette lumière qui attire l’intelligence comme le soleil attire les yeux, cette lumière inexplicable qu’explique non la parole, mais l’expérience de celui qui en a été blessé, elle m’ordonne de me taire. (…)

    Les yeux ont du mal à supporter la fumée du bois qui brûle. Mais cette fumée leur montre ensuite la lumière et réjouit ceux qu’elle avait d’abord incommodés. De même, l’attention, qui nous force à veiller sans relâche, finit par nous peser. Mais si aussitôt tu l’appelles dans ta prière, Jésus illumine ton cœur. Car son souvenir t’apporte, avec l’illumination, le meilleur des biens.

    Philothée le Sinaïte

  • La rosée de l’oraison

    Si vous me demandez ce qui vous peut maintenir, mes chères sœurs, chacune en particulier, je vous dirai que c’est l’oraison, car c’est la manne journalière qui descend du ciel. Car voyez-vous, mes chères sœurs, comme les jardiniers prennent leur temps deux fois le jour pour arroser les plantes de leur jardin, qui, sans ce secours, mourraient durant les grandes chaleurs, et qui, au contraire, grâce à cette humidité, tirent leur nourriture de la terre, car une certaine humeur, née de cet arrosement, monte par la racine, s’écoule le long de la tige, donne la vie aux branches et aux feuilles, et la saveur aux fruits ; ainsi, mes chères sœurs, nous sommes comme ces pauvres jardins dans lesquels la sécheresse fait mourir toutes les plantes, si le soin et l’industrie des jardiniers n’y pourvoient ; et pour cela vous avez le saint usage de l’oraison, qui, comme une douce rosée, va tous les matins humectant votre âme par la grâce de Dieu qu’elle attire sur vous.

    Êtes-vous fatiguées des rencontres et des peines, vous avez encore, le soir, ce salutaire rafraîchissement, qui va donnant vigueur à toutes vos actions. Oh ! que la Fille de la Charité fera de fruit en peu de temps, si elle est soigneuse de se rafraîchir par cet arrosement sacré ! Vous la verrez croître tous les jours de vertu en vertu, comme ce jardinier qui tous les jours voit ses plantes grandir, et en peu de temps elle avancera comme la belle aurore qui se lève le matin et va toujours croissant jusqu’au midi. Ainsi, mes filles, ira-t-elle jusqu’à ce qu’elle ait atteint le soleil de justice, qui est la lumière du monde, et se soit abîmée en lui, comme l’aurore se va perdre dans le soleil.

    Saint Vincent de Paul (1581-1660)