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  • « Ses péchés, ses nombreux péchés sont pardonnés. »

    L’amour de Dieu, sorti à la recherche des pécheurs, nous est proclamé par une femme pécheresse. Car en appelant celle-ci, c’est notre race tout entière que le Christ invitait à l’amour ; et en sa personne, ce sont tous les pécheurs qu’il attirait à son pardon. Il parlait à elle seule ; mais il conviait à sa grâce la création tout entière. (…)

    Qui ne serait touché par la miséricorde du Christ, lui qui, pour sauver une pécheresse, accepta l’invitation d’un pharisien ? À cause de celle qui est affamée de pardon, il veut lui-même avoir faim de la table de Simon le pharisien, alors que, sous l’apparence d’une table de pain, il avait préparé à la pécheresse une table de repentance. (…)

    Afin qu’il en soit ainsi pour toi, prends conscience que ton péché est grand, mais que désespérer de ton pardon, parce que ton péché te semble trop grand, c’est blasphémer contre Dieu et te faire du tort à toi-même. Car s’il a promis de pardonner tes péchés quel que soit leur nombre, vas-tu lui dire que tu ne peux pas le croire et lui déclarer : « Mon péché est trop grand pour que tu le pardonnes. Tu ne peux pas me guérir de mes maladies » ? Là, arrête-toi et crie avec le prophète : « J’ai péché contre toi, Seigneur » (Ps 50,6). Aussitôt il te répondra : « Moi, j’ai passé par-dessus ta faute ; tu ne mourras pas ». À lui, la gloire par nous tous, dans les siècles. Amen

    Un auteur syriaque anonyme du 6e siècle

     

     

     

  • L’ignorance de ceux qui ne se convertissent pas

    L’apôtre Paul dit : « Certains sont dans l’ignorance de Dieu » (1Co 15,34). Je dis, moi, que tous ceux qui ne veulent pas se convertir à Dieu sont dans cette ignorance. Car ils refusent cette conversion pour l’unique raison qu’ils imaginent solennel et sévère ce Dieu qui est toute douceur ; ils imaginent dur et implacable celui qui n’est que miséricorde ; ils pensent violent et terrible celui qui ne désire que notre adoration. Ainsi ceux qui manquent de foi se mentent à eux-mêmes en se fabriquant une idole au lieu de connaître Dieu tel qu’il est.

    Que craignent ces gens de peu de foi ? Que Dieu ne veuille pas pardonner leurs péchés ? Mais de ses propres mains, il les a cloués à la croix (Col 2,14). Que craignent-ils donc encore ? D’être eux-mêmes faibles et vulnérables ? Mais il connaît bien l’argile dont il nous a faits (Gn 2,7). De quoi ont-ils donc peur ? D’être trop accoutumés au mal pour délier les chaînes de l’habitude ? Mais le Seigneur a libéré ceux qui étaient dans les fers (Ps 145,7). Craignent-ils donc que Dieu, irrité par l’immensité de leurs fautes, hésite à leur tendre une main et venir à leur secours ? Mais là où abonde le péché, la grâce surabonde (Rm 5,20). Ou encore, est-ce que l’inquiétude pour leurs vêtements, la nourriture ou les autres besoins de leur vie les empêche de quitter leurs biens ? Mais Dieu sait que nous avons besoin de tout cela (Mt 6,32). Que veulent-ils de plus ? Qu’est-ce qui fait obstacle à leur salut ? C’est qu’ils ignorent Dieu, qu’ils ne croient pas à nos paroles. Qu’ils se fient donc à l’expérience d’autrui

    Saint Bernard (1091-1153)

     

     

     

  • Marie, soutien pour porter notre croix

    La dévotion mariale est un chemin aisé pour arriver à l’union avec Notre-Seigneur, où consiste la perfection du chrétien ; c’est un chemin que Jésus-Christ a frayé en venant à nous, et où il n’y a aucun obstacle pour arriver à lui.

    On peut, à la vérité, arriver à l’union divine par d’autres chemins ; mais ce sera par beaucoup plus de croix, de morts étranges et avec beaucoup plus de difficultés, que nous ne vaincrons que difficilement. Il faudra passer par des nuits obscures, par des combats et des agonies étranges, par des montagnes escarpées, par des épines très piquantes et des déserts affreux. Mais par le chemin de Marie, on passe plus doucement et plus tranquillement.

    On y trouve, à la vérité, de grands combats à donner et de grandes difficultés à vaincre ; mais cette bonne Mère et Maîtresse se rend si proche et si présente à ses fidèles serviteurs, pour les éclairer dans leurs ténèbres, pour les éclaircir dans leurs doutes, pour les affermir dans leurs craintes, pour les soutenir dans leurs combats et leurs difficultés, qu’en vérité ce chemin virginal pour trouver Jésus-Christ est un chemin de roses et de miel, au vu des autres chemins.

    Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716)

     

     

     

     

  • Fête de la Croix Glorieuse

    Il lui fut enseigné [à Gertrude] que lorsque nous nous tournons vers le crucifix, nous devons considérer qu’au fond du cœur le Seigneur Jésus nous dit de sa tendre voix : « Voici comment, à cause de l’amour que j’ai pour toi, j’ai été suspendu à la croix, nu et méprisable, le corps couvert de blessures et tous les membres disloqués. Et pourtant mon Cœur est ému d’une telle douceur d’amour pour toi que, si ton salut l’exigeait et ne pouvait être accompli autrement, j’accepterais d’endurer aujourd’hui pour toi seul tout ce que tu peux voir que j’ai enduré jadis pour le monde tout entier. » Ces réflexions nous doivent porter à la gratitude, car, à vrai dire, ce n’est jamais sans une grâce de Dieu que notre regard rencontre un crucifix. (…)

    Une autre fois, appliquant son esprit à méditer sur la Passion du Seigneur, elle comprit que la méditation des prières et leçons relatives à la Passion du Seigneur est d’une efficacité infiniment plus grande que tout autre exercice. Car de même qu’il est impossible de toucher de la farine sans que de la poudre en reste aux mains, ainsi il n’est pas possible de penser avec tant soit peu de ferveur à la Passion du Seigneur sans en tirer quelque fruit. Même celui qui fait une simple lecture sur la Passion dispose au moins son âme à en recevoir le fruit, de sorte que cette simple attention de celui qui s’exerce au souvenir de la Passion du Christ lui est plus profitable qu’à tel autre une attention plus soutenue, mais non occupée par la Passion du Seigneur.

    C’est pourquoi, ayons soin sans cesse d’appliquer souvent notre méditation à la Passion du Christ et qu’elle nous devienne comme un rayon de miel à la bouche, une mélodieuse musique à l’oreille, un chant de joie dans le cœur

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

     

     

     

  • « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. »

    Le Christ souligne avec insistance la nécessité de pardonner aux autres : lorsque Pierre lui demande combien de fois il devrait pardonner à son prochain, il lui indique le chiffre symbolique de « soixante-dix fois sept fois », voulant lui montrer ainsi qu’il devrait savoir pardonner à tous et toujours.

    Il est évident qu’une exigence aussi généreuse de pardon n’annule pas les exigences objectives de la justice. La justice bien comprise constitue pour ainsi dire le but du pardon. Dans aucun passage du message évangélique, le pardon, ni même la miséricorde qui en est la source, ne signifient indulgence envers le mal, envers le scandale, envers le tort causé ou les offenses. (…) La réparation du mal et du scandale, le dédommagement du tort causé, la satisfaction de l’offense sont conditions du pardon. (…)

    La miséricorde toutefois a la force de conférer à la justice un contenu nouveau, qui s’exprime de la manière la plus simple et la plus complète dans le pardon. Le pardon en effet manifeste qu’en plus des processus (…) caractéristiques de la justice, l’amour est nécessaire pour que l’homme s’affirme comme tel. L’accomplissement des conditions de la justice est indispensable surtout pour que l’amour puisse révéler son propre visage. (…) L’Église estime à juste titre que son devoir, que le but de sa mission, consistent à assurer l’authenticité du pardon

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

     

  • « L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon. » (Lc 6,45)

    Il cache l’hypocrisie sous le couvert de l’amour, celui qui bénit de sa bouche mais méprise dans son cœur (cf. Ps 61(62),5 LXX).

    Celui qui a acquis l’amour supporte sans se troubler les choses affligeantes et pénibles que suscitent les ennemis.

    Seul l’amour unit la création à Dieu et les êtres entre eux dans la concorde.

    Possède l’amour vrai celui-là qui ne supporte ni soupçons ni paroles contre le prochain.

    Il est honoré par Dieu et les hommes, celui qui n’entreprend rien qui puisse détruire l’amour.

    Le propre de l’amour sincère est une parole vraie qui vient d’une conscience bonne.

    Il cache la jalousie sous le couvert de la bienveillance, celui qui rapporte à un frère les reproches venant d’un autre. (…)

    Garde-toi de l’intempérance et de la haine, et tu ne trouveras rien qui te fasse obstacle au temps de la prière.

    De même qu’il n’est pas possible de sentir les parfums dans la fange, de même il n’est pas possible de sentir dans une âme rancunière la bonne odeur de l’amour. (…)

    Il porte en lui le même amour à tous, celui qui n’envie pas les bons et qui a pitié des mauvais. (…)

    Ne fais pas confiance à la pensée qui juge le prochain, car son trésor étant mauvais (cf. Mt 6,21 ; 12,35), elle considère le mal

    Thalassius l’Africain

     

     

     

  • La paille et la poutre

    Le Seigneur dans ce passage nous met en garde contre le jugement téméraire et injuste. Il veut que nous agissions avec un cœur simple et que nous n’ayons que Dieu en vue. Comme le mobile de beaucoup d’actions nous échappe, il serait téméraire de porter un jugement. Les plus prompts à juger témérairement et à blâmer les autres sont ceux qui préfèrent condamner que corriger et ramener au bien, ce qui dénote orgueil et mesquinerie. (…) Un homme, par exemple, pèche par colère, et toi tu le reprends avec haine. Il y a le même écart entre la colère et la haine qu’entre la paille et la poutre. La haine est une colère invétérée, qui avec le temps a pris une telle dimension, qu’elle mérite justement le nom de poutre. Il peut t’arriver de te mettre en colère, en désirant corriger, mais la haine ne corrige jamais (…) Chasse d’abord loin de toi la haine : ensuite tu pourras corriger celui que tu aimes

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • La loi du Christ est l’amour

    « Celui qui m’aime, dit le Seigneur, observera mes commandements. Or tel est mon commandement : que vous vous aimiez les uns les autres » (cf. Jn 14,15.23 ; 15,12). Donc, celui qui n’aime pas son prochain n’observe pas le commandement. Et celui qui n’observe pas le commandement ne saurait aimer le Seigneur. (…)

    Si l’amour est l’accomplissement de la loi (cf. Rm 13,10), celui qui en veut à son frère, qui intrigue contre lui, qui lui souhaite du mal, qui se réjouit de sa chute, comment ne transgresse-t-il pas la loi et n’est-il pas digne du châtiment éternel ? Si celui qui calomnie et juge son frère, calomnie et juge la loi (cf. Jc 4,11), et si la loi du Christ est l’amour, comment le calomniateur ne déchoit-il pas de l’amour du Christ et ne se met-il pas lui-même sous le coup du châtiment éternel ?

    Ne tends pas l’oreille à ce que dit la langue du calomniateur, et que ta langue ne parle pas à l’oreille de celui qui aime dire du mal. Ne prends pas plaisir à parler contre ton prochain ni à écouter ce qu’on dit contre lui, afin de ne pas déchoir de l’amour divin et de ne pas être trouvé étranger à la vie éternelle. (…) Ferme à tes oreilles la bouche de celui qui calomnie, afin de ne pas commettre avec lui un double péché, en t’accoutumant toi-même à une passion dangereuse et en n’empêchant pas le calomniateur de parler à tort et à travers contre son prochain. (…)

    Si tous les charismes de l’Esprit, sans l’amour, sont inutiles à celui qui les a, selon le divin Apôtre (cf. 1 Cor 13,3), de quelle ferveur devons-nous témoigner pour acquérir l’amour

    Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662)

     

     

     

  • « Heureux vous qui pleurez maintenant ! »

    « Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés » (Mt 5,5). Par cette parole le Seigneur veut nous faire comprendre que le chemin de la joie, c’est les pleurs. Par la désolation on va à la consolation ; c’est en perdant sa vie qu’on la trouve, en la rejetant qu’on la possède, en la haïssant qu’on l’aime, en la méprisant qu’on la garde (Mt 16,24s). Si tu veux te connaître toi-même et te maîtriser, entre en toi-même et ne te cherche pas au-dehors (…). Rentre en toi-même, pécheur, rentre là où tu es, en ton cœur (…). L’homme qui rentre en lui-même, ne se découvrira-t-il pas au loin, comme le fils prodigue, dans une région de dissemblance, dans une terre étrangère, où il s’assied et pleure au souvenir de son père et de sa patrie ? (Lc 15,17). (…)

    « Adam, où es-tu ? » (Gn 3,9) Peut-être encore dans l’ombre pour ne pas te voir toi-même ; tu couds ensemble des feuilles de vanité pour couvrir ta honte, regardant ce qui est autour de toi et ce qui est à toi. (…) Regarde au-dedans, regarde-toi (…). Rentre au-dedans de toi, pécheur, reviens à ton âme. Vois et pleure cette âme sujette à la vanité, à l’agitation et qui ne peut pas se libérer de sa captivité. (…) Il est évident, frères, nous vivons en dehors de nous-mêmes, nous sommes oublieux de nous-mêmes, chaque fois que nous nous dissipons dans les balivernes ou les distractions, que nous nous régalons de futilités. Et c’est pourquoi la Sagesse a toujours à cœur d’inviter à la maison du repentir plutôt qu’à la maison de la bombance, c’est-à-dire de rappeler en lui-même l’homme qui était au-dehors de lui-même, en disant : « Bienheureux ceux qui pleurent » et dans un autre passage : « Malheur à vous qui riez maintenant ».

    Mes frères, gémissons en présence du Seigneur dont la bonté porte à pardonner ; tournons-nous vers lui « dans le jeûne, les pleurs, le deuil sur nous-mêmes » (Jl 2,12) pour qu’un jour (…) ses consolations réjouissent nos âmes. Bienheureux en effet ceux qui pleurent, non parce qu’ils pleurent, mais parce qu’ils seront consolés. Les pleurs sont le chemin ; la consolation c’est la béatitude

    Isaac de l’Étoile (?-v. 1171)

     

     

     

  • Fête de la Nativité de la Vierge Marie

    Elle fut, par un dessein de la Providence divine, appelée Marie, c’est-à-dire étoile de la mer, pour déclarer par son nom ce qu’elle montre plus clairement par la réalité. (…)

    Revêtue de beauté, elle est aussi revêtue de force, elle s’est ceinte pour apaiser d’un geste les remous formidables de la mer. Ceux qui naviguent sur la mer du monde présent et qui l’invoquent avec une pleine confiance, elle les arrache au souffle de la tempête et à la fureur des ouragans, et elle les conduit, triomphants avec elle, au rivage de la patrie bienheureuse. On ne peut dire, mes très chers, combien de fois les uns se heurteraient aux rochers les plus rudes, au risque de sombrer, les autres échoueraient sur les pires écueils pour ne plus revenir (…) si l’étoile de la mer, Marie toujours vierge, ne s’y était opposée par son très puissant secours et si elle n’emportait les siens, le gouvernail déjà brisé et la barque fracassée, privés de tout secours humain, pour les diriger, sous sa céleste conduite, au port de la paix intérieure. Toute à la joie de remporter de nouveaux triomphes, pour la nouvelle délivrance des condamnés et pour les nouveaux accroissements des peuples, elle se félicite dans le Seigneur. (…)

    Elle resplendit et se distingue par sa double charité : d’une part, elle est très ardemment fixée en Dieu à qui elle adhère, faisant un seul esprit avec lui ; d’autre part, elle attire et console doucement les cœurs des élus et leur partage les dons excellents venus de la libéralité de son Fils

    Saint Amédée de Lausanne (1108-1159)