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  • Fête de saint Jean, apôtre et évangéliste

    Il est juste et bon que celui qui a été aimé du Christ plus que tous les mortels soit l’objet d’un amour tout particulier de la part des amis du Christ, d’autant que Jean a montré pour nous tant d’amour qu’il a partagé avec nous… les richesses de la vie éternelle qu’il avait reçues lui-même. À lui, en effet, ont été données par Dieu les clefs de la sagesse et de la connaissance (Lc 11,52)…

    L’esprit de Jean illuminé par Dieu a conçu la hauteur incomparable de la sagesse divine lorsque dans le saint repas de la Cène il a reposé sur la poitrine du Rédempteur (Jn 13,25). Et parce que dans le cœur de Jésus sont « tous les trésors de la sagesse et de la science » (Col 2,3), c’est là qu’il a puisé et de là qu’il a enrichi largement notre misère de pauvres et a distribué largement ces biens pris à leur source pour le salut du monde entier. Parce que ce bienheureux Jean parle de Dieu d’une manière merveilleuse qui ne saurait être comparée à aucune autre chez les mortels, c’est à bon droit que les Grecs aussi bien que les Latins lui ont donné le nom de Théologien. Marie est « Theotokos » parce qu’elle a vraiment enfanté Dieu, Jean est « Theologos » parce qu’il a vu d’une manière qui ne saurait être décrite que le Verbe de Dieu était auprès du Père avant tous les siècles et qu’il était Dieu (Jn 1,1) et aussi parce qu’il l’a raconté avec une profondeur étonnante.

    Saint Pierre Damien (1007-1072)

     

     

  • Fête de saint Étienne, premier martyr

    « Le Christ a souffert pour nous, vous laissant un exemple pour que vous suiviez ses pas » (1P 2,21). Quel exemple du Seigneur aurons-nous à suivre ? Est-ce celui de ressusciter les morts ? Est-ce de marcher sur la mer ? Pas du tout, mais d’être doux et humbles de cœur (Mt 11,29) et d’aimer non seulement nos amis mais même nos ennemis (Mt 5,44).

    « Afin que vous suiviez ses pas », écrit saint Pierre. Le bienheureux évangéliste Jean le dit aussi : « Celui qui dit qu’il demeure dans le Christ doit marcher comme lui il a marché » (1Jn 2,6). Comment le Christ a-t-il marché ? Sur la croix il a prié pour ses ennemis, en disant : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Ils ont en effet perdu le sens et sont possédés d’un esprit mauvais, et alors qu’ils nous persécutent, ils souffrent du diable une plus grande persécution. C’est pourquoi nous devons prier plus pour leur délivrance que pour leur condamnation.

    C’est bien ce qu’a fait le bienheureux Étienne, lui qui le premier a suivi très glorieusement les pas du Christ. Car, alors qu’il était frappé d’une grêle de pierres, il a prié debout pour lui-même ; mais pour ses ennemis, s’étant mis à genoux, il s’est écrié de toutes ses forces : « Seigneur Jésus Christ, ne leur impute pas ce péché » (Ac 7,60). Donc, si nous pensons que nous ne pouvons pas imiter notre Seigneur, imitons au moins celui qui était son serviteur comme nous.

    Saint Césaire d’Arles (470-543)

     

     

     

     

  • Solennité de la Nativité du Seigneur

    Dieu sur terre, Dieu parmi les hommes ! Cette fois il ne promulgue pas sa Loi au milieu des éclairs, au son de la trompette, sur la montagne fumante, dans l’obscurité d’un orage terrifiant (Ex 19,16s), mais il s’entretient d’une façon douce et paisible, dans un corps humain, avec ses frères de race. Dieu dans la chair !… Comment la divinité peut-elle habiter la chair ? Comme le feu habite le fer, non pas en quittant le lieu où il brûle, mais en se communiquant. En effet, le feu ne se jette pas sur le fer, mais en demeurant à sa place, il lui communique sa puissance. En cela il n’est nullement diminué, mais il remplit entièrement le fer auquel il se communique. De la même manière, Dieu, le Verbe, qui « a habité parmi nous », n’est pas sorti de lui-même. « Le Verbe qui s’est fait chair » n’a pas été soumis au changement ; le ciel n’a pas été dépouillé de celui qu’il contenait, et pourtant la terre a accueilli dans son sein celui qui est dans les cieux.

    Pénètre-toi de ce mystère : Dieu est dans la chair afin de tuer la mort qui s’y cache… « Quand la grâce de Dieu s’est manifestée pour notre salut » (Tt 2,11), quand « s’est levé le Soleil de justice » (Ml 3,20), « la mort a été engloutie dans la victoire » (1Co 15,54) parce qu’elle ne pouvait pas coexister avec la vie véritable. Ô profondeur de la bonté et de l’amour de Dieu pour les hommes ! Rendons gloire avec les bergers, dansons avec les chœurs des anges, car « aujourd’hui est né un Sauveur qui est le Messie, le Seigneur » (Lc 2,11-12).

    « Dieu, le Seigneur, nous illumine » (Ps 117,27), non sous son aspect de Dieu, pour ne pas épouvanter notre faiblesse, mais sous son aspect de serviteur, afin de conférer la liberté à ceux qui étaient condamnés à la servitude. Qui aurait le cœur assez endormi et assez indifférent pour ne pas se réjouir, exulter d’allégresse, rayonner de joie devant cet évènement ? C’est une fête commune à toute la création. Tous doivent y contribuer, nul ne doit se montrer ingrat. Nous aussi, élevons la voix pour chanter notre allégresse !

    Saint Basile (v. 330-379)

     

     

     

     

     

     

  • Jésus né de Marie

    Sous le règne de César Auguste, tandis que le silencieux repos d’une paix universelle rassérénait les temps jusqu’alors troublés, et permettait à ce prince d’édicter le dénombrement de l’univers entier, il arriva par les soins de la divine Providence que Joseph, l’époux de la Vierge, conduisit la jeune femme de race royale, qui allait devenir mère, en la ville de Bethléem. Et voici que neuf mois après sa conception, le « roi pacifique » (cf 1 Ch 22,9), mis au jour sans aucune altération de sa mère comme il avait été conçu sans qu’aucune part fût laissée à la volupté, s’avança hors du sein virginal, comme « l’époux sortant de la chambre nuptiale » (Ps 18,6). Bien que puissant et riche, il choisit par amour pour nous de devenir petit et pauvre (cf 2 Co 8,9), de naître hors de sa maison dans une hôtellerie, d’être enveloppé de pauvres langes, nourri de lait virginal et couché dans une crèche entre un bœuf et un âne. C’est alors que se leva pour nous le jour de la rédemption nouvelle, de la réparation des anciens jours et de la félicité éternelle : c’est alors que par le monde entier les cieux devinrent doux comme le miel.

    Aussi, embrasse maintenant, ô mon âme, cette divine crèche, afin d’appliquer tes lèvres sur les pieds de l’Enfant et de redoubler tes baisers. Puis repasse en ton esprit la veille des bergers, admire l’armée des Anges qui accourt, prends part aux mélodies célestes et chante de bouche et de cœur : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre, paix, bienveillance aux hommes ».

    Saint Bonaventure (1221-1274)

     

     

     

  • « Le Puissant fit pour moi des merveilles. »

    C’est le propre de l’Esprit Saint, lorsqu’il touche un cœur, d’en chasser toute tiédeur. Il aime la promptitude, il est ennemi des délais, des retards dans l’exécution de la volonté de Dieu… « Marie partit en hâte »…

    Quelles grâces tombèrent sur la maison de Zacharie lorsque Marie y entra ! Si Abraham reçut tant de grâces pour avoir hébergé trois anges en sa maison, quelles bénédictions tombèrent sur la maison de Zacharie où entra l’ange du grand conseil (Is 9,6), la vraie arche d’alliance, le divin prophète, notre Seigneur enclos dans le sein de Marie ! Toute la maison en fut comblée de joie : l’enfant tressaillit, le père recouvra la vue, la mère fut remplie du Saint Esprit et reçut le don de prophétie. Voyant Notre Dame entrer dans sa maison, elle s’écria : « D’où me vient ceci que la Mère de mon Dieu vienne me visiter ? »… Et Marie, entendant ce que sa cousine disait à sa louange, s’humilia et rendit gloire à Dieu de tout. Confessant que tout son bonheur procédait de ce que Dieu « avait regardé l’humilité de sa servante », elle entonna ce beau et admirable cantique de son Magnificat.

    Combien devons-nous être comblés de joie, nous aussi, lorsque nous visite ce divin Sauveur dans le Saint Sacrement et par les grâces intérieures, les paroles qu’il dit journellement dans notre cœur !

    Saint François de Sales (1567-1622)

     

     

     

  • « Marie rendit grâce au Seigneur. »

    Le Magnificat de Marie –- portrait, pour ainsi dire, de son âme –- est entièrement brodé de fils de l’Écriture Sainte, de fils tirés de la Parole de Dieu. On voit ainsi apparaître que, dans la Parole de Dieu, Marie est vraiment chez elle, elle en sort et elle y rentre avec un grand naturel. Elle parle et pense au moyen de la Parole de Dieu ; la Parole de Dieu devient sa parole, et sa parole naît de la Parole de Dieu. De plus, se manifeste ainsi que ses pensées sont au diapason des pensées de Dieu, que sa volonté consiste à vouloir avec Dieu. Étant profondément pénétrée par la Parole de Dieu, elle peut devenir la mère de la Parole incarnée.

    Enfin, Marie est une femme qui aime. Comment pourrait-il en être autrement ? Comme croyante qui, dans la foi, pense avec les pensées de Dieu et veut avec la volonté de Dieu, elle ne peut qu’être une femme qui aime. Nous le percevons à travers ses gestes silencieux, auxquels se réfèrent les récits des évangiles de l’enfance. Nous le voyons à travers la délicatesse avec laquelle, à Cana, elle perçoit les besoins dans lesquels sont pris les époux et elle les présente à Jésus. Nous le voyons dans l’humilité avec laquelle elle accepte d’être délaissée durant la période de la vie publique de Jésus, sachant que son fils doit fonder une nouvelle famille et que l’heure de sa mère arrivera seulement au moment de la croix. À l’heure de la Pentecôte, ce seront les disciples qui se rassembleront autour d’elle dans l’attente de l’Esprit Saint (Ac 1,14).

    Benoît XVI

     

     

     

  • « Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. »

    « Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes » (Ct 2,8). Le Christ ne s’est fait d’abord connaître à l’Église que par sa voix. Il a commencé par lancer sa voix devant lui par l’intermédiaire des prophètes ; sans se laisser voir, il se faisait entendre. Sa voix portait dans les messages que l’on annonçait de lui, et pendant tout ce temps l’Église-Épouse rassemblée depuis l’origine du monde, l’entendait seulement. Mais un jour elle l’a vu de ses yeux et a dit : « Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes ! »…

    Et chaque âme, si du moins l’amour du Verbe de Dieu l’étreint…, est heureuse et consolée quand elle sent la présence de l’Époux, alors qu’elle se trouvait devant des paroles difficiles de la Loi et des prophètes. À mesure qu’il s’approche de ses pensées pour l’éclairer en sa foi, elle le voit bondir sur montagnes et collines…, et elle peut bien dire : « Le voici qui vient ! »… Certes l’Époux a promis à son Épouse, c’est-à-dire à ses disciples : « Voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20). Mais cela ne l’empêche pas de dire aussi qu’il part prendre possession de son Royaume (Lc 19,12) ; alors, de nouveau en pleine nuit, s’élève le cri : « Voici l’Époux qui vient » (Mt 25,6). Tantôt donc l’Époux est présent et il enseigne ; tantôt il est dit absent et on le désire… Ainsi, quand l’âme cherche à comprendre et n’arrive pas, pour elle le Verbe de Dieu est absent. Mais quand elle trouve ce qu’elle cherche, il est présent sans aucun doute et l’illumine de sa lumière… Si donc nous aussi nous voulons voir le Verbe de Dieu, l’Époux de l’âme, « bondissant sur les collines », écoutons d’abord sa voix, et nous aussi nous pourrons le voir.

    Origène (v. 185-253)

     

     

     

  • « Mère de tous les vivants » (Gn 3,20)

    « J’ai vu descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, toute prête, comme une fiancée parée pour son époux » (Ap 21, 2). Comme le Christ lui-même est descendu du ciel sur la terre, son épouse, la sainte Église, a aussi son origine dans le ciel ; elle est née de la grâce de Dieu, elle est descendue avec le Fils de Dieu lui-même et lui est indissolublement unie. Elle est construite de pierres vivantes (1P 2,5) ; et sa pierre de fondation (Ep 2,20) a été posée quand le Verbe de Dieu a assumé la nature humaine dans le sein de la Vierge. En cet instant-là s’est noué entre l’âme de l’enfant divin et l’âme de sa mère virginale le lien de l’union la plus intime, que nous appelons nuptiale.

    Cachée du monde entier, la Jérusalem céleste était descendue sur la terre. De cette première union nuptiale devaient naître toutes les pierres qui s’ajouteraient à la puissante construction, toutes les âmes que la grâce éveillerait à la vie. La mère épouse devait ainsi devenir la mère de tous les rachetés.

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

     

     

     

  • « Tu devras garder le silence… jusqu’au jour où cela se réalisera, parce que tu n’as pas cru à mes paroles. »

    En nous, la voix et la parole ne sont pas la même chose, car la voix peut se faire entendre sans porter de sens, sans parole, et la parole peut également être transmise à l’esprit sans voix, comme dans le cheminement de notre pensée. De même, puisque le Sauveur est Parole…, Jean diffère de lui en étant la voix, par analogie avec le Christ qui est la Parole. C’est ce que Jean lui-même répond à ceux qui lui demandent qui il est : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : ‘Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers’ » (Jn 1,23).

    C’est peut-être pour cette raison, parce qu’il a douté de la naissance de cette voix qui devait révéler la Parole de Dieu, que Zacharie a perdu la voix et qu’il la recouvre lorsqu’est née cette voix qui est le précurseur de la Parole (Lc 1,64). Car pour que l’esprit puisse saisir la parole que désigne la voix, il faut écouter la voix. C’est aussi pourquoi, par la date de sa naissance, Jean est un peu plus âgé que le Christ ; en effet, nous percevons la voix avant la parole. Jean désigne ainsi le Christ, car c’est par une voix que la Parole est manifestée. Le Christ est également baptisé par Jean, qui avoue avoir besoin d’être baptisé par lui (Mt 3,14)… En un mot, lorsque Jean montre le Christ, c’est un homme qui montre Dieu, le Sauveur incorporel ; c’est une voix humaine qui désigne la Parole de Dieu.

    Origène (v. 185-253)

     

     

     

  • « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit. »

    Le climat de silence qui accompagne tout ce qui se réfère à la figure de Joseph s’étend aussi à son travail de charpentier dans la maison de Nazareth. Toutefois, c’est un silence qui révèle d’une manière spéciale le profil intérieur de cette figure. Les évangiles parlent exclusivement de ce que « fit » Joseph ; mais ils permettent de découvrir dans ses actions, enveloppées de silence, un climat de profonde contemplation. Joseph était quotidiennement en contact avec le mystère « caché depuis les siècles », qui « établit sa demeure » sous son toit (Col 1,26 ; Jn 1,14)…

    Puisque l’amour paternel de Joseph ne pouvait pas ne pas influer sur l’amour filial de Jésus et que, réciproquement, l’amour filial de Jésus ne pouvait pas ne pas influer sur l’amour paternel de Joseph, comment arriver à connaître en profondeur cette relation tout à fait singulière ? Les âmes les plus sensibles aux impulsions de l’amour divin voient à juste titre en Joseph un exemple lumineux de vie intérieure. En outre l’apparente tension entre la vie active et la vie contemplative est dépassée en lui de manière idéale, comme cela peut se faire en celui qui possède la perfection de la charité. Selon la distinction bien connue entre l’amour de la vérité et l’exigence de l’amour nous pouvons dire que Joseph a expérimenté aussi bien l’amour de la vérité, c’est-à-dire le pur amour de contemplation de la Vérité divine qui rayonnait de l’humanité du Christ, que l’exigence de l’amour, c’est-à-dire l’amour, pur lui aussi, du service, requis par la protection et le développement de cette même humanité.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)