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  • Aveugle et infirme, moi qui juge !

    Ô foyer d’amour ! Grâces, grâces, soient à vous, Père éternel ! À moi imparfaite et remplie de ténèbres, vous le Parfait, vous la Lumière, vous avez montré la perfection et la voie lumineuse de la doctrine de votre Fils unique.

    J’étais morte, vous m’avez rendu la vie ! J’étais malade, vous m’avez servi le remède ! Et non seulement le remède du Sang, que vous avez appliqué par votre Fils à ce malade qu’est le genre humain : mais encore vous m’avez donné contre une infirmité secrète un remède que je ne connaissais pas ; vous m’avez enseigné cette doctrine que je ne puis d’aucune manière juger la créature raisonnable et spécialement vos serviteurs ! Aveugle et infirme que j’étais ! Que de fois ne les ai-je pas jugés, sous couleur de votre honneur et du salut des âmes !

    Je vous remercie donc, ô Bonté souveraine et éternelle, de ce qu’en me découvrant votre Vérité, et les tromperies du démon, et les illusions du sens propre, vous m’avez fait connaître mon infirmité ! Je vous en supplie par votre grâce et par votre miséricorde, qu’aujourd’hui soit le terme et la fin de mes égarements ! Que je ne m’écarte plus désormais de la doctrine que votre Bonté m’a donnée, à moi et à quiconque la voudra suivre.

    Sans vous, rien ne se peut faire ! J’ai donc recours à vous, vous êtes mon refuge, Père éternel, et ce n’est pas pour moi seule que je vous implore, mais encore pour le monde entier, et particulièrement pour le corps mystique de la sainte Eglise.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

  • « La charité couvre une multitude de péchés. » (1 P 4,8)

    Si nous avions la charité accompagnée de compassion et de peine, nous ne prendrions pas garde aux défauts du prochain, selon cette parole : « La charité couvre une multitude de péchés » (1 P 4,8) et encore : « La charité ne s’arrête pas au mal, elle excuse tout » (1 Co 13,5-7). Si donc nous avions la charité, la charité elle-même couvrirait toute faute, et nous serions comme les saints quand ils voient les défauts des hommes.

    Les saints sont-ils donc aveugles qu’ils ne voient pas les péchés ? Mais qui déteste le péché autant que les saints ? Et pourtant, ils ne haïssent pas le pécheur, ils ne le jugent pas, ils ne le fuient pas. Au contraire, ils compatissent, l’exhortent, le consolent, le soignent comme un membre malade ; ils font tout pour le sauver. Lorsqu’une mère a un enfant difforme, elle ne se détourne pas de lui avec horreur, elle prend plaisir à le parer et fait tout pour le rendre gracieux. C’est ainsi que les saints protègent toujours le pécheur, le disposent et le prennent en charge pour le corriger au moment opportun, pour l’empêcher de nuire à un autre, et aussi pour progresser eux-mêmes davantage dans la charité du Christ.

    Acquérons donc, nous aussi, la charité ; acquérons la miséricorde à l’égard du prochain, pour nous garder de la terrible médisance, du jugement et du mépris. Portons-nous secours les uns aux autres, comme à nos propres membres. Car « nous sommes membres les uns des autres, dit l’Apôtre (Rm 12,5) ; un membre souffre-t-il, tous les membres souffrent avec lui (1 Co 12,27). En un mot, ayez soin, chacun selon son pouvoir, d’être unis les uns aux autres. Car plus on est uni au prochain, plus on est uni à Dieu.

    Dorothée de Gaza (v. 500-?)

  • « Heureux, vous les pauvres… »

    Comme presque tous les hommes sont naturellement portés à l’orgueil, le Seigneur commence les Béatitudes en écartant le mal originel de la suffisance et en conseillant d’imiter le vrai Pauvre volontaire qui est vraiment bienheureux — de manière à lui ressembler par une pauvreté volontaire, selon notre pouvoir, pour avoir part à sa béatitude, à son bonheur. « Ayez en vous les sentiments qui ont été ceux du Christ Jésus. Quoique de condition divine, il ne s’est pas prévalu de son égalité avec Dieu, mais il s’est anéanti lui-même et a pris la condition d’esclave » (Ph 2,5-7).

    Qu’est-ce qu’il y a de plus misérable pour Dieu que de prendre la condition d’esclave ? Quoi de plus infime pour le Roi de l’univers que de partager notre nature humaine ? Le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, le Juge de l’univers paie des impôts à César (1Tm 6,17 ;He 12,23;Mc 12,17). Le Maître de la création embrasse ce monde, entre dans une grotte, ne trouve pas de place dans une hôtellerie et prend refuge dans une étable, en compagnie d’animaux sans raison. Celui qui est pur et immaculé prend sur lui les souillures de la nature humaine, et après avoir partagé toute notre misère, il va jusqu’à faire l’expérience de la mort. Considère la démesure de sa pauvreté volontaire ! La Vie goûte la mort, le Juge est traîné devant le tribunal, le Maître de la vie de tous se soumet à un magistrat, le Roi des puissances célestes ne se soustrait pas aux mains des bourreaux. À cet exemple, dit l’apôtre Paul, se mesure son humilité (Ph 2,5-7).

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395)

  • « Il passa la nuit à prier Dieu. Le jour venu il appela ses disciples et en choisit douze. »

    Je crois que nos sœurs ont reçu ce don de la joie que l’on voit chez beaucoup de religieux qui se sont donnés sans réserve à Dieu. Notre œuvre n’est que l’expression de notre amour pour Dieu. Cet amour a besoin de quelqu’un pour le recevoir, et c’est ainsi que les gens que nous rencontrons nous donnent le moyen de l’exprimer.

    Nous avons besoin de trouver Dieu, et ce n’est ni dans l’agitation ni dans le bruit que nous pourrons le faire. Dieu est l’ami du silence. Dans quel silence croissent les arbres, les fleurs et l’herbe ! Dans quel silence se meuvent les étoiles, la lune et le soleil ! N’est-ce pas notre mission de donner Dieu aux pauvres des taudis ? Non pas un Dieu mort, mais un Dieu vivant et aimant. Plus nous recevons dans la prière silencieuse, plus nous pouvons donner dans notre vie active. Nous avons besoin de silence pour être capables de toucher les âmes. L’essentiel n’est pas ce que nous disons, mais ce que Dieu nous dit et dit à travers nous. Toutes nos paroles seront vaines tant qu’elles ne viendront pas du plus intime, les paroles qui ne transmettent pas la lumière du Christ accroissent les ténèbres.

    Notre progrès dans la sainteté dépend de Dieu et de nous-mêmes, de la grâce de Dieu et de notre volonté d’être saints. Il faut nous engager résolument à atteindre la sainteté. « Je veux être un saint » signifie : je veux me détacher de tout ce qui n’est pas Dieu, je veux dépouiller mon cœur de toutes choses créées, je veux vivre dans la pauvreté et dans le détachement, je veux renoncer à ma volonté, à mes penchants, à mes caprices et à mes goûts, et me faire le serviteur docile de la volonté de Dieu.

    Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)

  • Fête de la Nativité de la Vierge Marie

    Rien ne fut jamais aussi proche de Dieu que la bienheureuse et tout admirable Vierge Marie. Quoi de plus pur ? Quoi de plus irréprochable ? Elle fut si passionnément aimée de Dieu, lumière suprême et infiniment pure, qu’il s’est mêlé substantiellement à elle par l’irruption du Saint-Esprit et est né d’elle, homme parfait, tout en gardant sa propre nature immuable et sans mélange. Quelle merveille !

    Dans son immense amour pour les hommes, Dieu n’a pas rougi de prendre pour mère celle qui était sa servante. Quelle condescendance ! Dans son infinie bonté, il n’a pas hésité à devenir l’enfant de celle qui l’avait lui-même façonnée. Il était vraiment épris de la plus gracieuse de ses créatures, et il s’empara de celle qui valait plus que les puissances du ciel. C’est bien à elle que s’appliquent ces paroles du prophète Zacharie : « Chante et réjouis-toi, fille de Sion, car voici que je viens pour demeurer au milieu de toi, dit le Seigneur » (Zc 2,14). (…)

    “Réjouis-toi, maison du Seigneur, terre que Dieu a foulée de ses pas. Toi qui as contenu dans ta chair celui dont la divinité déborde tout lieu. De toi, celui qui est la simplicité même a pris la nature complexe de l’homme ; l’Éternel est entré dans le temps et l’infini dans les limites. « Réjouis, pleine de grâce » (Lc 1,28) : ton œuvre et ton nom sont plus réjouissants que toute joie. De toi est venue au monde la joie immortelle, le Christ, remède à la tristesse des hommes. Réjouis-toi, paradis plus heureux que le jardin d’Éden, où a germé toute vertu et poussé l’arbre de Vie”.

    Saint Théodore le Studite (759-826)

  • Offrir à Dieu notre vrai trésor

    Plusieurs, qui pour suivre le Christ avaient méprisé des fortunes considérables, sommes énormes d’or et d’argent et domaines magnifiques, par la suite se sont laissés émouvoir pour un grattoir, pour un poinçon, pour une aiguille, pour un roseau à écrire. (…) Après avoir distribué toutes leurs richesses pour l’amour du Christ, ils retiennent leur ancienne passion et la mettent à des futilités, prompts à la colère pour les défendre. N’ayant pas la charité dont parle saint Paul, leur vie est frappée de stérilité. Le bienheureux apôtre prévoyait ce malheur : « Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres et livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien », disait-il (1Co 13,3). Preuve évidente que l’on ne touche pas tout d’un coup à la perfection par le seul renoncement à toute richesse et le mépris des honneurs, si l’on n’y joint pas cette charité dont l’apôtre décrit les divers aspects.

    Or elle n’est que dans la pureté du cœur. Car rejeter l’envie, l’enflure, la colère et la frivolité, ne pas chercher son propre intérêt, ne pas prendre plaisir à l’injustice, ne pas tenir compte du mal, et le reste (1Co 13,4-5) : qu’est-ce d’autre que d’offrir continuellement à Dieu un cœur parfait et très pur, et le garder indemne de tout mouvement de passion ? La pureté de cœur sera donc le terme unique de nos actions et de nos désirs.

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

  • « Le Fils de l’homme est maître du sabbat. »

    Chaque jour de la création est grand, admirable, mais nul ne peut se comparer au septième : alors ce n’est pas la création de l’un ou l’autre élément naturel qui est proposée à notre contemplation, mais le repos de Dieu lui-même et la perfection de toutes les créatures. Car nous lisons : « Le septième jour, Dieu acheva son œuvre qu’il avait faite, et il se reposa de toute l’œuvre qu’il avait créée » (Gn 2,2). Grand est ce jour, insondable ce repos, magnifique ce sabbat ! Ah, si tu pouvais comprendre ! Ce jour n’est pas tracé par la course du soleil visible, ne commence pas à son lever, ne finit pas à son couchant ; il n’a ni matin ni soir (cf Gn 1,5)…

    Écoutons celui qui nous invite au repos : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le fardeau ; je restaurerai vos forces » (Mt 11,28). C’est la préparation du sabbat. Quant au sabbat lui-même, écoutons encore : « Prenez sur vous mon joug, et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ; alors vous trouverez le repos » (v. 29). Voilà le repos, la tranquillité, voilà le vrai sabbat….

    Car ce joug ne pèse pas, il unit ; ce fardeau a des ailes, non du poids. Ce joug, c’est la charité ; ce fardeau, c’est l’amour fraternel. C’est là où on trouve le repos ; là, on célèbre le sabbat ; là, on est délivré de tout travail d’esclave… Même s’il arrive que quelque péché s’y glisse, à cause de notre faiblesse, la célébration de ce sabbat n’est pas interrompue, car « la charité couvre une multitude de péchés » (1P 4,8). Il est donc juste que cette libération soit réservée pour le septième jour car « la charité de Dieu a été répandue dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5).

    Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167)

  • « Les invités de la noce »

    « Voici que l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair. Ce mystère est de grande portée : je veux dire qu’il s’applique au Christ et l’Église » (Ep 5,31-32). Ce texte de la lettre aux Éphésiens (…) compare le caractère nuptial de l’amour entre l’homme et la femme avec le mystère du Christ et de l’Église. Le Christ est l’Époux de l’Église, l’Église est l’Épouse du Christ. Cette analogie n’est pas sans précédent : elle transpose dans le Nouveau Testament ce qui était déjà contenu dans l’Ancien Testament, en particulier chez les prophètes Osée, Jérémie, Ézéchiel, Isaïe (Os 1,2; 2,16-18; Jr 2,2; Ez 16,8; Is 50,1; 54,5-8). (…) Chez les prophètes cette femme-épouse, c’est Israël en tant que peuple élu par Dieu, et cette élection a sa source uniquement dans l’amour gratuit de Dieu. C’est justement par cet amour que s’explique l’alliance, souvent présentée comme une alliance nuptiale que Dieu renoue sans cesse avec son peuple élu. Elle est, de la part de Dieu, un engagement durable : il reste fidèle à son amour sponsal, même si l’épouse s’est montrée bien des fois infidèle.

    Cette image de l’amour sponsal liée à la figure de l’Époux divin — image très claire dans les textes prophétiques — ; se trouve confirmée et couronnée dans la lettre aux Éphésiens (…) où se trouve l’expression la plus forte de la vérité sur l’amour du Christ rédempteur, suivant l’analogie de l’amour nuptial dans le mariage : « Le Christ a aimé l’Église : il s’est livré pour elle » (5,25). En cela se trouve pleinement confirmé le fait que l’Église est l’Épouse du Christ : « Le Saint d’Israël est ton rédempteur » (Is 54,5). Dans le texte de saint Paul, l’analogie de la relation nuptiale prend en même temps deux directions qui forment l’ensemble du « grand mystère » (« sacramentum magnum »). L’alliance proprement dite des époux explique le caractère sponsal de l’union du Christ et de l’Église ; et cette union, à son tour, en tant que « grand sacrement », détermine la sacramentalité du mariage comme alliance sainte des deux époux, l’homme et la femme.

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

  • Bulletin n°146

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  • « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. »

    Pierre se jette avec humilité aux genoux de Jésus. Il reconnaît en lui son Seigneur et lui dit : « Retire-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur et je ne suis pas digne de demeurer en ta compagnie. Retire-toi de moi, car je suis seulement un homme et tu es l’Homme-Dieu, je suis pécheur et tu es saint, je suis serviteur et tu es Seigneur. Qu’une distance te sépare donc de moi, moi qui suis séparé de toi par la fragilité de ma nature, la laideur de mes fautes et la faiblesse de mon pouvoir (…) »

    Mais le Seigneur console Pierre en lui montrant que la capture des poissons signifie qu’il sera pêcheur d’hommes. « Ne crains pas, lui dit-il, ne t’effraie pas ; crois plutôt et réjouis-toi, car tu es destiné à une pêche bien plus grande ; une autre barque et d’autres filets te seront donnés. Jusqu’à présent tu as pris des poissons avec des filets, désormais c’est par la parole que tu prendras des hommes. Par la saine doctrine tu les attireras sur le chemin du salut, car tu es appelé au service de la prédication. La parole de Dieu est semblable à l’hameçon du pêcheur. De même que l’hameçon ne prend le poisson qu’après avoir d’abord été pris par lui, ainsi la parole de Dieu ne prend l’homme pour la vie éternelle que si cette parole a d’abord pénétré son esprit. Désormais ce sont des hommes que tu prendras. Désormais, c’est-à-dire après ce qui s’est passé, après le témoignage de ton humilité, tu auras la charge de prendre des hommes ; car l’humilité a une force d’attraction, et pour commander aux autres il est bon de savoir ne pas se glorifier de son pouvoir. »

    Ludolphe de Saxe (v. 1300-1378)