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  • « C’est ma paix que je vous donne. »

    Nous pourrions jouir d’une grande paix si nous ne voulions pas nous mêler de ce que disent et de ce que font les autres, et de ce qui ne nous regarde pas. Comment demeurer longtemps en paix quand on se mêle des affaires d’autrui, quand on cherche des occupations au-dehors, quand on ne se recueille que très peu ou très rarement ? Bienheureux les simples, parce qu’ils possèderont une grande paix ! Pourquoi certains saints ont-ils été si parfaits et contemplatifs ? Parce qu’ils se sont appliqués à faire mourir tous leurs désirs terrestres ; ainsi, ils ont pu s’attacher à Dieu de tout leur cœur, et vaquer librement à leur vie spirituelle. Mais nous sommes trop envahis par nos désirs ; nous nous soucions trop de ce qui passe… Il est rare que nous venions à bout d’un seul défaut ; le souci du progrès quotidien ne nous enflamme pas, et ainsi, nous restons froids ou tièdes.

    Si nous étions parfaitement morts à nous-mêmes, sans nos préoccupations intérieures, nous aussi nous pourrions goûter les choses divines, avoir quelque expérience de contemplation. Le plus grand obstacle, l’unique obstacle, c’est que nous sommes trop attachés à nos passions et nos désirs pour entrer dans la voie parfaite des saints. Quand il nous arrive la moindre contrariété, nous nous laissons trop vite abattre et nous nous tournons vers les consolations humaines. Si nous nous efforcions, comme des hommes vaillants, de tenir ferme dans le combat, nous recevrions certainement le secours de Dieu car il est toujours prêt à aider ceux qui luttent en comptant sur sa grâce… Oh ! Si tu savais quelle paix viendrait ainsi en toi, quelle joie rayonnerait sur les autres, combien serais-tu plus soucieux de ton avancement spirituel.

    L’Imitation de Jésus Christ

     

     

  • « Nous irons demeurer auprès de lui. »

    « Mon Père l’aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure. » Songez-y, frères très aimés, quelle fête que de recevoir Dieu dans la demeure de notre cœur ! Si un ami riche et puissant voulait entrer chez vous, la maison entière serait évidemment nettoyée, pour que rien ne puisse choquer son regard lorsqu’il entrerait. Que celui qui prépare pour Dieu la demeure de son âme nettoie les saletés de ses mauvaises actions.

    Remarquez bien ce que dit la Vérité : « Nous viendrons et nous ferons chez lui notre demeure ». Car il peut passer dans le cœur de certains sans y faire sa demeure. Quand ils ont du remords, ils voient bien le regard de Dieu ; mais quand vient la tentation, ils oublient l’objet de leur repentir précédent et retombent dans leurs péchés, comme s’ils ne les avaient jamais pleurés. Au contraire, dans le cœur de celui qui aime véritablement Dieu, qui observe ses commandements, le Seigneur vient et établit sa demeure, car l’amour de Dieu le remplit tellement qu’il ne s’écarte pas de cet amour au moment de la tentation. C’est donc celui dont l’âme n’accepte pas d’être dominée par un plaisir mauvais qui aime véritablement Dieu… D’où cette précision : « Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles ». Examinez-vous soigneusement vous-mêmes, frères très aimés ; demandez-vous si vous aimez vraiment Dieu. Mais ne vous fiez pas à la réponse de votre cœur sans la comparer à vos actes.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

     

     

     

  • « Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. »

    « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres »… Celui qui écoute ce commandement, ou plutôt qui y obéit, est renouvelé non par n’importe quel amour mais par celui que le Seigneur a précisé en ajoutant, afin de le distinguer de l’affection purement naturelle : « Comme je vous ai aimés »… « Tous les membres du corps ont souci les uns des autres. Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est à l’honneur, tous les membres se réjouissent avec lui » (1Co 12,25-26). Ils entendent, en effet, et ils observent cette parole : « Je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres », non pas comme font les débauchés, ni ceux qui s’aiment simplement parce qu’ils ont une même nature, mais comme s’aiment ceux qui sont tous « des dieux » (Jn 10,35) et « les fils du Très-Haut » (Lc 6,35), pour devenir ainsi les frères de son Fils unique. Ceux-là s’aiment les uns les autres parce que lui-même les a aimés, pour les conduire à la fin qui les comblera, là où leur désir pourra se rassasier de tous les biens. En effet, tous les désirs seront comblés lorsque Dieu sera « tout en tous » (1Co 15,28)…

    Celui qui aime son prochain d’un amour pur et spirituel, qu’aimera-t-il en lui si ce n’est Dieu ? C’est cet amour que le Seigneur veut séparer de l’affection purement naturelle lorsqu’il ajoute : « Comme je vous ai aimés ». Qu’est-ce qu’il a aimé en nous, si ce n’est Dieu ? Non pas Dieu tel que nous le possédons déjà mais tel qu’il veut que nous le possédions là où « Dieu sera tout en tous ». Le médecin aime ses malades à cause de la santé qu’il veut leur donner, non à cause de la maladie. « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » C’est pour cela qu’il nous a aimés : afin qu’à notre tour nous nous aimions les uns les autres.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • « Celui qui m’a vu a vu le Père. »

    Dans le Christ et par le Christ, Dieu devient visible dans sa miséricorde, c’est-à-dire qu’est mis en relief l’attribut de la divinité que l’Ancien Testament, à travers différents termes et concepts, avait déjà défini comme la « miséricorde ». Le Christ confère à toute la tradition vétéro-testamentaire de la miséricorde divine sa signification définitive. Non seulement il en parle et l’explique à l’aide d’images et de paraboles, mais surtout il l’incarne et la personnifie ; il est lui-même, en un certain sens, la miséricorde. Pour ceux qui la voient et la trouvent en lui, Dieu devient visible comme le Père « riche en miséricorde » (Ep 2,4).

    Plus peut-être que celle de l’homme d’autrefois, la mentalité contemporaine semble s’opposer au Dieu de miséricorde, et elle tend à éliminer de la vie et à ôter du cœur humain la notion même de miséricorde. Le mot et l’idée de miséricorde semblent mettre mal à l’aise l’homme qui, grâce à un développement scientifique et technique inconnu jusqu’ici, est devenu maître de la terre qu’il a soumise et dominée. Cette domination de la terre, entendue parfois de façon unilatérale et superficielle, ne laisse pas de place, semble-t-il, à la miséricorde… La situation du monde contemporain ne manifeste pas seulement des transformations capables de faire espérer pour l’homme un avenir terrestre meilleur, mais elle révèle aussi de multiples menaces, bien pires que celles qu’on avait connues jusqu’ici…

    Révélée dans le Christ, la vérité au sujet de Dieu « Père des miséricordes » (2Co 1,3) nous permet de le voir particulièrement proche de l’homme, surtout quand il souffre, quand il est menacé dans le fondement même de son existence et de sa dignité. Et c’est pourquoi, dans la situation actuelle de l’Église et du monde, bien des hommes et bien des milieux, guidés par un sens aigu de la foi, s’adressent, je dirais quasi spontanément, à la miséricorde de Dieu. Ils y sont certainement poussés par le Christ, dont l’Esprit est à l’œuvre au fond des cœurs.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

     

  • Bulletin 118

    bulletin avril 2019

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  • « Là où je suis, vous y serez aussi. »

    « Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ? »… Si les demeures auprès du Père n’avaient pas été nombreuses, le Seigneur aurait dit qu’il partait en avant-coureur, manifestement afin de préparer les demeures des saints. Mais il savait que beaucoup de demeures étaient déjà prêtes et attendaient l’arrivée des amis de Dieu. Il donne donc un autre motif à son départ : préparer la route à notre ascension vers ces places du ciel en frayant un passage, alors qu’auparavant cette route était impraticable pour nous. Car le ciel était absolument fermé aux hommes, et jamais aucun être de chair n’avait pénétré dans ce très saint et très pur domaine des anges.

    C’est le Christ qui a inauguré pour nous ce chemin vers les hauteurs. En s’offrant lui-même à Dieu le Père comme les prémices de ceux qui dorment dans les tombeaux de la terre, il a permis à la chair de monter au ciel, et il a été lui-même le premier homme apparu à ses habitants. Les anges ne connaissaient pas le mystère auguste et grandiose d’une intronisation céleste de la chair. Ils voyaient avec étonnement et admiration cette ascension du Christ. Presque troublés à ce spectacle inconnu, ils s’écriaient : « Quel est celui-là qui arrive d’Édom ? » (Is 63,1), c’est-à-dire de la terre. Donc, notre Seigneur Jésus Christ « a inauguré pour nous cette voie nouvelle et vivante » (He 10,20). Comme dit saint Paul : « Il n’est pas entré dans un sanctuaire construit par les hommes, mais dans le ciel lui-même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu » (He 9,24).

    Saint Cyrille d’Alexandrie (380-444)

     

     

     

  • « Recevoir celui que j’envoie, c’est me recevoir moi-même. »

    Ce que Dieu avait révélé pour le salut de toutes les nations, il a décidé dans sa grande bonté de le maintenir à jamais intact et de le transmettre à toutes les générations. C’est pourquoi le Christ Seigneur, en qui toute la révélation de Dieu reçoit son achèvement (2Co 1,20; 3,16-4,6), ayant accompli lui-même et proclamé de sa propre bouche l’Évangile promis auparavant par les prophètes, a ordonné à ses apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité qui conduit au salut et de toute règle morale, en leur communiquant les dons divins. L’ordre du Christ a été fidèlement exécuté par les apôtres qui, dans leur prédication orale, dans leurs exemples et dans ce qu’ils ont établi, ont transmis ce qu’ils avaient reçu de la bouche du Christ ou en le voyant vivre et agir, et aussi ce que le Saint-Esprit leur suggérait. Cet ordre a été fidèlement exécuté par ces apôtres et des hommes apostoliques qui, sous l’inspiration du même Esprit Saint, ont consigné par écrit le message du salut.

    Pour que l’Évangile soit gardé à jamais intact et vivant dans l’Église, les apôtres ont laissé comme successeurs les évêques, auxquels « ils ont transmis leur propre charge d’enseignement » (saint Irénée). Cette tradition sainte et la Sainte Écriture des deux Testaments sont donc comme le miroir dans lequel l’Église, pendant son pèlerinage sur terre, contemple Dieu, de qui elle reçoit tout, jusqu’à ce qu’elle soit arrivée à son terme : le voir face à face tel qu’il est (1Jn 3,2)…

    Cette tradition qui vient des apôtres se développe dans l’Église sous l’assistance du Saint-Esprit : en effet, la perception des choses et des paroles transmises grandit, par la contemplation et l’étude des croyants qui les gardent dans leur cœur (Lc 2,19.51), par la pénétration profonde des réalités spirituelles qu’ils expérimentent, par la prédication de ceux qui, avec la succession dans l’épiscopat, ont reçu un charisme assuré de la vérité. L’Église, au cours des siècles, tend constamment vers la plénitude de la vérité divine, jusqu’à ce que les paroles de Dieu trouvent en elle leur achèvement.

    Concile Vatican II

     

     

  • « Je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver. »

    Ce n’est pas la science qui rachète l’homme. L’homme est racheté par l’amour. Cela vaut déjà dans le domaine purement humain. Lorsque quelqu’un, dans sa vie, fait l’expérience d’un grand amour, il s’agit d’un moment de « rédemption » qui donne un sens nouveau à sa vie. Mais, très rapidement, il se rendra compte que cet amour qui lui a été donné ne résout pas, par lui seul, le problème de sa vie. Il s’agit d’un amour qui demeure fragile ; il peut être détruit par la mort. L’être humain a besoin de l’amour inconditionnel. Il a besoin de la certitude qui lui fait dire : « Ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ » (Rm 8,38-39). Si cet amour absolu existe, avec une certitude absolue, alors — et seulement alors — l’homme est « racheté », quel que soit ce qui lui arrive dans un cas particulier.

    C’est ce que l’on veut dire lorsque l’on dit : Jésus Christ nous a « rachetés ». Par lui nous sommes devenus certains de Dieu — d’un Dieu qui ne constitue pas une lointaine « cause première » du monde — parce que son Fils unique s’est fait homme et de lui chacun peut dire : « Ma vie aujourd’hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi » (Ga 2,20).

    Benoît XVI

     

     

     

  • Saint Matthias, témoin de la résurrection, choisi par Dieu

    « En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des disciples et parla » (Ac 1,15s). Parce qu’il est fervent et parce qu’il est le premier du groupe, il est toujours le premier à prendre la parole : « Frères, il nous faut choisir parmi… les hommes qui nous ont accompagnés ». Remarquez comment il veut que ces nouveaux apôtres soient des témoins oculaires. Sans doute le Saint-Esprit devait venir, mais Pierre attachait beaucoup d’importance à ce point. « Parmi les hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous. » Il leur indique qu’ils doivent avoir vécu avec lui et ne pas avoir été de simples disciples. En effet, au début, beaucoup de gens le suivaient… « Jusqu’au jour où il nous a été enlevé. Il faut donc que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection. » Pierre n’a pas dit : « témoin de tout le reste », mais seulement « témoin de la résurrection ».

    Car il serait plus digne de foi, le disciple qui pourrait dire : « Celui qui mangeait, qui buvait, qui a été crucifié, c’est celui-là qui est ressuscité ». Par conséquent, il ne fallait pas qu’il soit témoin des époques précédentes, ni des suivantes, ni des miracles. Ce qu’on exigeait, c’était qu’il soit témoin de la résurrection. Tout le reste avait été manifesté et proclamé. Tandis que la résurrection s’était accomplie dans le secret, elle n’était manifeste que pour quelques-uns.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

     

     

     

  • Prière d’un pasteur au Bon Berger

    Ô Christ, mon Dieu, tu t’es abaissé pour me porter sur tes épaules, brebis égarée (Lc 15,5), et tu m’as placé dans un pâturage verdoyant (Ps 22,2). Tu m’as désaltéré aux sources de la vraie doctrine (ibid.) par l’intermédiaire de tes pasteurs dont tu étais toi-même le berger avant de leur confier ton troupeau… Et maintenant, Seigneur, tu m’as appelé… au service de tes disciples ; par quel dessein de ta Providence, je l’ignore ; toi seul le sais.

    Mais, Seigneur, allège le lourd fardeau de mes péchés qui t’ont gravement offensé ; purifie mon esprit et mon cœur. Conduis-moi par le juste chemin (Ps 22,3), comme une lampe qui m’éclaire. Donne-moi de dire hardiment ta parole ; que la langue de feu de ton Esprit (Ac 2,3) me donne une langue parfaitement libre, et me rende toujours attentif à ta présence.

    Sois mon berger, Seigneur, et sois avec moi le berger de tes brebis, pour que mon cœur ne me fasse dévier ni à droite ni à gauche. Que ton Esprit bon me dirige sur le droit chemin pour que mes actions s’accomplissent selon ta volonté — jusqu’au bout.

    Saint Jean de Damas (v. 675-749)